La peinture italienne du XXe siècle à nos jours

Après avoir traversé la Manche (voir ici et ici), passons maintenant les Alpes pour aller rendre visite à nos amis transalpins. L’Italie… Quand on parle peinture, voilà sans doute le pays incontournable. Botticelli, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Le Titien, Véronèse, Le Tintoret, Le Caravage… Quel pays peut se vanter d’une telle litanie de stars ? Oui mais voilà, tous datent des XV et XVIe siècles, époque où l’Italie était LE pays de la peinture et des peintres. Et ensuite ? En gros le XVIIe fut dominés par les peintres Hollandais et Espagnols, le XVIIIe par les Anglais, puis les Français qui gardèrent ce leadership durant tout le XIXe et jusqu’à la seconde guerre mondiale. Puis ce furent les Américains et, en ce début de XXIe siècle, peut-être les Chinois… Et les Italiens, alors ? Eh bien on peut dire, comme nous allons le voir, qu’au XXe siècle ils ont retrouvé un peu de leur superbe : la peinture italienne retrouve une envergure internationale, se diversifie et se modernise, donnant naissances à plusieurs mouvements d’avant-garde important dans l’histoire de l’art moderne, notamment le futurisme, l’Arte povera et la transavangarde.

Le futurisme

Marqué par le cubisme français et l’avant-gardisme russe, le futurisme prend naissance à Milan au tout début du XXe siècle et va perdurer jusqu’en 1920 au sortir de la première guerre mondiale. Ce mouvement qui rejette la tradition artistique, se caractérise par une nouvelle esthétique fondée sur le progrès, le monde industriel, les machines, la vitesse en s’inspirant de thèmes liés à la modernisation des villes ou l’invention de nouveaux moyens de transport. La composition des peintures futuristes repose sur des mélanges de formes, de rythmes, de couleurs vives et de lumières. Le futurisme est né en Italie autour du poète Filippo Tommaso Marinetti qui publie en 1909 un manifeste du futurisme. Les premiers peintres du mouvement, Giacomo BallaUmberto BoccioniGino Severini et Luigi Russolo, sont influencés par le divisionnisme du siècle précédent et le cubisme. Ce courant s’est diffusé en Italie jusque dans les années 1920 avec des peintres tels que Aroldo Bonzagni, Ambrogio Casati, Primo ContiFortunato DeperoGerardo Dottori ou Enrico Prampolini.

La peinture métaphysique

En opposition au futurisme, la peinture métaphysique (pittura metafisica) est un courant artistique italien fondé en 1917 par Carlo Carrà et Giorgio de Chirico qui se sont rencontrés à Ferrare. Ce mouvement cherche à représenter ce qu’il y a au-delà de l’apparence physique de la réalité, au-delà de l’expérience des sens. Ils utilisent des techniques classiques, mais avec des thèmes oniriques, une atmosphère magique et énigmatique. Les deux fondateurs du mouvement sont rejoints au début des années 1920 par d’autres artistes comme Alberto SavinioFilippo De Pisis ou Giorgio Morandi. La peinture métaphysique inspirera le surréalisme. Ainsi, c’est après avoir vu un tableau de Chirico (Le cerveau de l’enfant, 1914) qu’Yves Tanguy a commencé à peindre en 1923. Ernst et Breton ont également reconnu en de Chirico un précurseur. D’ailleurs, lorsque vers 1926 celui-ci va radicalement changer de style pour un classicisme très académique, les surréalistes, déçus, organisent une rétrospective intitulée Ci-gît Giorgio de Chirico.
Un certain nombre de peintres italiens vont d’ailleurs s’inscrire dans ce mouvement surréaliste qui va s’essouffler à la fin des années 1960. Leurs peintures abordent des thèmes fantastiques, des mythes, des allégories, avec généralement une juxtaposition d’images ou d’objets hétéroclites. Parmi les artistes italiens de ce courant figurent, outre Carrà et de Chirico, Enrico Baj ou Leonor Fini.

L’expressionisme

Par ailleurs, la peinture italienne va connaître à partir des années 1910-1920 l’influence de l’expressionnisme allemand qui va durer jusqu’à la fin de la seconde Guerre mondiale. Il ne s’agit pas d’un mouvement homogène puisqu’il regroupe une grande diversité de styles artistiques issus du fauvisme, du cubisme, du futurisme ou du surréalisme. Parmi les artistes italiens expressionnistes, il faut citer Emilio Giuseppe Dossena ainsi que ceux issus de l’école romaine de peinture tels que Gino Bonichi dit « Scipione », Fausto PirandelloRenato Guttuso et Afro Basaldella. Les peintres Ottone Rosai et Mario Sironi ont quant à eux adhéré à l’expressionnisme après la seconde Guerre mondiale.
Amedeo Modigliani peut également être classé dans cette mouvance. Pour le grand public, même s’il a passé la majeure partie de sa vie en France, Modigliani est certainement le peintre italien le plus connu du XXe siècle (en novembre 2010, son tableau La belle romaine (1917) a été vendu 69 millions de $ par Sotheby’s – une Tête de femme sculptée étant partie pour 51 millions de $ en juin de la même année). Amedeo Modigliani étudie les beaux-arts dès 1898, à Livourne où il est né, à Florence, puis Paris où il s’installe en 1906. Il habite alors Montmartre et fréquente le Bateau-Lavoir, où il rencontre notamment Pablo Picasso, Jean Cocteau et Max Jacob. Il peint des portraits, puis des nus féminins, en s’inspirant des techniques du fauvisme et de Cézanne. Ses tableaux présentent des silhouettes allongées aux yeux en amande, souvent sans pupille. En 1907 et 1908, Modigliani expose au Grand Palais ainsi qu’au Salon des indépendants et connaît un certain succès. En 1909, il s’installe à Montparnasse pour se lancer dans la sculpture. Atteint d’une maladie pulmonaire depuis son adolescence (à 14 ans, il subit une attaque de typhoïde et deux ans plus tard une tuberculose), l’artiste ne supporte pas la poussière générée par cette nouvelle activité et revient rapidement à la peinture. Il tire pourtant de cette expérience un goût plus accru pour la simplification des formes, ce qui a des répercussions sur ses dernières œuvres. Il n’a que 35 ans quand il meurt de la tuberculose, conséquence de sa vie tourmentée. Le peintre était en effet aussi connu pour ses tableaux que pour ses excès d’alcool et de drogue, qui l’ont fragilisé et conduit à cette fin prématurée. Le lendemain de sa mort, sa femme et modèle Jeanne Hébuterne se suicidera, laissant leur fille de deux ans, Jeanne, orpheline. Ses addictions et sa fin tragique font de Modigliani l’incarnation vivante du mythe romantique du « peintre maudit ».

Le novecento

La période de l’entre deux guerres est celle d’un retour à une peinture classique et académique qui donne son nom au mouvement novencento. Les peintres du novecento cherche à revenir aux références de l’antiquité classique, à la pureté des formes et à l’harmonie dans la composition. Ils expriment un rejet de la peinture moderne d’avant garde pour faire revivre la tradition de la peinture d’histoire. Les peintres de ce courant proclamaient « Nous voulons un art italien pur, inispiré de sources pures, dégagé de tous les « ismes » d’importation qui le dénaturent ». Ce mouvement auquel participèrent notamment Dino Campana (poète), Carlo CarràFelice CasoratiGiorgio de Chirico, Raffaele De Grada, Fortunato DeperoAntonio DonghiVirgilio GuidiGiorgio MorandiUbaldo OppiGino Severini et Mario Sironi, a finalement disparu en 1943 avec le décès de la critique d’art Margherita Sarfatti (collaboratrice de Mussolini) qui a été l’initiatrice du mouvement.
Le terme « fascisme » vient du mot « fasces » latin qui, dans la Rome antique, était le symbole de la puissance et de l’unité de l’Etat. Ceux qui ont créé ce parti avaient réalisé tout le pouvoir que l’art peut avoir sur les gens. C’était pour eux un outil de propagande. Mussolini voulait créer la « Troisième Rome », après celle de César et des papes et a tenté de faire un retour dans le passé artistique pour y ancrer sa légitimité. C’est ainsi que, des années 1920 à 1939, la propagande fasciste à la mode latine a envahi l’architecture, la sculpture, la peinture, la littérature et le cinéma avec l’idée d’ordonner, de discipliner l’art. C’est ainsi que, par l’intermédiaire de Margherita Sarfatti, il a créé le Novecento italien. Mais, pour la plupart des artistes, il s’agissait plus de retrouver une identité « romaine », qu’une réelle adhésion fasciste.
D’autres artistes, critiques ou franchement hostiles, moqueront ou dénonceront Mussolini à travers plusieurs de leurs œuvres, comme Mino Maccari et sa série Dux, ou Renato Guttuso, peintre sicilien, résistant, antifasciste, très tôt engagé aux côtés des communistes.

L’art informel

La seconde guerre mondiale marque une rupture dans la peinture italienne qui va alors se diversifier, se conceptualiser et s’ouvrir à un art plus expérimental. Ainsi, au moment où s’achevait la guerre, un nouveau style pictural voit le jour, l’art informel qui, en Italie, regroupe différents courants artistiques faisant partie de la Peinture abstraite parmi lesquels le tachisme et surtout le matiérisme qui est une forme de peinture dans laquelle les artistes utilisent divers matériaux non traditionnels ajoutés sur la toile. Parmi les matiéristes italiens, il faut notamment citer Alberto Burri, Ferruccio Bortoluzzi, Enrico Donati, Ettore Colla (sculpteur), Enrico Baj et Emilio Scanavino. On peut également évoquer le cas du peintre Roberto Crippa qui est à l’initiative, avec le peintre né en Argentine Lucio Fontana (notamment connu pour ses toiles lacérées), du spatialisme qui vise à ce que la peinture devienne une construction de nature tridimensionnelle, l’art étant conçu comme n’étant « ni peinture, ni sculpture, mais formes, couleurs et son dans l’espace ». L’art informel a peu à peu disparu au début des années 1960.
Giuseppe Capogrossi est un membre de la Nouvelle école romaine de peinture avec Corrado Cagli et Emanuele Cavalli. Il acquiert une importance considérable dans le paysage italien de l’informel (signe informel) avec Lucio Fontana (informel gestuel) et Alberto Burri (document informel).
Dès 1949, Lucio Fontana a commencé à peindre des surfaces monochromes et à les « maltraiter » en faisant des trous ou des incisions dans la toile. Pour Fontana, « la toile n’est pas ou plus un support mais une illusion. » La surface d’une toile ne doit plus seulement exister pour le regard de l’observateur qui s’abîme en elle, mais, au contraire, s’ouvrir largement aux hasards de son environnement non pictural. Il attribuera le titre de concept spatial à ce type d’œuvres également décliné en sculptures (Concetto spaziale Teatrino). En 1950, il fonde le spatialisme proprement dit, mouvement auquel participe plusieurs autres peintres tels que Mario Deluigi, Roberto Crippa ou Emilio Scanavino. Les peintres spacialistes ne s’attachent plus tant à la couleur et à la peinture de la toile qu’à créer sur celle-ci une construction picturale de nature tridimensionnelle.
Alberto Burri est associé au courant matiériste du mouvement de l’Art informel européen et qualifiait son style de polimatérialiste. Il entretint également des liens avec le spatialisme de Lucio Fontana et aura, avec Antoni Tàpies, une influence sur le renouveau de l’art de l’assemblage d’après-guerre en Amérique (Robert Rauschenberg) comme en Europe.

Le Fronte Nuovo delle Arti

Le Fronte Nuovo delle Arti est un mouvement artistique italien actif à Venise, Rome et Milan de 1946 à 1950. Il est considéré comme appartenant au mouvement post-cubisme. Le Fronte a été fondée en Septembre-Octobre 1946 sous le nom Nuova secessione Artistica Italiana à la suite d’un manifeste publiée le 1er Octobre 1946 à Venise par Giuseppe Marchiori et auquel ont adhéré Emilio VedovaRenato BirolliEnnio MorlottiArmando PizzinatoGiuseppe Santomaso, Alberto Viani (sculpteur), Bruno CassinariRenato Guttuso, Leoncillo Leonardi (sculpteur) et Carlo Levi. Plus tard, sur proposition de Renato Guttuso, le mouvement a pris le nom Fronte Nuovo delle Arti. Il visait notamment à construire un « front uni de toutes les forces d’opposition à Carrachirico (Carrà et Chirico) et au Novecento » et à s’inscrire dans le sillage des récents développements artistiques au niveau européen. Il a participé à de nombreuses expositions en Italie.
Mais un intense débat interne sur l’abstraction et le réalisme a mené le Fronte vers sa dissolution. Armando Pizzinato puis Renato Guttuso, rejetant l’abstraction, ont les premiers annoncé leur décision de quitter le Fronte. Il a finalement été dissout le 3 Septembre 1950 à la Biennale de Venise, les artistes participants du Front étant divisés en deux groupes, les réalistes adhérant à l’orthodoxie esthétique du Parti communiste italien, tandis que les artistes abstraits revendiquaient la primauté de la liberté de choix artistique sur le conditionnement idéologique. De ce deuxième groupe va naître en 1952 le Groupe des Huit.

Le Groupe des Huit

C’est en 1952 que Renato BirolliAfro Basaldella, Antonio Corpora, Mattia MoreniEnnio MorlottiGiuseppe SantomasoGiulio Turcato et Emilio Vedova, réunis autour de la critique Lionello Venturi, formet le Groupe des Huit. Dans son texte introductif, Venturi écrit que « les artistes ne sont pas et ne veulent pas être abstraits, ils ne sont pas et ne veulent pas être réalistes ; ils veulent sortir de cette antinomie et s’inscrire dans la tradition initiée autour de 1910 avec les peintres cubistes, puis les artistes abstraits et expressionnistes ». Et puis : « Si, dans leur arabesque l’image d’un bateau ou de tout autre objet de la réalité peut être inclus, ne pas se priver de l’enrichissement que cet objet peut donner à leur expression s’ils en ressentent le plaisir ». De cette façon, Venturi réaffirme la nécessité de lier la culture artistique de la grande tradition italienne aux mouvements européens (et notamment français) et la primauté de la cohérence formelle de l’œuvre d’art sur tout conditionnement idéologique.

Le Mouvement pour l’art concret

Le Movimento per l’arte concreta ou MAC, est un mouvement artistique fondé à Milan en 1948 par Atanasio Soldati, Gillo Dorfles, Bruno Munari et Gianni Monnet, dans le but de promouvoir l’art non-figuratif et en particulier un type d’abstraction géométrique, sans référence au monde extérieur. Le nom du mouvement retourne à un sens du mot « concret » introduit dans les années 30 par Van Doesburg et Kandinsky. Ce sens est alors opposé, en plus de la figuration, à l’abstraction dite « lyrique ».
Depuis sa fondation, Gianni Bertini, Ferdinando Chevrier, Salvatore Garau, Mario Nigro, Galliano Mazzon et Luigi Veronesi, parmi d’autres, ont rejoint le mouvement. Le MAC a aussi eu des rapports avec les jeunes peintres de l’école romaine, Carla Accardi, Piero Dorazio, Achille Perilli, qui donneront naissance au groupe Forma 1, avec également Antonio Sanfilippo, Giulio Turcato et Ugo Attardi. Le MAC a été dissous en 1958.

Le Groupe ZERO

Ce mouvement a été fondé en Düsseldorf en 1957 par le sculpteur Otto Piene, l’artiste Heinz Mack, rejoints par le plasticien Günther Uecker. ZERO était moins un groupe organisé qu’un rassemblement occasionnel d’artistes autour de conceptions et de manifestations dont Heinz Mack pouvait être considéré comme le théoricien et l’animateur. C’était une sorte de regroupement internationalement ouvert aux artistes cherchant un certain renouveau artistique et se lançant dans l’entreprise aventureuse de donner des formes à l’universalité. Les trois fondateurs faisaient partie d’une génération de l’après-guerre dominée par un sentiment profond de culpabilité. Alors qu’elle n’avait aucune responsabilité, elle en subissait quand même les revers. Pour Mack et Piene, il fallait repartir de zéro! Il fallait entreprendre une tâche d’exorcisme, désencombrer l’expression artistique de la faillite de l’humanité.
Ce projet étant assez partagé durant cette période, le groupe ZERO a pu agréger plusieurs « familles » d’artistes déjà unis sous des dénominations fédératrices, comme le Nouveau Réalisme (Klein, Tinguely) ou le Groupe de Recherche d’Art Visuel (Le Parc, Morellet, Sobrino) en France, le groupe NUL d’Amsterdam, Gutai au Japon, etc., ensemble d’artistes proches d’un courant que l’on a pu aussi définir comme faisant partie de « la nouvelle tendance ». Peu à peu, les réseaux s’organisent jusqu’au printemps 1959, où Tinguely organise l’exposition « Motion in Vision – Vision in Motion » à Anvers. C’est véritablement l’exposition fédératrice du groupe, qui réunit, entre autres : Pol Bury, Yves Klein, Heinz Mack, Piero Manzoni (dont le travail a anticipé et directement influencé l’Arte Povera ; mort à 29 ans, il est plus particulièrement connu pour une série d’œuvres mettant en question la nature de l’objet d’art, préfigurant en cela l’art conceptuelMerde d’Artiste, 1961), Otto Piene, Jesús Rafael Soto et Daniel Spoerri. Le courant ZERO s’affirme.
À partir de ce moment, beaucoup d’expositions collectives auront lieu et rassembleront les milieux artistiques des quatre villes principales : Amsterdam, Düsseldorf, Milan et Paris. Piene dénombre 133 artistes ayant collaboré au « projet ZERO » dans le cadre d’expositions communes. Au milieu des années 1960, ce nom ne désignait plus seulement un groupe de trois artistes allemands, il était devenu un terme général pour un mouvement international de l’après-guerre (de 1962 à 1966 environ), rassemblant des artistes de Belgique, du Brésil, d’Allemagne, de France, d’Italie, du Japon, des Pays-Bas, des États-Unis et du Venezuela.
En Italie, plusieurs groupes vont ainsi graviter autour du Groupe ZERO, notamment le Movimento Arte Nucleare de Milan, mais aussi le Gruppo T, également à Milan, le Gruppo Enne de Padoue, le Gruppo 58 de Naples…

Le Mouvement Art Nucléaire

Fondé à l’initiative de Enrico Baj et Sergio Dangelo, le Movimento Arte Nucleare déclare : « Nous voulons abattre tous les ismes d’une peinture qui tombe inévitablement dans l’académisme, quelle que soit sa genèse. Nous sommes prêts et capables de réinventer la peinture. Les formes se désagrègent, les nouvelles formes de l’homme sont ceux de l’univers atomique. […] La vérité ne vous appartient pas : elle est au sein de l’atome. La peinture nucléaire documente la recherche de cette vérité ». Les fondateurs sont rejoints par Joe Colombo (designer), Leonardo Mariani, Antonino Tullier, Enzo Preda, Ettore Sordini, Angelo Verga et d’autres artistes qui gravitent autour de la scène artistique milanaise. Dans les années suivantes, une contribution importante est apportée par le Gruppo 58 napolitain, formé autour de Guido Biasi, Franco Palumbo, Mario Colucci, Mario Persico, Sergio Fergola et Lucio Del Pezzo.

Les Groupes N et T

Le Gruppo N (Alberto Biasi, Edoardo Landi, Toni Costa, Ennio Chiggio, Manfredo Massironi) est un groupe qui œuvre dans l’Art cinétique (le mouvement est donnée par le déplacement du spectateur ou dû à une intervention extérieure – moteur) et l’Op art. Le Gruppo T a également été fondée en 1959 à Milan. Davide Boriani, Gabriele De Vecchi, Gianni Colombo, Gianfranco Pardi et Grazia Varisco comptent parmi ses membres fondateurs. La lettre T dans le nom du groupe est une abréviation du mot tempo qui illustre la recherche des membres du groupe autour des structures de temps et d’espace et de leur relation. Les groupes N et T se sont retrouvés en 1962 dans une importante exposition initiée à Venise et Milan par Bruno Munari et appelée Programmare l’Arte, Olivetti e le Neoavanguardie Cinetiche. Olivetti, qui sponsorisait l’événement, venait alors de sortir le premier ordinateur commercial entièrement transistorisé, l’Elea 9003. L’introduction du catalogue de l’exposition était écrit par Umberto Eco.

Le Gruppo Uno

Le Gruppo Uno est né à Rome en Octobre 1962. En 1963, la galerie de Florence Dial expose ensemble les six artistes qui composent le groupe : Gastone Biggi, Nicola Carrino, Nato Frascà, Achille Pace, Pasquale Santoro, Giuseppe Uncini. Le groupe faisait porter ses recherches informelles sur la théorie de la perception et la fonction de l’artiste dans la société.

Sans être vraiment rattaché à un groupe, sinon au Mouvement situationniste, dont il est membre actif de 1948 à 1965, et donc proche de Guy Debord et Asger Jorn, le pharmacien Giuseppe Pinot-Gallizio, âgé de 51 ans, débute en 1955 une carrière de peintre. Ses peintures abstraites, exécutées par de larges coups de brosse de peinture à l’huile sur la toile ou sur le papier représentent des formes enfantines, aux couleurs vives. Son amitié et sa collaboration avec Asger Jorn, un des membres du groupe CoBrA, expliquent cette orientation. C’est par ailleurs en compagnie de ce dernier et dans le cadre d’un projet situationniste que Pinot-Gallizio élabore sa pittura industriale (1958-1959) : les toiles sont peintes à l’aide d’une machine, conçue par Pinot-Gallizio sur le principe d’un bricolage d’éléments mécaniques épars (chaînes de vélo, poulies, etc.) qui permet de concilier une fabrication industrielle avec la création d’œuvres uniques et expressionnistes. Les peintures industrielles se déroulent et s’enroulent sur plusieurs mètres. L’une d’elles, la Caverne de l’antimatière, exposée à Paris à la galerie Drouin en 1958, formait un tunnel dans lequel le visiteur pouvait pénétrer et proposait ainsi un environnement, une œuvre d’art total. La recherche d’une alternative à la peinture et aux limites de la toile rapproche l’artiste italien des démarches de certains de ces contemporains tels Lucio Fontana (Ambiente Spaziale, 1948-1950) ou Yves Klein (l’Architecture de l’air, 1958-1959). Vendues au mètre, les peintures de Pinot-Gallizio détournent les pratiques du marché de l’art et celle de sa circulation. L’artiste nie les normes de valeur de l’œuvre, fondées sur le caractère unique du geste de l’artiste – ici remplacé par celui d’une machine. Cet engagement poursuit l’objectif situationniste de dépasser les formes artistiques convenues et de créer un nouveau rapport avec le réel.

Le Pop art

Le Pop art italien est essentiellement représenté par l’École de la Piazza del Popolo, née dans les années soixante à Rome, sous l’impulsion de Mario Schifano, Giosetta Fioroni, Tano Festa et Franco Angeli qui se réunissaient au Café Rosati, situé Piazza del Popolo. Bientôt de nouveaux artistes ont rejoint l ‘« école », comme Francesco Lo Savio, Sergio Lombardo, Renato Mambor ou Cesare Tacchi.
Mario Schifano était la figure de proue du groupe. Son extraordinaire figure a laissé son empreinte sur la peinture italienne pendant presque quarante ans. Ses premières œuvres datent du début des années 1960. Proche du Pop art, il utilise divers graphismes empruntés à la publicité, à la signalisation et y mêle personnages historiques et actualités, non d’un point de vue sociologique mais par volonté d’analyse des processus perceptifs. Sans jamais se laisser enrôler dans une école, il passera de la toile aux matériaux et média les plus divers (émail industriel, plaques de Plexiglas mais aussi Polaroïd, cinéma – il réalise ainsi plusieurs longs-métrages, dont une trilogie à la fin des années 1960. Lié à l’effervescence créatrice des années 1970, l’artiste expérimente entre peinture et photographie puis fait un heureux retour exclusif à la peinture dans les années 1980-90, toujours attaché aux grands formats. Mario Schifano est aujourd’hui devenu un artiste de référence dans le panorama italien, tant pour les artistes actuels que pour le grand public (le succès précoce de Schifano aux États-Unis dans les années 1960 avait suscité un écho retentissant en Italie, où l’intérêt pour l’artiste intégra peu à peu celui pour l’homme et son histoire personnelle, liée à l’actualité de l’histoire contemporaine, à la « jet set », au scandale et à sa fureur créatrice).
Le Pop art italien trouve son origine dans les années 1950, dans les œuvres d’artistes comme Enrico Baj ou Mimmo Rotella, mais surtout chez Titina Maselli, qui, avec plus de 10 ans d’avance, peut être considérée comme un véritable précurseur de cette scène.
Parmi les autres artistes pop, on peut citer Domenico Gnoli, Emilio Tadini, Lucio del Pezzo ou Valerio Adami, le plus français des peintres italien (il vit et travaille à Paris une moitié de l’année, le reste du temps à Monaco, en Italie ou en Inde), connu pour ses célèbres aplats aux couleurs acidulées et ses formes cernées par un contour noir qui font penser à la ligne clair de la bande dessinée ou aux vitraux des églises.

L’Art Contemporain

Par Art contemporain, on peut entendre art actuel. Si l’on utilise ce terme c’est qu’il n’existe, à l’heure actuelle, aucun mouvement ou école vraiment dominant. Du coup, plus généralement, l’expression tend à inclure tout l’art créé depuis les années 1970, date de la fin présumée de l’art moderne (environ des années 1860, période de transition entre romantisme et réalisme, aux années 1970) jusqu’à à nos jours (même si de nos jours il y a des artistes qui créent un art contemporain et d’autres qui pratiquent des styles du passé). On parle aussi parfois de post-modernisme.
Ce sont peut-être les Young British Artists qui illustrent le mieux ce qu’est l’art actuel : un art tout azimut et, souvent, étroitement lié au marché de l’art. L’artiste italien Maurizio Cattelan s’inscrit dans cette même logique d’un art qui doit, avant tout, faire parler de lui.
En fait, ce qui pourrait caractériser le mieux l’art contemporain c’est la multiplicité des techniques et langages, souvent interdépendants, utilisés : vidéo, peinture, photographie, sculpture, art numérique, dessin, musique, happenings, performances, installations… Du coup, l’aspect le plus déterminant de l’art contemporain est justement la difficulté de le définir de façon critique.

L’arte povera

Vers la fin des années 1960, certains artistes italiens revendiquent le retour à des matériaux pauvres en réaction à l’art riche comme le pop art. C’est ainsi que va apparaître à Turin, Milan, Rome, Gênes, Venise, Naples et Bologne le mouvement arte povera. Il s’agit plus d’une « attitude » que d’un réel courant pictural, dont l’objectif est de revenir à des choses simples et quotidiennes. L’arte povera se caractérise par une forme de dénonciation de l’industrie culturelle et plus largement de la société de consommation. Comme l’avaient fait les matiéristes, les peintres de l’arte povera utilisent des matériaux variés et surtout des produits pauvres comme du sable, de la terre, du bois, du goudron, de la toile de jute, des vêtements usés… qui sont incorporés à leurs compositions. Les artistes les plus représentatifs de ce mouvement sont Giuseppe Penone, Alighiero Boëtti, Ferruccio Bortoluzzi (tableaux sculptés en métal), Pier Paolo Calzolari (installations), Mario Merz (installations : dômes), Marisa Merz, Pino Pascali (sculpture/installations) et Michelangelo Pistoletto (installations).

La transavanguardia

Apparu à la fin des années 1970 en Italie, la Transavanguardia, qui perdure encore aujourd’hui, a été créée par un groupe d’artistes décidant de réagir face à ceux qui proclamaient la fin de la peinture et la gloire de l’art conceptuel et minimaliste. La poignée d’artistes s’engageant alors dans cette cause prône un « retour aux formes traditionnelles de la peinture et de l’image imprimée ». Le critique d’art italien Achille Bonito Oliva a rassemblé, au début des années 1980 ces quelques artistes autour du terme Transavanguardia (Trans-avant-garde qui fut également appelé New Image) dans un article de la revue Flash art, qu’il a aussi introduit à la Biennale de Paris à laquelle il a activement participé. Ce nouveau courant artistique se trouve finalement proche de ce qu’on appelle néo-expressionnisme et qui touche l’Allemagne et les États-Unis.
Les artistes de la Trans-avant-garde travaillent autour d’une expression individuelle. Ils ne revendiquent pas de références à une actualité, chacun a ses références artistiques et y puise une partie de son inspiration. Ils revendiquent le droit à la subjectivité de l’artiste et à l’expression de ses propres sensations ainsi qu’une peinture libre, figurative ou imaginaire. Parmi les peintres représentatifs de ce mouvement figurent Sandro ChiaFrancesco ClementeMimmo Paladino, Enzo Cucchi, Nicola de Maria et Marco Del Re.

Voici, pour finir, les artistes contemporains italiens qui apparaissent dans le TOP 500 Artprice 2012/2013 :
(pour info, les 3 premiers sont Jean-Michel Basquiat – loin devant, suivi de Jeff Koons et Christopher Wool)
20e : Rudolf Stingel (né en 1956) qui a vendu pour 8 366 581 €, avec une enchère record à 864 270 € (peinture, installations)
59e : Maurizio Cattelan (1960) 2 823 034 € / 1 695 760 € (sculptures, installations)
263e : Giuseppe Penone (1947) 431 671 € / 282 264 € (sculpteur sur bois, arte povera)
272e : Mimmo Paladino (1948) 415 990 € / 132 000 € (transavanguardia)
371e : Sandro Chia (1946) 269 781 € / 65 000 € (transavanguardia)
393e : Luca Pignatelli (1962) 246 800 € / 25 000 € (arte povera)
432e : Nicola de Maria (1954) 221 675 € / 130 515 € (transavanguardia)
434e : Marcello Lo Giudice (1957) 221 404 € / 27 119 € (informel)
449e : Milo Manara (1945) 211 170 € / 34 000 € (illustrateur)

La galerie

Voici donc tous ces peintres rassemblés en 198 tableaux, de 1901 à 2013… Avec, hélas, trois fois hélas, très très peu de femmes (les italiens seraient-ils machos ?) : 14 seulement ! Les voici donc, par ordre d’apparition : Gabriella Orefficie, Antonietta Raphaël, Paola Consolo, Leonor Fini, Titina Maselli, Giosetta Fioroni, Dadamaino, Grazia Varisco, Adriana Pincherle Martinelli, Carla Accardi, Valentina Canale, Cinzia Castellano, Simona Weller et Beatrice Meoni.
Bon voyage !

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