Quelques peintres belges plus en détail

En complément de mon article sur les peintres belges du XXe siècle à nos jours, voici une sélection, forcément restreinte, de quelques peintres importants et représentatifs.

James Ensor

James Ensor, peintre et graveur Belge né en 1860 à Ostende et mort dans cette même ville en 1949, est un artiste d’exception. Génial et fantastique, il atteint la pleine maîtrise de ses moyens dès l’âge de vingt ans, avant que sa prodigieuse imagination créatrice ne semble se tarir au tournant du XXe siècle. Mais durant les quelques vingt ans les plus productifs de sa carrière, il va allègrement passer du naturalisme à l’expressionnisme et au surréalisme sans oublier l’impressionnisme, le symbolisme ou le fauvisme – anticipant de vingt ou trente ans sur ces avant-gardes qui vont marquer et révolutionner la peinture au début du XXe siècle.

On ne peut donc pas associer son nom à un style pictural défini, puisqu’il les transcende tous. Mais le terme de « précurseur » prend avec lui tout son sens. Méconnu pendant ses années de génie, détesté par les critiques, qui lui reprochent à la fois son engagement social et le macabre de ses représentations, il fut fêté dans sa vieillesse, alors qu’il ne faisait plus, artistiquement parlant, que se survivre – le roi Albert 1er lui conféra même, en 1929, le titre de baron.
Bien qu’il n’ait pas formé d’élève, tous les peintres belges contemporains se reconnaissent une dette à son égard. Son influence fut très grande, notamment dans les pays germaniques et nordiques, et aux États-Unis. Il fut ainsi l’« inspirateur » de nombreux peintres : Frits Van den Berghe, Emil Nolde, Erich Heckel, Georges Grosz, Alfred Kubin, Paul Klee, Asger Jorn, Pierre Alechinsky ou Philip Guston…
Peintre des masques et des squelettes, individu solitaire, tourmenté par ses démons, il incarne l’inquiétude moderne, l’esprit de provocation, le conflit entre l’artiste et la société. Ses incursions dans le fantastique, sa fuite hors du réel touchent la sensibilité contemporaine – dans des tableaux qui, pour la plupart, n’ont rien perdu, ni de leur force, ni de leur magie, et continuent d’enchanter l’œil autant que l’esprit : Autoportrait au chapeau fleuri, Le Christ entrant à Bruxelles, Squelettes essayant de se réchauffer, L’intrigue, Les Musiciens tragiques ou encore Squelettes se disputant un hareng saur sont des œuvres majeures de l’histoire de la peinture.

Je me permets de vous mettre ci-dessous l’enregistrement d’une émission de France Culture, Les regardeurs, sur Ensor et son œuvre – pour moi la meilleure, la plus extraordinaire, la plus aboutie, la plus ensorienne – « L’intrigue » (ou l’on apprend également beaucoup de choses sur Ensor lui-même).

Theo van Rysselberghe

Théo van Rysselberghe, né à Gand en novembre 1862, et mort à Saint-Clair au Lavandou (Var) en décembre 1926, est un peintre belge, connu pour avoir été l’un des principaux représentants du divisionnisme en Belgique. Il a fait partie du deuxième courant, pointilliste, de l’école de Laethem Saint Martin. Ses deux frères, Charles et Octave, sont tous les deux architectes.
Après ses études à l’Académie des beaux-arts de Gand et à l’Académie de Bruxelles sous la direction de Jean-François Portaels, Théo van Rysselberghe participe à une exposition au Salon de Bruxelles pour la première fois en 1881. Vers 1886-1887, il découvre l’œuvre de Georges Seurat en compagnie d’Émile Verhaeren. Ami d’Octave Maus, il est un des membres fondateurs en 1883 du groupe bruxellois d’avant-garde Les Vingt. À la fin du xixe siècle, le pointillisme de ses peintures fait place à une composition à larges touches allongées. Comme Georges Seurat et Paul Signac, il réalisa de nombreux paysages marins. Il a aussi réalisé des gravures qui sont moins connues. Dans les années 1880, il se rend également plusieurs fois au Maroc.
En septembre 1883, Van Rysselberghe se rend à Haarlem afin d’étudier la lumière dans les œuvres de Frans Hals. Le rendu précis de la lumière continuera à occuper son esprit. Là, il a également rencontré le peintre américain William Merritt Chase. Il peint alors ses premières œuvres pointillistes sur le modèle de Georges Seurat . Il fait ensuite partie du groupe La Libre Esthétique dont il exécute une affiche (1896).
Son amitié avec Paul Signac porte aussi sur les idées anarchistes. Il participe à la presse libertaire et notamment régulièrement au journal Les Temps nouveaux de Jean Grave, pour lequel il donne des œuvres de 1897 à 1911. Il fréquente le géographe Élisée Reclus et le peintre Camille Pissarro. En 1899, il réalise la couverture de La Morale anarchiste de Pierre Kropotkine.
À la fin des années 1890, il s’établit en Provence près du Lavandou et retourne vers une certaine forme de classicisme.
Sa fille Élisabeth a eu une fille, Catherine, avec André Gide.

René Magritte

Paul Delvaux

Jan Cox

Jan Cox, né à La Haye le 27 août 1919 et mort à Anvers, le 7 octobre 1980, est un peintre belge.
Dès son plus jeune âge, Jan Cox est intéressé par le milieu artistique car ses parents (son père est un Belge flamand et sa mère une Néerlandaise) tiennent dans sa ville natale la galerie Noordeinde.
Après des études secondaires au Barlaeus Gymnasium d’Amsterdam, lui et sa famille quittent les Pays-Bas en 1936 pour s’installer à Anvers. Dans cette ville, il s’inscrit aux cours de l’Institut supérieur des Beaux-Arts où il est l’élève d’Isidore Opsomer. En 1937, il étudie l’art et l’archéologie à l’Université de Gand et obtient, en 1941, une licence d’histoire de l’art. Il expose pour la première fois à Anvers en 1942, à la salle Lamorinière, mais ses œuvres, considérées comme art dégénéré, sont confisquées par les nazis.
Il s’installe à Bruxelles en 1945 et, le 3 juillet de cette même année, fonde le groupe artistique la Jeune Peinture belge avec, entre autres, le sculpteur Willy Anthoons, les peintres René Barbaix, Gaston Bertrand, Anne Bonnet, James Ensor, Jack Godderis, Émile Mahy, Marc Mendelson, Charles Pry, Mig Quinet, Rik Slabbinck et Louis Van Lit.
En 1949, il se rend pour la première fois aux États-Unis et, l’année suivante, il débute une brève association avec le mouvement CoBrA ; ainsi, il collabore dans le no 6 de la revue éponyme où il publie une détrempe et encre de Chine, Ne fais pas le vilain, ça te va trop bien, ainsi que Petite histoire italienne, puis présente une dizaine de ses œuvres à l’exposition de ce mouvement au Palais des Beaux-Arts de Liège en 1951.
Après une année de résidence à l’Académie Belgica à Rome, en 1954-1955 où, entre autres, il rédige des articles relatifs à l’art, à la vie romaine destinés à des magazines et quotidiens belges, il émigre aux États-Unis et signe un contrat avec le marchand d’art Curt Valentin. Il est nommé en 1956 chef du département peinture du musée des Beaux-Arts de Boston, poste occupé jusqu’en 1974, année où il retourne à Anvers et rejoint le cercle d’artistes de la Galerie De Zwarte Panter.
Souffrant de maniaco-dépression et de dépendance à l’alcool, Jan Cox se suicide le 7 octobre 1980.
En 1988, Bert Beyens et Pierre De Clercq ont réalisé Jan Cox, l’odyssée d’un peintre, un documentaire sur la vie et le travail de Jan Cox.

Peintre figuratif, il flirte parfois avec l’abstraction et son œuvre, justement qualifiée de peintures-journal par Phil Mertens, est le récit de ses souvenirs et expériences vécues, avec l’omniprésence de l’être humain dans ses thèmes. L’influence de ses découvertes artistiques y est également manifeste, comme la liberté et la spontanéité de CoBrA, la palette chromatique du Pop Art.
Jan Cox a également éprouvé une fascination, se démarquant ainsi de ses contemporains, pour les récits bibliques et les sujets de l’Antiquité (La Passion du Christ, Judith et Holopherne, Orphée, l’Iliade)

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