Los muchachos de Paris

Le 31 Décembre 1929 Víctor Pissarro, Alberto Morera, Pedro Domínguez Neira, Raquel Forner, Horacio Butler, Juan Del Prete et d’autres amis se réunissent à Paris pour célébrer la nouvelle année. Un menu plein d’humour, signé par les membres présents, certains confessant un certain éthylisme, témoigne de l’évènement. A cette époque, d’autres artistes avaient également, grâce à une bourse ou sur leur propres argent, effectué le classique « voyage de perfectionnement » à Paris. Parmi eux on peut mentionner Héctor Basaldúa, Aquiles Badi, Alfredo Bigatti, Antonio Berni et Lino Enea Spilimbergo.
Le point commun entre tous ces jeunes gens ? Tous sont peintres. Et tous sont argentins. Ils sont aujourd’hui connus sous le nom de « Groupe de Paris ».

A cette époque, pour un jeune peintre latino-américain, le voyage en Europe était presque inéluctable. Ainsi partit Aquiles Badi en 1921 vers Milan par la décision de sa mère, récemment veuve ; l’année suivante c’est Horacio Butler qui, avant de s’établit à París, erra longuement en Allemagne et en Suisse avant de finalement rejoindre la Ville Lumière en janvier 1923 ; quelques mois plus tard arrivent Alfredo Bigatti et Héctor Basaldúa. En 1925 ce sont Antonio Berni et Víctor Pissarro et, en 1926, Lino Enea Spilimbergo. En 1929 les rejoignent Raquel Forner, Juan Del Prete et Alberto Morera, puis, à la fin de l’année, Pedro Domínguez Neira.
A paris, dans le quartier de Montparnasse, ils vivent cette vie de bohème des artistes de toutes nationalités, visitant les musées, assistant aux écoles et ateliers gratuits et refaisant le monde aux terrasses des cafés. Là, ils vont subir l’influence de ce que l’on a appelé « l’école de Paris », un groupe d’artistes qui, après la Première Guerre mondiale, cherchaient une façon alternative d’exprimer une nouvelle vision du monde, liée à la reprise d’un humanisme vivifiant. Ceci impliquait une sorte de retour vers le passé classique, avec ses valeurs d’ordre, de clarté et d’harmonie. Mais sans pouvoir se soustraire complètement aux mouvements d’avant-garde comme le cubisme et l’expressionnisme qui fonctionnèrent alors comme un prisme déformant.
C’est pourquoi, bien que les noms de Picasso, Chagall, De Chirico ou Modigliani soient les plus représentatifs du Paris créatif de cette époque, ce sont André Lhote, et dans une moindre mesure, Charles Guérin, Antoine Bourdelle et Othon Friesz qui guidèrent réellement les pas de ces peintres Argentins venus se former à Paris. Même si certains furent aussi influencés par d’autres courants comme, par exemple, le surréalisme pour Antonio Berni ou l’expressionnisme pour Raquel Forner. Mais au-delà de certaines affinités esthétiques, stylistiques ou poétique, le « Groupe de Paris » fut surtout un groupe d’artistes liés par des liens d’amitié, l’appartenance à une génération commune, partageant les mêmes expériences et, surtout, la même utopie d’une modernisation de l’art argentin.

Il faut noter, pour finir, que tout cela ne fut possible que grâce à l’existence à Paris d’un nouveau type d’Académies « Libres », comme l’Académie Colarossi ou celle de la Grande Chaumière, par exemple, principes que Bigatti, Guttero, Domínguez Neira et Raquel Forner tentèrent de transposer à leur retour à Buenos Aires en 1932 en créant leurs Cursos Libres de Arte Plástico.

Voici maintenant quelques œuvres datant de cette époque.

Les élèves

Antonio Berni (1905–1981)

Raquel Forner (1902–1988)

Lino Enea Spilimbergo (1896-1964)

Et quelques autres…

Aquiles Badi (1894-1976), Héctor Basaldúa (1894-1976), Horacio Butler (1897-1983), Juan Del Prete (1897-1987), Pedro Domínguez Neira (1894-1970), Víctor Pissarro (1891-1937)

[Pour en savoir plus sur la vie et l’œuvre d’Antonio Berni, Raquel Forner et Lino Enea Spilimbergo, c’est par ici]

Les professeurs

André Lhote (1885-1962)

Né à Bordeaux en 1885, élève de l’Ecole des Beaux Arts de sa ville natale, André Lhote peint la femme avec rigueur et réalisme. Si ses débuts dans la vie furent, jusqu’à sa vingtième année, consacrés à la sculpture, par la suite il délaissera complètement cet art, et c’est avec passion qu’il se plongera dans l’univers de la peinture, tant par sa production picturale, que par ses écrits enthousiastes. Il adhéra au cubisme en 1912, et participe donc directement à son émergence avec les plus grands que sont Braque, Picasso, Gleizes, mais se distingua par son refus de rompre avec la vision classique et par son attachement à maintenir l’intelligibilité des sujets représentés. Il cèdera aussi passagèrement au primitivisme, ce qui se traduisit par des vues de villes et de campagnes très géométriquement structurées qu’il nommera Cubisme Synthétique.
Mais l’artiste ne se soucie cependant pas uniquement de la pratique liée à la peinture mais aussi de ses fondements théoriques. Lhote met à profit le fait d’avoir été cofondateur de la Nouvelle Revue française en y publiant par la suite ses réflexions critiques sur l’art jusqu’en 1940.
En 1921, André Lhote ouvre son école sur les hauteurs de Montparnasse. Il fut également professeur à l’Académie de la Grande Chaumière.
Le peintre fait l’acquisition d’une vieille maison à Gordes en 1938. C’est là qu’il vit le début de la guerre avec sa femme et son collègue peintre Marc Chagall. Le couple séjourne dans cette maison jusqu’en 1942, puis ils rentrent à Paris où Lhote veut de nouveau enseigner dans une école de peinture. Après la guerre, il fait de nombreuses tournées de conférences en Belgique, en Angleterre, en Italie, en Egypte (1950) et au Brésil (1952).
Vers la fin de sa vie il développa aussi ses talents dans la décoration, notamment les peintures murales à la faculté de médecine de Bordeaux, en 1957). Il décède à Paris en 1962.

Achille-Émile Othon Friesz (1879–1949)

Achille-Émile Othon Friesz est né au Havre.
Fils d’un capitaine dont le rêve était d’être un jour un grand navigateur, Othon Friesz a été, avec Georges Braque et Raoul Dufy, élève à l’École municipale des Beaux-Arts du Havre. Une bourse lui permet d’entrer à l’École des Beaux-Arts de Paris en 1897.
D’abord influencé par les impressionnistes, puis par Van Gogh et Gauguin, quelques unes de ses toiles sont regroupées au Salon d’automne de 1905, avec des œuvres de Matisse, Marquet et Manguin. Les aplats de couleurs éclatantes et la nervosité du dessin donnent la sensation au spectateur de pénétrer dans une « cage aux fauves ». C’est le début du fauvisme dont il va devenir l’un des principaux représentants.
À l’été 1906, avec Braque, ils font un séjour à Anvers, travaillant sur les mêmes sujets, puis, l’année suivante, à l’Estaque et La Ciotat, transposant sur leurs toiles la lumière du Midi. De retour à Paris, tandis que Braque élabore avec Picasso, qu’il vient de rencontrer, les fondements du cubisme, Friesz poursuit un naturalisme influencé par Cézanne et réalise des paysages, des natures mortes et des marines plus traditionnels, tout en conservant de sa période fauve l’énergie du trait et le goût affirmé pour la couleur et les contrastes forts.
En 1912 il commence à enseigner le dessin, à l’Académie Moderne de Paris jusqu’en 1921, à l’Académie Scandinave à partir de 1925 et à l’Académie de la Grande Chaumière à partir de 1944.

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