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Fauvisme
mis à jour le 04 novembre 2010
Le fauvisme est un courant de peinture du début du XXe siècle. Il débuta historiquement à l'automne 1905, lors d'un salon qui créa un scandale, pour s'achever moins de dix ans plus tard, au début des années 1910. En fait, dès 1908, il est déjà à son crépuscule.
Son influence marqua néanmoins tout l'art du XXe siècle, notamment par la libération de la couleur.
Le précurseur du fauvisme fut Henri Matisse, mais d'autres grands artistes, comme André Derain, Maurice de Vlaminck ou encore Charles Camoin, Henri Manguin, Albert Marquet, Raoul Dufy ou Kees Van Dongen en ont, un temps, fait partie. Même Kandinsky ou Braque, en début de carrière, en étaient proche.
Le fauvisme est caractérisé par l'audace et la nouveauté de ses recherches chromatiques. Les peintres avaient recours à de larges aplats de couleurs violentes, pures et vives, et revendiquaient un art basé sur l'instinct. Ils séparaient la couleur de sa référence à l'objet afin d'accentuer l'expression et réagissaient de manière provocatrice contre les sensations visuelles et la douceur de l'impressionnisme.
Matisse a dit : « Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l'herbe ; quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire le ciel. »
En résulte une explosion de couleurs, notamment des violets, des rouges, des jaunes orangés, qui s'opposent et se heurtent pour mieux se mettre en valeur et impressionner la rétine. C'est de l'émotion brute.

Voici quelques œuvres fauvistes...


Matisse(Henri)et les fauvistes
Henri Matisse, né le 31 décembre 1869 au Cateau-Cambrésis et mort le 3 novembre 1954 à Nice, fut le chef de file du fauvisme.
André Derain, né le 10 juin 1880 à Chatou et mort le 8 septembre 1954 à Garches, en fut également l'un des fondateurs.
C'est en 1901 que Matisse, Derain et Maurice de Vlaminck se rencontrent. Ensemble ils cherchent de nouvelles manières de peindre. Ils utilisent un dessin simple et juxtaposent des couleurs violentes pour traduire le mouvement et la profondeur.
Au Salon d'automne de 1905, l'accrochage de leurs œuvres, avec celles de Albert Marquet et Kees Van Dongen provoque un scandale par leurs couleurs pures et violentes posées en aplat.
À la vue de ces tableaux regroupés dans une même salle, le critique Louis Vauxcelles compare l'endroit à une « cage aux fauves ». L'appellation de « fauve » est aussitôt adoptée et revendiquée par les peintres eux-mêmes.
Cette période marque pour Matisse la reconnaissance de son travail, lui permettant enfin une relative aisance matérielle. il devient le chef de file du fauvisme et publie en 1908 un article intitulé : Notes d'un artiste. La couleur pure. Celui-ci fait figure de manifeste dans toute l'Europe… Matisse est le seul peintre du groupe à conserver son style jusqu'à la fin de sa vie.
Après 1906, André Derain, lui, semble influencé par Paul Gauguin, ses couleurs deviennent moins vives. L'année suivante il fréquente le Bateau-Lavoir, dont les "pensionnaires" se nomment Van Dongen, Juan Gris, Brancusi, Modigliani, Max Jacob. En 1908 le Douanier Rousseau y est accueilli par un mémorable banquet.
En 1914, pour la Première Guerre mondiale, Derain rejoint un régiment. En 1919, il met son talent au service de Diaghilev et des Ballets russes. C'est un grand succès qui l'amène à créer de nombreux décors et costumes de ballets.

En 1919, Matisse reçoit également une commande de Stravinski et Diaghilev pour les costumes et les décors du ballet "Le Chant du rossignol" présenté à Londres.
La réputation de Derain culmine lorsqu'il reçoit le Prix Carnegie en 1928 et commence à exposer dans le monde entier : à Londres, Berlin, Francfort, Düsseldorf, New York et Cincinnati. Mais il finira sa vie dans une solitude volontaire.
En 1933, Matisse fait poser un nouveau modèle : Lydia Delectorskaya. Lui qui, jusque là, peignait surtout des brunes trouve une nouvelle inspiration auprès de cette blonde slave (elle est né à Tomsk, en Sibérie occidentale). Elle a vingt-trois ans. Modèle, puis aide d’atelier et secrétaire de Matisse, garde-malade et dame de compagnie de sa femme, elle restera finalement vingt ans avec le peintre, jusqu'à sa mort.
Trois éléments sont essentiels à l’inspiration de Matisse, écrit Lydia Delectorskaya dans son deuxième livre Contre vents et marées« la vie intérieure du modèle, un esprit éveillé, la parure. Dès la première séance, Matisse faisait essayer à chaque nouveau modèle qui avait éveillé son intérêt, plusieurs robes de sa réserve ». Le troisième point fondamental était « un corps expressif, harmonieux ». 
Lydia répond magnifiquement à ces trois critères qui feront naître peut-être les plus beaux dessins et peintures de Matisse. Jamais, il ne se lassera de la dessiner et de la peindre. Jusqu’en 1939, Matisse enchaîne les dessins et les peintures d’après cette femme à la souplesse de danseuse, aux canons de beauté idéale.

Mais en 1941, atteint d'un cancer, Matisse est hospitalisé à la clinique du Parc de Lyon. Il utilise alors la technique des gouaches découpées et commence la série Jazz. Puis il s'installe à Vence. En 1945, une grande rétrospective est organisée au Salon d'Automne. Il réalise les cartons de tapisserie Polynésie, le Ciel et Polynésie, la Mer et commence à travailler à partir de 1949 au décor de la chapelle du Rosaire de Vence. En 1952 a lieu l'inauguration du musée Matisse du Cateau-Cambrésis, sa ville natale. Il réalise la gouache découpée La Tristesse du roi, tableau « plus proche même de la peinture classique que Matisse ne l'a jamais été..., son dernier autoportrait..., le portrait d'un vieillard ».
Il meurt à peine deux mois après Derain.

Le travail de Matisse a influencé toute une génération, mais bien au-delà : Jackson Pollock, Mark Rothko, Barnett Newman... tous ont partagé une même vénération pour Matisse.

Et maintenant, place à la peinture totale, avec un des grands maîtres de cet Art, Henri Matisse...


Raoul et Jean Dufy

En faisant mes recherches d'images "fauves", j'ai vu que Raoul Dufy avait un temps fait partie du mouvement. A dire vrai, je ne connaissais de lui que sa fresque "La Fée Électricité" et, surtout, j'ignorais qu'il eut un frère, peintre également. Tout deux ont réalisés de superbes tableaux, gais et colorés, que je ne résiste pas à l'envie de vous montrer. Mais, d'abord, que je vous les présente.

Raoul Dufy, né en 1877 au Havre et mort en 1953 à Forcalquier, fut influencé par le fauvisme et en particulier par l’œuvre de Matisse. Il travailla avec Friesz, Lecourt et Marquet sur des tableaux de rues pavoisées de drapeaux, de fêtes de village, de plages.
En 1908, prenant conscience de l'importance capitale de Cézanne au cours de la grande rétrospective de 1907, il abandonne le fauvisme. Il exécute des études d'arbres, de chevaux, de modèles en atelier, des natures mortes. Cette même année, il se rend à l'Estaque, près de Marseille avec Georges Braque. Ils peignent, souvent côte à côte, les mêmes motifs que Cézanne.
Toujours influencé par Cézanne, son dessin devient cependant plus souple au cours de son séjour de 1913 à Hyères. En 1915, il s’engage dans le service automobile de l’armée. Au cours de son premier séjour à Vence en 1919, les couleurs de ses tableaux deviennent plus vives et son dessin plus baroque.
En 1926, en regardant une petite fille qui court sur le quai de Honfleur, il comprend que l’esprit enregistre plus vite la couleur que le contour. Il va alors dissocier les couleurs et le dessin. Il ajoute son dessin à de larges bandes de couleurs (généralement trois) horizontales ou verticales, ou bien à de larges taches colorées.
En 1936-1937, aidé par son frère Jean Dufy, il réalise pour le pavillon de l'Électricité de l’Exposition internationale, la plus grande peinture existante au monde : La Fée Électricité (624 m2), aujourd'hui visible au musée d'art moderne de la Ville de Paris.
Jean Cocteau publie en 1948 un livre sur Raoul Dufy dans la collection « Les maîtres du dessin » (Éditions Flammarion).
Dufy illustre les Nourritures terrestres d’André Gide en 1949, puis L’Herbier de Colette (1950). Il est promu au grade de commandeur de la Légion d'honneur.

Jean Dufy (né en 1888 au Havre, mort le 12 mai 1964 à Boussay) est le septième d’une famille de onze enfants.
Après son service militaire (1910-1912), il s'installe à Paris où il rencontre Derain, Braque, Picasso ou encore Apollinaire. Dans ses premières aquarelles, exposées à la galerie Berthe Weill en 1914, les tonalités sourdes, bruns, bleus, rouges sombres, côtoient la technique des hachures héritée de Cézanne à travers l’œuvre de son frère Raoul.
Peintre reconnu, régulièrement exposé à Paris et aux États-Unis, intégré dans les collections des plus prestigieux musées américains tels que l’Art Institute de Chicago ou le MoMA de New York, Jean Dufy s’éteint le 12 mai 1964, deux mois après le décès de sa femme Ismérie.

Femmes

mise à jour le 28 octobre 2010
Après avoir mis en ligne cet abécédaire fin juin 2010, je me suis rendu compte que je n'avais pratiquement parlé que d'hommes. Il est vrai que de nombreux domaines ont longtemps été le seul apanage des hommes.
Mais j'ai eu envie de regarder plus loin que ce simple constat. Et j'ai découvert des perles.
Car si ces femmes furent peu nombreuses, elles durent, pour exister, faire montre d'un sacré carractère. Et, très souvent, elles ont apporté un regard original, souvent assez impudique, explorant avec leur point de vue de femmes des domaines oubliés des hommes, comme la maternité.
Vous pourrez ainsi trouver dans mon abécédaire de très grandes artistes, comme les sculpteurs Niki de Saint-Phalle et Louise Bourgeois, les peintres Alexandra Exter, Artemisia Gentileschi, Frida Kahlo, Tamara de Lempicka, Berthe Morisot, Kay Sage et Dorothea Tanning, la graphiste Catherine Zask, les photographes Lee Miller et Leni Riefenstahl, ainsi que quelques égéries célèbres, telles Gala ou Kiki de Montparnasse...
Mais, de toute façon, mon site ne se veut pas exhaustif, je ne souhaite donc y parler que de ce qui me touche ou m'intéresse. Je revendique donc aussi ma liberté de choix.
Freud (Lucian)
Mis à jour le 22 juillet 2011
Lucian Michael Freud est un peintre figuratif britannique né le 8 décembre 1922 à Berlin, et mort le 20 juillet 2011 à Londres. Son père, l'architecte Ernst Ludwig Freud, était le plus jeune fils de Sigmund Freud. Il est donc le petit-fils du fondateur de la psychanalyse.
Par son style réaliste et acéré, Lucian Freud est considéré comme un des peintres figuratifs contemporains les plus importants, et un des plus exemplaires. Il est notamment reconnu pour les portraits exécutés depuis les années 60. Peints dans une texture épaisse, dans des tons bruns, gris et blancs, sur le vif, ses modèles, généralement nus sont vus dans des ateliers désolés – l'appartement vide et maculé de peinture où travaille le peintre –, sur des lits ou des sofas défoncés, dans des poses inhabituelles et des attitudes crues. Aucun détail n'est caché.
Enfant chéri de l'Angleterre, Lucian Freud a aussi ses détracteurs, choqués par l'aspect caricatural, presque morbide de certaines de ses œuvres. En tous cas, sa peinture ne peut laisser indifférent.

Il est toutefois juste de rendre à César ce qui appartient à César, à savoir le peintre anglais Stanley Spencer (1891-1959) qui, 30 ans plus tôt, a peint pratiquement les mêmes nus sans concession, exagéremment laids, notamment le double nu ci-contre (portrait de l'artiste et de sa seconde femme, Patricia Preece, avec qui le mariage ne sera jamais consommé, celle-ci étant lesbienne - ce qui ne l'empêche pas de poser nue pour son mari), assurément l’un des plus troublants de la peinture du XXe siècle, qui contient déjà en puissance tout l’art de Lucian Freud, toute la violence de Francis Bacon ; on songe au vers de Baudelaire : « La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres ».

En 1934, pour échapper à l'antisémitisme nazi, Ernst Ludwig emmène sa famille à Londres.
En 1938, suite à l'Anschluss, Sigmund Freud les y rejoint (les quatre sœurs de ce dernier – octogénaires – resteront à Vienne et mourront en camp de concentration).
Après ses études secondaires, Lucian entre en 1938-1939 à la Central School of Arts and Crafts de Londres. De 1939 à 1941, il suit les cours de Cedric Morris à l'East Anglian School of Painting and Drawing à Dedham. Il est alors mobilisé dans la marine marchande puis démobilisé après trois mois de mer.
De 1942 à 1943 il étudie à temps partiel au Goldsmith's College à Londres. En 1943, il illustre les poèmes de Nicholas Moore. Il expose, pour la première fois, à la galerie Lefèvre à Londres en 1944. Sa peinture est alors influencée par le surréalisme : en témoigne le tableau énigmatique L'atelier du peintre. Déjà, l'univers personnel de Freud y est représenté : la fenêtre, la plante, l'animal, tous les éléments de son œuvre sont en place.
En 1948, il épouse la fille du sculpteur Jacob Epstein, Kitty Garman. C'est son premier mariage : marié et divorcé à plusieurs reprises, Lucian Freud a eu de nombreux enfants, dont la designer de mode Bella Freud, l'écrivain Esther Freud ou l'artiste Jan Mc Adam Freud.
À partir des années 1960, son style à la fois brutal et réaliste se forge avec comme thèmes privilégiés les portraits de ses amis, mais aussi des commandes, des grands nus vus comme écrasés par la vision de l'artiste, des portraits de chevaux et de chiens. Il est alors proche de Francis Bacon, Frank Auerbach, Kossof, Andrews, etc., amis avec qui il forme ce que l'on appellera l'École de Londres – groupe auquel sera consacrée une exposition, en 1998-1999, au musée Maillol.

Le talent de Freud est reconnu à partir des années 1970-1980 avec, en 1974, l'exposition rétrospective de ses œuvres à la Hayward Gallery de Londres, puis, en 1982, avec la publication de la première monographie consacrée à son œuvre par Lawrence Gowing.
La première grande exposition itinérante de son œuvre a lieu en 1987-1988 (Washington, Paris, Londres, Berlin). Après l'exposition de l'École de Londres suivent, en 2002, l'exposition de la Tate Britain, celle de la fondation La Caixa Barcelona, celle du Museum of Contemporary Art de Los Angeles. En 2005 a lieu une importante rétrospective de son œuvre à Venise.
En 2010 – Lucian Freud a 88 ans – est présentée à Paris l'exposition « Lucian Freud - L'Atelier », au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, plus de vingt ans après la première rétrospective que lui avait consacrée le Centre, en 1987.

En 2008, le tableau Benefits supervisor sleeping, peint en 1995 (voir plus haut) et représentant Sue Tilley, dont Freud a fait de nombreux portraits, s'est vendu aux enchères chez Christie's pour 34 millions de Dollars, en faisant l'œuvre d'art la plus chère de l'histoire pour un artiste vivant (record détenu jusque là par l'Américain Jeff Koons et ses 23 M$ en novembre 2007 pour un cœur d'acier magenta et kitsch).
Au delà de cette anecdote, la peinture de Freud prouve surtout de manière éclatante qu'il n'y a pas que le beau qui peut toucher... En ne trichant pas, en donnant à voir la vérité crue (rejoignant en cela des artistes aussi divers que Frida Kahlo, Edward Hopper ou Giacometti), il peint l'homme (et la femme) débarassé de son déguisement social et de ses artifices psychologiques, dans son animalité et sa douloureuse fragilité, nous livrant son identité profonde. L’animalité n’exprime pas un mépris de la spécificité humaine ; elle sert à la définir. Elle est là, dissimulée sous ses vêtements, dans ses rêves et ses désirs. Et d'ailleurs, souvent, l'animal est là aussi, renforçant encore ce rapprochement homme/bête.

Il est mort le 20 juillet 2011, à Londres. Il avait 88 ans. Nicholas Serota, directeur de la Tate Gallery de Londres, lui a rendu hommage : "La vitalité de ses nus, l'intensité de ses natures mortes et la présence de ses portraits de famille et d'amis ont assuré à Lucian Freud une place unique dans le panthéon des artistes de la fin du XXe siècle."