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Gentileschi (Artemisia)
27 août 2010
Artemisia Lomi Gentileschi (née en 1593 à Rome, morte à Naples vers 1652) est une peintre italienne de l'école caravagesque.
La première œuvre qui lui soit attribuée est "Suzanne et les vieillards", elle avait alors 17 ans. A 19 ans, l'accès aux Beaux-Arts étant interdit aux femmes, son père Orazio la confia à un précepteur privé.
Vivant dans la première moitié du XVIIe siècle, elle reprend de son père la limpide rigueur du dessin en lui rajoutant une forte accentuation dramatique héritée de l'œuvre du Caravage et chargée d'effets théâtraux. Cette stylistique contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s'installe en 1630. Elle devient un peintre de cour à succès, sous le patronage des Médicis et de Charles Ier d'Angleterre.
Remarquablement douée et aujourd'hui considérée comme l'un des premiers peintres baroques, l'un des plus accomplis de sa génération, elle s'impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées.
Elle est également la première femme à peindre l'histoire et la religion à une époque où ces thèmes héroïques sont considérés comme hors de portée d'un esprit féminin.
Elle nous a laissé d'elle un autoportrait d'une grande vigueur (voir ci-dessous, au centre) qui dénote une maîtrise consommée de son art et de l'art.
On attribue à son viol et au procès humiliant qui s'ensuivit (elle fut torturée pour vérifier la véracité de ses accusations ; son violeur condamné à un an de prison et à l'exil) certains traits de son œuvre, l'obscurité et la violence graphique qui s'y déploient, en particulier dans le tableau célèbre qui montre Judith décapitant Holopherne (voir ma page dédiée à ce tableau). Ses peintures expriment souvent le point de vue féminin.

Après avoir été célébrée à son époque, Artemisia Gentileschi a été progressivement déconsidérée jusqu’à ce que son œuvre disparaisse quasi complètement.
Dans les années 70, les féministes américaines ont été les premières à faire redécouvrir ses tableaux, l'adoptant comme figure emblématique. Une cinquantaine d’œuvres lui sont attribuées à l’heure actuelle et ce nombre est appelé à augmenter, sa carrière s’étendant sur près de cinquante ans.

[Pour en savoir plus, il existe un excelent article de Pascale Beaudet sur cette artiste et femme libre]

Giacometti (Alberto)
1er novembre 2010
Alberto Giacometti, né à Borgonovo (commune de Stampa) dans le Val Bregaglia le 10 octobre 1901 et mort à Coire le 11 janvier 1966, est un sculpteur et peintre suisse.

Ainé de quatre enfants, son père, Giovanni Giacometti, lui-même peintre, le pousse à s'intéresser à l'art. Il fait ses premières œuvres dans le domicile familial, essentiellement des portraits des membres de sa famille ou de ses condisciples, reprenant le style post-impressionniste paternel. Au terme de ses écoles obligatoires, Alberto part étudier à l'École des beaux-arts de Genève avant d’arriver à Paris en janvier 1922. Il fréquente l'atelier d’Antoine Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière de Montparnasse. Il découvre le cubisme, l’art africain et la statuaire grecque et s'en inspire dans ses premières œuvres.
Giacometti passe aussi par le surréalisme. Il se rapproche du groupe et expose à partir de 1930 aux côtés de Joan Miró et Jean Arp à la galerie Pierre, avec laquelle il passe un contrat en 1929.
Il rencontre aussi Tristan Tzara, René Crevel, Louis Aragon, André Breton, Salvador Dalí, André Masson... Il adhère officiellement au groupe surréaliste parisien en 1931. Il y créée diverses œuvres ainsi que des gravures ou des dessins servant d'illustration pour des livres de René Crevel, Tristan Tzara ou André Breton. Il participe à la rédaction des revues du groupe.
L'inquiétude, l'onirisme, l'incertitude, la violence sont les caractéristiques des sculptures de cette époque : "Cube", "Femme qui marche", "Femme égorgée", "Cage", "Objet désagréable à jeter", "Table surréaliste"... La plupart de ses oeuvres de jeunesse ou surréalistes sont connues par l'édition en bronze commencée dans les dix dernières années de la vie de l'artiste. Exclu du groupe surréaliste (1935), Giacometti garde toutefois des relations amicales avec Michel Leiris et Georges Limbour, et ses sculptures ne cesseront d'être présentées dans les diverses expositions surréalistes.

En 1934, il rompt avec ses premiers succès et revient à une exploration minutieuse et inquiète de la réalité du monde, en dessinant et modelant la figure humaine.
En décembre 1941, il quitte Paris pour Genève. Giacometti y travaille dans une chambre d'hôtel, poursuivant la production des sculptures minuscules commencée à Paris. L'impossibilité de réaliser une sculpture de grande taille le hante, et ce n'est qu'après avoir vaincu cet obstacle avec la "Femme au chariot" en 1944-45 qu'il décide de quitter la Suisse.
En septembre 1945, Giacometti revient à Paris, où il est rejoint en 1946 par Annette Arm (il l'épouse en 1949). C'est dans cette période (1946-1947) que s'affirme le nouveau style de Giacometti. Ses bronzes ou ses plâtres, identifiables entre tous, allongés, étirés et creusés, exposés à partir de 1947, résonnent en écho des images des camps de concentration. Plus largement, les sculptures de Giacometti témoignent de la solitude métaphysique de l'homme moderne. Ces figures d'hommes ou de femmes, le plus souvent debout, immobiles dans l'espace ou en marche, semblent affronter notre regard et le monde environnant, témoignant, contre vents et marées, et malgré l'apparente fragilité, d'une inflexible détermination.
Ses sculptures sont en plâtre, parfois peintes secondairement, ou coulées en bronze, technique qu'il pratiquera jusqu'à la fin de sa vie.

En 1948, Giacometti rencontre Jean Genet, dont il fait le portrait, et c'est pour la publication de la galerie Maeght, "Derrière le miroir", que Genet écrit en 1957 un des plus brillants essais sur l'artiste, "L'Atelier d'Alberto Giacometti".
Sa production est stimulée par les relations qu'il renoue avec le marchand new-yorkais Pierre Matisse, qui accueille sa première exposition personnelle d'après-guerre en janvier 1948. Mais c'est seulement en juin 1951 qu'a lieu sa première exposition d'après-guerre à Paris, à la galerie Maeght, dans laquelle son ami Louis Clayeux l'a convaincu d'entrer. Il y présente des œuvres déjà montrées chez Matisse, et des œuvres nouvelles, toutes en plâtre, dont le "Chat" et le "Chien".

A partir du milieu des années 50, Giacometti réduit ses motifs à des têtes, des bustes et des figures.
A la fin de sa vie, Giacometti est comblé d'honneurs. Il remporte le prix Carnegie International en 1961, le grand prix de sculpture de la Biennale de Venise en 1962, le prix Guggenheim en 1964, et le Grand Prix international des Arts décerné par la France en 1965.
Opéré d'un cancer de l'estomac en février 1963, Giacometti en guérit. A cette époque il participe activement au projet de la Fondation Maeght, en faisant cadeau pour le prix de la fonte d'un nombre important de bronzes. Dans ses dernières années, il suit attentivement le projet de Fondation à son nom qui est créé en Suisse pour recueillir la collection de G. David Thompson, un industriel de Pittsburgh qui avait le projet d'ouvrir un musée aux États-Unis.
Alberto Giacometti meurt à l’hôpital cantonal de Coire, en Suisse, le 11 janvier 1966. Son corps est transféré à Borgonovo, et inhumé près de la tombe de ses parents.
Sa veuve se consacre à la défense de son œuvre et crée par testament une Fondation Alberto et Annette Giacometti, reconnue d'utilité publique en 2003, dont le siège se situe à Paris. Elle comprend de nombreux tableaux et sculptures de l'artiste, ainsi qu'un centre de recherche et de documentation.



Les peintures et dessins sont un pan important de l'œuvre de l'artiste. Il est connu essentiellement pour ses portraits, même s'il a fait quelques paysages ou natures mortes dans sa jeunesse. Il a également peint des tableaux abstraits dans les années 1920 et 1930. Ses portraits sont faits d'après modèles mais également de mémoire. Le nombre de ses modèles est relativement limité. Les plus connus sont son frère Diego et sa femme Annette. Il a également utilisé des modèles professionnels ainsi que certains de ses amis.
Les portraits de Giacometti se caractérisent par l'absence de décor, le caractère quasi monochrome et sombre de la palette, l'attitude figé du modèle, toujours de face, qui contraste avec l'abondance des retouches au niveau du visage, jusqu'à en effacer l'esquisse initiale.

Le 3 février 2010, L'Homme qui marche I est vendu pour 74,2 millions d'euros chez Sotheby's à Londres, un prix jamais atteint jusque là dans des enchères publiques pour une œuvre d'art. [voir à ce propos, mon article sur La valeur des choses]
Gilot (Françoise)
08 novembre 2011
Françoise Gilot est née le 26 novembre 1921 à Neuilly-sur-Seine. Son père, homme d'affaires respecté, veut en faire une avocate internationale, l'obligeant à mener une double vie : elle assiste secrètement à des cours d'art en lieu et place de ses cours de droit du matin, suivant en cela les traces de sa mère, une aquarelliste accomplie. Finalement elle s'oriente définitivement vers le dessin et la peinture.

Son talent est très vite reconnu et, à 21 ans, dans Paris occupé, elle est déjà une artiste reconnu de "l'École de Paris" émergeante.
C'est en 1943 qu'elle rencontre Picasso (alors amant de Dora Maar), de 40 ans son aîné, venu voir une de ses exposition. Elle devient sa compagne en 1944, et la mère de deux de ses enfants, Claude (1947) et Paloma (1949). Picasso durant leur période de vie commune la représentera sous l'apparence de la Femme fleur, radieuse, solaire mais un peu hautaine. Dans le sillage de Picasso, elle continue à mener sa propre carrière de peintre. Ils se séparent en 1953 : Françoise quitte le domicile qu'elle partageait avec lui à Vallauris et rentre à Paris avec leurs enfants.





Françoise Gilot est ainsi à la fois témoin et participant de l'un des derniers grands mouvements d'art moderne en Europe. Leur cercle comprenait des poètes, des philosophes, des écrivains, et beaucoup de légendes du monde de l'art, tels que Braque, Chagall, Cocteau, Matisse. Cette union artistique a été également partagé avec leurs deux enfants, Claude et Paloma - dont les pitreries et les postures acrobatiques sont souvent capturés dans les dessins et peintures.
En 1964, elle publie Vivre avec Picasso, un livre relativement intime sur sa vie avec l'artiste, qui rencontrera un énorme succès (plus d'un million d'exemplaires vendus). Traduit dans plus d'une douzaine de langues, il demeure aujourd'hui une observation unique et convaincante sur le côté humain du génie créateur.
En 1991, elle a publié Matisse et Picasso.

Après sa séparation d'avec Pablo Picasso, elle épouse le peintre Luc Simon, dont elle a une fille, Aurélia.
En 1970, elle se marie avec le docteur Jonas Salk, pionnier de la vaccination de la poliomyélite, qu'elle a rencontré l'année précédente par l'intermédiaire d'amis communs à La Jolla en Californie, et avec qui elle vivra jusqu'à sa mort en 1995. Peignant douze heures par jour, elle expose ses œuvres à New York, en Californie et à Paris.

Glaser (Milton)
10 novembre 2010




Milton Glase
r est né le 26 juin 1929. Graphiste et illustrateur new-yorkais renommé, il est l'un des grands talents du graphisme international, marquant de son regard le design graphique mondial, par une œuvre audacieuse, singulière et visionnaire.
On pourrait ne retenir de lui que son image la plus emblématique : un portrait de profil de Bob Dylan, le visage dans l'ombre, les cheveux tout illuminés, colorés, psychédéliques - une image qui dit beaucoup de l'Amérique des années 60. Ou son logo "I love New-York", aujourd’hui repris par toutes les villes du monde, et qui l’a fait entrer dans l’imaginaire collectif.
Mais Milton Glaser n'a pas fait que cela. Il est aussi le créateur d'une œuvre graphique et dessinée monumentale, qui continue à grandir et dont on connait surtout les images les plus publicitaires et les logos, qu'il invente depuis le milieu des années 50, et la fondation de son studio de design en 1955 à New York. Mais Milton Glaser est surtout un dessinateur hors pair qui a parfois trouvé son inspiration chez des peintres qu'il admire, comme Félix Valloton ou René Magritte.

Début 2010, il a reçu la Médaille nationale des Arts, des mains de Barack Obama. Il est le premier graphiste honoré d'une telle distinction, qui récompense " l'excellence artistique".

Grands ensembles

12 septembre 2010


Bien qu'ils échappent à une définition unique, les grands ensembles sont typiquement des ensembles de logement collectif, souvent en nombre important (plusieurs centaines à plusieurs milliers de logements), construits entre le milieu des années 1950 et le milieu des années 1970, marqués par un urbanisme de barres et de tours inspiré des préceptes de l'architecture moderne et se voulant une application directe de la Charte d'Athènes, publiée en 1943 par Le Corbusier.
Selon le "géopolitologue" Yves Lacoste, un grand ensemble est "une unité d'habitat relativement autonome formée de bâtiments collectifs, édifiée en un assez bref laps de temps, en fonction d'un plan global qui comprend plus de 1000 logements". Le géographe Hervé Vieillard-Baron précise que c'est un aménagement en rupture avec le tissu urbain existant.

Ces grands ensembles, dont plusieurs centaines ont été construits en France (pendant 20 ans, on estime à 300 000 le nombre de logements construits ainsi par an, 6 millions au total), ont permis un large accès au confort moderne (eau courante chaude et froide, chauffage central, équipements sanitaires, ascenseur...) pour les ouvriers des banlieues ouvrières, les habitants des habitats insalubres, les rapatriés d’Algérie et la main-d’œuvre des grandes industries.
C'est que la crise du logement était profonde en France au début des années 50 : au recensement de 1954, 42 % des logements n’avaient pas l’eau courante et 90% pas de salle d’eau. Par manque de toit, on mourrait même de froid dans les rues des grandes villes (comme à l'hiver 1954, ce qui provoqua le fameux appel de l'abbé Pierre sur Radio-Luxembourg).
De 1959 à 1967, des ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité) sont alors créées pour tenter de répondre à cette demande de logements. Ces ZUP étaient destinées à permettre la création ex-nihilo de quartiers nouveaux, avec leurs logements mais également leurs commerces et leurs équipements (qui, souvent, ne suivirent pas). En 10 ans, 195 ZUP sont aménagées, ce qui correspond à 803 000 logements.
Le principe était de construire vite et pas cher. On favorisa alors les grandes opérations, les constructions en séries, les formes simples (barres, tours) et la préfabrication. Permettant un gain de temps et d'argent, cette préfabrication autorisait en outre de faire appel à une main d'œuvre peu qualifiée, souvent d'origine immigrée.

Le Haut-du-Lièvre, construit à partir de 1958 au-dessus de Nancy, est notamment constitué de deux barres géantes : le Cèdre bleu (400 mètres, 15 niveaux, 917 logements) et le Tilleul argenté (300 mètres, 17 niveaux, 716 logements), les plus longues de France.
Bernard Zehrfuss, l'architecte responsable de cette abomination, a déclaré "Plus qu’une extension, le Haut-du-Lièvre constitue en réalité une ville satellite de Nancy qui devrait d’ici vingt ans atteindre 25 à 30 000 habitants. La composition de ce nouveau centre est volontairement rigide, sévère même. Nancy, ville d’ordre et de tradition, n’aurait pu supporter un ensemble baroque à ses portes."
Il faut quand même savoir que ce monsieur fut architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux en 1956, et inspecteur général de 1965 à 1968 ! CQFD...

Cependant, le modèle des grands ensembles montre rapidement ses limites. Alors que le programme des ZUP voulait éviter de créer des cités dortoirs, elles restent au final des secteurs impersonnels, souvent marqués par une architecture très standardisée, avec une sur-représentation de l'habitat social.
En 1965, le programme des villes nouvelles est lancé, se voulant, déjà, en rupture avec l'urbanisme des grands ensembles, et en 1969, les ZUP sont abandonnées au profit des ZAC, créées 2 ans plus tôt.
Enfin, le 21 mars 1973, une circulaire ministérielle est signée par Olivier Guichard, ministre de l'Équipement, du Logement et des Transports, "visant à prévenir la réalisation des formes d'urbanisation dites "grands ensembles" et à lutter contre la ségrégation sociale par l'habitat". Elle interdit toute construction d'ensembles de logements de plus de 500 unités. La construction des grands ensembles est définitivement abandonnée.

Mais c'est trop tard. Le mal est fait. Ces grands ensembles se retrouvent en France fréquemment en crise sociale profonde à partir des années 1980 et se mettent à faire la une de l'actualité. C'est ce qu'on appellera la "crise des banlieues". Dégradation du cadre de vie, chômage et promiscuité engendrent trafics en tous genres, braquages, agressions, guerres de gangs. Les "cités" deviennent des lieux de non droit, comme celle des Tarterêts à Corbeil-Essonnes (91) ou celle de la Grande Borne à Grigny (91). [Voir plus loin le cas exemplaire de "La Grande Borne"]
Une politique de la ville est bien mise en place mais le mal est profond ; on tente de réhabiliter mais ça coûte très cher et ce n'est souvent qu'un emplâtre sur une jambe de bois, faute de vision d'ensemble. Il faudrait tout repenser ! Ou alors on préfère détruire, si possible devant les caméras (les 4000 à La Courneuve), faire table rase du passé. Mais l'essentiel ne serait-il pas avant tout de repenser entièrement l'urbanisme des villes ?

La Charte d'Athènes s'est avérée à l'usage être une monumentale erreur dont nous allons sans doute encore longtemps payer le prix.
Pourtant, dès 1953, le « Team 10 » par exemple, remettait en cause les principes de cette Charte et de ses conceptions rationalistes (c'est à dire la création de zones indépendantes pour les quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures de transport). Le mouvement « Mars 1976 », co-fondé par Jean Nouvel, est une autre contestation.
Adoptée par les participants à la conférence européenne sur les villes durables qui s'est tenue dans la ville danoise d'Aalborg le 27 mai 1994, la Charte d'Aalborg se présente comme une anti charte d'Athènes, prônant une densité et une mixité des fonctions urbaines au service du développement durable.
Ce sera le grand chantier du XXIe siècle.

Á suivre, deux exemples de grand ensemble, deux histoires édifiantes :


La Grande Borne à Grigny (91)
En 1965, désirant reloger les habitants chassés du sud de la capitale en pleine rénovation, l'État charge l'architecte Emile Aillaud de la conception d'une vaste cité HLM sur le territoire des communes de Grigny et Viry-Châtillon, au lieu-dit « La Grande-Borne », situé à proximité de l'autoroute A6.


Construite de 1967 à 1971, la cité de la Grande Borne se différencie nettement des nouveaux ensembles d'habitations édifiés durant cette période. Désireux de lutter contre l'uniformité de la préfabrication, Émile Aillaud place l'enfant au cœur du projet et crée un quartier original de 3775 logements, où s'intercalent courbes et éléments droits, décorations, rues piétonnes et immeubles de faible hauteur (deux à quatre étages), grands terrains de jeux et espaces verts regroupés en un labyrinthe de sept quartiers ayant chacun un type de décor différent.
Spacieux et bien agencés, les appartements offrent aux premiers locataires un confort moderne jusqu'ici inaccessible, avec chauffage central, salle de bains,... Chacun découvre avec émerveillement un environnement ludique et déroutant, facilitant les relations de voisinage dans un espace replié sur lui-même.

En quelques années, avec la construction de la Grande Borne et de la copropriété de Grigny II (5000 logements), la commune de Grigny passe de 3000 à 27000 habitants.
Mais les locataires déchantent rapidement. Sans concertation ni réflexion, les projets de la Grande Borne et de Grigny II ont été imposés par les pouvoirs publics, sans équipements collectifs, infrastructures, ni activités économiques. Coupée du centre-ville par l'autoroute du sud, la Grande Borne manque de tout : écoles, commerces, bureau de poste, emplois, crèches, transports.

La situation des familles se dégrade. Vers la fin des années 70, avec la crise économique qui frappe le pays, un climat d'insécurité sociale se répand et stigmatise une population de plus en plus fragile.
De plus, les malfaçons du bâti ne tardent pas à apparaître.
En effet, si l'architecture et la conception de la cité étaient originales, la qualité de la construction laisse à désirer. Comme trop souvent dans les grands ensembles, l'édification de la Grande Borne s'est faite très vite, grâce à l'industrialisation du bâtiment, à l'utilisation massive du béton et du « chemin de grue » (voie ferrée sur laquelle roule une grue qui pose les composants de l'immeuble). Les réalisations sont tellement bâclées que peu d'années après l'occupation des logements, un grand nombre de locataires ont déjà à subir la condensation et les infiltrations d'eau à travers les panneaux de façade, qui entraînent des moisissures dans les appartements. L'humidité envahit les pièces et pourrit les murs. Les malfaçons touchent rapidement l'ensemble de la cité, si bien qu'en 1982, plus de 750 logements sont déclarés insalubres.

Mais la Grande Borne n'est pas une exception. L'image négative des grands ensembles est déjà perceptible au milieu des années 60. La « sarcellite » - ou « le mal des grands ensembles » - dont un journaliste du Figaro s'était fait l'écho dès 1963 -, apparaît comme un phénomène de crise sociale plus globale - « la crise des banlieues » - qui empire au fur et à mesure de l'augmentation de la précarité de familles issues le plus souvent de populations « en difficulté ». Des incidents éclatent au début des années 80, dans les banlieues lyonnaises et parisiennes, et font prendre conscience aux pouvoirs publics des effets dévastateurs des logiques de ségrégation et d'exclusion souvent à l'œuvre dans ces quartiers.

Les locataires et la municipalité de Grigny manifestent afin d'obliger l'Etat à prendre ses responsabilités.
En 1982, le quartier de la Grande Borne est déclaré « îlot sensible régional ». Des crédits exceptionnels sont progressivement octroyés pour la mise à niveau des équipements et services. La cité fait l'objet d'une réhabilitation de 1983 à 1990.

Pourtant, un article du Monde de 2008 résume la situation actuelle : « Á Grigny, le commissariat est protégé par des filets de sécurité d'une dizaine de mètres de hauteur censés interdire d'éventuelles attaques par des émeutiers. Un bunker gris qui résume la situation de cette ville de 25 000 habitants, dans l'Essonne, considérée par la police comme la plus sensible d'Ile-de-France à cause de ses deux quartiers difficiles, Grigny-2 et la Grande Borne. Depuis trois ans, en effet, cette dernière cité, à cheval sur Grigny et Viry-Châtillon, coincée entre l'autoroute A6 et les quatre voies d'une route nationale, n'a jamais cessé d'occuper le devant de la scène des violences urbaines. »

Émile Aillaud serait surpris s'il revenait visiter SON œuvre... Cet architecte, opposé aux principes de la Charte d'Athènes, a pourtant tenté d'introduire d'autres valeurs que celles dictées par les exigences fonctionnelles. Refusant la logique « effrayante » du chemin de grue, il postulait pour une vision plus poétique (les tours nuages de Nanterre c'est lui aussi) et culturelle de l'architecture et recherchait des solutions novatrices et humaines.
Hélas on voit bien avec l'exemple de la Grande Borne que c'est la logique même de grands ensembles qui était mauvaise, car fondée sur une abstraction – rejet de l’histoire urbaine comme du site naturel - que l’architecte Roland Castro qualifiera plus tard de « rationalisme totalitaire » dans lequel l'homme était réduit à un simple concept, une sorte d'« homme standard » qui pouvait ainsi être facilement « quantifié ». Mais l'homme n'aime pas être mis dans des cases, fussent-elles pourvues de tout le confort moderne. Et c'est bien l'idéologie de Le Corbusier et de la Charte d'Athènes qui fut en grande partie à la base de ce désastre.


Billardon à Dijon (21)
La cité Jean-Billardon était une barre de 14 étages et de 250 logements desservis par des coursives placées tous les trois niveaux, déclinaison appauvrie du modèle de la Cité radieuse de Le Corbusier (inaugurée le 14 octobre 1952). Elle a été le premier grand ensemble de la ville de Dijon, construit entre 1953 et 1955. Elle fut la toute première à expérimenter en France le procédé de préfabrication Estiot, réutilisé par la suite pour la construction de plusieurs grands ensembles, comme la Cité des 4 000 à la Courneuve, ou le Haut-du-Lièvre à Nancy.

La barre Billardon a été démolie en 2003.
Stigmatisé comme une véritable « verrue » dans le quartier, l’immeuble était devenu un véritable cauchemar : dégradations, violence, difficultés et « mal-vivre » constituaient le quotidien de locataires excédés, souvent « assignés à résidence ». Bagarres, agressions, cambriolages, drogue, vitres brisées, ascenseurs en panne alimentaient manchettes de journaux et témoignages, décrivant le naufrage d’un immeuble à la dérive, devenu symbole de tous les maux.
La démolition paraissait inéluctable, comme une délivrance, la promesse d’un avenir meilleur. Les partenaires institutionnels se devaient de mettre en scène leur capacité à changer la vie des habitants du quartier, réparer les erreurs d’une période de l’urbanisation contemporaine, dont Billardon était l’un des symboles les plus représentatifs.
Pourtant, de son côté, la Direction de l’architecture et du patrimoine (DAPA) du ministère de la Culture avait décidé de répertorier la Cité Billardon parmi les immeubles représentatifs de l’architecture du XXe siècle. L’immeuble avait ainsi reçu le label « Patrimoine du XXe siècle » à la fin des années 1990.

Alors, richesse patrimoniale, Billardon ? Ou héritage encombrant ?
Patrimoine ou pas, les élus locaux ont tranché, tout aussi pressés de détruire l'immeuble que l'État l'avait été de le construire. Dans les deux cas on est bien loin d'une vraie vision de la ville, car cela exigerait un travail d’enquête, d’expertise, une capitalisation des expériences, rarement mis en œuvre puisqu'on est toujours dans l'urgence et qu'on occulte le rôle crucial de l’accompagnement qualitatif et de la sensibilisation des élus, des services de l’État et des collectivités, des opérateurs et des aménageurs, des bailleurs.
En effet, faute de vraies études, de nombreuses communes mobilisées dans des programmes d’intervention n’ont qu’une vision très partielle de l’histoire de ces quartiers, de leurs évolutions, dont les conséquences ne sont envisagées le plus souvent qu’à travers le prisme d’une crise sociale impossible à juguler. Or, n’est-il pas singulier, voire dangereux, d’entreprendre des opérations de transformation urbaine aussi radicales, sans même commencer par chercher à comprendre comment, par qui et pour quelles raisons ces espaces ont été construits ou transformés, sans évaluer dans certains cas l’impact des politiques précédemment engagées ? Pour qu'au moins les erreurs du passé servent à quelque chose...

[Dossier monté en partie à partir du document "HISTOIRE DES GRANDS ENSEMBLES, MÉMOIRE DES HABITANTS" du Centre de Ressources Politique de la Ville en Essonne]

Graphisme
12 septembre 2010
Le graphisme [ou "design graphique"] est une discipline qui consiste à créer, choisir, utiliser des éléments graphiques (illustration, police de caractère, photo, couleur, etc.) pour élaborer un objet de communication et/ou de culture.
Le graphisme est un art dit appliqué au sens où il répond à une fonctionnalité : celle de communiquer par le visuel. Il revêt diverses formes. Affiches, livres, presse, signalétique, emballages, sites internet, logos, identités visuelles, pochettes de CD, génériques de films, typographies sont les supports et les médias sur lesquels les graphistes sont invités, par les commanditaires qui font appel à eux, à créer des projets visuels répondant à une demande et un besoin de communication.
Chacun des éléments est symbolique et signifiant dans la conception du projet, selon les axes définis éventuellement avec d'autres intervenants du domaine de la communication, dans le but de promouvoir, informer ou instruire.
Selon ses domaines d'intervention, il fait partie de la chaîne graphique liée à l'imprimerie ou à d'autres médias. Bien qu'aujourd'hui le terme "design graphique" soit parfois jugé trop vague par certains (particulièrement en France et en Suisse), il devient de plus en plus populaire dans les pays de la francophonie et est généralement préféré au terme graphisme au Québec et dans le Canada francophone.



Graphiste(s)
14 novtembre 2010
Un graphiste est un professionnel de la communication qui conçoit des solutions de communication visuelle. Il travaille sur le sens des messages à l'aide des formes graphiques qu'il utilise sur tout type de supports. Ses connaissances reposent sur la typographie, l'usage des signes et des images, l'art de la mise en page. Le graphiste peut s'exprimer dans le domaine de l'imprimé (édition), de l'interactivité (web, multimédia), de l'illustration ou de l'animation (motion design).
La profession du graphiste n'existe que depuis le milieu du xxe siècle. Auparavant, les publicitaires et leurs agents utilisaient les services de « dessinateurs publicitaires ». Ces spécialistes étaient avant tout des artistes visuels ; les typographes étaient chargés de la mise en page et de la composition du texte, les illustrateurs produisaient aussi bien des diagrammes rigoureux que les esquisses des plus rapides ; il y avait également les retoucheurs, les calligraphes et ceux chargés de la finalisation des dessins avant leur reproduction. La plupart de ces dessinateurs publicitaires maîtrisaient plusieurs spécialités à la fois, comme les affichistes par exemple.
Aujourd'hui, le graphiste a remplacé le dessinateur publicitaire au sein des agences, il travaille de surcroît à la mise en page de magazines, et à la maquette de journaux. L'artiste solitaire du début du siècle a désormais intégré une équipe qui constitue un des maillons de la chaine de l'industrie de la communication.

Tout au long de mon site, vous rencontrerez de nombreux graphistes célèbres, comme les Américains Saul Bass, Paul Rand ou Milton Glaser, le Polonais Henryk Tomaszewski, le Japonais Ikko Tanaka, les français Philippe Apeloig, Michel Bouvet et Catherine Zask, les Suisses Armin Hofmann, Josef Müller-Brockmann et Emil Ruder, et plein d'autres encore...

Gruau (René)
15 novtembre 2010
René Gruau, né en Italie en 1909 et décédé le 31 mars 2004, est un illustrateur et un affichiste franco-italien.
Son père était un aristocrate italien et « Gruau » est le nom de sa mère française.
Il s´installe à Paris dès 1924 et commence sa carrière de dessinateur de mode. Ses premiers dessins sont publiés en Italie, Allemagne et Angleterre...
C'est en 1947 que son ami Christian Dior lui commande le dessin publicitaire du Parfum miss Dior, ainsi que la fameuse Robe Bar ; le New Look est né...
Il a beaucoup travaillé pour le monde de la mode (les magazines Elle, Marie Claire, Vogue, International Textiles et des maisons de haute couture comme Dior, donc, mais aussi Chanel, Givenchy, Lanvin etc) ainsi que pour le Moulin rouge (série d'affiches dans les années 1960), Le Lido, ou les sociétés Air France, Maserati ou Cinzano.
Son utilisation fréquente du trio noir-rouge-blanc peut être lue comme une référence aux constructivistes russes.