Georges Braque

Rares sont les artistes auxquels l’État fait l’honneur de funérailles nationales. Celles de Braque eurent lieu en septembre 1963, et Malraux prononça l’éloge funèbre devant la colonnade du Louvre.

Devenu porte drapeau malgré lui, Braque va alors cristalliser toute la vindicte et le mépris qui entachent à l’étranger l’art produit en France depuis le début des années soixante, période depuis laquelle, pour dire les choses crûment, les artistes de nationalité française ont disparu, à de rares exceptions près, de la scène internationale. L’avant-garde est alors ailleurs (en Amérique, surtout) et affecte de tenir Braque pour quantité négligeable.
Pourtant, une de ses toiles majeure, « Á tire d’ailes », de 1956, n’a rien à envier en modernité à des artistes plus jeunes (et américains) comme Rauschenberg ou Motherwell.
Mais, depuis les années cinquante, au moment où grandissent le rôle et l’importance des artistes américains, ce que l’on appelle « l’École de Paris » se définit surtout par rapport à celle de New-York. D’un côté une peinture contrôlée, respectueuse du métier, soignée, issue d’une longue tradition. De l’autre, la vitalité (voire la virilité), l’outrance, l’innovation, l’irrespect, les grands formats.

Braque fut pourtant, au début du siècle, un précurseur, et notamment en Amérique. La diffusion du cubisme et de la peinture de Braque (avec celle de Picasso, Juan Gris et Derain) se fait alors grâce à l’activisme de Daniel-Henry Kahnweiler, citoyen juif allemand ayant ouvert en 1907 une galerie à Paris, rue Vignon. Comme la peinture qu’il présente n’intéresse guère les collectionneurs français, il expédie ses artistes à l’étranger : au printemps 1912, Braque figure aux expositions du Blaue Reiter à Munich et du Sonderbund de Cologne avec Picasso. Puis, du 17 février au 15 mars 1913, Braque est représenté à l’Armory Show de New-York, exposition capitale pour l’histoire de l’art moderne aux USA.
Nul n’étant prophète en son pays, pour Braque les succès sont donc, alors, surtout étrangers : ainsi, quand en 1921, le banquier suisse Raoul La Roche achète 30 peintures, des papiers collés et des dessins lors d’une vente aux enchères dispersant les biens de Kahnweiler mis sous séquestre pendant la Première Guerre (car considérés comme biens « ennemis »), les musées français s’abstenant soigneusement de faire valoir leur droit de préemption.
En 1935, Braque obtient le prix Carnegie ; et en 1948, le prix de la biennale de Venise pour sa série des « Billards », à la composition audacieuse.
Mais il a fallu attendre 2013 pour qu’enfin ait lieu en France, au Grand palais, la rétrospective que ce très grand artiste méritait !

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