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Kahlo (Frida)
26 octobre 2010



Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderón
 ou Frida Kahlo naît le 6 juillet 1907 dans la « Casa azul », actuel Musée Frida Kahlo, au milieu d’un quartier populaire de Coyoacán au sud de Mexico. Elle devient une artiste peintre majeure de la première moitié du XXe siècle avant de s'éteindre le 13 juillet 1954.

Enfance

À l'âge de 10 ans, Frida est atteinte par la poliomyélite, sa jambe droite s’atrophie et son pied ne grandit plus, ce qui lui vaudra le surnom de « Frida-la-boiteuse » par ses camarades de classe.
En 1922, à l'âge de 16 ans, elle intègre l'Escuela Nacional Preparatoria, considérée comme le meilleur établissement scolaire du Mexique. Elle souhaite alors devenir médecin.

L'accident
Le 17 septembre 1925, Frida prend le bus pour rentrer chez elle après ses cours mais l’autobus sort de la route et percute un tramway. Plusieurs personnes trouvent la mort lors de l’accident. Frida, elle, est grièvement blessée. Son abdomen est transpercé par une barre de métal et sa jambe gauche subit un grand nombre de fractures, onze au total. Son pied droit est également cassé. Le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont eux aussi touchés. L'épaule n'est que démise. Elle reste alitée pendant trois mois, dont un mois à l’hôpital. Mais environ un an après l’accident, elle doit retourner à l’hôpital, car on remarque qu’une de ses vertèbres lombaires est fracturée. Frida sera alors contrainte de porter durant neuf long mois des corsets en plâtre.
C’est alors qu’elle commence à peindre : pour l'aider, ses proches placent un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut alors se servir de son reflet comme modèle, ce qui est probablement l'élément déclencheur d'une longue série d'autoportraits (une cinquantaine parmi les 150 peintures qu'elle réalise au cours de sa carrière).
Au cours de sa vie elle doit subir une trentaine d'interventions chirurgicales, l'obligeant à rester souvent couchée sur un lit d'hôpital ou chez elle.
Diego Rivera
En 1928, Frida Kahlo s’inscrit au Parti communiste mexicain. Elle s’intéresse particulièrement à l’émancipation de la femme et a décidé, dès son jeune âge, de ne pas suivre le même parcours que la plupart des femmes mexicaines. Elle veut voyager, étudier, elle veut la liberté et le plaisir.
Cette même année, Frida rencontre Diego Rivera (1886-1957), un peintre mural qu'elle admire, dans l'auditorium de son école. Lorsqu'elle annonce son intention de l'épouser, son père a ce commentaire acide : « Ce seront les noces d'un éléphant et d'une colombe ». C'est que son futur mari a 21 ans de plus qu'elle et pèse 3 fois son poids. Ils se marient pourtant le 21 août 1929 et s’installent ensemble à Mexico dans un atelier. [Ci-contre, tableaux de Rivera]
En 1930 elle fait une fausse-couche. Après l’accident, on l'avait bien prévenue qu’elle ne pourrait sans doute jamais avoir d’enfant à cause de son bassin, fracturé en trois endroits. Mais un médecin, suite à cette première fausse couche, lui dit qu'elle pourrait peut-être accoucher par césarienne. Malgré cet espoir, elle fait une seconde fausse couche en 1932.

Trotsky
En 1935, Frida Kalho découvre que son mari a une liaison avec sa sœur, Cristina. Profondément blessée, elle quitte le foyer pour un appartement au centre de Mexico. Pendant cette période, elle a plusieurs relations extraconjugales, notamment avec d'autres femmes.
Début 1937, le président mexicain accorde l'asile politique à Léon Trotski. Lui et sa femme sont accueillis par Frida et Diego, à La Casa Azul. Une brève liaison que l'on dit passionnée se développa entre Trotski et Frida. À la fin de cette aventure, l'artiste lui offre « affectueusement » pour son anniversaire, le 7 novembre 1937, Autoportrait dédié à Léon Trotski où elle se montre sous son meilleur jour avec une dédicace : « Pour Léon Trotski, je dédicace cette peinture avec tout mon amour… ».

Les surréalistes
En septembre 1938, André Breton est envoyé à Mexico par le ministère des Affaires étrangères pour y prononcer une série de conférences. Avec sa femme Jacqueline Lamba, il est accueilli à Mexico par le couple Kahlo-Rivera. Frida Kahlo se défend d'être surréaliste : « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. » Breton, subjugué par Frida, dit d'elle un jour : « Frida est une bombe avec un ruban autour ». Une véritable et profonde amitié se nouera d'ailleurs entre Frida et Jacqueline.
En décembre 1938, Frida et Diego divorcent.
En 1939 Frida se rend à Paris à une grande exposition sur le Mexique organisée par son gouvernement. Elle loge chez André Breton et rencontre les peintres Yves Tanguy, Picasso et Vassili Kandinsky. Mais elle n'aime pas Paris, qu'elle trouve sale, et la nourriture ne lui convient pas ; elle attrape une colibacillose. L'exposition lui déplaît également et elle se sent « envahie par cette bande de fils de putes lunatiques que sont les surréalistes ». Par-dessus le marché, on refuse d'exposer ses œuvres, à cause de la crudité des tableaux. Dans une lettre, elle fait part de son profond dégoût pour les intellectuels parisiens : « Ils ont tellement de foutus intellectuels pourris que je ne peux plus les supporter. Ils sont vraiment trop pour moi. J'aimerais mieux m'asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d'avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris… Bon sang ! ça valait la peine de venir jusqu'ici juste pour comprendre pourquoi l'Europe est en train de pourrir, pourquoi tous ces incapables sont la cause de tous les Hitler et les Mussolini. »

Viva la vida
En décembre 1940, Diego et Frida se remarient. Mais elle a posé ses conditions : elle ne veut plus dépendre de lui financièrement, et elle ne veut plus de rapports sexuels. Il accepte.
En 1943, elle dirige une classe de peinture à l’Académie des Beaux Arts. Mais sa mauvaise santé l'oblige à enseigner chez elle. Des douleurs permanentes dans le pied droit et dans le dos l’empêchent de marcher correctement. Elle doit porter un corset de fer (que l’on retrouve dans La colonne brisée). En juin 1946, elle subit une opération de la colonne vertébrale qui lui laisse deux immenses cicatrices dans le bas du dos.
En 1950 l’état de santé de Frida Kahlo s'aggrave encore et elle doit rentrer à l’hôpital ABC de Mexico. Elle y reste neuf mois. En août 1953, on lui ampute sa jambe droite jusqu’au genou. Cette opération apaise ses souffrances mais la plonge dans une profonde dépression.
Atteinte d ’une pneumonie, Frida Kahlo meurt dans la nuit du 13 juillet 1954, à 47 ans. Les derniers mots de son journal sont « J'espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir… ». Pourtant, en travers de son dernier tableau, peint juste avant de mourir, elle a écrit : « Viva la Vida ».
Diego Rivera meurt trois ans plus tard.

Hollywood a consacré un film à cette artiste attachante, Frida (2002), avec Salma Hayek dans le rôle titre.

Kandinsky (Vassily)

09 mai 2010
Vassily Kandinsky est un peintre russe et un théoricien de l’art né à Moscou le 4 décembre 1866 et mort à Neuilly-sur-Seine le 13 décembre 1944.
Considéré comme l’un des artistes les plus importants du XXe siècle aux côtés notamment de Picasso et de Matisse, il est le fondateur de l'art abstrait : il est généralement considéré comme étant l’auteur de la première œuvre non figurative de l’histoire de l’art moderne, une aquarelle de 1910 qui sera dite abstraite (ci-dessous, au milieu).
Kandinsky est né à Moscou mais il passe son enfance à Odessa. Il s'inscrit à l’Université de Moscou et choisit le droit et l’économie. Il décide de commencer des études de peinture (dessin d’après modèle, croquis et anatomie) à l’âge de 30 ans. En 1896 il s’installe à Munich où il étudie à l’Académie des Beaux-Arts.
En 1909, il est nommé président de La Nouvelle association des artistes munichois (NKVM) et organise les expositions de 1909 et 1910 pour présenter le travail des fauvistes et des premiers cubistes. Dans le catalogue réalisé lors de la seconde exposition, il commença à introduire sa théorie de l’art qui s’acheva, deux ans plus tard, lors de la publication de son livre Du Spirituel dans l’Art. En 1912, après avoir donné sa démission de l’association (qui a refusé une de ses toiles, trop grande), il fonde, avec Franz Marc et quelques autres (August Macke, Gabriele Münter, Alexej von Jawlensky, Marianne von Werefkin, Paul Klee),  Der Blaue Reiter (Le cavalier bleu). Le groupe se disperse avec la guerre où Macke et Marc perdent la vie ; Kandinsky menacé d’internement comme ennemi étranger, s’enfuit en Russie.
En conflit avec les théories officielles de l’art, il retourne en Allemagne en 1921. Il y enseigne au Bauhaus à partir de 1922 jusqu’à sa fermeture par les nazis en 1933. Il émigre alors en France et y vit le reste de sa vie, acquérant la nationalité française en 1939. Il s'éteint à Neuilly-sur-Seine en 1944, laissant derrière lui une œuvre abondante et diverse, allant du fauvisme au constructivisme et à l'abstraction géométrique, en passant par des tableaux (Moscou I) très proches de ceux d'un autre franco-russe célèbre, Marc Chagall.

[Composition VIII, un autre de ses tableaux, se trouve sur ma page consacrée à l'histoire de la peinture]
Kiki de Montparnasse
03 novembre 2010
Qui ne connait pas la photo de Man Ray, Le violon d'Ingres ? La femme ayant prêté son dos pour ce célèbre cliché se faisait appeler Kiki de Montparnasse.

Née Alice Ernestine Prin le 2 octobre 1901 à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or), surnommée la Reine de Montparnasse, elle fut modèle (et parfois muse et amante) de photographes (Man Ray, Julian Mandel) et de peintres (Foujita, Gwozdecki, Kisling, Mendjizky, Modigliani, Soutine) célèbres, mais également, chanteuse, danseuse, gérante de cabaret, peintre et actrice de cinéma et anima le quartier Montparnasse durant l’entre-deux guerres (1921-1939).
Forcée de travailler dès 13 ans, Alice est successivement brocheuse, fleuriste, laveuse de bouteille chez "Félix Potin" et visseuse d’ailes d’avion. En 1917, elle est bonne à tout faire chez une boulangère, place St-Georges. Se révoltant contre les mauvais traitements qu’elle subit, elle est renvoyée. Pour gagner de quoi vivre, elle pose nue chez un sculpteur, ce qui cause une violente dispute avec sa mère qui l’expulse hors de chez elle malgré l’hiver. Elle est recueillie par le peintre Chaïm Soutine.
En 1918, elle connaît enfin l'amour avec un artiste polonais, Maurice Mendjizky : « Je suis en ménage avec un peintre. Ça n'est pas la richesse, mais, quelquefois, on mange ! ». Elle vivra trois ans avec lui.
Elle pose pour Modigliani, Kissling et Foujita dont le " Nu couché à la toile de Jouy" sera l'événement du Salon d'automne de 1922. Elle adopte sa coiffure au bol, ses yeux abondamment soulignés de khôl, ses lèvres peintes de rouge vif et le pseudonyme Kiki. Mais elle est embêtée par ce qu'elle considère comme une tare physique qu'elle explique ainsi : « Je n'aime pas beaucoup poser, explique Kiki, car j'ai le système pileux assez peu développé à certain endroit et je suis obligée de me maquiller avec un crayon noir. » Cela amusait d'ailleurs beaucoup Foujita qui disait, avec son accent : « C'est igolo, pas poils ! »
En 1921, elle devient la compagne et le modèle préféré de Man Ray qui trouve son physique « de la tête aux pieds, irréprochable ». Il lui fait rencontrer les dadas Tristan Tzara, Francis Picabia et les surréalistes Louis Aragon, André Breton, Paul Éluard, Max Ernst et Philippe Soupault. Calder, également, qui fait plusieurs portraits en fil de fer.
La vie de Kiki est dès lors un parcours artistique, dont elle n'est pas simplement un outil voire une inspiratrice, mais véritablement l'une des actrices majeures. Car c'est autant sinon plus le caractère de Kiki que son corps que les peintres, sculpteurs et photographe(s) saisissent au passage. On dit de ce genre de personnes qu'elles sont un roman à elles seules ; ici, Kiki incarne mieux que personne tout une époque artistique.
On venait de loin pour la voir et l'entendre, sa photo faisait la une des magazines, elle avait tout : argent, bijoux, fourrures, voitures.
En 1929, Man Ray devient l'amant de Lee Miller et Kiki devient la maîtresse du journaliste Henri Broca. Ce dernier fonde le magazine "Paris-Montparnasse" dans lequel paraissent les premiers chapitres du livre de souvenirs que Kiki s'apprête à publier (censurés, ils dormiront finalement 65 ans avant d'être publiés).
C'est cette même année qu'a la suite d'un de ses tour de chants (grivois) elle est élue Reine de Montparnasse ; consécration dûment fêtée à la Coupole.
Mais buvant trop et se nourrissant mal, à 33 ans Kiki pèse 80 kg. Ce qui ne l’empêche pas de poser pour le peintre Per Grogh qui trouvant sa « croupe très belle », dit qu'elle lui fait penser « à un trois-mâts toutes voiles dehors ».
En 1936, Kiki ouvre son propre cabaret "L'Oasis" qui deviendra "Chez Kiki".

Quand survint la Seconde Guerre mondiale, Kiki de Montparnasse vit la fin de sa gloire, puis la tragédie de la décrépitude. Elle bascule dans la misère, allant d'un café à l'autre, de table en table, pour faire les lignes de la main. Alcoolique et droguée, elle meurt en 1953, emportant avec elle le souvenir d'une immense richesse et de la gloire passée de Montparnasse. Seul Foujita assiste à son enterrement au cimetière de Thiais.

Koolhaas (Rem)

11 juillet 2010
Rem Koolhaas (prononcez "rèm kolas") est né le 17 novembre 1944 à Rotterdam, aux Pays-Bas. C'est un architecte et urbaniste néerlandais.
Ancien journaliste, il étudia l’architecture à Architectural Association de Londres. Il est connu pour son ouvrage S,M,L,XL, associé au graphiste Bruce Mau. Il est aussi petit fils d'architecte : son grand père fut un des proches de Oud et Rietveld. Son Cousin Teun Koolhaas fut aussi architecte. Ils participèrent ensemble au projet de Jo Coenen pour l'étude de destination du Groene Hart.

Son agence OMA (Office for Metropolitan Architecture, soit le bureau pour une architecture métropolitaine) fondée en 1975 et basée à Rotterdam, se fait connaître à travers la réalisation de projets architecturaux, de concepts urbains et de nombreuses recherches analytiques culturelles.
Son architecture à base de volumes simples, de porte-à-faux, est anguleuse et prismatique et fait la part belle aux surfaces vitrées. C'est un architecte majeur dont les projets fleurisent aux quatres coins du monde. En 2000, le Prix Pritzker lui a été décerné.


Korolev (Sergueï)

15 mai 2010
À la Conquête de l’Espace
est une série télévisée de quatre épisodes produite par la BBC ; elle relate la course à l'espace entre les russes et les américains entre 1944 et 1969. La série fut diffusée pour la première fois entre les mois de septembre et octobre 2005 sur la BBC2 puis fut ensuite diffusée en France et en Allemagne sur Arte.
Cette série nous tient véritablement en haleine en mettant en avant la rivalité entre les scientifiques Wernher von Braun (concepteur des V2 allemands pendant la seconde guerre mondiale, récupéré par les américains après la défaite nazie) et Sergueï Korolev, qui va devenir le père de l'astronautique soviétique.

Sergueï Korolev y apparait comme un homme charismatique, travailleur acharné, à la volonté implacable (et il lui en a fallu !), assumant toujours ses décisions, et dont l'ampleur des réalisations exécutées sous sa direction reste proprement incroyable.

Le début
Né en 1907 en Ukraine, qui fait alors partie de la Russie impériale, il part à Moscou en 1925 pour y terminer ses études à l'Université Technique d'État de Moscou, dont il sort diplômé en 1929.
C'est au cours de l'année 1930 que Korolev s'intéresse à l'utilisation de carburant liquide pour la propulsion par moteur-fusée, cherchant à utiliser cette technologie pour la propulsion des avions. En 1931, il participe à la création du GIRD, l'un des premiers centres parrainés par l'État soviétique pour le développement de fusées. En mai 1932, il est nommé chef du groupe.
L'intérêt militaire pour cette nouvelle technologie grandit et, en 1933 nait l'institut de recherche sur la propulsion par réacteur (en russe RNII), dirigé par l'ingénieur militaire Ivan Kleimenov. A l'intérieur de cette structure travaille un certain nombre de chercheurs qui sont d'ardents défenseurs des voyages dans l'espace, comme Valentin Glouchko. Devenu chef adjoint, Korolev trouve naturellement à s'employer dans la supervision des différents projets.

Au Goulag !
Hélas, le 22 juin 1938, il est arrêté pendant la Grande Terreur menée par Staline. Dénoncé par son collègue Valentin Glouchko, lui-même torturé pour de faux crimes et qui dénonce Korolev au hasard, il est jugé pour activité anti-soviétique. Condamné à dix ans de travaux forcés à l'issue du procès, il est déporté dans un camp du Goulag. Pendant cette période, il sera torturé et aura la mâchoire fracassée pendant un interrogatoire au cours duquel il perd toutes ses dents. Il ne doit la vie sauve qu'à Andreï Tupolev qui demande et obtient en 1940 son transfert dans une équipe de conception d'avions de combat. Cette équipe, qui travaille derrière les barreaux, participe au développement du célèbre lance-roquettes Katioucha

Après la guerre
Les américains récupèrent in extrémis Wernher von Braun, qui a choisi de se rallier aux Américains avec la majorité de son équipe, et, poursuivi par les SS, s'est caché dans une grotte. L'URSS récupère des techniciens généralement d'un rang inférieur ainsi qu'une partie des usines de production des fusées V2 puis s'empresse de contacter ses meilleurs ingénieurs, y compris Glouchko, pour exploiter les informations recueillies. Celui-ci recommande personnellement Korolev (peut-être pour se racheter), finalement relâché après 6 ans de Goulag et chargé de récupérer la technologie de la fusée V2.

La conquête de l'espace
Pour de soi-disant raisons de sécurité, le nom de Korolev va demeurer absent des communiqués officiels, bien qu'il soit le maître d'œuvre du programme spatial de l'Union soviétique, lancé dès la fin de la Guerre.
La conquête de l'espace répond alors surtout à des objectifs militaires.
Korolev reçoit le cahier des charges suivant : créer un missile balistique intercontinental capable de transporter une bombe H de 5 tonnes sur 8000 km.
Ce sera la fusée R-7 dite « Sémiorka » en groupant plusieurs faisceaux de moteurs - un seul moteur aurait été incapable de fournir la poussée suffisante pour transporter une telle charge, en se gardant la possibilité de l'utiliser également comme lanceur spatial, car il n'oublie pas son rêve d'exploration de l'espace.
Mais pour lancer un satellite dans l'espace, il doit convaincre les membres du parti ainsi que les militaires, qui sont sceptiques. La volonté de Korolev est strictement scientifique ; il s'appuiera pourtant sur des arguments militaires (forte charge utile et grande portée), politique (propagande de la réussite technique soviétique face aux États-Unis) voire stratégique (la possibilité de satellite espion) pour pouvoir lancer ce programme.

Et ce sera une incroyable réussite !
- Le 4 octobre 1957, une fusée R7 lance le premier satellite artificiel dans l'espace, le Spoutnik-1.
- Le 3 novembre 1957, il envoie le premier animal terrestre dans l'espace, la chienne Laïka.
- Le 4 janvier 1959, la sonde Luna-1 effectue le premier survol de la Lune.
- Le 14 septembre 1959, premier impact d’un objet construit par l’homme (sonde Luna- 2) sur la Lune.
- Le 5 octobre 1959, premières photos de la face cachée de la Lune par la sonde Luna-3.
- Le 12 avril 1961, via le programme Vostok, Youri Gagarine devient le premier homme dans l'espace.
- Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova devient la première femme dans l'espace.
- Le 18 mars 1965, Alexeï Leonov effectue la première sortie dans l'espace.

Sous sa direction sont aussi lancés les premiers satellites-espions et les premiers satellites de télécommunication, contribuant dans une large mesure au renforcement des potentiels économique et défensif du pays.

La fin
Hélas, les profonds désaccords entre Korolev, en charge du développement de la grande fusée N1 (l'équivalant russe de Saturn V), et Valentin Glouchko, le responsable des programmes spatiaux soviétiques, notamment sur le type de carburant à utiliser, couplés à la lourdeur bureaucratique soviétique, vont finalement ruiner tous ses efforts de conquête de la lune.
Affaibli par la pression exercée par le Politburo et sa charge de travail, Korolev subit une chirurgie exploratrice qui révèlera des polypes intestinaux. Son cœur, affaibli par les six années de Goulag, ne résiste pas à l'anesthésie ; il meurt d'un arrêt cardiaque le 14 janvier 1966, à cinquante-neuf ans.
Le 21 juillet 1969, Appolo XI se pose sur la lune. Peu de temps avant sa disparition Korolev avait dit : "Que ce serait bien d'avoir encore dix ans devant moi !" Les américains auraient-ils été les premiers si Korolev avait été exaucé ?

« C'était un grand homme maltraité par l'Histoire et qui n'a jamais été reconnu à sa juste valeur. Le comité des Nobel voulait lui décerner le prix. Quand les savants ont transmis un message à Khrouchtchev lui demandant de révéler l'identité du véritable concepteur des Spoutnik, celui-ci s'est contenté de répondre : "C'est le peuple soviétique." Sergueï en a été profondément blessé. Je crois même qu'il ne s'en est jamais remis. » [Interview de sa fille, Natalia]
Car son nom n'est finalement révélé au public que le jour de ses funérailles, en janvier 1966, quand Leonid Brejnev - le successeur de Khrouchtchev - porte ses cendres sur la place Rouge, pour qu'elles soient entreposées à la nécropole du mur du Kremlin.

Le président Vladimir Poutine lui a finalement rendu hommage le 12 janvier 2007, à la veille du centième anniversaire de sa naissance.