Quelques peintres Latino-américains du XXe siècle (2/2)

Pour approfondir un peu plus le sujet sur la peinture latino-américaine du XXe siècle (et du début du XXIe), voici, par pays, quelques uns des peintres les plus importants avec une sélection de leurs œuvres (suite et fin).

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Equateur

Oswaldo Guayasamín (1919–1999)

Oswaldo Guayasamín est un peintre, sculpteur et muraliste équatorien, né d’un père amérindien et d’une mère métisse.
Sa vocation artistique apparait très tôt, très jeune il vend déjà ses peintures sur les places de Quito. Bien que sa famille soit très humble et que son père s’oppose à ses études d’art, il entre à l’école des Beaux-Arts de Quito en 1932. Son ami Manjarrès meurt lors d’une manifestation d’ouvriers (connu sous le nom de la « Guerra de los Cuatro Dias« ). À partir de ce jour là, Guayasamín voit l’homme et la société dans laquelle il vit de manière plus obscure.
Il organise sa première exposition à l’âge de 23 ans, en 1942 dans sa ville natale, et nombre de ses toiles sont achetées par Nelson Rockefeller, qui restera un de ses mécènes les plus importants. Cette même année il voyage aux États-Unis (il se rend au MoMA de New York pour voir Guernica de Picasso) et au Mexique, où il fait la connaissance du muraliste Jose Clemente Orozco, dont il deviendra un des disciples. Il voyage aussi à travers de nombreux pays d’Amérique du Sud, ce qui lui permet de dénoncer la situation déplorable de la population indigène.
En 1957 Oswaldo Guayasamín est déclaré meilleur peintre sud-américain lors de la quatrième biennalle de São Paulo.
Son œuvre comprend plus de 7000 peintures et un grand projet auquel il travaillait depuis quatre ans et que sa mort laisse inachevée : La Capilla del Hombre qu’il avait fait construire sur les hauteurs de Quito et qu’il décorait, sur trois étages, de peintures dans la tradition engagée des muralistes mexicains. L’ensemble terminé devait raconter l’histoire de l’homme américain depuis l’époque précolombienne, en passant par la Conquête et la colonisation, jusqu’au métissage contemporain. Ses tableaux, expressionnistes et tragiques, dénoncent la violence qui traverse tout le XXe siècle. Ils dégagent une force et une émotion rare.

Mexique

Alfredo Ramos Martínez (1871–1946)

Considéré par beaucoup comme le père du modernisme mexicain, Ramos Martínez est un peintre et muraliste qui a vécu et travaillé au Mexique, à Paris et Los Angeles.
À l’âge de quatorze ans, l’un des dessins de Ramos Martínez, un portrait du gouverneur de Monterrey, est envoyé à une exposition à San Antonio, au Texas, et remporte le premier prix. Une partie de ce prix inclus une bourse pour étudier à la prestigieuse Academia Nacional de Bellas Artes de Mexico. Ainsi, l’ensemble de sa famille s’installe à Coyoacan, une petite ville à la périphérie de Mexico City. Dès le début, il est reconnu comme prodigieusement doué. Son médium privilégié est l’aquarelle et il remporte de nombreux prix pour ses réalisations.
Lors d’un dîner à Mexico donné par Porfirio Diaz, le président du Mexique, Phoebe Hearst remarque des napperons dessinés et peints par le jeune Ramos Martínez. Elle est tellement impressionnée qu’elle demande à rencontrer l’artiste et à voir d’autres exemples de son travail. Après leur réunion, elle achète non seulement toutes ses aquarelles, mais accepte également de lui fournir un soutien financier pour la poursuite de ses études artistiques à Paris.
L’arrivée de Ramos Martínez à Paris en 1900 coïncide avec le développement du post-impressionnisme et il découvre le travail de Gauguin, Van Gogh, Matisse, Monet, Seurat et Odilon Redon. Se mélant aux salons littéraires, il devient un intime de la célèbre poète nicaraguayen, Rubén Dario, mais également d’Isadora Duncan ou de Paul Verlaine.
Début 1910, au moment où Ramos Martínez rentre au Mexique, le pays est dans la tourmente : la Révolution mexicaine commence. En 1913, il devient directeur de la première « Académie Libre » qui comptera David Alfaro Siqueiros dans ses premiers élèves. Bien que Ramos Martínez investisse l’essentiel de son énergie dans l’enseignement et la mise en place de son école ouverte, il poursuivit son travail de peintre et, en 1923, reçoit la Grande Croix de l’Ordre de Léopold par le roi Albert de Belgique, en reconnaissance de sa contribution aux arts visuels.
Il déménage à Los Angeles en 1929 où, grâce à Harold Grieve, directeur artistique et décorateur d’intérieur à la Warner Bros, il vend des toiles à Ernst Lubitsch, Alfred Hitchcock, Charles Laughton, Gary Cooper ou James Stewart.
Alfredo Ramos Martínez est décédé subitement en 1946 à l’âge de 73 ans à Hollywood, en Californie. Il est aujourd’hui l’un des artistes latino-américain les mieux côté sur le marché de l’art : Flores de México, peint en 1938, s’est vendu pour 4 millions de $ en 2007 chez Christie’s, et La india pour 2,18 millions de $ en 2008.

Diego Rivera (1886–1957)

Diego Rivera, connu pour avoir vécu une passion tumultueuse avec la peintre mexicaine Frida Kahlo, est aussi l’un des plus grands « muralistes » du XXe siècle, avec ses compatriotes Siqueiros et Orozco. Il fut aussi un très grand peintre de chevalet.
Avant de se fixer en 1909 à Paris, alors capitale artistique du monde, Diego Rivera étudie la peinture à l’Académie de San Carlos à Mexico, puis à Barcelone en 1907. A partir de 1912, il se tourne vers le cubisme, dont Braque et Picasso sont les hérauts. Il fréquente les milieux d’avant-garde de Montparnasse, et compte parmi ses amis des artistes de toutes nationalités installés à Paris : Picasso, Modigliani, Lipchitz, Mondrian, Severini.
En 1918, Rivera se détourne du cubisme et revient à une figuration plus naturaliste. Il retourne au Mexique trois ans plus tard, et en 1922 commence ses premières fresques en compagnie de plusieurs camarades peintres. Proche des mouvements d’extrême gauche (il est l’ami de Trotsky, qu’il accueille chez lui au Mexique) et engagé politiquement, l’artiste aborde dans ses œuvres des thèmes socialistes liés à la guerre civile mexicaine des années 1910, notamment celui du travail et de la liberté, mêlés à des représentations ethniques. Son style aux formes simplifiées et aux couleurs vives s’accorde parfaitement avec les vastes superficies qu’on lui donne à recouvrir de peinture.
Il effectue de 1930 à 1934 plusieurs séjours aux Etats-Unis avec son épouse Frida Kahlo (ils se marient en 1930), et se voit commander plusieurs fresques sur des thèmes industriels, notamment pour l’Art Institute de Detroit (1932-1933), ou Homme au carrefour pour le Rockefeller Center de New York (1934), mais la fresque est retirée peu après car le portrait de Lénine qui y est inclus provoque un scandale.
Rivera meurt près de Mexico en 1957, trois ans après Frida, à l’âge de soixante et onze ans.

Frida Kahlo (1907–1954)

Rufino Tamayo (1899-1991)

Figure de la peinture mexicaine, Rufino Tamayo nous expose une oeuvre onirique et fantastique.
Né au tournant du siècle à Oaxaca, dans un Mexique religieux et populaire, Rufino Tamayo doit à l’Église de son enfance le goût de la vie intérieure et la sensibilité aux images et aux couleurs. Tamayo est vite lassé par l’académisme des cours de l’École des beaux-arts. Dès 1921, il est nommé au Musée archéologique de Mexico. Il étudie alors de près les arts préhispaniques, qui seront une révélation pour l’ensemble de son travail à venir. Il s’inscrit ensuite à la très réputée Ecole nationale des arts plastiques San Carlos où il côtoie les fameux peintres Frida Kahlo et Diego Rivera, dont l’oeuvre l’influence. Sa liberté dans l’expérimentation technique et sa verve puisée à la source de l’histoire font vite remarquer son originalité. Il devient professeur de peinture en 1926 et expose à Mexico et à New York. Il est aussi reconnu à Paris, où il peint à l’Unesco. Il expérimente le cubisme puis tente de s’intégrer au mouvement muraliste, mais il se sent trop indépendant pour s’engager davantage. Car, pris par le mouvement culturel qui prolonge la révolution mexicaine dans les années 1920, il entend ne pas se limiter à une peinture politique et sociologique, même si dans son œuvre quelque chose demeure de « cet art monumental et héroïque, humain et populaire » dont parle Siqueiros. Il réalise en 1933 la fresque de l’Ecole nationale de musique de Mexico.
Les années 1940 vont être un tournant décisif : il trouve enfin son style et sa thématique. Il se démarque des autres artistes dont la démarche est souvent politique pour une dimension onirique et originelle de l’art.

Nicaragua

Armando Morales (1927-)

Armando Morales est un peintre nicaraguéen de renommée internationale, considéré comme le plus grand peintre d’Amérique centrale du XXe siècle. Son travail a notamment été exposé à sept reprises de 1984 à 2000 à la Galerie Claude Bernard, à Paris.

Né à Granada en 1927, il étudie à l’Escuela Nacional de Bellas Artes de Managua de 1941 à 1945 et de 1948 à 1953. Il commence à exposer internationalement à partir de 1953. En 1956 il gagne le premier prix au concours de peinture « 15 de Septiembre » qui se tient au Guatemala avec sa peinture Spook-Tree, qui sera ensuite achetée par le MoMA de New York.
En 1959, il remporte le prix « Ernest Wolf » du Meilleur Artiste latino-américain à la 5e Biennale de São Paulo.
De 1960 à 1964, grâce à une subvention de la Fondation Guggenheim, il part étudier au Pratt Graphic Art Center de New York. A cette époque, il est influencé par l’art abstrait de certains artistes comme Motherwell. En 1966, il retourne à la figuration, inventant peu à peu un style, le réalisme magique, avec une palette de couleurs impressionnistes, une texture granuleuse, des ambiances mystérieuses, un style vraiment unique qui n’appartient qu’à lui.
En 1972, il enseigne la peinture à la Cooper Union de New York, puis devient attaché culturel du Consulat du Nicaragua dans cette ville.
A partir de 1982 il établit sa résidence principale à Paris, où il sert dans le gouvernement révolutionnaire du Nicaragua en tant que représentant de l’UNESCO. Il démissionne de son poste en 1990, lorsque les Sandinistes perdent les élections nationales, et établit son nouveau studio à Londres. En 1993, un portefeuille de lithographies, La saga de Sandino, figure dans une exposition du Musée Rufino Tamayo de Mexico.

Armando Morales est capable de peindre n’importe quelle chose, moment ou sentiment, sans se soumettre à la servitude d’aucune mode. Il est réaliste d’une réalité que lui seul connaît et qui pourrait être aussi bien du XVIe siècle que du XXIe. [Gabriel García Márquez dans la préface du catalogue de l’exposition à la Foire International d’Art Contemporain à Paris en 1992]

Pérou

Macedonio de la Torre (1893-1981)

Artiste polyvalent, dynamique et original, Macedonio de la Torre Collard a fait ses études en Europe à la fin des années 20 et a conduit le Pérou vers le modernisme pictural, représenté par l’avant-garde fauve et l’abstraction (1930).
Il a fait ses premières études au Colegio Alemán-Inglés de Trujillo puis au Séminaire de San Carlos et San Marco, dirigé par les frères Lazaristes français. En 1912, il rejoint l’Universidad Nacional de Trujillo, puis l’Université de San Marcos de Lima (1913-1914), où il acquiert une vaste culture et une profonde compréhension des valeurs esthétiques. À l’époque, il joue du violon tout en cultivant la peinture et le dessin, cherchant encore sa voie. Pour se retrouver, il entreprend un voyage à pied vers l’Argentine à travers la Bolivie. Il arrive à Buenos Aires en 1915, pratique divers métiers pour survivre, et rejoint un groupe d’artistes de La Boca, le quartier branché de Buenos Aires, dirigé par Quinquela, entre autres. Il décide alors d’être peintre. Sa première exposition personnelle a lieu en 1917.
En 1924 commence une nouvelle étape dans sa carrière : un long voyage en Europe va l’amener successivement en Allemagne (1924-1925) où étudie la peinture et la sculpture sous la direction de Jean-Jacques Henner, puis en Italie (1925-1926), en Belgique (1926-1927) et à Paris (1927-1931), où il suit des cours d’Antoine Bourdelle. Ces années européennes le mettent en contact avec les œuvres des grands maîtres de l’impressionnisme.
En 1930 se tient sa première exposition à Lima (des paysages ruraux et urbains du vieux continent) et c’est un évènement exceptionnel dans la capitale péruvienne, tant sa peinture est loin de l’indigenismo alors en vogue parmi les peintres péruviens. Ses expositions vont alors se succéder. Rien qu’à New-York, il en fait plus de dix (1959-1960).
Jusqu’à sa mort, Macedonio ne cesse de peindre, notamment des vues très oniriques de la Selva, summum de son œuvre plastique car ce sujet lui permit de s’exprimer avec passion et de s’enivrer dans la couleur. Elles le firent se déchaîner dans une joie fébrile où, dans un apparent désordre et effectuant d’intenses repentirs, il versait les couleurs sur la surface blanche, recherchant cet enchevêtrement de troncs, de branchages, de feuilles et de fleurs auxquels il est aujourd’hui tellement identifié.

Fernando de Szyszlo (1925-)

« Ce que nous éprouvons pour les nouvelles de Borges, les poèmes de Vallejo ou d’Octavio PAE, les tableaux de Tamayo ou de Matta est aussi vrai pour la peinture de Szyszlo : il s’agit là de l’Amérique latine dans son expression la plus haute, là s’exprime ce que nous sommes et avons de meilleur. » Mario Vargas Llosa

Fernando de Szyszlo, peintre et sculpteur, est une figure clé de l’abstraction des années cinquante en Amérique latine et il a contribué de façon majeure au renouveau artistique de son pays, faisant œuvre de pionnier dans le traitement de thèmes péruviens dans un style non-figuratif. A Paris (où il s’est rendu à l’âge de 24 ans) il s’est imprégné des leçons du cubisme, du surréalisme, de l’informel et de l’abstraction de l’époque, se liant d’amitié avec Octavio Paz et André Breton.
Il a enseigné à la Escuela de Arte de la Pontificia Universidad Católica du Pérou entre 1956 et 1976 et fut professeur invité des Universités de Cornell, Yale et du Texas .
Le lyrisme de la couleur, renforcée par de riches effets de texture et une manipulation magistrale de la lumière et des ombres sont les caractéristiques les plus importantes de la peinture de Szyszlo, toute emplie d’étranges totems pré-colombiens.
Depuis sa première exposition personnelle à Lima en 1947, Szyszlo a eu plus de 100 expositions individuelles dans des musées et des galeries en Amérique latine, Europe et aux Etats-Unis et a participé aux biennales de São Paulo et Venise. Son travail est présent dans d’importantes collections publiques et privées à travers le monde.

République Dominicaine

Jaime Colson (1901–1975)

Jaime Colson est un peintre moderniste de la République dominicaine.
Né à San Felipe de Puerto Plata, il a étudié d’abord en Espagne, à Madrid et à Barcelone, avant de s’installer à Paris, se liant notamment avec Braque, Léger et Picasso. En 1934, il s’installe à Mexico, où il enseigne pendant un certain temps avant de revenir en République dominicaine en 1938.
Le style de Jaime Colson a été influencé par le purisme et le surréalisme, avec une dose de classicisme à la façon de Picasso. Outre ses talents de peintre, il a été actif en tant que professeur : parmi ses élèves on compte la cubaine Mario Morales Carreño.
Colson est mort en Santo Domingo en 1975 mais reste aujourd’hui encore considéré comme un maître de la peinture caribéenne.

Uruguay

Joaquín Torres-García (1874-1949)

Joaquín Torres-García est l’un des artistes majeurs de la première moitié du XXe siècle. Par sa modernité, son impact sur l’esthétique établie et sur les générations futures, il fut sans doute celui qui révolutionna le mieux la création en Amérique du Sud (et au-delà).
De père catalan et de mère uruguayenne, il quitte le continent sud-américain à l’âge de dix-sept ans et commence des études de peinture murale à Barcelone, où il exécute plusieurs fresques dans l’église de San Augustin et au palais de la Diputación (1912). Après un court voyage en France et en Belgique (1910), il regagne Montevideo avant de séjourner deux ans à New York (1920-1922).
Voyageur infatigable, il retourne bientôt en Europe et découvre le futurisme lors de son séjour en Italie. En 1924, il décide de se fixer quelque temps à Paris et s’intègre bientôt à l’avant-garde abstraite (avec Van Doesburg, Mondrian, Braque, Gris, Picasso, Domela et Seuphor). Il participe en 1925 au Salon d’automne. C’est avec Michel Seuphor qu’il fonde en 1930 la revue Cercle et carré ; il prend une part active à l’exposition internationale de ce groupe, au mois d’avril.
En 1932, il retourne, de manière définitive, à Montevideo. L’année suivante, le M.A.M. de Madrid lui consacre une exposition personnelle. En Amérique du Sud, il ouvre l’Académie d’art constructif, dont le succès et l’influence sont décisifs pour les jeunes artistes uruguayens. Il entreprend la publication de la revue Circulo y Cuadrado, qui, dès lors, est plus un organe d’école qu’une revue internationale d’art abstrait. Il publie bientôt son autobiographie, Historia de mi vida (1939), puis un ouvrage théorique intitulé Universalismo constructivo (1944). Il fonde à la fin des années quarante son propre atelier (el Taller Torres-García). A sa mort, en 1949, la Escuela del Sur se crée à partir de cet atelier. Dans les années 50, les disciples de Torres-García (notamment Francisco Matto, Augusto Torres, Manuel Pailós, Julio Alpuy, Gonzalo Fonseca, Horacio Torres et José Gurvich) vont s’y retrouver pour poursuivre son travail ; tout en y apportant une touche personnelle, ils parviendront à rester fidèles au langage universel de cette géométrie sensible.

Marqué profondément par l’art précolombien, plus peut-être que par son expérience européenne, Joaquín Torres-García pratique volontiers l’idéogramme (où l’on peut déceler l’influence de Klee), mais toujours dans la conception d’un espace bidimensionnel, dont l’équilibre repose sur l’interdépendance d’éléments du domaine du sensible et de formes plus structurelles. Des éléments symboliques, des lettres et des chiffres viennent s’intégrer aux formes serrées, cernant les couleurs terre de légers contours noirs.
Joaquín Torres-García est représenté notamment à New York (MoMA), à New Haven (Yale University Art Gal.) et à Paris (MNAM). Une soixantaine de ses œuvres ont disparu lors de l’incendie du M.A.M. de Rio de Janeiro en 1978.

María Freire (1917-)

María Freire, peintre et sculpteur, est l’une des plus éminente représentante de l’art abstrait géométrique en Uruguay.
Née à Montevideo le 7 Novembre 1917, María Freire a étudié la sculpture et la peinture au Círculo de Bellas Artes et à l’Universidad del Trabajo, entre 1938 et 1943.
En 1952, elle co-fonde le Grupo de Arte No Figurativo avec José Pedro Costigliolo, son futur mari. En 1953 à la La Biennale de Sao Paulo, elle est éblouie par le travail de Piet Mondrian, Theo Van Doesburg, et, surtout, de Friederich Vordemberge Gildewart, le pionnier le plus important de l’art concret en Allemagne.
En 1957, elle reçoit la bourse « Gallinal » pour étudier en Europe (Amsterdam et Paris, 1957-1960). C’est à cette époque que sa peinture s’éloigne de l’austérité des premiers stades de sa carrière pour un langage plus symbolique, presque africain, comme dans Capricorne (1965), œuvre aux courbes sensuelles que l’artiste elle-même associe à l’art maori.
Elle a été professeur d’Histoire de l’art pour des étudiants en architecture. Elle a également travaillé comme critique d’art dans le journal « Action » (1962-1973).
Entre 1954 et 1992, elle a participé à 17 expositions en solo à Montevideo, Sao Paulo, Rio de Janeiro, Buenos Aires, Barcelone, Bruxelles et Washington. En 1966, elle a participé à la 33e Biennale de Venise.

Ignacio Iturria (1949-)

Né en 1949 à Montevideo, dans le quartier de River Plate, Ignacio Iturria figure parmi les artistes contemporains latino-américains les plus estimés sur la scène artistique internationale.
Sa palette va du noir au marron boueux (inspiré par les eaux limoneuses du Rio de la Plata), en couches épaisses, avec des nuances plus légères de brun, de beige ou de gris. Il s’autorise parfois l’utilisation judicieuse de blancs sales, et même, de temps en temps, de petites touches de bleu et de rouge, qui servent surtout à souligner la qualité quasi monochromatique de sa production.
Pourtant, derrière cet aspect austère et des sujets en apparence mélancolique, se cache un maître de la fantaisie impassible. Créateur d’un monde insolite fait de scènes intimistes, Iturria observe avec humour et tendresse la situation de l’homme moderne. Des petits personnages s’animent dans des espaces cubiques et clos et deviennent les acteurs de scènes de genre où le quotidien se pare de vertus ironiques. Minuscules par rapport à l’espace dans lequel ils se meuvent et semblables à des figurines de plomb, les personnages d’Iturria apparaissent comme des inconscients et heureux prisonniers d’un monde sclérosé et absurde. Petits théâtres tragi-comiques de la vie de tous les jours, où règnent l’intimité et la solitude des êtres, les toiles d’Iturria nous propulsent dans un univers à la fois naïf et inquiétant directement issu de son subconscient et de ses souvenirs d’enfance.

Fils d’un immigrant basque, souffrant d’asthme étant adolescent, Ignacio Iturria apprit de lui-même à peindre, comme une remède à sa solitude, une façon de s’évader. En 1977, il se marie et part vers l’Espagne, s’installant à Cadaqués. Là, sa palette s’éclaircit, son dessin au trait se transforme en peinture. Retour temporaire en Uruguay en 1979, pour plusieurs expositions avant de revenir s’installer à Barcelone en 1982, où il travaille en étroite relation avec des peintres catalans tels que Tharrats, Cuixart et Pitxot. Il visite aussi beaucoup, surtout l’Andalousie et la Castille, à la recherche des paysages de Benjamin Palencia.
Mais l’Espagne finit par être trop éblouissante, comparée à l’atmosphère sobre et sombre de son pays. En 1986, il retourne définitivement en Uruguay (où il vit toujours avec sa femme, Claudia et ses quatre enfants) et organise des expositions à Punta del Este et plus tard à Buenos-Aires et dans diverses villes d’Amérique latine, des Etats-Unis ou du Canada. Sélectionnée en 1995 pour représenter son pays à la Biennale de Venise, son œuvre fait l’objet de nombreuses expositions de musées à travers le monde.

« Tous les personnages miniaturisés d’Iturria semblent familiers. Ils partagent la routine existentielle d’une modernité banale. Mais leur petite taille leur permet d’accéder pleinement à la liberté d’esprit et de faire usage de leur droit de rêver (…) » Pierre Resatny

Carlos Páez Vilaró (1923-)

Carlos Páez Vilaró est un peintre, céramiste, sculpteur, muraliste, auteur, compositeur et constructeur uruguayen.
Il nait à Montevideo en 1923, apprend le dessin en 1939 et déménage à Buenos Aires, où il travaille dans l’imprimerie. De retour à Montevideo dans les années 1940, il développe un intérêt pour la culture afro-uruguayenne et s’établit dans un quartier principalement noir de Montevideo où il étudie le Candombe, un genre musical développé dans la zone du Río de la Plata, et qui trouve son origine dans les rythmes de l’Afrique bantoue. Il compose alors de nombreuses pièces musicales et dirige même un orchestre. Son intérêt pour la culture afro l’amène également au Brésil, qui abrite la plus grande population de descendance africaine d’Amérique latine.
Páez Vilaró effectue plusieurs séjours à Paris dans les années 50 et se lie notamment avec Brigitte Bardot et Pablo Picasso. En 1956, il est invité à exposer certains de ses travaux par le directeur du M.A.M. de Paris, Jean Cassou. Cette même année il se rend à Dakar – sa première visite en Afrique.
En 1958, il achète à Punta del Este un terrain en bord de mer sur lequel, au fil des années, il va ériger sa « Casapueblo », une structure tentaculaire en ciment blanchi qui rappelle Mykonos, et qui va devenir à la fois son lieu de résidence, son atelier, un musée et un hôtel.
En 1959, il réalise un Mural de 155 mètres de long, dans un tunnel de Washington.
En 1967, il se lance dans la production cinématographique avec l’aide d’industriels européens (Gérard Leclery et Gunther Sachs). Il voyage alors dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest afin de réaliser un documentaire, Batouk, avec le réalisateur Jean-Jacques manigot et poète Aimé Césaire.
Le 13 Octobre 1972, le vol 571 de l’Uruguayan Air Force s’écrase dans les Andes, avec 45 passagers à son bord, essentiellement des étudiants et l’équipe de rugby des anciens étudiants du lycée Stella Maris de Montevideo qui doit disputer un match au Chili, et dont fait partie « Carlitos » Páez Rodríguez, l’un des enfants de Carlos Páez Vilaró. Celui-ci participe activement à la mission de sauvetage : le 23 décembre, 16 survivants sont retrouvés, après être restés isolés pendant 72 jours et s’être nourris des restes humains des victimes de l’accident pour survivre. Son fils est du nombre.
Jusqu’à aujourd’hui, Carlos Páez Vilaró a créé 12 peintures murales en Argentine, 16 au Brésil, 4 au Tchad, 3 au Chili, 4 au Gabon, 11 aux Etats-Unis et 30 dans son pays natal.

Vénézuela

Oswaldo Vigas (1926-)

Né le 4 août 1926 à Valencia (Venezuela), Oswaldo Vigas s’inscrit radicalement dans la lignée des grands artistes et intellectuels de l’Amérique Latine qui ont contribué au prestige de ce continent. Son œuvre garde et développe les tendances naturelles de la culture latino-américaine qui sont, suivant ses propres paroles, « de caractère prélogique, magique, mythologique, antirationaliste ».
Oswaldo Vigas est fils du docteur José Jesus Vigas et de Nieves Linares (descendante d’Arturo Michelena). Son père décède lorsque Osvaldo a 10 ans. Il vit alors entre Valencia et Tinaquillo. En 1941 le jeune homme déménage à Guacara, où il fait ses premières peintures. En 1943 on lui accorde la Médaille d’Honneur pour son œuvre Hojas Rojas. Il commence des études de médecine à l’ULA de Mérida mais il n’a jamais pratiqué.
De 1952 à 1964, il s’installe à Paris et noue des liens étroits avec les artistes de l’école de Paris. Il retourne au Venezuela en 1957 et expose à Mendoza sa série Objetos. En 1972 il produit un ensemble de sérigraphies aux États-Unis. Aux débuts des années 70, il a également l’opportunité de faire tisser des tapisseries : d’abord au Portugal, puis en Espagne, au Mexique, et enfin en France (atelier Pierre Daquin à Saint Cyr, atelier Camille Legoueix à Aubusson, atelier 3 à Paris).
En 1983 il fait des gouaches et des dessins sur Simón Bolívar.
En 1985 il présente ses premières sculptures en bronze.
En 1990 le MACCSI (Musée d’Art Contemporain Sofia Imber) de Caracas organise une Rétrospective de l’œuvre de Vigas.
La peinture d’Oswaldo Vigas est organique et jette un pont entre tous les règnes : humains, animaux et végétaux. Il est considéré comme l’un des plus importants artistes contemporains du Venezuela.

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Une réponse à Quelques peintres Latino-américains du XXe siècle (2/2)

  1. Ordoqui dit :

    Merci, très intéressant et utile. pédagogique, simple.

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