La peinture latino-américaine du XXe siècle à nos jours

Parce qu’elle est finalement peu connue chez nous, j’ai eu envie de m’intéresser à la peinture latino-américaine.
Savoir s’il y avait autre chose que le colombien Fernando Botero, s’il était vraiment seul ou s’il n’était pas plutôt l’arbre qui cache la forêt.
Etant grand amateur de surréalisme en peinture, je connaissais quand même un peu le chilien Roberto Matta et le cubain Wifredo Lam, ainsi que les mexicains Frida Kahlo (même si elle se défendait d’être surréaliste) et, à travers elle, son mari Diego Rivera.
J’avais parfois aussi croisé Joaquín Torres-Garcia, ce grand passeur de symboles uruguayen.
Et puis c’est à peu près tout.

Combien ça vaut ?

Je me suis tout de même vite rendu compte que j’avais quelque excuse à m’y connaître assez peu dans ce domaine car la peinture latino-américaine est restée longtemps confidentielle, seulement collectionnée par des amateurs d’Amérique du Sud (souvent de grands familles qui se les transmettaient de génération en génération). Et cela jusqu’à la fin des années 70 puisque ce n’est qu’en 1981, par exemple, que Christie’s a organisé à New-York sa première vente aux enchères spécifiquement réservée à l’art latino-américain. Frida Kahlo fut alors la première à voir le prix de ses œuvres s’envoler, certains de ses tableaux dépassant les 2 millions de $ dans les années 1990, comme “Autorretrato con Chango y Loro” (1942) vendu 3,1 millions de $ en 1995 – “Baile en Tehuantepec”, peint en 1928 par son mari Diego Rivera, atteignant lors de cette même vente les 3 millions de $. En 2006, “Raíces”, peint en 1943, s’est même vendu 5,6 millions de $ (le record pour une femme peintre), avant qu’en 2008 un autre peintre mexicain, Rufino Tamayo, ne voit (façon de parler) son tableau “Trovador” (1945) se vendre 7, 2 millions.
Flores de México” (1938) d’un autre mexicain, Alfredo Ramos Martínez, s’est vendu 4 millions en 2007. En 2007 toujours, “Danza Afrocubana” (1943) du chilien né à Cuba, Mario Carreño, s’est vendu 2,57 millions chez Sotheby’s, tandis que “Tige Verte (Les possessions)” (1943) du chilien Roberto Matta, se vendait 2,16 millions chez Christie’s. Deux œuvres de Fernando Botero ont également dépassé les 2 millions de $ en 2006, faisant de lui le peintre sud-américain vivant le plus cher – suivi par le Chilien Claudio Bravo, dont “Anunciación” (1998) s’est vendu 1,27 millions en 2008.
On est certes loin des 33 millions de $ atteints par « Benefits Supervisor Sleeping » un tableau du peintre anglais Lucian Freud en 2008 et des 80 millions de « False start » de l’Américain Jasper Jones en 2006, faisant de lui l’artiste vivant le plus cher au monde, et encore plus loin des 150 millions atteints par une œuvre de Jackson Pollock en 2006 lors d’une vente privée.
Mais la marge de progression des peintres latino-américains n’en est certainement que plus grande (avis aux amateurs !).

Un beau voyage

Et puis l’art, ce n’est pas – heureusement – qu’une question d’argent. Et je peux dire que, lors de mon voyage pictural en Amérique Latine, j’ai véritablement découvert tout un monde, exotique et fascinant, avec de très grands peintres (outre ceux déjà cités – les argentins Antonio BerniEmilio Pettoruti et Alejandro Xul Solar, les brésiliens Emiliano Di Cavalcanti, Candido Portinari et Tarsila do Amaral, la cubaine Amelia Pelaez, l’équatorien Oswaldo Guayasamín, le nicaraguéen Armando Morales, les péruviens Fernando de Szyszlo et Herman Braun-VegaJaime Colson de la République dominicaine, les uruguayens María Freire et Ignacio Iturria, le vénézuélien Armando Reverón, pour n’en citer que quelques uns – et que vous pourrez retrouver plus en détail ici), un monde extrêmement vivant, foisonnant, coloré, métissé (mélange de culture espagnole, portugaise, andine, amazonienne, caribéenne, africaine…), empli de tragique, de force et d’émotion, et ayant l’immense avantage, pour un œil européen, d’être extrêmement dépaysant – même si beaucoup de ces peintres firent le voyage en Europe et s’inspirèrent de sa peinture (comme le « Groupe de Paris ») avant, généralement, de trouver leur propre style.

Ainsi, par exemple, de l’artiste brésilienne Tarsila do Amaral qui, en 1920, partit à Paris pour y approfondir sa formation et y suivre les cours d’artistes modernistes comme Fernand LégerAlbert Gleizes et André Lhote, dont elle a pu reprendre des éléments avant de développer peu à peu un style particulier et coloré, mêlant sa culture brésilienne avec les techniques apprises à Paris.
Ainsi du mexicain Ángel Zárraga qui, après un premier voyage en Europe en 1904, s’installa définitivement en France où il resta jusqu’en 1941, et dont la peinture est très « italienne ».
D’autres firent carrément carrière en Europe. Comme Joaquín Torres García qui étudia la peinture à Barcelone avant de s’installer à Paris en 1926. Entre temps il était passé par New-York, y rencontrant notamment Marcel Duchamp. Il fut également lié à divers groupes, comme le « Cercles et carrés » de Michel Seuphor, ainsi qu’avec Théo van Doesburg et Mondrian. Il ne reviendra finalement en Uruguay qu’en 1934, à 60 ans.
Wifredo Lam, lui aussi, part en 1924 étudier en Espagne, à Madrid, où il rencontre Salvador Dali. En 1929, il découvre Picasso et c’est une révélation. Pendant la guerre d’Espagne, il s’engage avec les Républicains, participe à la défense de Madrid. Il doit finalement quitter l’Espagne en 1938 et est accueilli à Paris par Picasso qui lui présente Matisse, Braque, mais surtout les surréalistes Miró, Breton, Tanguy et le peintre chilien Roberto Matta, lui aussi installé en France depuis 1933. Rentré à Cuba en 1941, il se servira de sa peinture, comme Picasso, pour dénoncer les injustices, révolté par la misère des Noirs sous le régime de Batista. A partir de 1945, il va voyager dans le monde entier, tandis que son œuvre est l’objet d’une reconnaissance internationale. Il est sans doute l’artiste latino-américain le plus reconnu du XXe siècle, l’initiateur de cette peinture métissée alliant modernisme occidental et symboles africains et caribéens, créant ainsi un langage singulier et contemporain. Unique.

Il y a encore beaucoup d’autres de ces peintres dont je voudrais vous parler mais avant, pour vous mettre dans l’ambiance, voici déjà un panorama sur 110 ans de peinture (de 1901 à 2012) en 187 peintres (dont 29 femmes) et 187 tableaux, venus de tous les pays d’Amérique Latine. Vous y trouverez 26 peintres argentins, 4 boliviens, 20 brésiliens, 8 chiliens (dont 1 né à Cuba), 14 colombiens, 5 costariciens, 13 cubains, 4 équatoriens, 6 guatémaltèques, 1 haïtien, 3 honduriens, 22 mexicains, 5 nicaraguayens, 4 panaméens, 3 paraguayens, 12 péruviens, 5 portoricains, 5 dominicains, 6 salvadoriens, 14 uruguayens et 7 vénézuéliens.
Je vous souhaite un très bon voyage.

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5 réponses à La peinture latino-américaine du XXe siècle à nos jours

  1. Gerbaud dit :

    Très intéressant ce tour d’horizon. Merci beaucoup, maintenant, je vais me mettre à creuser sur les peintres qui me touchent le plus.

  2. DE HAECK Christian dit :

    très bonne documentation sur la peinture latinos (malheureusement trop méconnue chez nous).
    Auriez-vous quelque chose sur Maria Luis Pacheco ?
    D’avance merci.

  3. helen car dit :

    Le brésilien Antonio Veronese viens de faire pas mal d’expositions aux endroits prestigieux à Paris. Pour ceux qui sont intéressés:
    http://www.antonioveronese.over-blog.com

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