Peintres modernistes américains

Pour les peintres modernistes américains, dont la naissance officielle a lieu lors de l’Armory show à New York en 1913, le but était de traduire l’art européen en langage américain. Je vous ai déjà parlé du Groupe de Stieglitz, et des Précisionnistes. Mais ce ne sont pas les seuls.
Plusieurs artistes américains modernes furent influencés par le cubisme : Joseph Stella (1877-1946), Max Weber (1881-1961) et Oscar Bluemner (1867-1938), notamment. Ce dernier y ajoutant une utilisation expressive de la couleur tout à fait unique.
Stuart Davis (1894-1964) transposa les paysages de la Nouvelle-Angleterre ou des ustensiles de la vie quotidienne dans le style moderne. Sa représentation d’objets de vie quotidienne tels que des paquets de cigarettes font d’ailleurs de lui un annonciateur du Pop Art.
D’autres firent évoluer leur travail vers l’abstraction, notamment les deux précurseurs que sont Arthur Dove (1880-1946) et Manierre Dawson (1887-1969), mais aussi Andrew Dasburg et Patrick Henry Bruce. Stanton Macdonald-Wright (1890-1973) et Morgan Russell (1886-1953) ont fondé le synchromisme, un mouvement pictural abstrait né sur le sol américain.
On peut également classer parmi les modernistes les peintres afro-américains Aaron Douglas, Palmer Hayden ou Archibald Motley, qui furent très importants dans le mouvement appelé Renaissance de Harlem, né au tournant des années 1920.

Oscar Bluemner

Oscar Bluemner est né en 1867 à Prenzlau, Allemagne, et a suivi, comme son père et son grand-père avant lui, des études d’architecture à Berlin. Il a émigré aux États-Unis en 1892 et très vite tourné son attention vers la peinture. Ses premiers travaux ont consisté en des paysages poétiques à l’aquarelle, mais un voyage en Europe en 1912, à Berlin, Paris, dans le Sud de la France et l’Italie, et la rencontre des avant-gardes européennes puis américaines, l’a conduit à un style très personnel, expressionniste, utilisant des couleurs pures, rouges brillants, bleus et verts. Comme les précisionnistes, ses sujets étaient des bâtiments industriels, principalement dans le New-Jersey, mais son traitement combinait linéarité et formes déchiquetées dans une explosion de couleurs tout à fait unique.

En 1913, il a montré cinq peintures à l’Armory Show et, pour un temps, a été l’un des artistes qui ont attiré l’attention d’Alfred Stieglitz qui l’a exposé en 1915 et 1928.
Malheureusement, comme ce fut le cas de tant des premiers modernistes, son travail ne se vendait pas bien – notamment à cause de la Grande dépression des années 1930. En 1938, il s’est suicidé après avoir été malade et avoir, avec sa famille, vécu dans la pauvreté pendant des années.
Celui qui considérait Cézanne comme un génie et disait « L’art est vision et imagination… La représentation fidèle n’est pas de l’art » est aujourd’hui reconnu comme l’un des géants du moderniste américain. Ce n’est que justice.

Stuart Davis

Né en 1894 à Philadelphie et mort en 1964 à New York, Stuart Davis grandit dans un milieu artistique. Son père, artiste graphique et directeur artistique d’un journal de Philadelphie, travaille avec William Glackens, George Luks, John Sloan et Everett Shinn, qui feront partie des peintres de l’Ashcan School. Encouragé dans sa vocation artistique par ses parents, Stuart Davis quitte l’école à seize ans pour étudier la peinture à New York sous la direction de Robert Henri, chef de file du groupe des Huit (qui deviendra ensuite l’Ashcan School) et dont l’enseignement est centré sur la vie urbaine comme source d’inspiration.
Alors qu’il n’a que dix-neuf ans, Stuart Davis expose cinq aquarelles à l’Armory Show de 1913. Cette première grande exposition aux États-Unis des avant-gardes européennes marque un tournant dans la carrière du peintre. Au cours des années suivantes, Davis cherche à intégrer l’ordre de la composition, la couleur non imitative et l’espace pictural sans profondeur de la nouvelle peinture européenne. Il entreprend des expériences avec la technique du collage, en incorporant des morceaux de papier et des objets dans ses compositions ou en réalisant des peintures à partir de ses propres collages, comme dans Lucky Strike (1921), pour aboutir à un style purement abstrait qui culmine dans la série Egg Beater de 1927-1930.

En 1928, Stuart Davis se rend en France. Il passe une année à Paris et peint des scènes de rue relativement réalistes. Après son retour aux États-Unis, pendant la Grande dépression des années 1930, son style évolue encore, jouant sur le contraste rythmique entre des zones géométriques d’aplats de couleurs et des objets nettement définis dans une perspective linéaire. Durant cette période, il milite contre le fascisme et devient président national du Congrès des artistes américains en 1938.
Ses compositions, notamment celles peintes à partir de la fin des années 1930, soigneusement exécutées, sont pleines d’esprit et de joie (Swing landscape, 1938 ; The Mellow Pad, 1945-51), en contraste avec l’expressionnisme abstrait qui s’impose alors à New York. Il s’inspire de la réalité urbaine (taxis, devantures de magasins, enseignes lumineuses). Ses paysages urbains traités à la manière cubiste annoncent l’emploi de l’art commercial et de la publicité dans le Pop art des années 1960 (ses tableaux de 1924, Edison Mazda ou Odol, sont, de ce point de vu, absolument précurseurs – annonçant déjà Warhol ou Lichtenstein, né en 1923, année où Stuart Davis peignait Apples and Jug !). On peut également voir dans ses compositions aux couleurs dissonantes, animées par des rythmes répétitifs, une transposition visuelle du jazz, dont il était amateur.

Hananiah Harari

Originaire de Rochester, New York, Harari a commencé à peindre alors qu’il était encore adolescent. Il étudie d’abord à l’Art Gallery de Rochester Memorial, puis à l’École des Beaux-Arts à l’Université de Syracuse (1930-32) avant de se rendre à Paris en 1932, où il étudie avec Fernand Léger, André Lhote et Marcel Grommaire. Grâce à des commandes de portraits, Harari est en mesure de prolonger son séjour sur la rive gauche de la ville lumière durant plusieurs années. A Paris, Harari s’est nourri des tableaux des maîtres impressionnistes ou plus anciens ainsi que des œuvres modernes. Il a passé un an à faire des dessins de copie à partir des collections du Louvre.
Hananiah Harari se rend en Palestine dans le début des années 1930 pour explorer son héritage juif. Là il trouve « la richesse visuelle, mais peu d’espèces sonnantes et trébuchantes…« . Il retourne aux États-Unis en 1935, s’installe à New York et rejoint un cercle de jeunes peintres abstraits, dirigés par Burgoyne Diller, et travaillant sur un projet de peinture murale pour la WPA (plan lancé pour donner du travail aux artistes touchés par la Grande dépression). Pour Harari, comme pour une foule d’autres, l’expérience WPA lui laisse le temps de développer son art…
Bien qu’impliqué dans le cercle d’avant-garde des artistes abstraits américains, Harari n’a jamais été un abstractionniste doctrinaire, se déplaçant librement entre abstraction et un expressionnisme lyrique incorporant des éléments figuratifs (comme dans Jacob Wrestling With the Angel, 1936). Harari n’était pas prêt à renoncer aux riches possibilités du monde naturel offert. L’éviction stricte des formes reconnaissables prônée par les membres de l’abstraction géométriques des American Abstract Artists (Ad Reinhardt en tête) n’était pas pour lui. Leur approche, écrit-il, « renonce à trop de potentialités artistiques, à l’enrichissement de l’aléatoire (trouble, dérangement, déraillement) propre à toute vie« . Pour lui, un art non enraciné dans le monde naturel ne pouvait mener qu’au vide.

Dans les années 1940, il a produit des illustrations pour des couvertures de magazines, comme Fortune. Il a également contribué au journal marxiste The New Masses, ce qui lui valut d’être mis à l’index dans les années 1950 lors du McCarthysme.
Harari a enseigné à la School of Visual Arts à Manhattan de 1974 à 1990, et à l’Art Students League de 1984 à 1999, ses cours faisant toujours le plein. Il a arrêté l’enseignement quand il ne pouvait plus voir. Il a été élu dans la National Academy of Design en 1990 en tant que membre associé et est devenu académicien en 1994.
En 1997, une rétrospective itinérante de son travail a été monté au Musée d’Art de Montclair dans le New Jersey.
Il est mort aveugle et sourd en 2000.

Joseph Stella

Peintre italien naturalisé américain, Joseph Stella est né en 1877, près de Naples, et mort en 1946 à New York.
Il passa sa jeunesse en Italie avant d’émigrer en 1895. En 1897, il suivit les cours de l’Art Students League et de William M. Chase à la New School of Art. En 1909, Stella fit un voyage en Italie, au cours duquel il rencontra les artistes futuristes : Battle of Lights, Coney Island montre clairement l’usage que l’artiste fit des théories de Severini. Il participa en 1913 à l’Armory Show de New York. Comme les précisionnistes, Stella trouva une puissante source d’inspiration dans les images de la vie industrielle, et plus spécialement dans le pont de Brooklyn, qu’il représenta dès 1919 (Brooklyn Bridge) et dont il donna plusieurs versions jusqu’à une période avancée de sa carrière (New York interpreted ou Variations on an Old Theme).
Dans les années 20, sa peinture prit une apparence fantastique, plus littéraire et non sans rapport avec les créations de certains symbolistes tardifs en Europe (The Birth of Venus, The Virgin, etc.). Une rétrospective a été consacrée à l’artiste en 1995 au Whitney Museum de New York.

Max Weber

Max Weber est un artiste juif américain considéré comme l’un des pionniers du modernisme en Amérique. Il est né le 18 avril 1881, à Bialystok, Russie (Pologne actuelle). Sa famille a immigré à Brooklyn, New York en 1891. De 1898 à 1900, Weber a été inscrit à l’Institut Pratt de Brooklyn. Il y étudie sous Arthur Wesley Dow, célèbre peintre et graveur, qui lui apprend à voir les formes que les relations visuelles plutôt que des objets. De 1901 à 1905, Weber a enseigné l’art dans les écoles publiques à Lynchburg, en Virginie et Duluth, au Minnesota.
En Septembre 1905, Weber s’installe à Paris et étudie à l’Académie Julian de Jean Paul Laurens, l’Académie Colarossi, et l’Académie de la Grande Chaumière. C’est là qu’il Découvre Cézanne, Matisse et est fortement influencé par les artistes cubistes Picasso et Braque. Son travail est exposé au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne.

Weber revient à New York en 1909. Pendant une courte période, Alfred Stieglitz soutient Weber. Comme membre influent du groupe Stieglitz, Weber est alors l’un des premier artiste moderniste en Amérique. Il a également été l’un des premiers artistes américains à se préoccuper des Indiens du sud-ouest américain. En 1913, l’exposition de Weber au musée de Newark est la première exposition moderniste dans un musée américain.
Après des relations houleuses, Weber rompt avec Stieglitz en 1914.
Après 1930, Weber a développé un style décrit comme lyrique et expressionniste. Ses peintures dépeignent des paysages romantiques, paisibles, des scènes domestiques, ou des thèmes religieux reflétant le spiritualisme de la religion juive. Des musiciens, aussi – dans la tradition cubiste.
Il est mort à Great Neck, Long Island, en 1961.

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