Quelques peintres allemands plus en détail

Quelques peintres allemands plus en détail

Voici la suite de mon article sur la peinture allemande avec un zoom sur  plusieurs peintres importants.

Paula Modersohn-Becker

Paula Modersohn-Becker, née en février 1876 à Dresde et morte en novembre 1907 à Worpswede, est une artiste peintre allemande et l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays.

Originaire de Dresde, Paula Becker s’engage dans des études de peinture (grâce à une institution privée créée en 1867, l’école de dessin et de peinture de l’association des femmes artistes et amateurs d’art, avec des professeures comme Käthe Kollwitz ou la portraitiste Jeanna Bauck) avant de rejoindre en 1897 les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, non loin de Brême, qui prônent un retour à la nature et aux valeurs simples de la paysannerie, prenant pour modèle l’école de Barbizon. Elle s’y lie d’amitié notamment avec la sculptrice Clara Weshoff (qui épousera le poète Rainer Maria Rilke) et les peintres Otto Modersohn et Heinrich Vogeler. Toutefois, le manque d’audace des peintres worpswediens la pousse à s’ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l’avant-garde artistique. Elle y suit notamment, en 1901, des cours à l’académie Colarossi, une école d’art qui, elle aussi, accepte les femmes, et fréquente assidûment les musées et galeries d’art. Elle est profondément marquée par la peinture de Paul Cézanne, pourtant alors presque inconnu – dont elle voit des peintures chez Ambroise Vollard : « Cézanne est l’un des trois ou quatre grands maîtres qui eurent sur moi l’effet d’une tempête. ».
De retour en Allemagne, elle épouse Otto Modersohn. Ce mariage l’allège des contraintes financières et lui permet de se consacrer à son art plutôt qu’à un métier, mais Paula regrette la vie culturelle animée de Paris (elle y retournera, seule, en 1903, puis de nouveau en 1906) – car Otto aime la paix et la tranquillité et n’apprécie pas l’art moderne français.

Au cours des quatorze années durant lesquelles elle exerce son art, elle réalise environ 750 toiles, treize estampes et environ un millier de dessins. Son style, particulièrement original, est le fruit d’influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l’impressionnisme de Cézanne, van Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l’art japonais ou encore l’art de la Renaissance allemande. La force expressive de son œuvre résume à elle seule les principaux aspects de l’art au début du XXe siècle. C’est aussi elle qui, en 1906, inaugurait un genre inédit, celui de l’autoportrait féminin nu.

Hélas, elle meurt à 31 ans d’une embolie pulmonaire, quelques jours après avoir donné naissance à son premier enfant (une petite Mathilde), tant espéré (en 1906 elle se peignait même enceinte alors qu’elle ne l’était pas encore) – et sans avoir été vraiment reconnue de son vivant. Jusqu’à l’exposition que lui consacre le musée d’Art moderne de la ville de Paris en 2016, elle restait assez peu connue au-delà des pays germanophones où c’est la parution de son journal en 1917, qui la fit vraiment connaître – ainsi que l’engagement actif de Heinrich Vogeler à présenter ses œuvres dans plusieurs expositions au cours des années suivant sa mort.
En 1900, elle écrivait dans son journal : « Je sais que je ne vivrai pas très longtemps. Mais est-ce si triste ? Une fête est-elle meilleure parce qu’elle est plus longue ? Ma vie est une fête, une fête courte et intense. […] Et si l’amour me fleurit encore un peu avant de s’envoler, et me fait réaliser trois bonnes peintures dans ma vie, je partirai volontiers, des fleurs aux mains et aux cheveux. ».
En 1927, un musée « Maison Paula Becker-Modersohn » a ouvert ses portes dans son ancienne demeure, à Brême.
En 2016, Marie Darrieussecq a publié Être ici est une splendeur – Vie de Paula M. Becker, un très beau petit livre, que je ne saurais trop vous conseiller. La même année, Paula, un biopic allemand était tourné sur la vie de cette artiste libre – à une époque où il était encore difficile, pour une femme, d’être l’un et l’autre. 

Voici une sélection d’œuvres de Paula Modersohn-Becker, de 1897 à 1907.

Peintres expressionnistes

Otto Dix
Die Brücke (Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff, Emil Nolde, Max Pechstein, Otto Mueller)
Der blaue reiter (Gabriele Münter, Franz Marc, August Macke, Lyonel Feininger, Paul Klee).

Max Beckmann

Max Beckmann est un peintre et dessinateur allemand, né en février 1884 à Leipzig et mort en décembre 1950 à New York. Il connaîtra personnellement les grandes tragédies qui, dans cette première moitié du XXe siècle, bouleverseront l’Europe et le monde.
Après sa formation à l’école des beaux-arts de Weimar, où il rencontre sa première épouse Minna Tube, Max Beckmann s’installe en 1907 à Berlin, où il organise des expositions de ses œuvres.

Pendant la Première Guerre mondiale, il sert à Wervicq-Sud près du front belge, en tant qu’infirmier. En 1914-1915, il peint des fresques dans la piscine en plein air de la commune, alors utilisée par l’armée impériale allemande. Il est démobilisé en 1915 en raison d’une dépression nerveuse. À cette époque il rencontre Sabine Hackenschmidt à Strasbourg dont il fait plusieurs portraits, et qui lui fait découvrir les gravures allemandes des XV°et XVI° siècles du cabinet des estampes de Strasbourg. Son art change alors de style pour devenir plus critique et moral.

À partir des années 1920, le peintre séjourne à plusieurs reprises à Baden-Baden, ville d’eau et de jeux du sud de l’Allemagne. Il quitte Minna Tube en 1925, pour épouser Mathilde (1904-1986), surnommée Quappi, qui est la fille du peintre Friedrich August von Kaulbach. Jusqu’en avril 1933, Beckmann enseigne à Francfort, avant d’être qualifié de « bolchevique culturel » et déchu de son poste. Fatigué, dépressif, il est alors très inquiet de la montée du nazisme, comme le montrent les lettres écrites à son épouse à cette époque.
Il s’installe à Berlin, où il peint des vues de la Forêt-Noire au climat oppressant, aux arbres déracinés et aux chemins qui se perdent. Au lendemain du discours d’Adolf Hitler sur l’art, il est classé parmi les « peintres dégénérés » et préfère quitter l’Allemagne avec son épouse pour partir à Amsterdam, espérant y obtenir un visa pour l’Amérique, qu’il n’obtiendra pas. Il devra finalement y passer 10 ans en exil, dans la précarité et la solitude, pris dans l’étau national-socialiste après l’invasion des Pays-Bas par la Wehrmacht. C’est néanmoins à Amsterdam qu’il crée la plupart de ses grands triptyques.

Après la fin de la guerre, en 1947, Beckmann rejoint définitivement les États-Unis, pour enseigner à Washington et à Brooklyn. Mais il meurt seulement trois ans plus tard, le 27 décembre 1950, à New York (d’une crise cardiaque). La même année, la Biennale de Venise lui avait décerné son premier prix de peinture.
Max Beckmann a développé son parcours en dehors des groupes ou des mouvements artistiques du début du siècle. Son œuvre n’en a pas moins une portée universelle,  reflétant une approche du monde vu comme une scène de théâtre où se joue la pièce qu’est la vie humaine avec des hommes qui sont des acteurs masqués ou des acrobates.

Voici une sélection d’œuvres de Max Beckmann, de 1905 à 1950.

Felix Nussbaum

Felix Nussbaum est né en 1904 à Osnabrück en Basse-Saxe et mort en 1944 à Auschwitz. Juif allemand, issu d’une famille bourgeoise, il étudie les arts décoratifs à Hambourg, puis les Beaux-Arts à Berlin. Peintre moderniste formé au temps de La Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit), Felix Nussbaum fut un artiste majeur de la peinture allemande des années 1930 et 1940, reconnu par ses pairs.
Dans ses années de formation, au contact de plusieurs courants avant-gardistes d’Europe, à l’instar de la nouvelle génération d’artistes allemands (Max Beckmann, Otto Dix, John Heartfield), il se nourrit de divers courants artistiques, de l’oeuvre d’artistes contemporains (le Douanier Rousseau, Van Gogh, Beckmann, Ensor, de Chirico…) pour proposer un regard critique sur la bourgeoisie et l’ordre établi.

Mais la montée du nazisme va jeter ce juif allemand sur les routes de l’exil, orienter son destin de manière inexorable et profondément marquer sa peinture. Felix Nussbaum devient désormais dans ses autoportraits le guetteur inquiet de la menace qui rôde. Et, bien malgré lui, son œuvre va devenir un véritable témoignage de la « Shoah » : « Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes ».
En 1932, le peintre, qui a reçu une bourse d’étude, est à la prestigieuse Villa Massimo à Rome, mais il en est renvoyé dès 1933 suite à une rixe avec un peintre pro-nazi. Son atelier de Berlin ayant brûlé (près de 150 toiles sont perdues dans l’incendie), il décide de ne pas retourner en Allemagne. Ce sera la Suisse, la France et finalement la Belgique. En novembre 1938, en réponse à l’exposition d’art « dégénéré » organisée par le pouvoir nazi en 1937, Nussbaum participe à Paris à l’exposition « L’Art Allemand Libre », montée par l’Union des artistes libres (allemands et autrichiens exilés) avec le soutien de l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (AEAR) sous la houlette de Louis Aragon.
[Pendant ce temps, à Osnabrück, presque tous les hommes juifs âgés de moins de 55 ans sont déportés à Buchenwald, des magasins et des maisons juifs sont pillés, la synagogue est détruite dans le cadre de cette « nuit de cristal » (nuit du 9 au 10 novembre 1938) qui s’abat sur tout le Reich].

En 1940, après l’invasion de la Belgique par les nazis, Nussbaum y est arrêté le 10 mai et interné au camp de Saint-Cyprien dans le sud de la France. Après s’être évadé lors d’un transfert vers Bordeaux, il retourne à Bruxelles où il reste caché avec son épouse Felka Platek, artiste peintre juive polonaise épousée en 1937. En 1942, l’étau se resserre encore : le port de l’étoile jaune devient obligatoire pour les juifs ; les rafles et les déportations débutent en août. Malgré tout, Felka souhaite rester en Belgique. Pour échapper aux rafles de la Gestapo, le couple, d’abord réfugié chez le sculpteur belge Dolf Ledel et sa femme, doit finalement, en 1943, se cacher dans la mansarde d’un immeuble.
La derrière œuvre conservée de Felix Nussbaum, Triomphe de la mort, est datée du 18 avril 1944. Dénoncés par un voisin, Felix et Felka sont arrêtés par la Wehrmacht le 20 juin. Transportés à Auschwitz par le dernier train à avoir quitté la Belgique pour les camps, le 21 juillet, ils n’en reviendront pas. Les Britanniques libèrent Bruxelles le 3 septembre…

Redécouvert tardivement, (une exposition lui est consacrée à Osnabrück en 1955 puis il tombe dans l’oubli jusqu’en 1970), Felix Nussbaum est peu ou mal connu en France. Il a d’ailleurs peu été exposé dans notre pays. Voici une sélection de ses œuvres, de 1925 à 1944, pour réparer cet oubli. Car, au-delà de l’histoire poignante et du témoignage important, Felix Nussbaum était un très grand peintre.
De l’œuvre de Felka Platek, il ne reste presque rien.
[Pour en savoir plus, je ne saurais trop vous conseiller de lire l’excellent travail de Nathalie Hazan ici]

Peintres néo-expressionnistes

Neue Wilde (A.R. Penk, Martin Kippenberger, Markus Lüpertz, Werner Büttner, Helmut Middendorf, Salomé, Rainer Fetting) + Georg Baselitz en tant que précurseur.

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