Le Groupe de Stieglitz

En 1905, Alfred Stieglitz a 41 ans. Il est déjà connu et pour sa photographie et pour ses activités éditoriales : il a été rédacteur en chef de la revue « The American Photographer », vice-président du Camera-Club de New-York. Il s’associe à Edward Steichen pour ouvrir une galerie au numéro 291 de la Cinquième Avenue bientôt surnommé le « 291 ». Stieglitz y organise les « Little Galleries of the Photo-Secession » qui y présentent des photographes français, anglais, autrichiens et allemands. Et puisqu’il faut faire reconnaître la photographie comme un art, la galerie expose, dès 1907, des œuvres réalisées dans des techniques autres que la photographie. Il sera ainsi le premier à montrer aux Etats-Unis Paul Cézanne, Pablo Picasso, Georges BraqueFrancis Picabia, Constantin Brancusi, la sculpture africaine.
En 1913, c’est l’Armory Show, la première exposition internationale d’envergure aux Etats-Unis. Les galeries d’art moderne se multiplient. New York devient la capitale mondiale de l’art. Francis Picabia, Marcel Duchamp et Man Ray fondent New-York Dada. Entre le succès des œuvres européennes présentées à l’Armory Show et la présence croissante des réfugiés européens (artistes, écrivains et intellectuels qui fuient une Europe en guerre), les acheteurs américains, trop bien dressés par Stieglitz et préférant l’original qu’on leur a vanté aux copies locales, ne veulent plus acheter que de l’art européen.
Marcel Duchamp ramasse la mise en prenant le hasard et l’arbitraire pour fondements d’une esthétique centrée sur l’acte même de création, qui laisse l’artiste libre d’ériger quasiment ce qu’il veut en œuvre d’art. Le « Nu descendant un escalier » est la peinture qui fait couler le plus d’encre à l’Armory Show. En 1917, son urinoir baptisé « Fountain » soulève une violente polémique. Stieglitz court derrière. L’urinoir est transporté au 291 où il le photographie pour « the Blind Man ».
Même le quartier de la galerie 291 est rattrapé par la déferlante du modernisme : des tours se construisent tout autour. Stieglitz subit à présent le modernisme bien plus qu’il ne le contrôle.

En 1917 Stieglitz change alors de cheval. Il se battra désormais pour la défense des artistes américains. C’est aussi qu’il a rencontré Georgia O’Keeffe en 1916, qui deviendra sa femme et sa muse pour les années à venir. La dernière exposition au 291, avant la fermeture définitive de la galerie est d’ailleurs consacrée aux œuvres récentes de Georgia O’Keeffe.
Stieglitz, se retirant, se remet à fond à la photographie. Il créera néanmoins une nouvelle galerie, la Intimate Gallery, en 1925, dans laquelle il exposera en permanence (pendant 16 ans) les 5 mêmes artistes américains (John Marin, Marsden Hartley, Arthur Dove, Paul Strand et lui-même), ainsi que Georgia O’Keeffe et, souvent, Charles Demuth. Il exposera aussi Francis Picabia.
Le problème est que, si le marché de l’art se développe aux Etats-Unis, on continue d’acheter surtout les maîtres européens.
La crise de 1929 achève de lessiver les tentatives des modernistes américains. La subsistance devient difficile. De nombreux artistes américains vont alors rejeter le modernisme émanant de l’Armory Show et les influences européennes, notamment celles de l’École de Paris, au profit d’une figuration centrée sur les paysages et les modes de vie américains, qui devient la tendance dominante – on parlera de régionalisme. Jusqu’aux années 1940, cette quête d’une identité nationale dans l’art, conduites par Stieglitz et d’autres, prendra même une orientation isolationniste.
Dans cette période incertaine, le groupe de Stieglitz tiendra le coup plutôt mieux que les autres.

En 1946 Stieglitz meurt. L’art américain est alors suffisamment structuré pour imposer l’acte « dada » du dripping et faire croire au monde que jeter de la peinture sur une toile a un sens. Mais ça c’est une autre histoire…

Arthur Dove

Arthur Garfield Dove (2 août 1880 – 23 novembre 1946) est un peintre américain. Authentique pionnier de l’abstraction, au même titre que Kupka et Kandinski, il expose des œuvres non-figuratives dès 1910.
Il entreprend des études de peinture et de droit entre 1898 et 1903 à la Cornell University d’Ithaca, New-York. Il devient dessinateur publictaire indépendant à New-York par la suite. Vers 1907, il séjourne à Paris. Dans le midi, il évolue de l’impressionnisme vers le fauvisme. Après son retour aux États-Unis en 1909, il vit comme fermier et illustrateur dans le Connecticut. Il se lie d’amitié avec Stieglitz, qui expose en 1912 dix de ses pastels connus sous le nom de « Dix Commandements » dans sa Galerie 291. C’est la première exposition grand public d’art abstrait d’un peintre Américain. De 1912 à 1946 Dove a exposé chaque année, dans les galeries de Stieglitz : « 291 », « Intimate Gallery » et « An American Place ».

Georgia O’Keeffe

Georgia O’Keeffe est née le 15 novembre 1887 à Sun Prairie, Wisconsin et morte le 6 mars 1986 à Santa Fe, Nouveau-Mexique.
Ses tableaux évoquant des fleurs et ses paysages du Southwestern ont depuis longtemps érigé Geogia O’Keeffe en véritable icône américaine et comme l’une des artistes les plus importante du xxe siècle. Mais c’est bien par le travail d’Arthur Dove qu’elle a rencontré l’art moderne. Ces formes abstraites, colorées, organiques et dynamiques ont fortement inspiré la jeune O’Keeffe, l’incitant à expérimenter l’abstraction, déjà bien avant que Stieglitz ne rassemble les deux artistes dans sa galerie.
C’est également chez Stieglitz qu’elle rencontre Charles Demuth qui l’inspirera pour certains de ses tableaux « précisionnistes » (à voir dans mon article consacré à ce mouvement)

Marsden Hartley

Peintre américain, né le 4 janvier 1877 à Lewiston (Maine), mort le 2 septembre 1943 à Ellsworth (Maine).

Après des études à la Cleveland School of Art, Marsden Hartley part pour New York étudier à la Chase School et à la National School of Design. Il retourne dans le Maine en 1900. Pendant près de dix ans, il passe l’été dans le Maine et l’hiver à New York. En 1909, Alfred Stieglitz organise dans sa galerie 291 de la Cinquième Avenue une exposition personnelle de Marsden Hartley où il montre ses paysages de la Nouvelle-Angleterre.
Stieglitz continue d’exposer l’œuvre de Marsden Hartley jusqu’à la Première Guerre mondiale. En 1912-1913, Hartley fait son premier voyage en Europe, où il admire les œuvres des cubistes. Au début de la guerre, il est à Berlin et à Dresde. En 1914, il commence une série de 14 peintures abstraites, avec des formes aux contours très nets et des couleurs vives. Il y développe un langage visuel spécifique, représentant des éléments d’apparat militaire allemand (par exemple, une croix de fer et le numéro 4 pour le 4ème régiment des gardes de l’Empereur) et des objets familiers (les carrés noirs et blancs d’un échiquier) pour symboliser son ami Karl von Freyburg, un lieutenant prussien dont Hartley, qui était gay, était tombé amoureux et qui a été tué au combat en septembre 1914.
Entre 1915 et 1933, il parcourt l’Europe et les États-Unis. En 1932, il séjourne au Mexique et peint une série remarquable sur le volcan Popocatepelt.
Après avoir passé beaucoup d’années à voyager, il est revenu dans le Maine vers la fin de sa vie. Il a voulu devenir « le peintre du Maine » et dépeindre la vie américaine à un niveau local. On peut donc faire de lui un membre des régionalistes, un groupe d’artistes de la première moitié du xxe siècle qui a voulu représenter un art typiquement « américain » – comme Grant Wood, John Steuart Curry ou Thomas Hart Benton.

Cet artiste inclassable garde une place particulière parmi les peintres américains de la première moitié du xxe siècle. Il était également poète, essayiste et auteur.

Max Weber

Max Weber est un artiste juif américain considéré comme l’un des pionniers du modernisme en Amérique. Il est né le 18 avril 1881, à Bialystok, Russie (Pologne actuelle). Sa famille a immigré à Brooklyn, New York en 1891.De 1898 à 1900, Weber a été inscrit à l’Institut Pratt de Brooklyn. Il y étudie sous Arthur Wesley Dow, célèbre peintre et graveur, qui lui apprend à voir les formes que les relations visuelles plutôt que des objets. De 1901 à 1905, Weber a enseigné l’art dans les écoles publiques à Lynchburg, en Virginie et Duluth, au Minnesota.

En Septembre 1905, Weber s’installe à Paris et étudie à l’Académie Julian de Jean Paul Laurens, l’Académie Colarossi, et l’Académie de la Grande Chaumière. C’est là qu’il Découvre Cézanne, Matisse et est fortement influencé par les artistes cubistes Picasso et Braque. Son travail est exposé au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

Weber revient à New York en 1909. Pendant une courte période, Alfred Stieglitz soutient Weber. Comme membre influent du groupe Stieglitz, Weber est alors l’un des premier artiste moderniste en Amérique. Il a également été l’un des premiers artistes américains à se préoccuper des Indiens du sud-ouest américain. En 1913, l’exposition de Weber au musée de Newark est la première exposition moderniste dans un musée américain.
Après des relations houleuses, Weber rompt avec Stieglitz en 1914.
Après 1930, Weber a développé un style décrit comme lyrique et expressionniste. Ses peintures dépeignent des paysages romantiques, paisibles, des scènes domestiques, ou des thèmes religieux reflétant le spiritualisme de la religion juive. Des musiciens, aussi – dans la tradition cubiste.
Il est mort à Great Neck, Long Island en 1961.

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2 réponses à Le Groupe de Stieglitz

  1. Audrey dit :

    Bonjour,
    Je vous prie de m’excuser. Je n’ai malheureusement pas trouvé comment vous contacter autrement que par commentaire.
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