Quelques peintres français du XXe siècle

Voici un zoom sur quelques peintres français originaux et quelques unes de leurs plus belles œuvres.

Marcel Duchamp

Marcel Duchamp, né à Blainville-Crevon (Normandie), en juillet 1887 et mort à Neuilly-sur-Seine, en octobre 1968, est un avant-gardiste qui a survolé nombre de courants artistiques du XXe siècle tels que le cubisme, le futurisme, le dadaïsme, le surréalisme… L’œuvre de Marcel Duchamp a bouleversé radicalement l’art du XXe siècle et sa démarche artistique a exercé une influence majeure sur les différents courants de l’art contemporain. Il a notamment profondément révolutionné la conception Académique de l’art et ouvert ainsi les portes de l’art contemporain et de l’art conceptuel. Le Pop’art ainsi que le Happening doivent beaucoup aux œuvres de Marcel Duchamp.
Son acolyte André Breton disait de lui : « Notre ami Marcel Duchamp est assurément l’homme le plus intelligent et (pour beaucoup) le plus gênant de cette première partie du vingtième siècle. » (André Breton, Anthologie de l’humour noir, 1939)
Il fait partie de ces artistes « intellectuels » tels que Léonard de Vinci. Il était joueur d’échec, participait à de nombreux tournois, et fut d’ailleurs champion de haute Normandie en 1924.

Après les années 1902-1910, qui sont qualifiées par Duchamp de « huit années de leçons de natation », durant lesquelles il explore toute une série de styles artistiques — impressionnisme, fauvisme, cubisme — s’ouvre une période de recherches intenses. Puis, fin novembre 1911, inspiré par un poème de Laforgue, il commence son Nu descendant un escalier, dont la seconde version est proposée au Salon des indépendants, le 20 mars 1912 – et refusée par ses amis du jury : Duchamp est profondément blessé. Il dira, bien plus tard : « Je reconnais que l’incident du Nu descendant un escalier aux Indépendants a déterminé en moi, sans même que je m’en rende compte, une complète révision de mes valeurs ». C’est aux États-Unis que commence réellement l’histoire de cette œuvre qui va devenir mythique : exposée lors de l’International Exhibition of Modern Art (l’Armory Show) à New York, puis à l’Institut d’art de Chicago et enfin à Boston à la Copley Society, son Nu descendant un escalier no 2 provoque hilarité et scandale dans certains journaux. L’Armory Show ferme ses portes le 15 mars ; deux jours après, Alfred Stieglitz invite Marcel Duchamp et Francis Picabia à exposer dans sa galerie appelée « 291 ».

L’Amérique

Marcel Duchamp débarque donc à New York, où il devient la coqueluche de cette « intelligentzia » curieuse, brouillonne mais terriblement dans le vent qu’il sait à merveille scandaliser ou séduire, et où il n’a cessé de trouver, sans paraître les chercher, des appuis sûrs et une audience pour n’importe quoi qui sortît de ses doigts ou de son cerveau inventif. Ainsi est-il parvenu à se faire aux États-Unis, avec des « choses » aussi imprévues que bizarres, marquées d’humour, insolites, iconoclastes, une réputation très particulière, unique à notre époque. Duchamp aura été le stimulant de presque tout ce qui s’est fait de neuf, de créateur, d’original à New-York ; il a évidemment beaucoup profité de cette situation, beaucoup profité des femmes, des amateurs riches, et de la chance, mais sans jamais aller trop loin. Il a su se préserver de l’outrance, comme il s’est méfié de la répétition, du systématisme, ou de l’artifice, autant de pièges où tout autre que lui aurait pu tomber.
Duchamp n’a, il est vrai, réalisé que relativement tard l’extraordinaire portée de son attitude et de ses actes ; l’engouement dont il sera l’objet après la seconde-guère mondiale le laissera ironiquement pantois, néanmoins sa nonchalance naturelle ne s’en trouvera pas affectée.
On est évidemment tenté d’opposer la chance insolente qui fut la sienne et la dimension même du personnage, à l’existence laborieuse, difficile, et à l’humilité de son frère Jacques Villon (peintre également). Mais le coup de dé de Duchamp fut sa découverte de l’Amérique et de la manière de s’en servir. L’abîme qui sépare les deux hommes est aussi celui qui sépare les deux continents : l’Europe attachée à ses traditions, à une conception séculaire de l’art et de la place de l’artiste dans la société, redoutant les changements, s’opposant à toute innovation, ou se méfiant de ce qui pourrait déranger son confort visuel et ébranler sa sécurité ; et l’Amérique, ouverte au contraire à tous les défis, se jetant à corps perdu dans la découverte, éprise de liberté et de nouveauté, et n’ayant peur ni du scandale, ni de l’agression, ni même de l’échec.

En 1923, Duchamp abandonne définitivement l’art. Son « Grand verre » demeurera éternellement inachevé (comme l’autre œuvre capitale du siècle « Les demoiselles d’Avignon »). Á partir de là, il n’a plus touché ni un pinceau, ni un crayon. Rien dans les mains, rien dans les poches. « J’ai été vraiment un défroqué au sens religieux du terme » dira-t-il de sa rupture avec l’œuvre d’art. « Mais sans le faire volontairement, cela m’a dégoûté. J’aime mieux vivre, respirer que travailler… [ ] Chaque seconde, chaque respiration est une œuvre d’art qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle, ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante. [ ] Je me suis arrêté, moitié par paresses, moitié par manque d’idées, car je ne peins pas pour peindre. Je ne me suis jamais considéré comme un artiste au sens professionnel du mot. La peinture était un moyen parmi d’autres pour une certaine fin assez indéfinissable. Je n’ai aucune intention de me juger moi-même, ni celle d’arriver à un but net, prémédité ou social. »Ainsi, il ne songea jamais à justifier son attitude, et nul d’ailleurs ne le lui demanda, bien que sa rupture avec la création plastique ait fortement impressionné les surréalistes, à commencer par Breton.

En janvier et février 1925, sa mère puis son père meurent. Marcel emploiera sa part d’héritage à acquérir des œuvres d’art afin d’en faire commerce. « Il faut bien faire quelque chose pour manger », dira-t-il.

… Et sinon, il jouait aux échecs…

La plupart des œuvres de Duchamp ont été données par les Arensberg au musée d’art moderne de Philadephie, ce qui explique peut-être qu’il soit presque plus connu là-bas que chez nous.

Balthus

Balthasar Kłossowski (de Rola), dit « Balthus » (Paris, 29 février 1908 – Rossinière, Suisse, 18 février 2001) est un peintre figuratif français d’origine polonaise. Il est le frère de l’écrivain Pierre Klossowski.
« La meilleure façon de commencer est de dire : Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures », telle est la réponse laconique que le peintre adresse à la Tate Gallery, qui, organisant une exposition de ses œuvres, souhaitait également agrémenter le catalogue de quelques éléments biographiques.
Le Roi des chats – titre d’un de ses autoportraits – a en effet toujours souhaité s’entourer d’une aura de mystère, ce qui a sans aucun doute contribué à occulter sa personnalité et son œuvre aux yeux du grand public. Rare et discret, il l’est en effet dès sa naissance, un 29 février ; un anniversaire qui fait aussi partie de la « légende Balthus ». Balthus naît à Paris, mais sa famille, du fait de ses origines, se réfugie en Suisse lors de la Première Guerre mondiale. Ses parents se séparent peu après et Balthus passe son enfance avec son frère Pierre dans la région de Genève, près de leur mère. Celle-ci rencontre Rainer Maria Rilke alors que le jeune Balthasar Klossowski a 11 ans. Le garçon publie son premier livre de dessins, Mitsou, sous l’impulsion de ce mentor, lorsqu’il a quatorze ans. Durant son adolescence, il rencontre les nombreuses relations de sa mère et de Rilke qui viennent lui rendre visite : André Gide, Maurice Denis, Pierre Bonnard.
De retour à Paris en 1924, il y suit l’enseignement de Bonnard et de Vlaminck.
Il expose en 1934 une série de tableaux mettant en avant des jeunes filles à la pose équivoque, thème qui fera sa célébrité.
En 1936, il s’installe Cour de Rohan (quartier de Saint-Germain-des-Prés) où il résidera plusieurs années. Il se marie en 1937 avec Antoinette de Watteville (1912-1997), qui lui sert de modèle dans plusieurs toiles, dont La Toilette (1933, Centre Pompidou, Paris) ou La montagne, 1936.
En 1961, Balthus est nommé directeur de l’Académie de France à Rome, à la Villa Médicis, par André Malraux. Setsuko Idata, jeune étudiante japonaise dont il est amoureux, l’y rejoint. Elle lui sert à son tour de modèle dans plusieurs tableaux dont La Chambre turque (1963-66, Paris, Centre Georges Pompidou). Il l’épouse en 1967 au cours d’un voyage au Japon.

Son œuvre peinte est relativement peu abondante puisqu’on ne compte qu’environ 300 peintures, dont beaucoup ne sont pas datées. Balthus est un artiste méticuleux, certains tableaux nécessitant plusieurs années pour être achevés et après avoir fait de nombreuses études préparatoires.
Il est resté célèbre pour ses tableaux de jeunes filles nubiles, souvent peintes dans des poses ambiguës, jouant sur l’idée de l’innocence perdue à l’adolescence. Il est néanmoins dommage que ces quelques tableaux aient laissé dans l’ombre le reste de son œuvre, pourtant beaucoup plus intéressante, avec des tableaux comme La rue (1933) ou Les joueurs de carte (1948), mon tableau préféré de Balthus (visible dans cette galerie). Et être un artiste figuratif à une époque où l’abstraction était reine ne l’aida pas non plus (Bernard Buffet connut, en France, le même ostracisme)…

Bernard Cathelin

Bernard Cathelin, peintre et voyageur, nait à Paris en 1919. Il suit des études classiques aux lycées Carnot et Janson-de-Sailly de Paris, puis au lycée Emile Loubet de Valence. En 1939, il s’engage volontairement et devient élève-pilote.
Après la guerre, en 1945, il devient élève à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, puis, de 1947 à 1953, professeur l’atelier Colarossi de préparation au concours d’entrée à cette même école.
Il reporte ensuite plusieurs prix : prix Blumenthal en 1950 ; prix Emile Lowe en 1953 ; prix Othon Friesz en 1958. Tounjours en 1958, le New York Herald Tribune lui consacre la couverture de son supplément du dimanche.
De 1962 à 1982, Bernard Cathelin voyage énormément : Pérou, Nicaragua, Equateur, Brésil, Mexique, Guatemala, Venezuela, URSS, Cambodge, Ceylan, Inde, Birmanie, Népal, Tahiti, Italie, Antigua, Saint-Martin et, en 1980, au Japon, pays dont Bernard Cathelin dit qu’il « est le pays qui m’a le plus enrichi, que se soit du point de vue formel ou du point de vue spirituel ». La venue de Cathelin au Japon a d’ailleurs développé son inspiration. L’artiste a apprécié certains sentiments japonais comme le recueillement, l’intimité, ou la sobriété. Il y a peint certainement ses plus beaux tableaux, notamment sur la Villa impériale de Katsura au printemps (voir ici ou ci-dessus), des œuvres aux grands aplats géométriques et poétiques qui ne sont pas sans rappeler Nicolas de Staël. Sa peinture est d’ailleurs particulièrement appréciée au « pays du soleil levant ».

Bernard Cathelin a de fortes attaches dans la Drôme où ses racines maternelles le ramènent tous les étés dans la propriété familiale des Rebattières, près de Valence. Il doit à sa mère son envie de peindre, notamment les bouquets : « Il y avait toujours dans notre maison une telle profusion de fleurs que j’ai eu très vite l’envie de les peindre, non comme des fleu-fleurs, mais comme des portraits ». Le résultat est tout simplement prodigieux !
Bernard Cathelin a été décoré de la légion d’honneur par le Président de la République, François Mitterrand, en 1995. Il s’est éteint le 17 avril 2004.

François Dilasser

François Dilasser, né le 5 mars 1926 à Lesneven (Finistère), mort le 16 septembre 20121, est peintre et créateur de vitraux. Il travaille par séries, qu’il ne termine que lorsqu’il estime avoir épuisé le sujet. Quelques thèmes traités par l’artiste : les arbres, les mains, les têtes, les étoiles, les nuages…
Dilasser ne cherche pas à restituer une image, mais plutôt l’émotion ressentie lors de la création de l’œuvre : « J’ai parfois le sentiment qu’en peignant je cherche à retrouver ma propre naissance, à retrouver l’origine. »
Peintre d’intuition et d’instinct, Dilasser est difficile à situer dans le paysage de la peinture contemporaine. À ses débuts en peinture, il se reconnaissait pour maîtres Gauguin, Rembrandt, Paul Klee, Bissière et Picasso.
« Tout commence en général par des dessins, des dessins que je peux faire des heures durant à partir de rien, simplement j’essaie de laisser ma main libre. Je ne veux rien. J’essaie de découvrir quelque chose que je ne connais pas. Petit à petit, une idée ou plutôt une forme se dégage. Je tourne autour de cette forme et quelque chose me parle. La forme se précise, s’impose. Je ne la nomme pas. Je la sens vivante. Je commence à peindre un, deux, dix papiers ou toiles. À partir du moment où la forme se met à vivre, des combinaisons de couleurs surgissent en même temps : cela n’est pas raisonné, cela s’impose. Bien sûr, au cours du travail, d’autres idées ou désirs peuvent naître. J’essaie de rester libre – libre même de prendre une voie que je ne prévoyais pas au départ. Je n’ai qu’un critère : il faut que ça vive, que je sente que ça vive. Je ne pars jamais du réel directement, même si je me rends compte parfois après coup que telle forme correspond à des choses que j’ai enregistrées. C’est toujours une forme qui surgit et ensuite il lui arrive toutes sortes d’avatars. »

Jean Jansem

Jean Jansem (de son vrai nom Ohannes Semerdjian) est né en 1920 dans une famille arménienne de Seuleuze, en Turquie. Fuyant les persécutions, sa famille rejoint Salonique, en Grèce, alors qu’il n’a que deux ans. Il y passe son enfance, et arrive à Paris fin 1930. En 1934, il commence à suivre des cours du soir à Montparnasse (notamment à l’atelier de La Grande Chaumière), puis entre à l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris, dont il sort diplômé en 1938. Il poursuit par un stage à l’Ecole Nationale des Beaux Arts, Paris.
En 1939, c’est sa première participation au Salon des Indépendants.
Dès 1957, sa carrière devient internationale. Il expose en Italie, en suisse, en Angleterre et surtout aux Etats-Unis (à la prestigieuse Galerie Hervé de New York).
En 1969, une rétrospective de ses œuvres a lieu à Tokyo, et son travail est, depuis, régulièrement présenté au Japon où il jouit d’une grande renommée. Deux musés portant son nom seront d’ailleurs ouverts dans ce pays, en 1992 et 1993, à Tokyo (Ginza Jansem Museum) et à Nagano (Azumino Jansem Museum).
En 1978, ouverture de la Galerie Matignon à Paris, dédiée à son œuvre.
Il est fait Chevalier des Arts et des Lettres en 1997 et Chevalier de la Légion d’Honneur en 2003.

S’inspirant à ses débuts de peintres comme Goya ou Pieter Brueghel, Jean Jansem a constamment navigué, au fil de sa longue carrière de plus de soixante ans, entre réalité et illusion, cherchant toujours l’expression la plus profonde. Marquée par des drames puissants (exode et massacre des arméniens, Deuxième Guerre Mondiale), son œuvre est riche, d’une grande cohérence, mais surtout profondément humaine. Car au-delà de ses indéniables talents de dessinateur, de coloriste et de sa maîtrise technique, c’est l’originalité de son regard qui interpelle le spectateur : derrière les visages diaphanes, les corps décharnés, les personnages de carnavals, de ferias, Jansem peint l’Homme et recherche sa vérité, qu’il exprime dans une forme picturale figurative et expressionniste qui n’est pas sans rappeler James Ensor.
« Ce qui m’intéresse c’est la vérité, celle de l’homme. La vérité de soi-même par rapport au monde. »
« Qu’est ce que la réalité ? La réalité est une chose indéfinissablement fluide. On a commencé à faire de la peinture pour rendre la réalité. Mais, au dix-neuvième siècle, ce fut la débandade pour les adeptes de cette théorie. La photographie restituait beaucoup mieux la réalité. Mais on peut exprimer des choses bien différentes avec la peinture. Par exemple, traduire émotionnellement la réalité du monde extérieur. […] Quand il s’agit d’exprimer les choses au-delà de l’objectivité, le dessin et la peinture ne suivent plus aucune règle. Quand je vois une tête, ou seulement un mur, si j’ai envie de peindre c’est pour retrouver l’émotion que j’ai éprouvée en les regardant. Il faut que je rende le personnage au moins aussi fort qu’il m’est apparu. […] Si je n’ai pas vu une chose, je ne la sens pas. Je ne pourrais pas faire de dessins sur la guerre, par exemple, si je n’y participais pas. Ce n’est pas l’imagination mais la chose vue qui est importante pour moi. »

La vie se transpose alors sur la toile de Jansem en comédie dramatique, parfois violente, tragique, parfois plus douce, mais toujours dans cette oscillation permanente entre réalisme et fiction. « Le langage de Jansem est ininterrompu depuis plus de soixante ans qu’il transmue dans le secret de son atelier, dessin et couleurs, matière et lumière, en un charnel enchantement. Dans son exigence d’une vraie représentation incarnée, Jansem élève sa peinture à hauteur d’homme. »

Jean Leppien

Jean Leppien est un peintre français d’origine allemande (Lünebourg, 1910 – Paris 1991).
Étudiant au Bauhaus en 1929, il suit notamment les cours élémentaires de Kandinsky. L’année suivante, il intègre l’académie fondée par Itten à Berlin où il se familiarise avec les techniques de la photographie, notamment aux côtés de Lazlo Moholy-Nagy.

C’est cette activité de photographe – entre autres – qu’il exerce pour survivre quand il rejoint Paris en 1933 à la suite de l’arrivée au pouvoir des nazis. Il y fait la connaissance de Suzanne Ney, une juive hongroise, elle-même photographe.
Il s’engage à la déclaration de la guerre auprès des armées françaises (dans la Légion étrangère). Démobilisé après la défaite, il rejoint Sorgues (près d’Avignon) où Suzanne, fuyant Paris, s’est réfugiée. Il l’épouse le 16 août 1941 – le maire ayant été suspendu par un décret de Pétain, ils sont unis, après intervention du préfet, par un responsable de délégation, antisémite virulent qui, pour marquer sa désapprobation, retire son écharpe tricolore. Ils vivent à Sorgues, plus ou moins dans la clandestinité – généreusement hébergés à la ferme des Confines –, jusqu’à la rafle du 21 mars 1944 « par mesure de sûreté concernant les juifs », où Suzanne, qui travaille en qualité d’ouvrière agricole chez Paul Avril à Châteauneuf-du-Pape, est arrêtée. Envoyée d’abord au camp de Drancy, elle fait partie du convoi 72 du 29 avril 1944 pour Auschwitz.
En voulant se renseigner sur son sort auprès de la Gestapo, Jean Leppien est arrêté à son tour, questionné durant une semaine puis envoyé en forteresse près de Nuremberg. Libéré par les alliés le 25 avril 1945, il est rapatrié à Paris, pensionnaire de l’hôtel Lutetia, où il retrouve Suzanne quelques jours plus tard, miraculeusement sortie vivante du camp d’Auschwitz.

Dans la France d’après-guerre, la peinture abstraite est en plein essor. Bien que toute son œuvre antérieure soit perdue – détruite par les nazis comme étant l’expression d’un art dégénéré -, il renoue avec la peinture et se lie d’amitié avec Alberto Magnelli, Jean Deyrolle, Michel Seuphor et Aurélie Nemours. Il adopte d’abord une facture à la fois géométrique et matiériste, fondée sur la rencontre sinueuse de grandes lignes courbes. Les formes se simplifient ensuite pour explorer des rectangles, puis des cercles qui donnent lieu à de nombreuses variations chromatiques. Ces cercles, concentriques ou centripètes, sont travaillés dans l’épaisseur d’une couche onctueuse de matière picturale qui confèrent à l’œuvre une présence lumineuse et charnelle.
Il expose au premier Salon des Réalités Nouvelles (1946) et devient membre du comité. Il y exposera jusqu’à sa mort.
En 1949, il s’installe dans le sud de la France (à Roquebrune Cap Martin) où il crée avec sa femme un commerce d’objets insolites dénommé « la Boutique de Roquebrune village ». Il est naturalisé français en 1953.
Ses œuvres sont représentées dans de nombreuses collections publiques françaises. Il s’est également fait un nom comme médiateur entre l’art allemand et l’art français.

Alfred Manessier

« Le désespoir n’est pas concevable pour moi. Le désespoir, je l’ai mis définitivement à la porte… c’est un abandon… Pour moi, la peinture est un moyen de salut. »
Alfred Manessier, né le 5 décembre 1911 à Saint-Ouen dans la Somme et mort le 1er août 1993 à Orléans, est un peintre non figuratif français, considéré comme un des maîtres de la Nouvelle École de Paris.
Profondément imprégné dès son enfance par les paysages et la lumière de la Baie de Somme, il consacre de nombreuses toiles aux méandres et reflets du fleuve, au littoral picard, aux ports du Nord.
D’abord fortement influencé par Rembrandt dont un de ses oncles lui a offert une biographie, il est un élève studieux, apprécié de ses maîtres. Mais c’est en copiant les maîtres du Louvre, qui ne cessent de l’émerveiller, qu’il découvre l’importance de la couleur et de la lumière. Peu à peu, sa peinture évolue vers la construction et l’abstraction (lui parle plutôt de non-figuration).
À partir de 1947, le vitrail occupe une grande partie de son œuvre. Il en réalise un grand nombre, sur demande des dominicains des Bréseux d’abord, puis des dominicains du Saulchoir. Mais à partir des années 1960, les vitraux et leur conservation le préoccupent assez pour qu’il crée en 1964 « l’Association pour la défense des vitraux de France » avec un groupe d’amis.
S’il est en bonne place dans les lieux de culte et les couvents par ses tapisseries, peintures, vitraux, Manessier refuse l’étiquette de « peintre religieux », et à partir de 1956, date de l’Insurrection de Budapest, il réalise un grand nombre de toiles « politisées », en rapport avec les violences du monde : Guerre d’Algérie, exécution de Puig Antich par le régime franquiste, guerre du Viêt Nam, misère des Favellas ou lutte des noirs américains pour leurs droits. Ces toiles portent le nom de Hommage notamment à Martin Luther King, à Teilhard de Chardin, au père Dom Hélder Câmara, ou de Passions.
Sollicité dans les années 1960 pour créer des costumes de ballets ou de théâtre, il a abordé un grand nombre de techniques, dont une gigantesque lithographie, et il laisse derrière lui une œuvre considérable, qui a évolué à la suite de ses voyages : dans les Flandres, en Hollande, au Canada, dans le midi de la France. Son œuvre a été couronnée par plusieurs prix internationaux, notamment en 1962, où il reçoit le Grand Prix International de Peinture à la XXXIe Biennale de Venise (il est le dernier peintre français à avoir reçu cette distinction, avant que ne débute l’hégémonie américaine).
« La vie, a dit un jour Jean Anouilh, c’est bien, mais ça n’a pas de forme ». Manessier lui en a donné une.
Le 28 juillet 1993, il est victime d’un accident de la route dans le Loiret, et il meurt le 1er août 1993. Il est inhumé dans le cimetière de son village natal. Son épouse Thérèse est morte en 2000.

Léopold Survage

Léopold Frédéric Léopoldovitch Stürzwage ou Léopold Survage est né le 31 juillet 1879 à Moscou et mort le 31 octobre 1968 à Paris.
Il perd sa mère alors qu’il n’a que sept ans. A la sortie du lycée il entre dans la fabrique de pianos de son père de 1897 à 1900 et devient apprenti facteur de pianos. Fasciné très jeune par le dessin et la peinture, il entre en 1901 à l’école des Beaux-Arts de Moscou chez Constantin Korovine et Leonid Pasternak,et visite la collection privée de Chtchoukine : Manet, Gauguin, les Impressionnistes, Matisse etc. ; il y rencontre Larionov, David Bourliouk. En 1903 il peint sa première œuvre connue à ce jour, Moscou, et participe à diverses expositions. Entretemps son père, ruiné, liquide ses affaires et, avec le peu d’argent qui lui reste, part pour Paris à l’été 1908.
Il entre comme facteur de pianos à la Maison Pleyel, et suit les cours de l’Académie Matisse et de l’Académie Colarossi. Premières expositions à partir de 1911 et, en 1913 il peint les principes du « Rythme coloré » (200 toiles) par lequel il cherche une analogie entre la forme visuelle colorée et la musique – et dont il cherche, en vain, à faire un film d’animation. Il montre ces toiles au Salon des Indépendants de 1914 et Appolinaire écrit un article sur le sujet.
Il fait partie du Groupe de Puteaux, constitué dès 1911 autour de Jacques Villon, Gleizes, Marcel Duchamp, Kupka, Léger, Picabia, afin de développer un autre cubisme. Puis, avec Archipenko et Albert Gleizes, il crée en octobre 1919 « La Section d’Or » dans le but de faire connaître au public les œuvres d’artistes novateurs de toutes nationalités en organisant des expositions accompagnées d’auditions musicales et littéraires dans tous les pays où résident des membres délégués chargés de la propagande. La première exposition a lieu à Paris en mars 192O, à la Galerie de la Boetie. Elle réunit des artistes comme Archipenko, Braque, Gleizes, Gontcharova, Larionoff, Léger, Survage, Jacques Villon… Les expositions suivantes ont lieu à Rotterdam, La Haye, Arnhem, Amsterdam, organisées par le journal « De Stijl », avec la participation de Mondrain et Van Doesburg. La Section d’or se rend ensuite à Anvers et Bruxelles, puis en Allemagne, avec des peintres comme Klee, Feininger, Campendonk…
Dès 1922, il travaille pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev et exécute les décors et les costumes de l’Opéra-bouffe de Stravinski, Mavra. En 1927 un article de Samuel Putnam sur Survage dans le Chicago Evening Post précède une exposition particulière à Chicago aux Chester Johnson Galleries. C’est alors une carrière internationale qu’il poursuit en multipliant les expositions personnelles et collectives en France et à l’étranger. Il effectue également des dessins de tissus pour la maison Chanel. Il est naturalisé français en 1927 et est fait Officier de la Légion d’honneur en 1931.
Si certains ont voulu faire de Survage un second couteau du cubisme, il s’avère qu’il était un esprit libre et talentueux qui a su trouver sa propre voie, originale et élégante. A sa mort, en 1968, il laisse derrière lui une oeuvre riche de plus de mille toiles et d’innombrables dessins.

Maurice Estève

Maurice Estève naît à Culan (cher) le 2 mai 1904. Il est élevé par ses grands parents paysans jusqu’à l’âge de huit ans. En 1913, Il rejoint son père et sa mère, l’un bottier et l’autre modéliste, qui habitent à Paris, Boulevard de Belleville. Seul, il découvre le musée du Louvre où il est très impressionné par les œuvres de Paolo Uccello, Corot, Courbet, Ingres, Delacroix. Les quatre années de guerre le fixent à nouveau à Culan auprès de sa grand-mère, femme intelligente et illettrée. Les instituteurs de Culan vont déceler très tôt les qualités exceptionnelles de Maurice Estève, notamment ses dons d’artistes qu’ils vont reconnaître et encourager. Mais, après guerre, ses parents s’opposant à la poursuite de ses études et à sa vocation d’artiste, Estève commence à suivre à Paris successivement divers apprentissages : typographe, dessinateur industriel, dessinateur de broderie. L’unique formation de Maurice Estève c’est donc de peindre, lire et visiter musées et expositions : il est autodidacte. En 1924, il est de retour à Paris, où il habitera désormais, il reprend les « petits boulots » par nécessité.
De 1928 jusqu’en 1962, Estève expose régulièrement un ou deux tableaux aux Salons fréquentés à l’époque par les jeunes peintres mais aussi par ses aînés : Braque, Delaunay, Matisse, Léger, Picasso, etc. qui remarquent son travail. Sa première exposition a lieu en 1930 galerie Yvangot et retient l’attention de Maurice Raynal, l’historien du cubisme. À partir de 1942, grâce à Louis Carré qui a obtenu l’exclusivité de sa production, Estève peut vivre de sa peinture et s’y consacrer entièrement. Il a trente huit ans.
C’est en 1952 que Estève exécute sa première lithographie en couleur à l’atelier Ciot. En 1957, il réalise les vitraux de l’église de Berlincourt en Suisse. En 1961, une importante rétrospective itinérante présente ses œuvres à Bâle, Düsseldorf, Copenhague, Oslo. En 1963, il exécute avec Pierre Baudouin ses premiers cartons de tapisserie pour les ateliers Pinton à Felletin (Creuse). En 1986, nouvelle exposition-rétrospective itinérante : Paris Galeries nationales du Grand Palais, Hövikoden (Norvège), Tübingen (Allemagne). L’intérêt de l’œuvre de Maurice Estève n’est pas démenti par cette exposition.
En 1987, suite à la donation de Monique et Maurice Estève, un musée Estève est créé dans l’hôtel des Echevins de Bourges qui abrite : 60 huiles, 3 tapisseries et présente en alternance : 35 dessins, 21 aquarelles, 14 collages, 82 lithographies et des linogravures du groupe « Les Indélicats ».
Maurice Estève meurt en 2001 dans son village natal de Culan.

Estève s’impose comme l’un des meilleurs représentants de la première génération d’artistes qui s’orientèrent, après la Seconde Guerre mondiale, vers la non-figuration avec Bissière, Bazaine, Manessier, Singier, Le Moal… et qui font partie de la Nouvelle École de Paris. Avec les années, son œuvre a gagné en grandeur, la rigueur de la composition et la robustesse des formes s’alliant à une souplesse de plus en plus affirmée des couleurs. Celles-ci exaltent les tons fondamentaux au point que l’on a parlé de la sonorité de sa palette qui fait intervenir en contrepoint le blanc et le noir. Cette saturation des rouges, des bleus soutenus, des verts, des jaunes provoque la lumière, inséparable de la forme. Dans un espace démultiplié, les vibrations lumineuses suggèrent la profondeur dans une œuvre bidimensionnelle. La verve, le caractère ludique et l’imagination, inhérents à sa création, se retrouvent jusque dans ses titres, donnés après, en se référant au caractère visuel du tableau.

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7 réponses à Quelques peintres français du XXe siècle

  1. MONSEY dit :

    BONSOIR,

    J AI UN TABLEAU DE PASTERNAK QUI REPRESENTE UN JOLIE BOUQUET DE FLEURS
    SUR UNE TABLE PUIS DS L ANGLE A DROIT UN PETIT CADRE AVEC UN PETIT VELO EN PEINTURE, JE SOUHAITERAIS CONNAITRE L EPOQUE DE CE TABLEAU ET LE PRENOM
    DU PEINTRE ?
    SINCERES SALUTATIONS
    F.MONSEY

    • admin dit :

      Leonid Pasternak (1862/1945) est un peintre russe de la fin du XIXe / première moitié du XXe siècle. Il est le père de l’écrivain Boris Pasternak. Quand au tableau lui-même, difficile à dire s’il n’est pas daté.

  2. Jallouli Abdelmajid dit :

    Bonjour,
    j’ai un tableau de W. Werner j’aimerai bien en savoir plus sur le peintre, se origines et son époque.
    Avec mes remerciements

    • admin dit :

      Le seul W Werner que je trouve est un nommé Dietrich W Werner, né en 1948 en Allemagne et qui vit actuellement au Canada.

  3. Jallouli Abdelmajid dit :

    Très beau site avec documentation visuelle

  4. Archambault, Gilles dit :

    J’ai une toile de J, Lingy ou J Lincy probablement de 1954 ou 1854. Le titre de la toile est: ST. Fiacre. Serait-il possible d’en savoir un peu sur cet (te) artiste? Ou est- un illustre inconnu?
    Merci
    Gilles Archambault

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