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Dalí (Salvador)
mis à jour le 30 octobre 2010
On ne présente plus Salvador Dalí, cet artiste catalan multiforme, figure de proue du surréalisme, à la puissance créatrice hors du commun. Ses œuvres, outre leurs indéniables qualités esthétiques, sont de véritables labyrinthes métaphysiques remplis de signes et de sens cachés, d'allusions plus ou moins cryptées, de sexe et d'obsessions. Chacun de ses tableaux est un voyage. Une invitation à se perdre. Et je ne pouvais pas ne pas mettre dans mon site celui dont la moustache et les "Je suis fou du chocolat Lanvin !" restent comme un grand souvenir d'enfance et ma première rencontre avec le surréalisme.

Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, 1er Marquis de Púbol, plus connu sous le nom de Salvador Dalí, né et mort à Figueras, en Catalogne (11 mai 1904 – 23 janvier 1989) était un peintre, sculpteur et scénariste.

Il naît moins d'un an après la mort (par gastro-entérite infectieuse) d'un premier fils (né le 12 octobre 1901 et mort le 1er août 1903), prénommé lui aussi Salvador. Ce frère ainé dont il porte le même nom sera un double obsédant durant toute sa vie et son œuvre : « Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait tout de même vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne prennent feu ».
En 1921, il entre à l'École des Beaux-Arts de San Fernando de Madrid. Cette période estudiantine est l'occasion de se lier avec Federico García Lorca et Luis Bunuel.
Un premier voyage à Paris en 1926 est l'occasion de rencontrer Picasso qui devint un peu comme un grand frère et qu'il ne cessera jamais d'admirer (il chercha toute sa vie à se confronter à lui, seul artiste contemporain dont il reconnaissait un génie au moins égal au sien). Cette même année, Miró vient lui rendre visite à Cadaques.
En 1929, Dalí retourne à Paris pour coréaliser Un chien andalou avec son ami Luis Bunuel, puis se brouillera avec lui après L'Âge d'or. Mais c'est surtout l'occasion de la rencontre essentielle avec le groupe des surréalistes : Tristan Tzara, Aragon, André Breton, Paul Éluard… Ce même été, ils lui rendent visite à Cadaqués. Paul Éluard est alors accompagné de son épouse Hélène. C'est un coup de foudre : Dalí et celle qui deviendra Gala ne se quitteront plus.
En décembre, en raison de sa liaison avec une femme mariée et de la légende d'une gravure mal interprétée par sa famille, Salvador Dalí se brouille profondément avec son père et sa sœur Anna-Maria.
En 1930, ne pouvant s'installer à Cadaquès même en raison de l'hostilité paternelle, Dalí et Gala achètent une minuscule maison de pêcheur à quelques kilomètres de Cadaquès, au bord de la mer, dans la petite crique de Port Lligat. Au fil des ans et de sa fortune, il ne cessera d'augmenter sa propriété, dont le paysage sur la petite crique deviendra une référence picturale permanente dans l'œuvre du peintre.
Les premiers mois pourtant sont difficiles, ses toiles se vendent mal et le couple vit de peu. Mais les vaches maigres dureront peu, et le peintre se fait connaître. À Paris, il fréquente autant les dîners mondains que les cercles surréalistes. Dalí et Gala débarquent pour la première fois à New York en 1934 (C'est Picasso qui leur paye le voyage). Les Américains sont subjugués par l'excentricité du personnage et les audaces d'un surréalisme qu'ils ne connaissaient alors presque pas.
En décembre 1934 à Paris, à l'issue d'une réunion mémorable, Dalí se fait exclure du mouvement surréaliste par André Breton qui lui reproche ses idées contre-révolutionnaires.
En 1936, Dalí est en Catalogne quand il doit fuir son pays en pleine guerre civile. Il pleure Garcia Lorca qui n'a pas sa chance, assassiné à Grenade le 18 août 1936.
Grâce à son ami Stefan Zweig, en 1938 Dalí rencontre à Londres Sigmund Freud qu'il admire depuis longtemps et dont les travaux ont inspiré ses propres recherches picturales sur les rêves et l'inconscient.
En 1939, Dalí quitte Paris pour New York où il restera pendant les années de guerre en Europe. Il s'intègre parfaitement à la haute société new-yorkaise, peint de nombreux portraits de riches Américains, participe activement à la vie théâtrale avec de grandes peintures murales, réalise ses premiers bijoux, et s'intéresse au cinéma, en particulier aux Marx Brothers, à Walt Disney, à Alfred Hitchcock.
En 1948, Dalí revient enfin chez lui à Port Lligat, qui devient sa résidence principale. Il partage désormais son temps entre ses périodes de création à Port Lligat et sa vie médiatique à Paris, Rome ou New-York. Au cours des années 50 et 60, il met en scène le personnage qu'on connaît, trublion excentrique et incontournable de la vie parisienne et médiatique.
En 1969, Dalí achète et fait restaurer le château de Púbol, dans la campagne catalane. Moins exposé au public que Port Lligat, ce sera le château-refuge de Gala.
Le Théâtre-musée Dalí est inauguré à Figueras le 28 septembre 1974.
En 1982, le roi d'Espagne le nomme Marquis de Dalí de Púbol. Le 10 juin 1982, Gala meurt dans la maison de Port Lligat. Profondément affecté par ce décès, Dalí ne reviendra pas à Port Lligat. Il s'installe à Púbol, où il peint son dernier tableau, La queue d'aronde, mais il y est victime de l'incendie de sa chambre en 1984 dans lequel il est grièvement brûlé. Il finit ses jours dans l'appartement de la Torre Galatea, attenant au théâtre-musée de Figueras, et meurt à l'hôpital de Figueras le 23 janvier 1989.
Conformément à sa volonté, il se fera embaumer puis exposer dans son « Teatre-Museu », où il repose désormais. Une simple pierre indique le lieu de sa sépulture. Par testament, il lègue une grande partie de ses biens et de son œuvre au gouvernement espagnol.

Pour finir, une citation de Dalí que j'aime bien : "L'unique différence entre un fou et moi, c'est que moi je ne suis pas fou." S'il le dit...

[Je vous invite à lire aussi mon article sur Gala et les égéries surréalistes]

De Chirico (Giorgio)

16 octobre 2011
Giorgio De Chirico, né en 1888 en Thessalie et mort en 1978 à Rome, était un peintre, sculpteur et écrivain italien dont les œuvres ont été unanimement admirées des surréalistes jusqu'en 1925 et qui le rejetèrent tout aussi unanimement après.
La peinture de Chirico est "métaphysique" parce qu'elle transpose la réalité au-delà de la logique habituelle ; elle joue sur le contraste entre la précision réaliste des objets et de l'espace représentés, et la dimension onirique que le peintre leur donne. Il travaille sur la capacité du rêve de générer des mondes à partir d'un élément connu. Comme il aime à le dire, Chirico compose des "images révélées". [Wikipedia]
Comme chez Dali, l'univers de De Chirico est un monde étrange et passionnant où l'on prend plaisir à se perdre, emporté par des lignes de fuite improbables, au milieu d'objets incongrus ou dans de grandes places vides et inquiétantes...

Sa première période (de 1911 à 1926 environ) reste profondément attachante, envoûtante et, surtout, radicalement neuve (Max Ernst ne commencera que vers 1922, Miro un peu plus tard encore, Yves Tanguy ne commencera à peindre qu’en 1923 après avoir vu un tableau de… Chirico (Le cerveau de l'enfant, 1914) tandis qu’en littérature le manifeste du surréalisme d’André Breton voit le jour en 1924 - autant dire qu'il fut un fantastique précurseur - et reconnu comme tel).
Mais dès 1926, son style évolue très rapidement et retourne au classicisme : c'est la période des chevaux et des gladiateurs. Il expose à Paris chez Louise Rosenberg Chevaux antiques, Meubles dans la vallée, Mannequins assis et Gladiateurs. En même temps que cette exposition, les surréalistes qui s'opposent au changement de style de Chirico, organisent une rétrospective intitulée Ci-gît Giorgio de Chirico.
En 1938, après avoir rompu avec tous ses anciens amis, Giorgio de Chirico retourne en Italie et se fixe à Rome, se consacrant notamment à la copie d'œuvres anciennes. Des années de sa vie à copier Raphael, Michel-Ange, Titien, Jordaens, Rubens, Van Dyck, et jusqu’à Fragonard, Watteau et Courbet ! De mauvaises copies où on reste bien en peine de voir un quelconque talent, une patte. Et, surtout, on se demande bien pourquoi celui qui nous a donné tant de chefs d'œuvres a pu à se point se perdre dans une telle activité. Il alla même jusqu'à exécuter des copies de ses propres œuvres de jeunesse... De Chirico lui-même a entretenu le mystère car il ne s’est jamais exprimé sur le sujet, n’a jamais donné la moindre explication – assistant ainsi sans rien dire aux batailles d’experts des critiques et amateurs d’art parlant de sa perte d’inspiration ou le soupçonnant de pratiquer volontairement une forme d’autodestruction.
De toute cette période restent quand même quelques beaux autoportraits, sans concession (dont un, dénudé, datant de 1945, et visible ici) et quelques œuvres originales, comme la série des Troubadours à partir de 1938, ou l'Intérieur métaphysique avec la main de David de 1968 - comme un raccourci de tout ce mystérieux cheminement...

Design

13 mai 2010
Le champ du design est infini. Wikipedia le définit comme "une discipline visant à représenter concrètement, une pensée, un concept ou une intention en tenant compte éventuellement d'une ou des contraintes fonctionnelles, structurelles, esthétiques, didactiques, symboliques, techniques et productives". Ajoutant que "ces représentations peuvent être tangibles ou virtuelles et s'inscrivent de préférence dans un contexte social, économique, culturel". Si vous avez compris, bravo !
Ensuite, c'est un peu plus clair : "Il n'existe pas de définition unique du design. Son sens varie selon les époques, les cultures et les individus. C'est cette complexité qui le caractérise. Pour les Anglo-Saxons, le design est davantage une conception, une idée, une intention ou un projet. En français, c'est une recherche d'harmonie entre les formes et les fonctions de l'objet. En Italie et en Allemagne, le design est nettement plus stratégique puisque l'industrie et l'artisanat de qualité en ont fait leurs credo pour valoriser leurs productions."
Pour ma part, c'est du design d'objet dont je vais vous parler (dans son acception française, donc).
Prenez une chaise. Rien de plus simple. Quatre pieds, une assise, un dossier. Faites maintenant plancher des designers sur le sujet (par exemple Charles & Ray Eames, Eileen Gray, Arne Jacobsen, Maarten Van Severen, Werner Panton, Mickael Thonet, Xavier Pauchard et Jean Prouvé), et vous obtenez ça :

Car un jour, l’homme n’est plus resté debout et, depuis, la chaise est notre compagne quotidienne. « Tout le monde s’y connaît en chaise » ; il n’y a pas plus prosaïque et pourtant elle fait l’objet de multiples sollicitudes, on y trône, on la prend, on la tire, on la pousse, on la tend, on l’occupe, on la réserve, on la plie, on l’empile. En majesté, elle est symbole de pouvoir, laissée vide, elle est hantée par l’angoisse fantomatique de l’absence. Alors, tout naturellement, elle est devenue l ’objet préféré des designers, dont la vie ne saurait être réussie sans la réalisation de cet objet culte qui est au designer ce que le chef-d’œuvre est au compagnon. Ludwig Mies van der Rohe déclarait lui-même qu’il était plus difficile de concevoir une chaise qu’un bâtiment tout entier.
Aucun objet classique n’a subi autant de versions, n’a condensé autant de sophistication et de vituosité dans la recherche de matériaux ou la mise au point de nouveaux process industriels, preuve s’il en était que la liberté du designer ne s’exprime jamais aussi bien que dans l’exercice imposé. Chaque étape d’innovation sur l’objet apporte matière à réfléchir autrement, idée de reprise ou de négation, détournement, remise en question de thèmes ou de matériaux déjà existants. Elle est enfin le meilleur prétexte à commémoration des grands classiques, et personne ne s’en prive.
[Monday design]
Certaines chaises, comme la "Fourmi" de Jacobsen ou la Panton Chair Classic sont devenues des objets cultes ; d'autres, comme la n°14 de Thonet - dite "chaise bistrot" (créée en 1859 en Allemagne et déjà vendue à plus de 50 millions d'exemplaires) - ou la Tolix (créée en 1934), d'incontournables objets de notre quotidien.

Dessins animés
13 juini 2010
Parce qu'il n'y a pas que les Dessins animés de Walt Disnay, voici une sélection de quelques belles réussites de l'animation, notamment française. J'y ai rajouté deux perles japonaises, le poignant "Tombeau des lucioles" et le futuriste "Jin Roh" (dans la même veine que "Ghost in the shell").
Il manque bien entendu les dessins animés de Miyazaki parce que je veux lui consacrer une page spéciale, tant je suis fan de l'univers de ce génial créateur.
Il manque aussi ces incontournables que sont "Les noces funèbres", "Chiken Run", "Wallace et Gromit", "Shrek" ou "Les indestructibles", que vous retrouverez dans la rubrique films d'animation.

De Staël (Nicolas)
23 novembre 2010
Nicolas de Staël (baron Nicolaï Vladimirovitch Staël von Holstein), né le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg, mort le 16 mars 1955 à Antibes (il repose dans le cimetière de Montrouge), est un peintre français originaire de Russie, issu d'une branche cadette de la famille de Staël-Holstein.

Le père de Nicolas de Staël est vice-gouverneur de la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg jusqu'en 1917. La famille est contrainte, en 1919, à l’exil en Pologne après la révolution. Les parents de Nicolas de Staël y meurent. Orphelin, il est confié par sa marraine à une famille de Bruxelles, les Fricero, en 1922. Il étudie à l'Académie royale des beaux-arts de la ville de Bruxelles, et, en cours du soir, à l'Académie des beaux-arts de la commune de Saint-Gilles-lez-Bruxelles.
Dans les années trente, il voyage à travers l'Europe, vit à Paris en 1934 et au Maroc en 1936 (où il rencontre sa compagne, Jeannine Guillou, peintre, qui apparaît dans ses peintures de 1941 et 1942).
Il rejoint la Légion étrangère en 1939 et est démobilisé en 1941. Il vit alors à Nice où il rencontre Alberto Magnelli, Jean Arp, Sonia Delaunay et Robert Delaunay qui inspirent ses premières peintures abstraites, les « Compositions ».
En 1943 (sous l'occupation nazie), de Staël retourne à Paris avec Jeannine ; ces années de guerre sont très difficiles ; il vit dans la misère. Mais il rencontre Braque et une première exposition en 1944 avec Kandinsky et Magnelli attire sur lui l'attention de la critique. Mais Jeannine meurt en 1946 de malnutrition, le plongeant dans l'abattement. Quelques mois après, il épouse Françoise Chapouton dont il aura deux enfants, Laurence et Jérôme.
En 1947, Nicolas et Françoise s’installent dans un grand atelier à Paris, dans le XIVe arrondissement. Staël voit  souvent Georges Braque qui habite le même quartier. Il rencontre Théodore Schempp, marchand de tableaux américain, prévenu par Braque. Il s’enthousiasme immédiatement pour la peinture de Staël, lui ouvrant le marché américain.
En 1948, de Staël obtient la nationalité française et Jacques Dubourg, un galeriste réputé de Paris, lui permet d'exposer toiles et dessins.
Le succès grandit aux États-Unis et en Grande-Bretagne au début des années 50.
En 1953, une dépression l'isole dans le Sud de la France (à Ménerbes dans le Vaucluse) puis à Antibes. Mais les commandes se succèdent. Rien qu'en 1954, il peint trois cents toiles !

La carrière de N. de Staël s'étale sur quinze ans, à partir de 1940 et à travers plus d'un millier d'œuvres - il ne vit que pour et par la peinture. Mais, dès 1942, il rompt avec la peinture classique, figurative, pour une abstraction radicale qui évoluera jusqu'à vraiment trouver son style au début des années 50 : ses dernières peintures sont plus fluides, sa technique se modifie, la pâte épaisse et sombre de ses débuts devient plus légère - après avoir travaillé au couteau, à la truelle, au racloir, il reprend le pinceau - et plus colorée, il dépouille ses formes, porte parfois les tons à leur paroxysme, amenant le tableau à un état de tension presque insoutenable. Une soif de création, le désir de l'absolu le hantent.

En 1955, le peintre oscille plus que jamais entre le doute et la certitude et se débat, comme il l’écrit lui-même, dans la contradiction de l’inachevé et du “trop abouti de la transparence”. En diluant sa pâte, il semble se placer lui-même au bord de la dissolution, comme pris de vertige et aspiré par le vide (comme dans L'étagère ou le Nu bleu couché). Pierre après pierre, il a retiré les amas de peinture qu’il posait sur ses toiles. À force de déconstruire la muraille qu’il avait bâtie, il se trouve devant un cadre nu, dépeuplé.
Le 16 mars 1955, à 41 ans, Nicolas de Staël se suicide en se jetant de la fenêtre de son atelier.