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Yokoo (Tadanori)
27 octobre 2011


Tadanori Yokoo est un graphiste et un plasticien japonais né en 1936 qui jouit dans son pays d'une immense popularité et d'une non moins grande reconnaissance internationale pour son travail de graphiste qui, dans les années 60 et 70, totalement à contre-courant de ce qui se faisait alors dans son pays, lui a permis d'inventer une nouvelle esthétique japonaise.

D'abord graphiste, Tadanori Yokoo commence sa carrière au moment où le Japon connait une croissance extrèmement rapide (le PNB double au cours de la décénie 60). En 1964, les Jeux Olympiques se tiennent à Tokyo. Prévus en 1940 et suspendus à cause de la guerre, il sont pour les Japonais le signe du rétablissement du pays, totalement ruiné après la défaite. Le lancement du Shinkansen (TGV japonais) la même année les confirme dans cette idée. La foi en la technologie et en l'avenir du pays connait son apogée en 1970 avec l'Exposition Universelle d'Osaka.
Jusque là, la société japonaise avait perdu une bonne partie de ses repères. L'occupation américaine fut en effet le point de départ d'un important changement culturel, né tant des apports des soldats américains (nouveaux styles musicaux tels que le rock'n'roll, alimentation, habillement et même apparence physique, la mode féminine du débridage des yeux restant populaire jusque dans les années 1970) que du traumatisme de la défaite (en particulier les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki).
Ceci explique que dans une partie de la population, parrallèlement à cette croissance, la contestation monte contre le régime (encore plus ou moins sous la tutelle des États-Unis qui a mis en place une nouvelle constitution, le pays est dirigé par le PLD - droite conservatrice -, l'Empereur japonais bénéficiant d'un simple titre honorifique, sans pouvoir réel sur les affaires du pays) ou contre la société de consommation - contestation tragiquement mise en scène par Yukio Mishima qui se fait hara-kiri après une tentative avortée de coup d'état.

25 Novembre 1970 : « L'écrivain japonais le plus populaire de sa génération, Yukio Mishima, s'est livré aujourd'hui au seppuku, sacrifice rituel hérité des samouraïs, après avoir vainement tenté un coup d'Etat ce matin. Mishima s'est rendu au Ministère de la Défense à Tokyo et a pris en otage le commandant en chef des forces d'autodéfense nippones.
Celui qui fut par trois fois pressenti au Prix Nobel de Littérature souhaitait le retour à une société traditionnelle, où l'autorité impériale serait restaurée - il a d'ailleurs fondé en 1967, année de son engagement dans les forces d'autodéfense, la Société du Bouclier, milice privée chargée de la protection de l'Empereur. Sa volonté de remettre entre ses mains les rênes du pays s'est conclue aujourd'hui dans un bain de sang. L'écrivain japonais, hué par les troupes, n'a pas réussi à convaincre les soldats de le suivre et s'est retiré pour s'éventrer à l'aide d'un poignard traditionnel.
[Le seppuku, littéralement "coupure au ventre", est hérité de la tradition des samouraïs, lorsqu'ils se refusaient à obéir aux ordres de leur hiérarchie. Interdit depuis 1868 au Japon, le seppuku peut également témoigner de la volonté de se repentir d'une faute ou de laver la honte d'un échec.]

Yukio Mishima, féru de culture traditionnelle japonaise autant que d'œuvres occidentales ( Oscar Wild, Rainer Maria Rilke) a écrit sa première nouvelle à 12 ans et s'est fait connaître à 24 avec Confessions d'un Masque (1949), récit autobiographique d'un jeune homosexuel qui cache son orientation sexuelle. Éclectique, Mishima ne s'adonne pas uniquement au genre autobiographique, il écrit aussi des fictions pures ou inspirées de faits divers et varie les formes littéraires : roman mais également nouvelles ou même théâtre.
La carrière de Mishima témoigne des visages multiples de l'auteur japonais, qui a toujours cultivé le paradoxe. A la fois foncièrement nationaliste et imprégné de culture occidentale, il exprime librement dans ses œuvres des tendances homosexuelles qu'il refoule dans sa vie privée. Un personnage complexe, à la fois exalté et introverti, qui a mis fin à ses jours par un acte qui, aujourd'hui, provoque la stupeur dans le monde entier. »
Ce contexte particulier favorise également la naissance d'un mouvement d'avant-garde appelé « Angura » qui tente d'innover dans les domaines du théâtre et de la danse (en jouant par exemple dans une tente de cirque) - et s'étendra à la musique, au manga, etc. C'est dans cette mouvance que Yokoo réalise ses premières affiches, parmis lesquelles "Having reached a climax at the age of 29, I was dead", un autoportrait en pendu, une rose à la main, "Koshimaki osen" (Osen et la ceinture de flanelle) pour le Situation Theater, ou "A la maison de M. Civeçawa" pour le théâtre Tenjyô Sajiki, œuvres totalement en rupture avec la tendance dominante de l'époque : le modernisme "à l'occidentale" - issu du "style international" - qui exclue toute référence trop japonisante. Yokoo au contraire va chercher son inspiration dans l'imagerie japonaise populaire de l'ukiyo-e (littéralement « images du monde flottant ») ou dans le motif récurent du Kyoku-Jitsu-Ki (drapeau de la marine impériale), au design festif et gai, mais qui rappelle en même temps le souvenir sinistre de la guerre, que les japonais voudraient oublier (il devient pourtant un des signes de reconnaissance de ses affiches). Du coup, il se retrouve vivement critiqué par les autres graphistes nippons, l'accusant de rabaisser le design japonais à un niveau vulgaire. C'est alors que plusieurs de ses affiches entrent au MoMA de New-York (1967). C'est la consécration. Du jour au lendemain, Tadanori Yokoo, qui était jusque là cantonné aux quartiers "underground" de Tokyo, devient une star au Japon. Lui et ses œuvres apparaissent partout, sur les magazines, dans les publicités, à la télévision.


A partir de 1968, il réalise des couvertures pour une revue littéraire, Chito Bara ("Le sang et la rose"), créée par Mishima et Shibusawa (traducteur des œuvres de Sade - censurées en 1960) et traitant de tous les sujets liés à l'érotisme. Il joue également le rôle principal dans Journal d'un voleur de Shinjuku de Nagisa Ōshima - mytique auteur de L'empire des sens et de Furyo. Il travaille aussi pour Issey Miyake - il fait les cartons d'invitations pour ses défilés -, réalise des pochettes d'album ("Opera from the Works of Tadanori Yokoo" de Toshi Ichiyanagi, 1969 ; "Amigos" de carlos Santana, 1976).
Mais Yokoo, accaparé par ses nombreuses commandes, se lasse (il a dit que, pour lui, le graphisme n'était qu'un boulot - on a du mal à le croire tant ses affiches sont "personnelles"), et aspire à autre chose. Il se tourne petit à petit vers la spiritualité. Puis, en 1981, il déclare vouloir désormais se consacrer à la peinture et stopper la réalisation de travaux de commandes. Il continue cependant à utiliser des techniques relevant plus du design graphique que de la peinture, reprenant les couleurs exubérantes des ukiyo-e, ou utilisant la surimpression, technique issue du monde de la photographie. Yokoo conjugue sa connaissance des techniques et des œuvres contemporaines occidentales (il fait de Francis Picabia son modèle et possède un savoir très précis en ce qui concerne l’histoire de l'art européen, depuis la Renaissance jusqu’aux surréalistes) avec un héritage japonais très important. Ses œuvres empruntent ainsi autant à Warhol, aux constructivistes russes, aux réclames américaines des années 1950 qu’à Utagawa, Hiroshige ou encore Hokusai... Il utilise en abondance la couleur rouge qui d'ailleurs en Extrême-Orient est la couleur noble par excellence, la couleur du pouvoir et de l'empereur. C'est aussi la couleur de la vie, de la mort et de la sexualité, par le sang qu'elle symbolise.

Il dit qu'il a dû se débarrasser des ses compétences graphiques pour être peintre, qu'il a même regretté d'avoir été graphiste (même si, avec l'apparition de texte dans ses dernières œuvres - "Boys, be nonsensical", 2006 -, il semble commencer à faire une sorte de synthèse de ses deux activités). Pourtant Yokoo ne renie rien, il fait juste ce qui lui semble intéressant à un moment donné de sa vie, simplement poussé par sa force créatrice.
Tadanori Yokoo aura-t-il la même reconnaissance pour son travail de peintre que pour son travail de graphiste ? Sans doute, car il expose ses œuvres partout dans le monde - comme à la Fondation Cartier pour I'art contemporain de Paris, en 2006 - et continues à faire parler de lui, à travers des exhibitions de peinture en "live" - "PCPPP (Public Peinture Performance Costume-play)" au 21st Century Museum of Contemporary Art de Kanazawa, en 2009 - ou avec des objets dérivés - figurines, cartes-postales...

[Cet article a été rédigé en partie grâce à un dossier paru dans le magazine Etapes: n° 131 en avril 2006]

Yémen

S'il est un pays au monde synonyme dans l'inconscient collectif d'aventures et de légendes, c'est bien le Yémen. Qui n'a entendu parler de la Reine de Saba, de la légende du café, ou de Rimbaud ?

Le Yémen, officiellement République du Yémen, est un pays arabe situé à la pointe sud-ouest de la péninsule d'Arabie. Sa capitale est Sanaa.
Le Yémen possède des façades maritimes sur le golfe d’Aden et sur la mer Rouge. Ses pays frontaliers sont le royaume d’Arabie Saoudite au nord et Oman à l’est.
Le Yémen couvre une superficie totale de 527 970 km², à peine moins que la France métropolitaine. Plusieurs îles font partie du territoire yéménite : l'île de Kamaran en mer Rouge, l'îlot de Perim qui commande l'accès à la mer Rouge par le détroit de Bab-el-Mandeb, et l'île de Socotra (la plus grande des îles) dans l'océan Indien.
Dans le monde antique, le Yémen était connu sous le nom d’« Arabie heureuse ». L’actuel Yémen est né en 1990 de la réunion de la République démocratique et populaire du Yémen (Yémen du Sud) et de la République arabe du Yémen (Yémen du Nord).

L'Arabie, plus peut-être que les autres nations, a ses mythes et ses légendes : l'histoire de ses origines ne nous est parvenue qu'escortée d'un nombre immense de traditions fabuleuses auxquelles les historiens musulmans ont accordé un crédit peut-être immérité. Il n'empêche qu'elles méritent d'être contées.

La Reine de Saba
La reine de Saba (en arabe ملكة سبأ, malika S-Sabaʾa), est un personnage légendaire que l'on retrouve dans plusieurs récits et qui aurait régné sur le royaume de Saba, situé approximativement entre le Yémen et l'Éthiopie. Toutes les sources ne racontent pas les mêmes anecdotes ni les mêmes détails de la rencontre entre la reine de Saba et Salomon à Jérusalem. La reine est, dans tous les cas, décrite comme une femme sublime, et considérée comme un personnage d'une profonde sagesse et d'une haute intelligence par certains, et comme une magicienne tentatrice par d'autres.
Le texte de la Bible (Rois 10, 1-13) veut qu'elle se soit rendue à la cour du roi Salomon, apportant à Jérusalem de nombreux présents en provenance d'Ophir, afin d'éprouver la sagesse de Salomon par des énigmes. Il trouva les réponses à toutes ses questions, et l'impressionna fortement.
Ophir est un port ou une région mentionné dans la Bible qui était connu pour sa richesse, notamment l'or. Le roi Salomon est censé avoir reçu tous les trois ans une cargaison d'or, d'argent, de bois (probablement de santal), de pierres précieuses, d'ivoire, de singes et de paons d'Ophir. Certains supposent qu'Ophir était situé quelque part dans le sud-ouest de l'Arabie, dans la région du Yémen moderne ou en Inde. Une autre possibilité serait le rivage africain de la mer rouge, l'Éthiopie et l'Érythrée actuelles, dont le nom de la région d'Afar pourrait être dérivé d'Ophir.

La digue d'Al-Arîm
La construction de la digue d'Al-Arîm est attribuée à la reine de Saba ; quelques auteurs disent qu'elle ne fit que la réparer.
A l'origine, le Yémen était une contrée sèche et aride, les eaux qui s'écoulaient des hauts plateaux se dévalant jusqu'à la mer par quelques torrents. Un roi nommé Lokmân, selon les uns, ou la reine de Saba, selon les autres, avait entrepris de conserver ces eaux en établissant un barrage de pierre entre deux montagnes où coulait un de ces torrents. Pendant la sécheresse, on pratiquait des ouvertures dans ce barrage, afin d'arroser les terrains situés au-dessous. Dès lors une grande fertilité avait régné sur le Yémen, qui ne formait plus, aux dires des historiens arabes, qu'une immense forêt sous laquelle on pouvait voyager pendant des semaines sans voir le soleil. La construction et la ruine de cette digue tiennent donc une grande place dans l'histoire du Yémen.
La rupture du barrage fut annoncée en songe, disent les légendes arabes, à Amrân, frère d'un chef nommé Amroù Mozaikia et à sa femme Dharifa al-Khair. Amroù quitta alors la contrée avec un grand nombre de familles yéménites et émigra vers le nord. La catastrophe arriva après son départ et la contrée se trouva transformée en un vaste désert. Cet événement frappa vivement l'imagination des Arabes et l'expression "fuir comme les Himyarites" devint proverbiale dans la langue arabe. Le Coran ne manque pas de s'emparer de cette légende pour faire de la catastrophe un exemple de la colère divine déchaînée.
D'après les calculs de Silvestre de Sacy, la rupture de la digue eut lieu au commencement du IIe siècle ap. J.-C.. Le voyageur Arnaud en a visité les ruines, en a dressé le plan et a publié sa relation de voyage en 1845 (Journal asiatique). Franz Praetorius a étudié en 1899 la grande inscription qui mentionne la catastrophe.

Le café
Il existe de nombreuses légendes sur l'origine du café, mais la plus connue reste celle du berger Kaldi : "vers le VIIIième siècle de notre ère, un jeune berger gardait ses chèvres sur les hauts plateaux du Yémen. Un jour, il fut intrigué par l'étrange comportement de son troupeau. Ses bêtes, qui avaient brouté les baies rouges d'un arbuste sautaient et gambadaient de façon étrange. Elles étaient excitées au point qu'elles dansèrent ainsi jusqu'à l'aube. Kaldi se rendit au couvent voisin de Chahodet et conta ce prodige au prieur. Celui-ci eut l'idée de faire bouillir les noyaux de ces fruits pour confectionner un breuvage. La boisson donna une ardeur particulière à ceux qui en burent. On la nomma " kawah ", c'est-à-dire force, élan, vitalité. A partir de ce jour, les moines, qui prirent l'habitude d'en consommer, ne furent plus la proie de la somnolence lors des longues prières nocturnes du monastère." [histoire du café]

Quoi qu'il en soit le caféier est originaire des plateaux du Yémen et de l'Éthiopie voisine.
Moka (de l'arabe المخا, al-Mukha) est une ville portuaire du Yémen sur la Mer Rouge. Plusieurs appellations de café, tant dans le monde arabe qu'en Europe, tirent leur nom de cette ville. Le comptoir de Moka était quant à lui le plus important marché en gros de café (de l'arabe Qahwa). Il n'est plus aujourd'hui qu'un port insignifiant du Yémen, le plus grand port du pays étant Aden.
Moka devint célèbre en Europe au XVIe et au XVIIe siècle. Le premier café ouvrit en 1554 à Constantinople. La passion pour le moka gagna Venise en 1615 et le premier café d'Europe ouvrit à Vienne (Autriche) en 1640. C'était alors l'apogée d'Al-Mukha (Moka), qui détenait le monopole du commerce du café et peu après celui des livraisons vers l'Europe.
La décadence de ce port s'amorça lorsqu'au XVIIIe siècle Ceylan devint le centre de la contrebande du café avant d'en devenir le principal comptoir.

Arthur Rimbaud
Arthur Rimbaud naît en France, le 20 octobre 1854. Son père est capitaine d'infanterie. Arthur est un élève brillant. Il publie ses premiers vers dans une revue, à l'âge de seize ans. Il fait plusieurs fugues.
En 1871, Rimbaud envoie quelques poèmes à Verlaine. Invité par Verlaine, Rimbaud se rend à Paris. En 1872, les deux poètes quittent Paris. Ils ont une liaison amoureuse, mais cette liaison est tumultueuse. Un jour, Verlaine blesse Rimbaud à l'aide d'une arme à feu. C'est la rupture.
À vingt et un ans, Rimbaud cesse d'écrire et voyage à travers l'Europe.
En 1880, il part pour l'Afrique orientale. Rimbaud se partagera alors entre Harar, en Éthiopie, et Aden, au Yémen à partir de 1881. Il sera directeur d'un comptoir commercial à Harar pour la firme Bardey frères. 
En 1885, il quitte la firme Bardey pour se lancer dans le trafic d'armes. 
En 1888, il abandonne le commerce des armes et crée son propre comptoir commercial à Harar.

Dans une lettre adressée à sa mère le 20 février 1891, Rimbaud se plaint de sa jambe droite : "Je vais mal à présent. Du moins j'ai à la jambe droite des varices qui me font beaucoup souffrir". Il n'arrive pas à dormir. Il précise que la douleur siégeant au niveau de son genou droit ne survient que la nuit. Bientôt, Rimbaud n'arrive plus à se lever de son lit, sa jambe étant devenue totalement raide. Il décide de quitter le Harar. La caravane se met en route le mardi 7 avril à 6 heures du matin. Rimbaud est transporté sur une civière par treize hommes. La traversée du désert, trois cents kilomètres, dure une quinzaine de jours pour atteindre le port de Zeilah. Encore trois jours de traversée et Rimbaud arrive à Aden où il se rend à l'hôpital européen, consulter un médecin anglais. L'amputation est d'emblée envisagée mais le médecin décide de se donner un peu de temps. Rimbaud décide alors de rentrer en France. Treize jours supplémentaires de traversée et de douleurs sur le bateau des Messageries Maritimes pour arriver enfin à Marseille. Il entre à l'hôpital de la Conception et paye "dix francs par jour, docteur compris".  La jambe droite est "devenue énorme et ressemble à une grosse citrouille" (lettre de Rimbaud à sa mère et sa sœur du jeudi 21 mai 1891). Suit le télégramme annonçant l'amputation pour cette tumeur cancéreuse du genou.
Malheureusement, le cancer est généralisé. Arthur Rimbaud décède à Marseille, le 10 novembre 1891.

Il y a deux ans deux libraires, dont la librairie se trouve dans le 18e arrondissement de Paris, ont découvert lors d'une brocante, au mileu d'un lot d'une trentaine d'autres, une photo jusque là inconnue de Rimbaud prise à Aden. La photo, qui n'est pas précisément datée, remonte au "début des années 1880". Elle montre l'auteur du Bateau ivre et des Illuminations, assis au milieu d'un groupe de sept personnes sur la terrasse de l'hôtel Univers à Aden, au Yémen.

Autres voyageurs célèbres
Pour le compte du Matin, Joseph Kessel part en expédition entre janvier et avril 1930, accompagné de son frère, d'Henry de Monfreid, du médecin militaite Émile Peyré (frère de l’écrivain Joseph) et de deux autres compagnons, sur la trace des esclaves d’Éthiopie. Le reportage sur les Marchés d’esclaves est publié en vingt articles à partir du 26 mai 1930. Les ventes du Matin augmentent de 150 000 exemplaires.
Il attend 1933 pour publier Marchés d’esclaves en librairie. Le livre intègre d’autres articles parus fin 1930 dans Le Matin sur le Yémen et la reine de Saba. Quelques semaines plus tard, André Malraux s’envole avec Corniglion-Molinier à la recherche de ce royaume fabuleux, pour les beaux yeux des lecteurs de L’Intransigeant.

Paul Nizan a également séjourné, comme précepteur en 1926-27, à Aden. La ville sert de cadre à son premier roman Aden Arabie, publié en 1931 (qui débute par les phrases devenues célèbres : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »). Les Environs d'Aden, publié en 1940 par Pierre Benoit s'y déroule également.

Shibam, la Manhattan du désert
Mais le Yémen ce sont aussi (et peut-être surtout) les extraordinaires immeubles en terre de Shibam.
Avec ses quelque cinq cents maisons serrées les unes contre les autres, formant une espèce de forteresse au milieu du ouadi Hadramaout, Shibam, dans le sud du Yemen, constitue un ensemble architectural unique au monde, redécouvert à la fin du XIXe siècle par un couple d’explorateurs, les Bent, qui ramenèrent des photos qui firent sensation dans le monde occidental : construites en terre, sur des fondations de pierre, ces maisons hautes de six étages donnent l’impression d’être de véritables gratte-ciel, impression accentuée par leur étroitesse et l’alternance de fenêtres larges, ornées de moucharabiés de bois sculpté, et d’étroites fenêtres qui servaient autrefois de meurtrières.
Shibam fut immédiatement baptisée la “Manhattan du désert”.

Deux fois détruite au XIIIe et XVIe siècles, Shibam a miraculeusement été préservée telle qu’elle a été reconstruite après sa dernière destruction (1533). Une loi coutumière, qui date de cette époque, veut en effet qu’un habitant qui désire reconstruire sa maison doive scrupuleusement respecter le plan et les dimensions de l’édifice antérieur : il doit même redisposer portes et fenêtres exactement de la même façon.
Aujourd'hui, soucieux de préserver le patrimoine du pays, le gouvernement d’Aden a demandé à l’UNESCO d’inscrire le site de Shibam sur la liste du patrimoine mondial, et de mettre sur pied un plan de sauvegarde qui aura l’heureux effet de faire investir dans la vallée quelque cent millions de dollars par la communauté internationale.
Ce projet a reçu le prix Aga Khan d'architecture 2007. Prix triennal doté de US$ 500 000 - ce qui en fait le prix d'architecture le mieux récompensé -, ce prix a pour ambition de faire reconnaître et de favoriser les architectures les plus aptes à satisfaire les besoins des sociétés musulmanes et de répondre à leurs aspirations.
Souhaitons donc longue vie à cette huitième Merveille du monde.

Et maintenant, place aux photos de Shibam la magnifique...

[Pour en savoir plus sur le Yémen : L'espace Reine de Saba]