La peinture britannique du XXe siècle à nos jours

Et si nous traversions la Manche ? Pour aller voir la peinture de nos amis Anglais, Gallois, Écossais (c’est ici) et Irlandais (c’est par là).
Mais d’abord un peu de géographie…
La Grande Bretagne, à laquelle nous allons nous intéresser pour commencer ce voyage outre-Manche, est cet ensemble comprenant l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galle (ainsi que les îles qui y sont rattachées). Si on y ajoute l’Irlande du Nord (depuis la partition de l’île en 1921) on obtient le Royaume-Uni. Mais, pour ma part, je préférerais traiter de l’Irlande dans son ensemble lors d’un prochain article.
Je ne vais donc vous parler ici que des peintres britanniques. Et vous allez voir qu’ils sont déjà bien assez nombreux puisque je n’ai pu faire moins, au final, que de vous en présenter 199 ! Car même si, chez nous, la plupart des peintres britanniques du XXe siècle sont peu ou pas connus, traverser le Channel vaut vraiment la peine, tant la qualité et la diversité sont au rendez-vous, de Walter Langley à Ian Davenport en passant par Lucian Freud, Francis Bacon, Dod Procter, Christopher Wood, Stanley Spencer, Roger Fry, Mark Gertler, John Bellany, Ben Nicholson, William Scott, Howard Hodgkin, Roger Hilton, David Hockney, Glenn Brown, Mary Fedden, Eileen Cooper, Damien Hirst, Peter Doig, et tous les autres…

Début du XXe siècle

À bien des égards, l’ère victorienne a continué jusqu’au début de la Première Guerre mondiale, avec une Académie royale de plus en plus sclérosée. L’Américain John Singer Sargent est alors le portraitiste le plus couru de Londres, avec les figures montantes John Lavery et William Orpen, tous deux irlandais.
L’attitude britannique vis à vis de l’art moderne était très tranché à la fin du XIXe siècle : les mouvements modernistes étaient soit chéris soit vilipendés par les artistes et les critiques. Ainsi l’impressionnisme a-t-il d’abord été considéré par de nombreux critiques comme une « influence étrangère subversive » avant d’être « entièrement assimilé » dans l’art britannique au début du XXe siècle. Walter Sickert et le Camden Town group ont ainsi développé un style anglais impressionniste et post-impressionniste avec souvent un aspect social. Dans ce groupe on retrouve Henri LambHarold GilmanSpencer Frederick GoreCharles GinnerRobert Bevan ou Malcolm Drummond. Leur coloration est souvent notoirement terne, tandis que les coloristes écossais jouent plus avec la lumière et la couleur ; certains, comme Samuel Peploe et John Duncan Fergusson, vivaient même en France pour y trouver des sujets appropriés, après avoir été inspirés par Sir William McTaggart (1835-1910), un peintre de paysage écossais associé à l’impressionnisme.

La Newlyn School

L’exemple français, et notamment les écoles de plein air, comme Barbizon ou Pont-Aven, où des artistes ayant fui Paris pouvaient peindre dans un cadre plus pur et mettre l’accent sur ​​la lumière naturelle, a également inspiré les anglais. C’est à Newlyn, petit village de pêcheur situé tout au bout de la Cornouailles (cette botte italienne en réduction qui semble vouloir botter les fesses de l’Irlande), que dans les années 1880, un certain nombre de peintre anglais (et irlandais) ont posé leurs chevalets. Newlyn avait un certain nombre d’atouts pour les attirer : lumière fantastique, séjour pas cher, disponibilité de modèles bon marché. Les artistes ont également été fascinés par le travail des pêcheurs en mer et la vie quotidienne dans le port et les villages voisins.
Le premier artiste en résidence fut Walter Langley, qui a déménagé à Newlyn en 1882, rejoint bientôt par Stanhope Alexander Forbes. Né à Dublin, Forbes fait néanmoins ses études en Angleterre, à la Lambeth School of Art, puis à la Royal Academy, avant d’aller à Paris, dans l’atelier de Léon Bonnat de 1880 à 1882. Henry Herbert La Thangue, un camarade de la Lambeth School of Art le rejoint, ainsi que Arthur Hacker, un ami de la Royal Academy. En 1881, Forbes et La Thangue vont à Cancale, en Bretagne, pour peindre en plein air, comme Jules Bastien-Lepage (dont, avec George Clausen, ils étaient de grands admirateurs). De retour en Angleterre, Forbes s’installe à Newlyn dès 1884, et devient rapidement une figure de proue de la colonie d’artistes qui s’y trouve déjà ou va l’y rejoindre ; il est d’ailleurs souvent appelé « le père de l’école Newlyn ». En Septembre 1884, il y a au moins vingt-sept artistes résidents, dont Frank Bramley, Percy Craft, Elizabeth Forbes (épouse de Stanhope), Thomas Cooper Gotch, Fred Hall, Edwin Harris, Harold Harvey, Albert Chevallier Tayler, Ralph Todd et Henry Scott Tuke. Norman Garstin (irlandais, comme Forbes), arrive en 1886. Doris Shaw arrive en 1905, à l’âge de 15 ans, pour étudier dans l’école que Stanhope et Elizabeth Forbes ont fondé à Newlyn. Elle y rencontre Ernest Procter, un autre étudiant, qu’elle épouse, devenant ‘Dod’ Procter. D’autres sont également passés par Newlyn, comme Alfred Munnings, ‘Seal’ Weatherby, Harold et Laura Knight, avant de former une petite colonie non loin de là, à Lamorna, où Samuel John Birch (devenu ‘Lamorna’ Birch) s’était installé dès 1892 après avoir vécu lui aussi à Newlyn.

New English Art Club

Stanhope Forbes est également l’un des fondateur du New English Art Club (NEAC), fondé à Londres en 1885 en tant qu’alternative à la Royal Academy. Ce club fut initié par de jeunes artistes anglais qui revenaient d’études d’art à Paris, comme Thomas Cooper Gotch, Frank Bramley, John Singer Sargent, Philip Wilson Steer ou George Clausen. Environ 50 membres ont pris part à l’exposition inaugurale qui s’est tenue à la Galerie Marlborough en Avril 1886.

La Slade Art School

La Slade Art School, fondée en 1865 à Londres, est école d’art de renommée mondiale. Deux de ses périodes les plus importantes ont été immédiatement avant et immédiatement après le début du XXe siècle. Henry Tonks en était alors le principal professeur. Parmi ses étudiants d’avant 1900 : Augustus John, William Orpen, Harold Gilman, Spencer Gore et Percy Wyndham Lewis, parmi ceux d’après 1900 : Dora Carrington, Mark Gertler (considéré par Tonks comme le plus talentueux), Paul Nash, CRW Nevinson, Sir Stanley Spencer, David Bomberg et Edward Wadsworth.
Roger Fry, peintre et critique d’art renommé, fut également professeur à la Slade (il y enseignait l’histoire de l’art). En 1910, Fry organise une exposition Manet et les postimpressionnistes, terme dont il est l’auteur. Celle-ci exerce une influence considérable sur le goût du public. En 1911, il a une liaison passionnée avec Vanessa Bell, artiste peintre et décoratrice, sœur de Virginia Woolf. Vanessa Bell le quitte en 1913 pour un autre peintre, Duncan Grant, avec qui elle forme un couple un peu sulfureux (Duncan Grant étant bisexuel) mais très en vogue à l’époque. Tous ces gens là appartenaient au Bloomsbury group, qui rassemblait des écrivains, des intellectuels, des philosophes et des artistes, autour de Virginia Woolf, E. M. Forster, Lytton Strachey, de l’économiste John Maynard Keynes et du critique Clive Bell, entre autres. La peintre Dora Carrington en faisait également partie.

Le vorticisme

Le premier mouvement britannique significatif de cette époque est le Vorticisme, né du bref rassemblement (moins de trois ans) d’un certain nombre d’artistes modernistes dans les années précédant immédiatement 1914 : Wyndham Lewis, le sculpteur Sir Jacob Epstein, David BombergMalcolm ArbuthnotLawrence AtkinsonFrederick EtchellsCuthbert Hamilton, Christopher Nevinson, William Roberts, Edward WadsworthJessica DismorrHelen Saunders, et quelques autres dont le sculpteur français Henri Gaudier-Brzeska ou le photographe américain Alvin Langdon Coburn. Comme les futuristes italiens, les vorticistes sont obsédés par la machine et la civilisation qu’elle a engendrée.

Le Groupe de Londres

Le Groupe de Londres est une société d’artistes des artistes née en 1913 de la réunion du Camden Town group, des vorticistes et d’autres artistes indépendants pour contester la domination de la Royal Academy, jugée frileuse et conservatrice. Les fondateurs incluent Walter Sickert, Jacob Epstein, Wyndham Lewis et Henri Gaudier-Brzeska. Tout au long de son histoire, le Groupe de Londres a régulièrement organisé des expositions ouvertes pour encourager et soutenir d’autres artistes et montrer leur travail. Le Groupe de Londres continue d’exister aujourd’hui, avec plus de 80 membres. Il fête cette année ses 100 ans d’existence. Beaucoup de grands artistes anglais du XXe siècle en ont fait partie : Walter Sickert, Wyndham Lewis, David Bomberg, Christopher R. W. Nevinson, Paul Nash, Stanley Spencer, Edward Wadsworth, Roger Fry, Barbara Hepworth, Henry Moore, Ivon Hitchens, Eileen Agar, William Coldstream, Victor Pasmore, Jack B. Yeats, L.S. Lowry, Edward Burra, Patrick Heron, Terry Frost, Alan Davie, Euan Uglow, Frank Auerbach, Craigie Aitchison, David Hockney, Leon Kossoff, etc.

L’entre-deux-guerres

L’éclatement du milieu artistique, amorcé dès la fin du XIXe siècle, se poursuit et s’amplifie à partir de 1914. Le nombre de peintres vivant loin de Londres augmente, et le « génie des lieux » semble les inspirer plus que jamais ; le Pembrokeshire est pour Graham Sutherland ce qu’était le Suffolk pour Constable ; L.S. Lowry, lui, peint toute sa vie le paysage industriel du Lancashire. D’autres font de longs séjours à l’étranger, France ou Italie notamment. La réaction aux horreurs de la Première Guerre mondiale a suscité un retour à des sujets tels que les paysages, représentés notamment par Eric Ravilious, Charles Mahoney ou Paul Nash, l’un des grands paysagistes anglais du siècle, chez qui l’on perçoit des échos du surréalisme. L’expérience de la Grande Guerre lui a inspiré de poignants paysages aux formes déchiquetées. Comme Nash, Graham Sutherland était fasciné par les formes naturelles (végétaux, roches, animaux), et ses toiles tiennent à la fois du paysage et de la nature morte.
Meredith Frampton et Augustus John sont les portraitistes à la mode, tandis que Sir Alfred James Munnings est connu comme étant l’un des meilleurs peintres équestres britanniques. Munnings, président de l’Académie royale de 1944 à 1949, manifestait une hostilité goguenarde au modernisme.
Le surréalisme, avec des artistes tels que Tristram Hillier, John Armstrong ou Conroy Maddox est brièvement populaire dans les années 1930, influençant Roland Penrose et le sculpteur Henry Moore. Stanley William Hayter, peintre et graveur, associé dans les années 1930 avec le surréalisme, évolue dès 1940 vers l’expressionnisme abstrait. En 1927, Hayter a fondé le légendaire Atelier 17 à Paris, où il a travaillé avec Pablo Picasso, Alberto Giacometti, Joan Miró, Alexander Calder, Marc Chagall. Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Hayter a déménagé l’Atelier 17 à New York où il a pu travailler avec Jackson Pollock et Mark Rothko. Hayter est ainsi devenu l’un des graveurs les plus influents du XXe siècle.

Christopher Wood et Ben Nicholson

L’oeuvre de Christopher Wood a fortement influencé le développement du modernisme anglais, malgré la disparition prématurée de son auteur (à 29 ans) à la vie bohème, mouvementée et marquée par l’addiction aux drogues. Il est l’un des rares peintres britanniques à avoir obtenu une certaine reconnaissance dans la mouvance artistique parisienne des années 1920 où Wood rencontre notamment Jean Cocteau, également opiomane, dont le style au trait dépouillé influencera son dessin, et Picasso dont l’influence est indéniable sur son œuvre. En 1925, il expose en compagnie de Paul Nash à la galerie Redfern de Londres et rencontre un couple d’artistes anglais avec lequel il restera intimement lié jusqu’à la fin, tant sur le plan personnel que sur un plan artistique : Ben Nicholson et son épouse Winifred, également peintre. Ben Nicholson est le peintre anglais le plus important de cette époque. D’abord influencée par les cubistes, son œuvre va progressivement évoluer vers une abstraction géométrique proche de celle pratiquée par Mondrian. Le grand talent qu’il développe dans le néoplasticisme lui ouvre les portes de nombreux mouvements d’art abstrait des années 1930. Présent à Paris à cette époque, il participe au mouvement Abstraction-Création et est membre fondateur d’UNIT ONE en 1933 (entre autres, aux côtés de Paul Nash, John Armstrong et Henry Moore) qui a brièvement tenté d’unifier les deux courants naissants dans l’art moderne britannique des années 1930 : l’art abstrait et le surréalisme ; il s’associe également dans l’édition de la revue Circle, accompagné de Jean Louis Martin et Naum Gabo (en 1937).
Winifred Nicholson est une coloriste qui a développé un style impressionniste très personnel qui se concentre essentiellement sur les bouquets et les paysages, les deux motifs étant souvent combinés dans de sensibles compositions où des fleurs dans un vase ou un pot sont disposées devant la fenêtre. Elle a fait partie du New English Art Club. On dit qu’une de ses peintures est accrochée au 10 Downing Street.

L’Euston Road School

En 1937, Victor Pasmore fonde la Euston Road School avec William Coldstream et Claude Rogers, dans une tentative de sortir de l’incertitude entre l’abstraction et la représentation. Bien qu’admirant beaucoup de ce qui avait été réalisé récemment, ils estimaient que la peinture doit être compréhensible pour les non-initiés, qu’un art vraiment de gauche doit être accessible au public, contrairement à une abstraction trop intellectuelle. Coldstream, suivi par Lawrence Gowing, donne à ses images un aspect légèrement mécanique, comme un « scan » synthétique de la réalité, qui permet peut-être de valider un appel à la modernité sinon au modernisme. Chez Euan Uglow, malgré la présence de la figure, peinte avec une objectivité systématique, le résultat est essentiellement de la peinture abstraite. Pasmore, dans les années 60, abandonnera la figuration pour une abstraction pure et très structurée, parfois même sculptée.
Mais le maître qui mélangea le plus hardiment modernisme et tradition est incontestablement Stanley Spencer, dont les nus sans concession ont forcément inspiré, plus tard, ceux de Lucian Freud.

Les années 50 font « Pop ! »

Henry Moore émerge après la Seconde Guerre mondiale en tant que premier sculpteur de Grande-Bretagne, promu aux côtés de Victor PasmoreWilliam Scott et Barbara Hepworth par le Festival of Britain. L’École de Londres comprend alors de grands peintres figuratifs, dont Lucian FreudFrank AuerbachLeon KossoffMichael Andrews et Francis Bacon, qui reçoivent une large reconnaissance internationale. Graham Sutherland, le sculpteur Elisabeth Frink, et les paysages urbains industriels de L.S. Lowry contribuent également à la forte présence figurative dans l’art britannique d’après-guerre.

Francis Bacon

Francis Bacon naît à Dublin en 1909 de parents britanniques anglais (l’Irlande n’est pas encore indépendante). Il a seize ans quand il est rejeté par son père qui a découvert son homosexualité. Sa mère lui verse néanmoins une pension régulière qui lui permet de vivre à Londres. Bacon est largement un artiste autodidacte. Parmi ses influences, on reconnaît Picasso, Vélasquez, Poussin, Rembrandt mais aussi les films surréalistes de Buñuel. Les débuts sont chaotiques. En 1933, il peint Crucifixion qui est reproduite dans la revue Art Now. En 1934 se tient sa première exposition personnelle à la Transition Gallery, qui est un échec. Bacon pense arrêter la peinture. En 1936, il est refusé par l’exposition internationale du surréalisme organisée par André Breton mais est sélectionné en 1937 pour l’exposition collective « Young British Painters » avec Graham Sutherland et Victor Pasmore. En 1944, il détruit la majeure partie de ses œuvres antérieures. En 1945, Trois études de figures au pied d’une crucifixion provoque le scandale lors de l’exposition à la Lefevre Gallery (le tableau, d’une rare violence expressive, choque au lendemain de la Seconde Guerre mondiale où l’on préférerait oublier les images d’horreur que celle-ci a engendrées). Son tableau Peinture 1946 est acheté par le MoMA de New York en 1948. Il commence les fameuses séries de « Têtes », s’inspire de Velasquez pour la série des « Papes ». En 1964, Bacon peint son premier grand triptyque, Trois études pour une crucifixion, qui est acquis par le musée Guggenheim de New York. Le triptyque devient une des formes conventionnelles de son travail. Au long de sa carrière, Bacon affine son style, délaissant les images de violence crue de ses débuts pour préférer « peindre le cri plutôt que l’horreur ». En voyage à Madrid, Francis Bacon s’éteint en 1992, laissant une œuvre dont la côte ne cesse de grandir. Il est considéré comme faisant partie de l’École de Londres, un groupe de peintres figuratifs britanniques formé au début des années 50 autour de Lucian Freud et lui.

La St Ives school

Mais l’art abstrait n’est pas en reste, notamment chez les peintres de la St Ives school. C’est en 1938 que Ben Nicholson et Barbara Hepworth, son épouse, s’installent à St Ives, en Cornouailles, suivis peu après par l’expatrié russe Naum Gabo. Vers 1950, ils sont rejoints par un groupe de jeunes artistes, dont Peter Lanyon, Bryan Wynter, Terry Frost et Patrick Heron. La « St Ives School » est née, qui va devenir célèbre dans les années 50 et 60 pour son art concret et son influence significative sur l’abstraction en Grande-Bretagne.
Durant les années 1930, sous l’influence de Ben Nicholson et du groupe de St Ives, John Piper flirte un temps avec l’abstraction, menant à la fondation du magazine «Axis» (qui préconise l’art abstrait) avec son épouse Myfanwy. Il est en même temps critique d’art et est parmi les premiers à reconnaître des contemporains tels que William Coldstream, Ivon Hitchens, Victor Pasmore et Ceri Richards. Après la guerre (pendant laquelle il est nommé artiste officiel, chargé d’enregistrer les effets du blitz sur les bâtiment) Piper abandonne l’abstraction, développant une fascination pour l’architecture vernaculaire et ecclésiastique qui le conduit à peindre des paysages romantiques d’église ou d’abbayes.
William Scott, artiste Nord-irlandais né en Écosse, peut également être rattaché à cette école. Scott s’est intéressé aux implications abstraites de la nature morte : une casserole ou une cruche sur une table deviennent chez lui la base d’un agencement très simplifiée de couleurs et de formes. Ces abstractions ont eu une très grand influence dans les années 1970 et 1980.
Le peintre écossais Alan Davie créé un vaste ensemble de peintures abstraites au cours des années 50 qui synthétisent et reflètent son intérêt pour la mythologie et le zen.

La Kitchen Sink (évier de cuisine) School, un terme inventé en 1954, fait référence à un groupe de peintres britanniques, populaires au milieu des années 50, qui ont délibérément concentré leur travail sur le unglamour – les objets du quotidien, les cuisines encombrés, jardins, immeubles de rapport, scènes de l’austérité d’après-guerre, réminiscence de réalisme social.  L’école se composait principalement de John Bratby, Derrick Greaves, Edward Middleditch et Jack Smith. La plupart de ces peintres ont ensuite, et parfois radicalement, changé de style.

De 1956 à 1964, Mary Fedden a enseigné la peinture au Royal College of Art. Elle était la première femme à ce poste. Parmi ses élèves David Hockney et Allen Jones. En 1951, elle a épousé l’artiste Julian Trevelyan.

Le Pop art

C’est également dans les années 1950 que le Pop art apparaît, réaction britannique à l’expressionnisme abstrait, notamment américain. Le mot, abréviation de popular art, est prononcé pour la première fois en 1955 par Lawrence Alloway, critique d’art anglais membre de l’Independent Group, un groupe réunissant architectes, artistes et intellectuels, créé au sein de l’Institut d’art contemporain de Londres pour réfléchir sur la place de l’art dans la société. Eduardo Paolozzi, artiste écossais et co-fondateur du groupe, avait créé en 1947 un collage intitulé I was a Rich Man’s Plaything (J’étais le jouet d’un homme riche) où il faisait apparaît le mot « Pop » dans un nuage de fumée sortant d’un revolver. Mais le vrai lancement du Pop art est l’exposition This is Tomorrow de 1956 à la Whitechapel Gallery de Londres, avec Eduardo PaolozziRichard Hamilton (qui expose son célèbre collage Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing?) et John McHale, entre autres. Après les années d’austérité de l’après-guerre, Londres devient la capitale de l’art de vivre « pop ».

Les années 60 et 70, naissance de l’Art contemporain

En 1966, l’hebdomadaire américain Time Magazine titre sur « London: The Swinging City » pour qualifier cette effervescence bouillonnante qui a saisi la capitale anglaise. Londres est tendance ; Soho et Carnaby Street imposent la minijupe. La Jaguar type E, les Beatles, la série télévisée Chapeau melon et bottes de cuir symbolisent ce Swinging London qui va durer jusqu’à la crise des années 70. La décennie des années 1960 – la décennie qui donne naissance à l’art contemporain – voit en effet une forte augmentation de la richesse nationale : le pouvoir d’achat augmente énormément, les disques phonographiques sont partout et chaque adolescent a les ressources pour les acheter, la télévision est dans la plupart des maisons. La guerre est déjà loin mais ses retombées technologiques sont partout. C’est un nouveau monde dominé par la consommation et la publicité. L’introduction de la pilule contraceptive en 1963, rend obsolètes les contraintes traditionnelles et modifie le comportement entre hommes et femmes. Dans tous ces domaines, la vie et la culture américaine représentent la norme à imiter. Les arts n’y échappent pas, avec l’influence des poètes et romanciers « Beat » Jack Kerouac et William Burroughs, ou de l’École de New York des expressionnistes abstraits dirigés par Mark Rothko et Jackson Pollock.

Dans les années 1960, Sir Anthony Caro devient la figure de proue de la sculpture britannique pour une jeune génération d’artistes abstraits dont Isaac Witkin, Phillip King et William G. Tucker. John HoylandHoward HodgkinJohn WalkerRobyn Denny ou encore John Plumb sont les peintres émergeant de cette époque, reflets de la tendance internationale d’une peinture toute en couleurs.
Durant ces mêmes années 60, un autre groupe d’artistes britanniques offre une alternative radicale à la création artistique. Ils comprennent Bruce McLean, Gilbert et George, ou les sculpteurs Barry Flanagan et Richard Long.
Les artistes Pop David HockneyPatrick CaulfieldDerek BoshierPeter PhillipsPeter Blake (surtout connu pour la pochette de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band), Gerald Laing, Patrick Hughes (inventeur de la reverspective en 1964) ou le sculpteur Allen Jones font partie intégrante de la scène artistique des années soixante, tout comme R.B. Kitaj qui, bien qu’Américain, passa une grande partie de sa vie en Angleterre. David Hockney fait le voyage inverse : New York en 1963, où il rencontre Andy Warhol, puis Los Angeles où il s’installe de 1964 à 1968. C’est là que Wahrol, devenu son ami, lui suggérera de faire sa célèbre série de piscines pour laquelle Hockney abandonnera l’huile pour l’acrylique.
Il faut également parler de Bridget Riley et de ses tableaux Op’art, style qui a connu son apogée dans les années 1960 et 1970. Il s’agit d’une approche de l’abstraction qui se concentre sur la géométrie, rigide mais subtile, de combinaisons de couleurs optiquement surprenantes. Riley a commencé à peindre en noir et blanc, titillant l’œil avec des rayures ou des points finement modulés qui semblent scintiller, se fondre ou se replier lorsqu’on les regarde. La personnalité de l’artiste, et toute référence figurative, sont délibérément éliminées. Finalement assez proches, les travaux de Kenneth Martin, à base de lignes, sont un développement de Piet Mondrian et du constructivisme russe. Plus proche du Pop art, Michael Craig-Martin fut le professeur influent d’une partie des futurs Young British Artists.

À l’autre extrémité du spectre artistique de Riley ou Martin on trouve la peinture luxuriante et sensuelle de Howard Hodgkin, dans la tradition d’une abstraction fondée sur la représentation : les nus et des natures mortes de Sir Matthew Smith et les paysages de Ivon Hitchens semblent l’avoir fortement influencé. Il a peint des portraits, intérieurs, paysages, tous transformés en chaudrons de couleurs débordant jusque sur le cadre, panachés avec des pois et des arcs en ciel, où la brillance même de la peinture contribue à l’effet luxuriant. Il a passé beaucoup de temps en Inde, et les motifs des tissus indiens jouent un rôle important dans son travail.
Dans la grande tradition des coloristes écossais, John Bellany a peint des œuvres souvent mystiques ou allégoriques sur la vie des marins (lui-même se considérait, au fond, comme un marin) dans un style enlevé et vigoureux qui n’est pas sans rappeler James Ensor. Ses premiers tableaux, datés des années 60 et 70, quand ce n’était pas la mode, annonçaient déjà le renouveau de la figuration des années 80.

Les années 80 et 90

Au cours des dernières décennies, les frontières entre les différents médias sont devenus de plus en plus floues, de nombreux artistes en pratiquant plusieurs. Nous sommes entrés dans l’ère de la créativité multimédia où photo et vidéo jouent un rôle de plus en plus important. L’art conceptuel a du coup eu tendance à voler la vedette. Pourtant, malgré cette explosion des moyens techniques, de nombreux jeunes artistes ont adopté la peinture comme un moyen approprié à leurs réflexions sur le monde. Avec, souvent, des références conscientes à l’art des époques passées, par des emprunts ironiques, un amour post-moderne de déconstruire les concepts et les méthodes de travail traditionnelles. L’un des plus ouvertement traditionnel de ces jeunes artistes contemporains est l’écossais Peter Doig, qui revient à la langue reconnaissable du paysage avec personnages, jouant avec les motifs d’arbres ou l’inter-relation des formes naturelles et architecturales. Gary Hume fait revivre quelques-uns des aspects du mouvement Pop par des formes simplifiées (silhouettes) et des couleurs qui attirent l’attention, comme des publicités. Glenn Brown propose des jeux de peinture virtuose appliqués à des reproductions d’œuvres d’autres artistes, comme ces célèbres portraits qu’il transforme en figures grotesques peintes avec empâtements et exécutées à l’aide de coups de pinceaux tourbillonnants.

Lucian Freud

D’ailleurs ce peut-être n’est-ce pas un hasard si le génie tutélaire de la peinture en Grande-Bretagne à la fin du XXe siècle est un artiste âgé, qui a insisté à plusieurs reprises sur les vertus des écoles d’art, institutions qui semblaient gravement menacées dans les années iconoclastes 1960 et 70. Lucian Freud est venu de Vienne avec sa famille dans les années 1930, et ses premiers travaux respirent le surréalisme et les thèmes de l’expressionnisme allemand ainsi que l’anxiété des premières années d’après-guerre. Mais déjà dans ses portraits des années 1950 se retrouve cette fascination sans compromis – obsession n’est pas un mot trop fort – pour les moindres détails du corps humain. Au fil des années, le détail est devenu plus pointu encore, attirant l’attention, sans remord, sur chaque veines et chaque pore. Ce n’est pas sans rappeler les nus de Stanley Spencer et sa comparaison explicite de l’homme avec de la viande – sans doute pas très loin des préoccupations de Francis Bacon. Freud a peint de nombreux portraits, mais il n’est pas un portraitiste dans le sens ancien : il ne répond pas à l’amour de soi, ne veut flatter personne, et surtout pas lui-même. Il ne cherche pas à plaire ou à être moderne. Il l’est pourtant, oh combien ! par l’acuité de son regard. Son ami Frank Auerbach, également peintre, lui a souvent servi de modèle. Le 13 mai 2008, un nu intitulé Benefits supervisor sleeping, daté de 1995, est vendu par Christie’s à Londres. Le montant final des enchères, près de 34 millions d’euros, fait de cette œuvre la plus chère vendue aux enchères pour un artiste encore vivant (seul Jasper Johns a fait mieux en 2006, avec False Start vendu 80 millions de dollars, mais c’était lors d’une transaction privée). Freud est mort en juillet 2011. Dans les années 90, Jenny Saville a poussé le concept encore un peu plus loin, en présentant en gros plan de vastes nus féminins déformés et comme mutants.

Les Young British Artists

Fondé en 1984 et organisé par la Tate Galery, le Turner Prize est devenu une vitrine très médiatique pour l’art contemporain britannique. Parmi les vainqueurs on peut citer Malcolm Morley (1984), Howard Hodgkin (1985), Gilbert & George (1986), ou les sculpteurs Tony Cragg (1988), Anish Kapoor (1991) et Antony Gormley (1994)… Parmi les nommés Lucian Freud, Sean Scully, Patrick Caulfield, Richard Hamilton, Paula Rego, Peter Doig, Callum Innes, entre autres…
Dans les grands bénéficiaires de cette mise en lumière on compte de nombreux membres des Young British Artists (YBA), parmi lesquels Damien Hirst (vainqueur en 1995), Rachel Whiteread (sculpteur, vainqueur en 1993), Chris Ofili (vainqueur en 1998), Tracey Emin (nommée en 1999), Fiona Rae ou Ian Davenport (nommés en 1991). La plupart de ces jeunes artistes se sont fait connaître lors de l’exposition Freeze de 1988, avant d’obtenir une reconnaissance internationale (notamment grâce au soutien de Charles Saatchi) avec leur version de l’art conceptuel et leurs installations parmi lesquelles on peut citer The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living (1991) de Damien Hirst (le fameux requin dans sa cage en verre, revendu plus de 6 millions de £ par Saatchi en 2004), ou My Bed (1999) de Tracey Emin, exposition impudique de son propre lit aux draps tachés entouré de préservatifs, de culottes sales, de paquets de cigarettes vides et autres détritus… état dans lequel il se trouvait après plusieurs jours de dépression. Souvent controversés, les Young British Artists ont en tous cas largement contribué à revitaliser la scène artistique britannique. Dans leur mouvance se sont créées toute nouvelle génération de galeries commerciales modernes. La revue Frieze, lancée en 1991, contribue également à faire connaître l’art contemporain britannique.

Eileen Cooper est l’un des grands artistes figuratifs britanniques qui ont émergé dans le milieu des années 1980. Ses peintures stylisées de femmes et de couples parle des processus fondamentaux, la naissance, la croissance, la nourriture et plus généralement la place de l’humanité dans la nature. Elle a étudié au Royal College of Art entre 1974 à 1977. Ken Kiff, qui y était enseignant dans les années 1970 et 80 et avec qui elle s’est lié d’amitié, a profondément influencé son travail.

En 1999, Billy Childish (également chanteur et musicien dans des groupes punk et garage) et Charles Thomson fondent le Stuckist art movement, groupe de peintres figuratifs, en réaction aux YBA at à ce qu’ils considèrent comme la superficialité, l’égocentrisme et le cynisme de l’art conceptuel et du postmodernisme. Le nom vient d’une remarque de Tracy Emin, ex petite amie de Childish : « Your paintings are stuck, you are stuck! – Stuck! Stuck! Stuck! » – Stuck signifiant plus ou moins « coincé »… Dans les membres on peut citer Charles Williams, Bill Lewis ou encore la française Elsa Dax et l’allemand Peter Klint.
La Federation of British Artists (regroupement de neuf sociétés artistiques, dont, par exemple la Royal Society of British Artists ou la Royal Society of Portrait Painters qui compta parmi ses membres John Collier, Augustus John, Laura Knight, John Everett Millais, John Singer Sargent ou encore James McNeill Whistler) œuvre également à promouvoir la peinture figurative traditionnelle, comme celle de Ken Howard ou William Bowyer, par exemple. Figure particulière parmi les peintres figuratifs, l’écossais Jack Vettriano jouit d’une grande très popularité avec sa peinture de genre stéréotypée (The Singing Butler – vendu 740.000 £ en 2005 – est un best-seller en Grande-Bretagne) mais pas de réelle reconnaissance critique.

La peinture du XXIe siècle

Ce qui frappe au premier abord dans la peinture actuelle c’est la forte diversité d’approche parmi les artistes qui se sont engagés en peinture. Mais pour tous la peinture devient une métaphore de l’expérience, une méditation philosophique sur la nature de notre être dans le monde. Ici, tout, chaque pensée, chaque action et chaque observation est retransmise par l’intermédiaire de la peinture. Si l’on devait trouver une définition en « isme » à cette nouvelle approche, ce serait peut être tout simplement une affirmation de l’individualisme. Une tendance vers le modeste, l’humain, le philosophique, où la peinture est une expression de l’expérience individuelle dans un monde complexe où domine un sentiment d’anomie (notion développée par Emile Durkheim pour désigner certaines situations de dérèglement social, d’absence, de confusion ou de contradiction des règles sociales).
On retrouve un peu tout ça chez dans les fillettes solitaires de Bobbie Russon ou dans les étranges créatures mutantes de Matthew Burrows ou Neal Tait. Pour Andrew Crane, la peinture est une pratique méditative. Fasciné par l’espace entre les choses, la pause entre les mots, l’écart entre les chiffres, la fraction de seconde qui est le présent plutôt que le passé ou l’avenir, il travaille au ciment-colle et à la truelle, laissant beaucoup de place au hasard. Le sexe, comme chez Tracey Emin, Marcus Harvey ou dans les premières toiles de Chantal Joffe, tient également une place importante, mais un sexe souvent dévoyé par la pornographie. Dans une série de peintures appelée Fame (célébrité), 100 icônes religieuses anciennes achetées sur eBay ont été repeintes par Robert Priseman avec le portrait d’une célébrité du XXe siècle morte prématurément, soit par suicide, soit à cause d’un style de vie auto-destructeur. Finalement, pour tous, la peinture sert à poser des questions, à chercher des réponses…

En marge de la peinture, et même de la société, Banksy, issu de la scène underground de Bristol, est un graffeur qui délivre au pochoir sur les murs du monde entier des messages souvent politiques, intelligents et poétiques, dénonçant la guerre, la violence et, plus largement la connerie humaine. Sa notoriété vient entre autre du fait que personne ne connaît son vrai nom, ni son visage.

La galerie

Voici donc 199 peintres (dont 28 femmes) rassemblés en 199 tableaux, de 1900 à 2013… Très bonne visite !

1 personne a aimé cet article
Ce contenu a été publié dans Europe, Mouvements, Peinture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*