La peinture allemande du XXe siècle à nos jours

L’Allemagne et ses artistes ont beaucoup apporté à l’art du XXe siècle, notamment à travers l’expressionnisme et sa résurgence des années 80, le néo-expressionnisme.
Son école du Bauhaus fit également faire à l’architecture un pas de géant vers la modernité. Et le style du Bauhaus fut en grande partie à l’origine de l’art abstrait géométrique qui caractérise tellement la modernité picturale du XXe siècle (même s’il faut noter que le constructivisme, mouvement au cœur de l’enseignement du Bauhaus, venait de Russie).
Mais tout cela ne se fit pas sans mal, tant l’histoire de ce pays fut particulièrement mouvementée – et même douloureusement tragique – au XXe siècle.
Voyons tout cela plus en détail :

Jusqu’aux années 30 : Expressionnisme et Bauhaus

Après les derniers soubresauts du symbolisme, représenté par Max Klinger et Franz von Stuck, ou de l’impressionnisme, avec Max Liebermann ou Lovis Corinth, l’expressionnisme est le premier courant majeur du XXe siècle. Il est à l’origine de nombreux groupes comme le fauvisme, le cubisme ou le futurisme. Ce mouvement, né à Vienne, s’étend rapidement dans les milieux artistiques allemands à partir de 1905. Paula Modersohn-Becker en est une des premières représentantes. En Allemagne, ce mouvement, particulièrement sombre et tourmenté, domine toute l’activité culturelle jusqu’à l’arrivée au pouvoir du nazisme.

Die Brücke

En 1905, les peintres Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff créent le mouvement Die Brücke. Par des dessins aux traits rapides et aux couleurs vives, ils veulent donner la priorité à la spontanéité, l’émotion et la subjectivité.

NKVM / Der blaue Reiter

La Nouvelle Association des artistes munichois (Neue Künstlervereinigung München – NKVM), fondée en 1909, est un petit groupe d’artistes en rupture avec l’art impressionniste et les structures existantes à Munich. Le président en est Vassily Kandinsky (Russe ayant vécu en Bavière de 1896 à 1914), tandis que Alexej von Jawlensky (russe également mais qui vit plus ou moins à Munich depuis 1896 et sera naturalisé en 1930) est vice-président et Adolf Erbslöh le secrétaire.
La troisième exposition, qui se déroule à la Galerie Thannhauser de Munich (comme les deux précédentes) du 18 décembre 1911 au 1er janvier 1912 en contient en réalité deux totalement parallèles, révélant la scission de la NKVM et la création d’un nouveau mouvement : Der blaue Reiter (Le cavalier bleu) avec, notamment, Franz Marc, Kandinsky, August Macke, Gabriele Münter, Heinrich Campendonk et Lyonel Feininger – qui veulent abandonner le réalisme pour un art plus abstrait.

Neue Sachlichkeit

Les expressionnistes d’après-guerre forment le groupe de la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit). Leurs œuvres témoignent du pessimisme ambiant dû à la défaite de la Triplice (« Triple-Alliance » entre l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et le Royaume d’Italie) lors de la Première guerre mondiale. On peut citer Max Beckmann, George Grosz, Otto Dix, Conrad Felixmüller, Rudolf Schlichter, Kurt Weinhold ou Heinrich-Maria Davringhausen, entre autres.
Certains peintres se tournent vers le surréalisme et adhèrent au mouvement Dada. C’est le cas par exemple de Max Ernst et Hannah Höch.

À côté de ce courant figuratif, une toute nouvelle discipline voit le jour en peinture au début des années 1910 : il s’agit de l’abstraction. C’est notamment au début des années 1920 qu’elle commence vraiment à faire parler d’elle en Allemagne :

Le Bauhaus

L’architecte belge Henry Van de Velde fonde et dirige l’Institut des arts décoratifs et industriels de Weimar de 1901 à 1914. À sa démission à l’orée de la première guerre mondiale pour cause de nationalité belge, il recommande comme successeur Walter Gropius qui transformera cet institut en Bauhaus en 1919.
Mais, dès 1921, cette courte période basée sur l’artisanat et l’expressionnisme va connaître une importante inflexion : Theo van Doesburg, membre du mouvement De Stijl néerlandais qui s’est installé à Weimar, donne des conférences au Bauhaus et présente son travail lors d’expositions. À cette occasion, il critique l’expressionnisme dont se réclame Gropius et promeut le Constructivisme et l’industrialisation. C’est à partir de ce moment que, par extension, Bauhaus va désigner un courant artistique concernant, notamment, l’architecture et le design. Ce mouvement posera les bases de la réflexion sur l’architecture moderne, et notamment du style international fonctionnel et dépouillé. En 1933, le Bauhaus (installé à Berlin après être passé par Dessau) est fermé par les nazis, et sa dissolution est prononcée par ses responsables. De nombreux artistes et professeurs s’exilent, notamment aux États-Unis, pour échapper au nazisme.
Si l’école du Bauhaus est surtout connue pour ses réalisations en matière d’architecture, elle a aussi exercé une forte influence sur les arts plastiques. Le programme du Bauhaus a ainsi suscité l’adhésion d’un grand nombre d’artistes d’avant-garde de toute l’Europe, parmi lesquels on peut citer Johannes Itten, Wassily Kandinsky, Paul Klee, László Moholy-Nagy ou Marcel Breuer.

Le cas Paul Klee

Paul Klee est un artiste majeur du XXe siècle. C’est un peintre et un pédagogue reconnu : dès septembre 1920 il est appelé à enseigner au Bauhaus de Weimar fondé par Walter Gropius en 1919 ; puis, en 1931, à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf. Son histoire est néanmoins particulière : Paul Klee est en effet né à Berne, en Suisse ; il y a suivi sa scolarité et il y a été enterré. Mais son père, un Allemand, n’a jamais demandé sa naturalisation. Ainsi, lorsqu’il est congédié en 1933 par les nazis, considéré comme un artiste dégénéré, c’est en tant qu’étranger qu’il retourne dans sa ville natale. Dès le printemps 1934, Klee présente une demande de naturalisation, rejetée en vertu de l’Accord de Berlin du 4 mai 1933 stipulant que les ressortissants allemands ne pouvaient obtenir la citoyenneté que s’ils séjournaient en Suisse depuis cinq ans sans interruption. En avril 1939, Klee fit une deuxième tentative. Sa demande fut minutieusement examinée par la police car, comme dans l’Allemagne nazie, la confrontation entre l’art traditionnel et l’art moderne s’était durcie : un policier adressa même au chef de la police cantonale bernoise un dossier contenant une mise en garde sur la mauvaise influence que l’art de Klee, assimilable à une maladie mentale, pouvait exercer sur la culture locale. Ce n’est finalement que le 5 juillet 1940 que le Conseil municipal se prononça favorablement. Mais Paul Klee était mort la semaine précédente. C’est donc, finalement, dans la galerie ci-dessous (et non celle concernant la peinture suisse) que vous pouvez le retrouver.

Die abstrakten hannover

Un autre mouvement se développe à Hanovre dans les années 1920 ; il s’agit des abstraits de Hanovre (abstrakten hannover), qui accueillent beaucoup de peintres venus d’URSS. L’un des piliers de cette effervescence est Kurt Schwitters, qui convie Carl Buchheister, Rudolf Jahns, Hans Nitzschke et Friedrich Vordemberge-Gildewart à le rejoindre.

L’arrivée des nazis et l’art « dégénéré »

Cette richesse artistique est stoppée par l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Celui-ci juge cet art moderne « dégénéré », dangereux et inadapté à la société idéale qu’il veut mettre en place. Il entend donc l’interdire en faveur d’un art officiel appelé l’art « héroïque » qui symbolise l’art racial pur.

Entartete Kunst

En 1937, une grande exposition, Entartete Kunst (Art dégénéré, présenté comme étant produit par les bolcheviks et les juifs), est organisée par les nazis à Munich, où presque tous les grands artistes modernes allemands (Emil Nolde, Willi Baumeister, Max Beckmann, Lovis Corinth, Otto Dix, Max Ernst, Conrad Felixmüller, Otto Freundlich, Otto Griebel, George Grosz, Ernst Ludwig Kirchner, Paul Klee, etc.) et étrangers (Picasso, Chagall, Kokoschka) figurent à coté d’œuvres de malades mentaux auxquels ils sont comparés. Le comité de sélection des œuvres d’art était notamment composé du peintre Adolf Ziegler, très apprécié par Hitler. Cette exposition présente 730 œuvres d’une centaine d’artistes, choisies parmi 20 000 œuvres saisies dans les musées allemands. Le succès public est immense, avec plus de deux millions de visiteurs… Parmi les œuvres considérées comme dégénérées, 5 000 sont saisies par les nazis pour être ensuite détruites, 125 sont vendues aux enchères à Lucerne en Suisse, d’autres sont récupérées par des collectionneurs nazis comme Goebbels.
[ Vous trouverez ici un article un peu plus poussé sur cette exposition. ]

Si Kandinsky, Klee et Schwitters ont quitté l’Allemagne dès l’arrivée des nazis au pouvoir, Max Beckmann s’enfuit le lendemain de l’ouverture de l’exposition Entartete Kunst. Lyonel Feininger a fui peu de temps avant pour les États-Unis où, tels Hofmann, Albers et de nombreux autres artistes, il contribue à diffuser l’art moderne européen.
Hans Hofmann fut d’abord professeur. En 1915 il ouvre une école d’art à Munich et jusqu’en 1936 se consacre à l’enseignement, surtout aux États-Unis où il apporte les idées modernistes européennes, notamment aux cours des sessions d’été à l’Université de Californie – Berkeley et à l’Art Student League de New York, puis il ouvre sa propre école d’art dans cette même ville. À partir de 1937, il se remet à peindre. Lee Krasner, Helen Frankenthaler, Joan Mitchell, Robert de Niro Senior, Burgoyne Diller, Clement Greenberg, Mark Rothko, Frank Stella sont de ses élèves. Il joue ainsi un rôle crucial dans le développement de l’expressionnisme abstrait américain. Il obtient la nationalité américaine en 1941. En 1958 il cesse d’enseigner pour se consacrer à la peinture jusqu’à sa mort en 1966. Il est l’un des plus grand peintre abstrait du siècle.
Lui aussi peintre et pédagogue de l’art, Josef Albers enseigne au Bauhaus d’octobre 1923 à avril 1933. Il quitte l’Allemagne en 1933 pour les États-Unis, où il est naturalisé en 1939. Il enseigne pendant quinze ans au Black Mountain College. En 1950, il devient directeur du Departement of Design de l’Université Yale à New Haven jusqu’en 1959. Depuis les années 40, l’orientation principale de son enseignement et de sa peinture se focalise sur l’« effet optique de la couleur ». Ayant généré très probablement une impulsion pour l’avant-garde américaine des années 60 et 70, Josef Albers peut être considéré comme un précurseur de l’Op art et du Minimalisme.

La Seconde guerre mondiale

Ceux qui restent en Allemagne durant la période nazie sont contraints à une sorte d’exil intérieur : si Otto Dix et Erich Heckel assagissent leur production afin de ne pas être soupçonnés, d’autres continuent de peindre en secret, par exemple la nuit, tout en produisant des commandes officielles la journée.
En 1929, Elfriede Lohse-Wächtler souffre de sa première dépression nerveuse, conséquence de difficultés financières et de problèmes conjugaux. Son père la fait interner en 1932 à l’établissement de soins thérapeutique d’Arnsdorf. La schizophrénie est diagnostiquée. Elle trouve malgré tout encore la force de peindre durant les premières années (1932-1935) de sa convalescence. Elle est cependant mise sous tutelle à la suite de son divorce d’avec Kurt Lohse en 1935, pour cause d’« incurable maladie mentale ». Après avoir refusé de consentir à sa propre stérilisation, le départ jusqu’ici volontaire de l’hôpital lui est désormais refusé. Elle est, malgré son refus antérieur, soumise à la stérilisation forcée dans la clinique pour femmes de Dresde dans le cadre du programme d’eugénisme national-socialiste. Cette intervention met un terme définitif à ses forces créatrices. En 1937, ses tableaux réalisés à l’hôpital d’Arnsdorf sont jugés relevant de l’art dégénéré et détruits. Elfriede Lohse-Wächtler est déportée en 1940 dans l’établissement de soins thérapeutique de Pirna-Sonnenstein, et y est assassinée dans le cadre du programme national-socialiste d’euthanasie appelé « Programme Aktion T4 ».
Pour ceux qui ont quitté l’Allemagne, ce n’est pas forcément mieux.
Felix Nussbaum s’est réfugié à Bruxelles où il vit caché durant quatre ans avec sa femme. Après dénonciation d’un voisin, le couple est arrêté le 21 juin 1944 et emmené dans le dernier convoi pour Auschwitz depuis la Belgique et y périt, gazé, comme pratiquement tout le reste de sa famille qui s’était réfugiée en Hollande. Il aura peint jusqu’au bout, la peinture représentant pour lui un moyen de lutter contre le régime nazi et de conserver sa dignité humaine tout en lui donnant la force de survivre. Comme aucun autre artiste, il a su représenter à travers ses peintures la situation dramatique dans laquelle il se trouvait en tant que Juif allemand durant ces années noires.
En janvier 1939, peu après la nuit de Cristal (Reichskristallnacht, 9 novembre 1938), Charlotte Salomon quitte Berlin pour rejoindre le Sud de la France, chez ses grands-parents qui ont quitté l’Allemagne dès 1934. En 1943, Charlotte épouse un émigré autrichien, Alexander Nagler. Lorsque les troupes nazies occupent le sud de la France, Charlotte et son mari sont dénoncés et déportés de la gare de Bobigny vers Auschwitz où Charlotte, enceinte de quatre mois, sera très vite éliminée – elle n’a que 26 ans. Son époux meurt à son tour le 1er janvier suivant. Peu avant sa déportation, elle a confié à un ami proche un ensemble de plus de 1300 gouaches peintes en seulement 3 ans (dont 769 doivent illustrer un livre autobiographique « Leben? oder Theater? » – Vie ? ou Théâtre ?) avec ces mots : « Gardez-les bien, c’est toute ma vie »…
Installé à Paris dès les années 1920, Otto Freundlich est interné comme sujet allemand en septembre 1939 et transféré de camp en camp. Libéré en juin 1940, il se réfugie dans un petit village des Pyrénées-Orientales. Mais dénoncé et arrêté le 23 février 1943, il passe par le camp de regroupement de Drancy avant d’être déporté le 4 mars au camp d’extermination de Majdanek (Pologne), où il disparaît dès son arrivée le 9 mars.
Sous la pression politique de plus en plus forte, Paul Kleinschmidt émigre aux Pays-Bas en 1936. De là, il est se rend en France en 1938. Mais, en Février 1940, il est emprisonné dans différents camps pendant plusieurs mois. Libéré après la capitulation française, il retourne en Allemagne mais les nazis le forcent à arrêter la peinture en 1943. Tous ses biens sont détruits dans un raid aérien en 1945. Il meurt en 1949 d’une angine de poitrine diagnostiquée en 1940.
Anton Räderscheidt et Ilse Salberg quittent l’Allemagne en 1935 pour Paris puis le Sud de la France. Leur Villa de Sanary est alors le lieu de rencontre des intellectuels allemands en exil en France. En septembre 1939, Anton est interné une première fois au Camp des Milles – une ancienne tuilerie située entre Aix et Marseille – avec Ernst Meyer, le fils d’Ilse Salberg. 17 jours plus tard il retourne à Sanary où l’attend Ilse, revenue du Camp de Gurs. En mai 1940, alors que les Allemands commencent à envahir la France, Räderscheidt est de nouveau interné au Camp des Milles. Il y retrouve Max Ernst, Hans Bellmer, Heinrich-Maria Davringhausen. Évacués du camp et transférés vers un autre lieu d’internement, Davringhausen et lui sautent du train et rejoignent Sanary où leurs compagnes libérées du Camp de Gurs les attendent. En septembre 1942, au lendemain de l’arrestation sur dénonciation d’Ernst Meyer (il mourra à Auschwitz), Anton et Ilse décident de tenter leur chance vers la Suisse. Là ils connaissent également les camps et, menacés d’expulsion, ne doivent leur survie qu’au directeur du Musée de Bâle qu’Anton a connu à Cologne avant l’Exil. Anton Räderscheidt peint à cette époque des tableaux qui expriment le désespoir et l’effroi dans lesquels vivaient les réfugiés. Les personnages enlacés l’un à l’autre, la peur dans le visage, les bras s’élèvent pour protéger la famille. Là où l’on attend un cœur c’est un trou qui apparaît comme pour simuler l’absence, le vide de tout sentiment. Ilse Salberg meurt à Berne en mars 1947, après avoir appris la mort de son fils Ernst Meyer. Beaucoup de toiles de Räderscheidt perdues ou confisquées par les nazis pendant la guerre n’ont pas été retrouvées.
Voilà, c’étaient juste quelques exemples de l’horreur quotidienne de ces temps là…

À la fin de la guerre et jusqu’à la réunification, les peintres d’Allemagne de l’Ouest et d’Allemagne de l’Est vont prendre des chemins différents.

En Allemagne de l’Ouest

L’art Informel

Au sortir de la Seconde guerre mondiale en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, l’abstraction lyrique, l’expressionnisme abstrait ou le tachisme sont la forme dominante de l’expression artistique. Les artistes de la RFA se lancent donc à corps perdu dans cet art abstrait, avec l’intention de tourner au plus vite la page du national-socialisme et de retrouver la connexion avec l’Art moderne. Plusieurs groupes d’artistes se constituent :
• « Quadriga » à Francfort (Bernard Schultze, Karl Otto Götz, Otto Greis et Heinz Kreutz),
• « ZEN 49 » à Munich (1949-1957, avec Rupprecht Geiger, Willi Baumeister, Rolf Cavael, Gerhard Fietz, Willy Hempel, Fritz Winter et la sculpteuse Brigitte Matschinsky-Denninghoff),
• le « Gruppe 53 » à Düsseldorf (créé en 1953, avec Peter Brüning, Karl Fred Dahmen, Fathwinter, Albert Fürst, Winfred Gaul, Herbert Götzinger, Peter Royen, Gerhard Hoehme et Konrad Klapheck, seul artiste non abstrait du groupe, avec ses machines à écrire ou à coudre surréalistes et pop art),
• « Zéro », à Düsseldorf également (créé en 1958 par Heinz Mack et Otto Piene)
• le « Junge Westen » dans la région de la Ruhr (1948-1962, avec Emil Schumacher, Thomas Grochowiak, Heinrich Siepmann, Hans Werdehausen, Gustav Deppe et le sculpteur Ernst Hermanns).
• « SPUR », créé à Munich en 1958 par Lothar Fischer (sculpteur), Heimrad Prem, Helmut Sturm et HP Zimmer, est proche de l’Internationale situationniste de Guy Debord et Asger Jorn.
• le « Gruppe WIR » est également créé à Munich en 1959 par Florian Köhler, Heino Naujoks et Helmut Rieger – que rejoindront Reinhold Heller et le sculpteur Hans M Bachmayer.
Tous ces artistes, auxquels on peut ajouter Ernst Wilhelm Nay, contribuent à la mise en route de cette nouvelle gestuelle abstraite, qui suscite des débats passionnés, le public étant désarçonné par cette forme de peinture.

À côté de cette mainmise de l’art abstrait, la figuration a d’abord beaucoup de mal a exister. Elle va retrouver peu à peu une place, en trois étapes : avec le Pop art dans les années 1960, puis la Nouvelle figuration dans les années 1970, pour enfin retrouver une vraie place dans les années 1980 avec les Nouveaux fauves.

Le Pop art allemand

Le Pop art n’est pas juste un chapitre particulier dans l’histoire de l’art. C’est une façon de vivre, une manière d’être. La Pop allemande dénote ainsi d’un changement subversif dans la société (par rapport à une morale petit-bourgeois), perceptible jusqu’à nos jours dans la vie quotidienne, mais aussi dans l’art.
• En 1963, quatre étudiants, Gerhard Richter, Manfred Kuttner (qui se sont connus à l’Académie des Arts de Dresde), Konrad Lueg et Sigmar Polke (qui ont étudié à l’Académie des Arts de Düsseldorf avec Karl Otto Götz) décident d’organiser une exposition commune à Düsseldorf, qu’ils appellent Manifestation pour un réalisme capitaliste : « Nous montrons pour la première fois en Allemagne des images que des termes tels que Pop Art, Junk Culture, Réalisme impérialiste ou capitaliste, Pop allemande et quelques autres pourront caractériser ». D’autres expositions sont montées jusqu’en 1966, notamment, à Berlin, avec d’autres artistes comme KP Brehmer, Karl Horst Hödicke et Wolf Vostell, où des questions plus politiques telles que la répression du passé nazi, le sexisme, la guerre du Vietnam, le racisme et l’injustice sociale sont traitées, comme reflétant la réalité du capitalisme.
Depuis, Gerhard Richter a fait du chemin, et son œuvre est reconnue, depuis les années 1980, « comme une expérience artistique inédite et remarquable ». Peintre polymorphe, il aborde tantôt des sujets figuratifs, tantôt produit des œuvres abstraites. En octobre 2012 une de ses œuvres abstraites de 1994 (Abstraktes Bild (804-9), que détenait Eric Clapton) a été vendue 34,2 millions de $, en faisant l’artiste vivant le plus cher du monde. Nouveau record en mai 2013, mais cette fois avec une œuvre figurative, Domplatz, Mailand, de 1968, vendue 37,1 millions de $ par Sotheby’s.
• À Munich, les groupes « SPUR » et « WIR » fusionnent en 1965 sous le nom de « Gruppe Geflecht » (1965-68) en se rapprochant des mouvements Pop art (notamment Reinhold Heller, Heimrad Prem) ou CoBrA. Autodidacte, Uwe Lausen, proche de « SPUR », est une des figures marquante de ce German pop art, même s’il se suicida en 1970 à l’âge de 29 ans.
Christa Dichgans, Werner Berges et Lambert Maria Wintersberger peuvent également être rattachés au Pop art.

La nouvelle figuration

• Le groupe « Zebra » est fondé en 1964-1965 par Dieter Asmus, Peter Nagel, Dietmar Ullrich et Nicholas Störtenbecker. Ces peintres et sculpteurs souhaitent élaborer les bases stylistiques d’un nouveau réalisme face au tachisme et à l’Action Painting qui prévalent alors en Allemagne, en s’inspirant de modèles comme Picasso, Francis Bacon ou Jean Dubuffet.
• La galerie coopérative « Großgörschen 35 » est créée en 1964 à Berlin au 35 de la rue Großgörschen. Contrairement au groupe « Zebra » ils n’ont pas de programme artistique unifié mais plutôt un objectif commun qui est de faire face aux contraintes d’un marché de l’art dominé par l’hégémonie de l »abstraction. parmi les membres de cette galerie, citons Ulrich Baehr, Hans-Jürgen Diehl, Karl Horst Hödicke (considéré comme un des pères des Neue Wilde – voir plus loin), Markus Lüpertz, Wolfgang Petrick, Lambert Maria Wintersberger, Bernd Koberling et Peter Sorge. La galerie est dissoute en 1968 après des désaccords au sein du groupe.
• Le groupe « Aspekt » est fondé en 1972 par Peter Sorge et sa femme Maina-Miriam Munsky. Parmi les autres membres, on trouve Hermann Albert, Bettina von Arnim, Joachim Schmettau, Klaus Vogelgesang et des anciens de « Großgörschen 35 » comme Ulrich Baehr, Hans-Jürgen Diehl et Wolfgang Petrick.
• Ayant étudié en même temps à l’Académie des Beaux-Arts de Karlsruhe à la fin des années 1950, cinq peintres aux profils assez différents, Horst Antes, Hans Baschang, Dieter Krieg, Walter Stöhrer et Heinz Schanz, sont également souvent rattachés à cette nouvelle figuration qui voit le jour dans les années 1960. Mais c’est surtout Horst Antes qui, dans ce domaine, fait figure de précurseur. Dieter Krieg se rapproche plutôt des Nouveaux fauves, quand Walter Stöhrer est plus un expressionniste abstrait.

Les nouveaux fauves

Á la fin des années 1970, en réaction aux directions prises alors par le minimalisme et par l’art conceptuel, un style dont les origines remontent à la Transavanguardia italienne, s’impose presque simultanément en Europe et aux Etats-Unis. En France, on l’appelle figuration libre et, dans les pays anglophones, New Image Painting ou Wild Style. En Allemagne et en Autriche est d’abord employé le terme « néo-expressionnisme », puis « Nouveaux Fauves » (Neue Wilde). Le marché de l’art s’emballe pour ces jeunes artistes qui renouent avec un style de peinture dont on avait annoncé depuis longtemps la fin : la joie réapparaît sur les toiles, avec des formats souvent énormes couverts de coups de brosse sauvages. Les travaux sont tout à la fois expressifs, figuratifs ou abstraits, pleins de citations et de références à l’histoire de l’art ou à des sentiments intimes comme la sexualité – pleins de vie et d’énergie. La côte de certains artistes comme Rainer Fetting ou Salomé, figures de proue de ces « Nouveaux Fauves », explose avant de retomber avec le krach boursier. Parmis ces Neue Wilde on trouve également à Berlin : Helmut Middendorf, Bernd Zimmer, Elvira Bach…, à Dresde : A. R. Penck, à Düsseldorf : Albert Oehlen, Werner Büttner

Anselm Kiefer, Martin Kippenberger

C’est aussi à cette époque qu’apparaît en Allemagne l’un des plus importants artiste contemporain, Anselm Kiefer, né en 1945 et qui vit et travaille en France depuis 1993. Son travail, au travers de peintures souvent de grandes dimensions faites d’accumulation de matière et parfois d’objets, revisite la littérature et les mythes, mais aussi l’histoire – « L’Histoire pour moi est un matériau comme le paysage ou la couleur. » -, en particulier celle de son pays au XXe siècle, en dénonçant la voie dangereuse qui tend à vouloir oublier ou occulter la terreur nazie (qui le touche de près, son père était un officier de la Wehrmacht) : « À l’école le sujet était évoqué pendant deux semaines. À la maison on n’en parlait pas. ». C’est pourquoi, comme Anselm Kiefer, plusieurs artistes allemands se sont penchés sur le passé récent : Georg Baselitz, Jörg Immendorff ou Markus Lüpertz, entre autres.
Martin Kippenberger (né en 1953 à Dortmund, mort à Vienne 1997) est l’un des artistes les plus importants et controversés du XXe siècle. « Showman », « enfant terrible », « art-punk », « artiste exceptionnel » – les étiquettes n’ont pas manqué pour décrire la personnalité exceptionnelle de cet artiste qui a investi un vaste champ de réflexions et d’expérimentations, occupant tous les territoires, la peinture, la sculpture, le collage, le frottage, l’installation, la gravure. Hormis la vidéo, à laquelle il n’a pas touché, Martin Kippenberger a passé les vingt ans de sa carrière à déployer une énergie incroyable, à produire une œuvre intense, chaotique et indisciplinée, mais traduisant une pensée homogène. Rien n’échappait à son activité. Homme de l’antithèse systématique, il collectionnait, collaborait avec d’autres artistes, organisait des expositions, notamment dans le Bureau Kippenberger, qu’il a fondé en 1978 à Berlin. En même temps, il devenait directeur du SO36, salle de concerts berlinoise mythique où se produisirent Suicide ou Iggy Pop. Mort à 44 ans des suites d’un cancer foudroyant, il est aujourd’hui l’artiste contemporain allemand le plus côté : trois de ses tableaux, datant de 1988, se sont vendus en 2014 et 2015 aux prix de 22, 18 et 16 millions de $.

En Allemagne de l’Est

En RDA, isolée de la RFA à partir des années 1960, les artistes sont formés dans des écoles financées par l’État (comme Werner Tübke), qui laissent peu de place à l’expérimentation individuelle. Mais des peintres comme Ralph Winkler savent rester créatifs malgré tout, même si, pour celui qui signe sous le nom d’emprunt A. R. Penck, cela s’avère souvent très compliqué : il a de nombreux problèmes avec la Stasi qui censure ses dessins ou fait saisir ses toiles en douane. Il finit par passer à l’Ouest en 1980.

L’École de Leipzig

La Hochschule für Grafik und Buchkunst (École supérieure de graphisme et de l’art du livre) existe à Leipzig depuis 1764 et est l’une des plus ancienne ​​académie d’art en Allemagne. Max Schwimmer (né à Leipzig, considéré comme artiste dégénéré avant d’être enrôlé de force dans la Wehrmacht) y a été professeur de 1946 à 1950. Tout comme Elisabeth Voigt (de 1947 à 1958), Ernst Hassebrauk (de 1947 à 1949 – il eut Werner Tübke comme élève) ou encore Gerhard Kurt Müller (de 1961 à 1968).
Dans les années 1970, trois anciens élèves, devenus à leur tour professeurs, Bernhard Heisig, Wolfgang Mattheuer et Werner Tübke, fondent ce que l’on appelle l’« École de Leipzig ». À l’écart de l’Europe occidentale, ces peintres de tradition figurative, dont la carrière s’est essentiellement déroulée à l’époque de la RDA, ont élaboré un art, qui, tout en étant influencé par le réalisme socialiste censé porter un regard critique sur le fascisme et le nazisme, vise indirectement le communisme qu’ils subissent. Pour contourner la censure, ils ont recours aux grands sujets historiques (Réforme, Guerre de Trente Ans…) et à l’allégorie.
Leurs élèves, comme Arno Rink, Neo Rauch ou Sighard Gille entre autres, devenus professeur de la dénommée « Neue Leipziger Schule » (Nouvelle école de Leipzig) ont, à leur tour, formé de nouveaux élèves, comme Tim Eitel ou Christoph Ruckhäberle, nés en 1971 et 1972 – mais le Mur de Berlin venait donc de tomber lorsque ceux-là entamèrent leurs études d’art, ce qui changeait beaucoup de choses…
On peut également citer Norbert Wagenbrett, Wolfgang Peuker, Volker Stelzmann, Petra Flemming ou Michael Triegel.

À l’Est aussi, les artistes se sont interrogés sur leur passé nazi, notamment Walter Libuda, Volker Stelzmann et, surtout, Bernhard Heisig, « acteur immédiat » de ce siècle d’histoire allemande, ancien SS (à 16 ans, en 1941, il s’engage comme volontaire dans la Wehrmacht et à 18 ans, rejoint la Waffen-SS), ancien communiste (après la guerre, il adhère avec la même ardeur au SED, le Parti communiste de la RDA, et collectionne les fonctions honorifiques et les décorations au sein du petit monde des arts est-allemand) et qui, dans les années 70 et 80 a peint toute la fureur de l’histoire allemande : des armées marchant vers la mort, des mêlées de soldats, des bouches qui hurlent, des juifs portant l’étoile jaune, des casques avec ou sans crâne dessous.

Depuis la réunification

Dans les années 1990, la chute du Mur de Berlin ouvre de nouvelles perspectives à l’art allemand. La disparition du mur de la honte est vécue comme un formidable incitateur pour la création, enfin débarrassée de carcans stérilisants, et donne naissance à une nouvelle peinture allemande, foisonnante, exubérante, comme chez Johannes Grützke, Anton Henning ou Christoph Ruckhäberle. On voit également apparaître une nouvelle tendance picturale, avec l’utilisation de la bombe aérosol, chez des artistes comme Albert OehlenJonathan Meese ou Neo Rauch.
Aux côtés de poids lourds du marché que sont Georg Baselitz, Gerhard Richter, Anselm Kiefer, Martin Kippenberger ou Albert Oehlen, la jeune peinture allemande est très active, notamment à Berlin, avec de jeunes artistes au succès grandissant comme Günther Förg, Eberhard Havekost, Anselm Reyle, Matthias Weischer, David Ostrowski, Karin Kneffel, Thomas Scheibitz, Thomas Zipp, André Butzer, Jonas Burgert, Friedrich Kunath ou le peintre minimaliste Imi Knoebel.

La galerie

Voici maintenant, en 264 tableaux et autant de peintres (265 en comptant Otto Dix qui illustre cet article), un aperçu de cette très riche et expressive peinture Allemande, du XXe siècle jusqu’à nos jours. Comme toujours, les femmes peintres étant, à mon grand désespoir, bien peu nombreuses (28 seulement, soit à peine 11 %…), voici leurs noms, par ordre d’apparition dans la galerie : Paula Modersohn-Becker, Gabriele Münter, Dorothea Maetzel-Johannsen, Hannah Höch, Anita Rée, Elfriede Lohse-Wächtler, Grethe Jürgens, Grete Csaki-Copony, Charlotte Salomon, Hilla Rebay, Eva Schulze-Knabe, Karoline Wittmann, Christa Dichgans, Bettina von Arnim, Petra Flemming, Maina-Miriam Munsky, Doris Ziegler, Elvira Bach, Karin Kneffel, Dana Schutz, Corinne Wasmuht, Nina Römer, Gudrun Brüne, Cornelia Schleime, Anna Theresa Heppke, Rebecca Raue, Amelie von Wulffen et Sieglinde Bölz.

0 personne a aimé cet article
Ce contenu a été publié dans Europe, Mouvements, Peinture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à La peinture allemande du XXe siècle à nos jours

  1. Hélène Vachon dit :

    Est-ce que H Schumacher est un peintre Allemand ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*