Le nu du XXe siècle à nos jours

Le nu dans la peinture est un monde en soi. Beaucoup de tableaux célèbres ou ayant marqué l’histoire de la peinture sont des nus. De « La naissance de Vénus » de Boticelli aux « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, en passant par « La naissance du monde » de Courbet (une toile tellement en avance sur son temps qu’elle fut cachée pendant 129 ans !)  ou le « Nu descendant un escalier » de Duchamp.
Sans oublier « Les trois grâces », peintes, entre autres, par Rubens, Raphaël, Lucas-Cranach, van Loo et sans doute des centaines d’autres artistes plus ou moins connus ;
ou les « Baigneuses » de Courbet, Cézanne, Renoir, Matisse, Othon Friesz, André Derain, Suzanne Valadon, etc., etc. ;
ou les « Odalisques » de Boucher, Ingres, Matisse, Souverbie ;
ou encore les « Bijin » japonaises (les « belles femmes)…

Tous ces tableaux sont, au fil des siècles, entrés dans l’inconscient collectif, participant à forger une esthétique de leur époque, parfois changeante (on peut facilement vérifier dans les exemples ci-dessous que les canons de la beauté n’étaient pas les mêmes chez Rubens et chez Ingres), et donc à former le goût du spectateur. Car, plutôt que le sujet représenté lui-même, le Nu est une forme d’art qui essaie de recréer une image du corps humain, tout en respectant les exigences esthétiques et morales de l’époque. D’ailleurs, on peut dire que, depuis la préhistoire, la représentation de corps nus est un des thèmes majeurs de l’art.

Donc, avant de s’intéresser spécifiquement aux nus du XXe siècle, rafraîchissons-nous la mémoire avec ces quelques tableaux célèbres et, je l’espère, représentatifs de la peinture de nu depuis la Renaissance, les artistes de cette époque ne faisant finalement que redécouvrir et glorifier les canons de la beauté des artistes (notamment des sculpteurs) de l’Antiquité – à travers, le plus souvent, des thèmes mythologiques ou bibliques – puisque, durant tout le moyen âge, le nu avait été plus ou moins oublié, sans doute en raison de l’utilisation quasi-exclusive de l’art à des fins religieuses, le nu étant alors associé au péché -, du moins jusqu’en 1800 où « La maja desnuda » de Goya se montra pour la première fois sans autre justification que le plaisir de se dévoiler. Raphaël avait également franchi le pas trois siècles plus tôt, en peignant sa maîtresse (« La fornarina », la fille du boulanger, ainsi qu’elle fut nommée au XVIIIe siècle – ce qui signifiait également courtisane), mais il garda sa toile soigneusement cachée sa vie durant.

Voici donc ces quelques tableaux de style Renaissance (Raphaël), Baroque (Rubens, Vélasquez), Néoclassique (David, Goya, Ingres), Romantique (Chassériau, Gérome), Réaliste (Courbet) ou, déjà, Moderne (Cézanne, Gauguin) :

Au début du XXe siècle, période de mutations historiques de l’art et de ses prérogatives (par l’intermédiaire d’artistes comme Picasso, Duchamp, Klein ou Warhol), l’art figuratif a été réinterprété grâce à l’éclairage nouveau qu’ont pu offrir de nouvelles approches, comme la psychanalyse dont se sont emparés notamment les surréalistes, Dali, Magritte, mais aussi Paul Delvaux ou Dorothea Tanning.
Les Demoiselles d’Avignon (de Picasso, 1906) sont un exemple célèbre de distorsion de nus à travers le prisme multifocal du cubisme. D’ailleurs Picasso ne s’est pas contenté de distordre ses nus, il les a parfois mis en pièces ! Ce qui ne l’a pas empêché d’en peindre d’autres de facture extrêmement classique.
L’expressionnisme a produit des nus torturés, comme chez Egon Schiele ou Otto Dix.
Le Pop’art, lui, s’est réapproprié des images de la sous-culture américaine, des comics (Roy Lichtenstein), de la publicité (Mel Ramos), voire des images pornographiques (Tom Wesselmann).
Le XXe siècle se caractérise aussi par une approche parfois très crue du corps, loin de toute considération esthétique, comme chez Lucian Freud, Joan Semmel ou Jenny Saville. Mais on trouvait déjà ces représentations sans concession chez Suzanne Valadon, Otto Dix ou de Chirico quand il fait son autoportrait nu.
Tout ça donne une incroyable diversité de styles, avec des nus de toutes les couleurs – par exemple chez les fauvistes (Derain, Vlaminck, Dufy, Matisse), mais aussi chez Kirchner, Picabia, Hélion, Kunishiro, Ryuzaburo -, de toutes les formes (notamment chez Picasso) et dans toutes les positions – debout, assis, couché, de face, de dos, ou même à l’envers comme chez Hélion ; seul ou à plusieurs ; en plan large ou serré. Et puis des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des beaux, des laids, des maigres, des gros, des blancs, des noirs, des jaunes…
Dans un siècle où tout est possible et où les artistes s’autorisent tout, la seule limite est le talent et l’imagination du peintre.

Mais je ne vous en dit pas plus… A vous, maintenant, le plaisir de découvrir ce panorama (non exhaustif, bien évidemment) de la peinture de nu du XXe siècle jusqu’à nos jours (c’est à dire, comme j’ai un peu triché, de 1898 à 2010), le tout en 110 tableaux venus de tous les coins du monde.
Bon voyage.

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2 réponses à Le nu du XXe siècle à nos jours

  1. Laure dit :

    Merci pour ce blog riche en belles images et très instructif, l’art n’est pas vraiment une passion pour moi mais je ne vois pas le temps passer quand je suis sur votre blog.

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