Le néo-expressionnisme (1/3)

Le terme Néo-expressionnisme caractérise un courant de la peinture moderne qui a émergé dans les années 1970, en Europe et aux États-Unis essentiellement, et a dominé le marché de l’art jusqu’au milieu des années 1980. Selon les pays, cette expression recoupe divers mouvements comme la « New Image » et la « Bad painting » aux États-Unis, les « Junge Wilde » (Jeunes sauvages) ou « Neue Wilde » (Nouveaux fauves) en Allemagne, la « Transavanguardia » en Italie, ou encore la « Figuration Libre » en France, sans qu’il y ait réellement consensus sur ce qui constitue exactement l’art néo-expressionniste, ou qui est exactement un peintre néo-expressionniste. Mais tous ces mouvements, qui se sont construits en réaction envers l’abstraction et les positions intellectuelles de l’Art minimal et de l’Art conceptuel, partagent des caractéristiques communes : le retour au figuratif, une exacerbation de la couleur, ainsi qu’un travail important de la surface et de la texture des tableaux. Le but est de revenir à une forme d’art plus sensuelle et chargée d’émotion.
On peut trouver les prémices de ce retour à une peinture expressive dans l’abstraction lyrique américaine des années 60 et 70 (Willem de Kooning), chez les artistes de la « Bay Area Figurative School » (Richard Diebenkorn ou Wayne Thiebaud) ou chez certains précurseurs reconnus comme Philip Guston ou Alice Neel aux États-Unis ou Georg Baselitz et Karl Horst Hödicke en Allemagne. En remontant plus loin, la filiation est évidente avec les expressionnistes allemands (Emil Nolde, George Grosz, Ernst Ludwig Kirchner) ou d’autres artistes que l’on peut également qualifier d’expressionnistes tels que Soutine, Ensor, Munch ou même van Gogh.

Ce qui peut également caractériser le Néo-expressionnisme, outre son expressivité plastique, c’est sa forte implication sociale et politique, et le retour de thèmes empruntant à l’histoire, au mythe ou au primitivisme – mais également au sexe, souvent abordé frontalement. Surtout, ces artistes ne se sentaient pas obligés de glorifier le monde ou de « falsifier la réalité », comme l’a dit Francesco Clemente, mais cherchaient au contraire à le représenter tel qu’il existe, jusque dans sa laideur, ce qui conduisit à de violents débats sur la valeur et le but de la peinture.
Le Néo-expressionnisme est venu sur le devant de la scène à travers plusieurs grandes expositions du début des années 1980, notamment « A New Spirit in Painting » (1981) à la Royal Academy de Londres (avec Sandro Chia, Francesco Clemente, David Salle, Julian Schnabel, Georg Baselitz, Markus Lüpertz, entre autres), « Zeitgeist » (l’esprit du temps – 1982) à Berlin et la Documenta 7 (1982) de Kassel.
De fait, l’essor de ce mouvement a coïncidé avec la brusque flambée du marché de l’Art, notamment à New-York, au début des années 80 – ce dont certains artistes ont largement profité, comme Basquiat, Connelly, Salle ou Schnabel. Du coup, c’est l’effondrement de ce même marché à la fin des années 1980 (ainsi que la disparition de plusieurs de ses têtes d’affiches : Basquiat en 1988, Haring en 1990) qui a précipité, sinon la fin, du moins le déclin de ce mouvement. Certains de ces artistes restent néanmoins très côtés, comme Basquiat (quatrième artiste, toutes époques confondues, en terme de revenu des ventes aux enchères en 2013), Haring, Kippenberger, Baselitz ou Kiefer…

Les précurseurs

Philip Guston

Philip Guston, né Phillip Goldstein le 27 juin 1913 à Montréal, et mort le 7 juin 1980 à Woodstock, New York, est un peintre américain.
Ses premiers travaux sont d’un style réaliste et traitent de sujets sociaux, le travail ou la ségrégation des Noirs. De 1934 à 1942, il réalise plusieurs peintures murales, notamment des commandes de la Work Progress Administration. Il est alors très influencé par Picasso et les muralistes mexicains. On peut également noter (et c’est très important pour la suite), l’impact des peintures énigmatiques et fascinantes de Georgio de Chirico sur les premières toiles de Guston datant des années 1930, comme dans Gladiators (1940), référence évidente aux Gladiateurs de Chirico, mais aussi dans Mother and child (1930) ou Sanctuary (1944), où les arrière-plan reprennent beaucoup d’éléments emblématiques du peintre italien. C’est dans la célèbre collection d’art moderne de Louise et Walter Arensberg que Guston a découvert De Chirico, au milieu de toiles de Picasso, Matisse ou Rousseau : « J’ai surtout été frappé par De Chirico. En fait, en voyant ces peintures de De Chirico… c’est ce qui m’a décidé à vouloir être peintre. Je me sentais comme si j’étais rentré à la maison. »
Durant ces années, Guston quitte Los Angeles pour rejoindre New York où Jackson Pollock, son ancien camarade, est installé depuis 1930 ; il y rencontre les artistes Willem De Kooning, Mark Rothko, Franz Kline, Barnett Newman et David Smith, avec qui il formera un réseau d’artistes désigné plus tard, par la critique, comme la New York School. C’est à partir de 1938, au contact de ces artistes, que son travail, pour lequel il rencontre un grand succès dans le courant des années 1950, prend un premier virage en s’orientant vers l’abstraction : l’automatisme y a une part importante, les touches sont volontairement visibles et composent un réseau coloré qui s’étend sur la toile.
En 1970, alors qu’il est reconnu comme un grand peintre de l’expressionnisme abstrait, nouveau virage radical : il fait scandale en présentant, à la Marlborough Gallery à New York, de nouvelles peintures figuratives, au style enfantin, proches de la bande dessinée représentant de simples objets, livres, chaussures, immeubles, paysages urbains inquiétants, peuplés de la figure récurrente du Klansman (membre du Ku Klux Klan). Inspiré par le dessin des comics de Robert Crumb et le désir de « raconter des histoires », il renoue avec les thèmes sociaux de ses premières années. Mais beaucoup ne lui pardonneront pas d’avoir rompu avec la tradition soit-disant moderniste. Ainsi un critique d’art du New York Times, le qualifie de « mandarin qui fait semblant d’être un abruti » dans un célèbre article sur l’exposition de la Marlborough Gallery. Il se retrouve même un temps sans galerie. Seul De Kooning (« Tu sais quel est ton sujet : c’est la liberté ! ») et un cercle de proches le soutiendront dans cette évolution.
Là encore, il faut se souvenir qu’en 1948, Guston s’est installé en Italie à l’American Academy of Rome, et qu’il a rendu visite à de Chirico chez lui et dans son atelier. Cette rencontre cruciale anticipe et explique la rupture de Guston avec l’expressionnisme abstrait des années 1960 et son retour controversé à la figuration. Ces peintures de Guston sont pleines de références aux motifs antérieurs de De Chirico : horloges, châssis de toiles (Painter’s head, 1975), empilages hétéroclites, ou mannequins (transformés par Guston en figures à « capuchons » du Ku Klux Klan).
Guston meurt d’un infarctus en 1980, à l’âge de 66 ans.
Depuis sa mort, l’influence de Philip Guston au sein de la jeune peinture new-yorkaise et américaine n’a cessé de grandir. Il est maintenant considéré comme un précurseur du mouvement « New image ». D’ailleurs la grande exposition consacrée à l’expressionnisme abstrait new-yorkais par le Museum of Modern Art de New York, en 2010-2011, s’achevait par une grande peinture figurative de Guston du début des années 1970, comme pour annoncer l’avènement d’une nouvelle ère dont Guston serait à l’origine.

Georg Baselitz

On peut dire que le Néo-expressionnisme est né en Allemagne lorsque Georg Baselitz a inauguré une exposition à Berlin-Ouest en 1963, qui a donné lieu à un scandale public : deux des œuvres montrent des sexes mâles en érection, Die Großer Nacht im Eimer (Grande Nuit sous la Pluie), et Nackter Mann (L’Homme nu). Elles seront saisies par un huissier pour atteintes à l’ordre public. Le procès qui s’ensuit se poursuivra jusqu’en 1965, où les peintures lui sont restituées.
Né en Saxe en 1938, Georg Baselitz (de son vrai nom Hans-Georg Kern) entre au Collège des Beaux-arts et arts appliqués de Berlin-Ouest en 1956. Parmis ses amis, on retrouve notamment Ralf Winkler (connu plus tard sous le nom de A.R. Penck). Après deux semestres, il est expulsé pour « immaturité socio-politique ». En 1957, il est admis aux Beaux-arts de Berlin Ouest. Il s’immerge dans les théories d’Ernst-Wilhelm Nay, Wassily Kandinsky et Kasimir Malevitch. En 1959, il fait de l’auto-stop jusqu’à Amsterdam, où il admire le Bœuf écorché de Chaïm Soutine au Stedelijk Museum.
Depuis 1969, Baselitz peint ses figures la tête en bas. Il les vide ainsi de leur contenu et laisse la peinture devenir son propre sujet. Il est également sculpteur.

Alice Neel

En près de 60 ans de carrière, Alice Neel est peut-être l’artiste qui a le mieux fait le lien entre les expressionnistes allemands du début du XXe siècle et le mouvement Néo-expressionniste apparu (ou du moins identifié comme tel) à la fin des années 1970. Elle est sans doute l’une des plus grande portraitiste du XXe siècle, capturant l’essence de ses sujets à travers son regard sans concession, ses couleurs vives et ses coups de pinceau rapides et expressifs. Après de longues décennies d’échecs et d’obscurité, elle fut enfin considérée comme un peintre visionnaire vers la fin de sa carrière. Mère, épouse, militante, iconoclaste et artiste, Alice Neel était aussi unique que les personnages qu’elle a choisi de peindre.

Alice Neel est née en Pennsylvanie en Janvier 1900, dans une famille de la middle class. Dès son jeune âge, elle voulait être peintre. Ses parents n’étant pas d’accord, elle a commencé à prendre des cours d’art la nuit sans que personne dans sa famille ne le sache, travaillant le jour comme secrétaire. En 1921, sous prétexte d’étudier le design commercial, elle entre au Philadelphia School of Design for Women, première école d’art américaine ouverte aux femmes.
En 1925, elle épouse un artiste cubain dont elle a deux filles. La première meurt de diphtérie, la seconde est « enlevée » par son mari qui la confie à sa famille à Cuba, tandis que lui part s’installer à Paris. Abandonnée, Alice Neel fait une dépression nerveuse et tente de se suicider. Elle revoit sa fille (dont elle fait le portrait nue) à l’été 1932, mais ne la reverra ensuite que très rarement.
Durant ces années 1930, elle vit d’abord avec un marin dans Greenwich Village à New York. Mais, opiomane et jaloux de son travail, il réduit en cendres 60 de ses peintures et 300 aquarelles. John Rothschild, qu’elle rencontre ensuite, encourage enfin son travail et la soutiendra jusqu’à sa mort en 1975. Elle a finalement deux fils de deux pères différents, un artiste de cabaret et un cinéaste marxiste – Alice Neel étant elle aussi gauchiste.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Neel vit dans Spanish Harlem, tentant de survivre comme artiste tout en élevant ses deux fils. Mais elle n’expose pas beaucoup dans les années 1940 et 1950. Compte tenu de ses sympathies pour la classe ouvrière, ses sujets continuent à être essentiellement des gens de son quartier. À la fin des années 1950, l’intérêt pour son travail se ravive. Elle commence à voir un psychologue qui l’encourage à s’affirmer davantage. Elle convainc le poète Frank O’Hara de poser pour elle et son amie Muriel Bettancourt lui donne une allocation annuelle pour soutenir son travail. Le style de Neel change aussi. Ses couleurs et son approche sont plus audacieux, mais un certain nombre de critiques trouvent son style encore trop désinvolte et maladroit (sa Bad painting est trop en avance sur son temps !).

Dans les années 60, des portraits qu’elle réalise de personnes célèbres, comme Andy Warhol, attirent encore un peu plus l’attention sur elle. Un de ses sujets, Red Grooms, du Washington Post, dira : « Elle avait un œil rayons-X, cruel, mordant, et savait toucher juste en quelques lignes ». Alice Neel a aussi montré son côté irrévérencieux en persuadant certains de ses sujets, hommes ou femmes d’enlever leurs vêtements. À l’âge de 80 ans, elle a même fait son propre portrait nu.
Dans les années 1970, l’intérêt pour Neel monte encore d’un cran en raison du mouvement féministe. En 1974, elle fait l’objet d’une rétrospective au Whitney Museum. Suivent plusieurs expositions et de nombreuses récompenses. Elle est même élue à l’American Academy et à l’Institut des Arts et Lettres en 1976. En 1981, Neel est le premier artiste américain vivant à avoir une grande rétrospective à Moscou. Malgré tout, Neel n’a toujours pas vendu beaucoup de tableaux puisque les gens ordinaires qu’elle représente le plus souvent ne pouvaient pas se permettre de les acheter.
Alice Neel meurt d’un cancer en 1984, à New York, au moment où le néo-expressionnisme devient populaire et où les critiques se rendent enfin compte qu’elle a été sous-estimée. Mais cela n’avait sans doute pas vraiment d’importance pour elle, qui a toujours peint pour ses propres raisons, toujours fidèle à la figuration même quand cela était « ringardisé ». Simplement parce que peindre était « une obsession » pour elle.

Maria Lassnig

Maria Lassnig est la grande dame de la peinture figurative autrichienne. Artiste engagée, née en 1919, elle est morte à Vienne en juin 2014 à l’âge de 94 ans.
Comme de nombreux artistes de son époque, elle a beaucoup voyagé, vivant à Paris où elle rencontra André Breton ou encore Benjamin Péret, puis à New York, de 1968 à 1980, pour y travailler et exposer.
Durant ces années, en héritière d’une certaine tradition autrichienne (on pense bien sûr à Egon Schiele), elle a maintenu sa technique et son style : huile sur toile, couleurs vives et traits en mouvement. A 61 ans, elle fut la première femme élue professeure de peinture à l’École d’art appliqué de Vienne.
Son œuvre a été récompensée par de nombreux prix internationaux ; en 2013, elle remporte ainsi le lion d’or à la Biennale de Venise, pour l’ensemble de son œuvre.

Le Néo-expressionnisme en Allemagne

Depuis la seconde guerre mondiale, la scène allemande est muette, tétanisée par son passé. Des artistes la remettent en selle et prennent le contre-pied de l’art contemporain américain, à l’époque essentiellement abstrait et minimaliste, en pratiquant une peinture colorée comme chez les Fauves, figurative et expressive pour représenter la rudesse de la vie jusqu‘à son absurdité, dans la continuité des mouvements expressionnistes de la première moitié du vingtième siècle. Les théories esthétiques sont rejetées au profit de la représentation des démons du passé et du présent pour enfin espérer un jour les dépasser et se tourner vers l’avenir.

Neue Wilde

Ce mouvement, qu’on peut traduire en français par Nouveaux Fauves, est essentiel pour l’Histoire de l’art car il sonne le retour de l’Allemagne sur la scène internationale grâce à un langage artistique revendiqué apportant ses propres spécificités. De plus, il va loin dans le questionnement sur l’« Identité allemande » après le nazisme et plus généralement sur l’humanité, ou plus exactement, sur l’absence d’humanité, notamment grâce à un travail de mémoire collective fait en profondeur, de la Mythologie jusqu’à l’Histoire contemporaine, étape obligatoire pour libérer le peuple allemand et ses artistes de cette tragédie vécue lors de la seconde guerre mondiale.
Les œuvres des nouveaux fauves sont imposantes, particulièrement colorées. Des gestes brusques et instinctifs dessinent des thèmes violents, difficiles, tels l’après-guerre, la métropole, la trivialité, l’isolement. D’autres œuvres sur la mémoire sont plus retenues, et dégagent une grande émotion.
Les artistes du Neue Wilde sont Georg Baselitz, A. R. Penck, Rainer Fetting, Helmut Middendorf, Bernd Zimmer, Luciano Castelli, Salomé, Markus Lüpertz, Jörg Immendorf, Anselm Kiefer, Gerhard Richter, Sigmar Polke. Karl-Horst Hödicke, qui fut le professeur de Helmut Middendorf et Salomé, entre autres, est considéré comme le père des Nouveaux Fauves.

A.R. Penk

Né à Dresde, AR Penk (pseudonyme de Ralf Winkler), faute d’avoir pu entrer à l’Académie des Beaux-Arts, va exercer divers métiers : pompier, agent de sécurité, facteur ou figurant dans un film… Pendant ce temps il crée en autodidacte son propre style graphique. Il collabore également avec de nombreux groupes de musique underground de la RDA, usant de divers pseudonymes. En 1966, Winkler postule à l’Association des artistes de la RDA (VBK) mais, à partir de 1969, il connait de nombreux ennuis avec la Sûreté de l’Etat de la RDA : photos confisqués, adhésion à la VBK rejetée. Il parvient tout de même à être reconnu à l’Ouest et, en 1975, reçoit le Will Grohmann Award de l’Académie des Arts de Berlin-Ouest (ce qui ne fait qu’augmenter les contrôles dont il est l’objet – il ne peut ainsi pas participer à la Documenta 6 de 1977). En 1976 il rencontre le peintre de l’Ouest Jörg Immendorff avec qui il va travailler les années suivantes. En 1979 son atelier est détruit avec toutes ses œuvres lors d’un simulacre de cambriolage. En août 1980, il passe à l’Ouest.
Dans ses peintures, il utilise des figures bâton et des symboles graphiques qui font penser aux peintures rupestres, à la calligraphie ou au graffiti. Il crée ainsi une sorte de langage archaïque dans lequel chaque spectateur est capable de pénétrer – comme des panneaux de signalisation ou des marques publicitaires. Ami ou ennemi, traîtrise ou paix, frontière ou dépassement des frontières sont des motifs de pensée de ses images qu’il compose aussi bien à partir de thèmes historiques et de l’actualité politique que de rituels chamaniques comme la guérison ou l’offense.
Il est mort le 2 mai 2017, à Zurich, tandis que son œuvre était à l’honneur à la Fondation Maeght.

Martin Kippenberger

Martin Kippenberger, mort en 1997 à l’âge de 44 ans, était un peintre, mais également un artiste d’installation, de performance, un sculpteur et un photographe. Kippenberger cherchait à ouvrir de nouveaux points de vue par ses installations et images ironiques, provocantes et en partie absurdes. Son travail peut être rattaché à celui des Nouveaux Fauves.

Markus Lüpertz

Markus Lüpertz est un peintre né en 1941 à Reichenberg (aujourd’hui Liberec en République tchèque). Il est aussi, depuis les années 1980, décorateur de théâtre et sculpteur. Lüpertz est considéré comme un des plus importants représentants du néo-expressionnisme allemand. Surnommé « le prince des peintres » pour ses apparitions publiques spectaculaires, pour son utilisation d’une rhétorique égocentrique et pour son style de vie extravagant, il est proche d’autres peintres allemands contemporains comme Jörg Immendorff ou Georg Baselitz, ainsi que de personnalités comme l’ex-chancelier Gerhard Schröder. Il vit et travaille entre Berlin, Karlsruhe, Düsseldorf et Florence.
En opposition aux nombreuses tendances abstraites dans la peinture en vogue dans l’après-guerre, Markus Lüpertz se concentre sur des motifs simples, essentiels et figuratifs, qu’il peint de manière expressive. Cela commence à Berlin au début des années 1960, avec les « peintures dithyrambiques » présentées, en 1964, à la galerie Großgörschen 35. Cette exposition est suivie, deux ans plus tard, par « L’Art qui reste lui-même : le Manifeste dithyrambique », véritable apologie de la peinture-peinture.

Werner Büttner

Né à l’Est, le jeune Werner passe à l’Ouest avec ses parents juste avant la construction du mur. Depuis le début des années 80, avec les frères Albert et Markus Oehlen et Martin Kippenberger, il s’inscrit dans la vague des « Neue Wilde » ou « Junge Wilde » qui se détournèrent de l’art conceptuel et prônèrent un « retour à la peinture » ; ces fauves là étant basés à Hambourg, par opposition à ceux de Berlin comme Helmut Middendorf, Reiner Fetting ou Salomé. Mais la peinture de Werner Büttner est autant néo-expressionniste que néo-dadaïste, avec des allusions parfois humoristiques et sarcastiques à la vie quotidienne dans les titres et les sujets. Büttner a également publié plusieurs écrits, qui se combinent avec ses peintures pour former un nouveau niveau de signification.

Helmut Middendorf

Né en 1953, Helmut Middendorf – Beaux-Arts de Berlin, élève de Hödicke – apparaît sur la scène artistique à partir de 1977, où il travaille le support vidéo et réalise des films expérimentaux mais surtout devient l’un des pionniers du mouvement néo-expressionniste allemand.
À Berlin, il est membre fondateur de la Galerie Am Moritzplatz avec le groupe des Nouveaux Fauves (Fetting, Salomé, Zimmer – également connus sous le nom de « Moritzboys »), jeunes peintres fascinés par les images que véhicule le Berlin de cette époque et porteurs d’un nouveau regard pictural sur la vie nocturne, l’atmosphère surchauffée des bars, l’alcool, la musique rock et plus précisément sur le phénomène « glam-rock ».
Parallèlement, c’est toute l’Allemagne qui est en effervescence artistique à la fin des années 1970, avec notamment le groupe de Hambourg, avec des artistes comme Martin Kippenberger, ami intime de Middendorf. Tous deux partagent des moments intenses de peinture, de conversations, et de beuveries.
Au sommet de la gloire néo-expressionniste, Middendorf quitte Berlin pour New York où il expose au début des années 1980, mais tient à échapper à toute classification normative et à tout phénomène de mode, et se risque donc dans un tout autre travail pictural, cette fois noir et blanc. Depuis les années 1990, il partage sa vie entre Berlin et Athènes.

Salomé

Salomé, de son vrai nom Wolfgang Ludwig Cihlarz, est né à Karlsruhe. Il se rend à Berlin en 1973 et survit en posant comme modèle pour d’autres artistes. Mais l’envie de devenir artiste lui-même est forte : il s’inscrit à l’Université des Arts de Berlin. En 1977, Fetting, Middendorf Zimmer et Salomé (tous anciens élèves de Karl Horst Hödicke) fondent la Galerie Am Moritzplatz. Salomé participe également à la Documenta 7 en 1982. Durant les années 80, l’artiste fait la navette entre Berlin et New York.
Homosexuel, il traite dans ses œuvres de ses conflits personnels avec les conventions morales. L’art lui permet ce voyeurisme érotique que la société réprouve. Mais les œuvres de Salomé veulent aller plus loin que la simple provocation. Par la peinture, il souhaite se rapprocher des gens, les comprendre – et qu’ils le comprennent.

Rainer Fetting

Rainer Fetting est sans doute le plus connu des « Moritzboys ». Mis à part les figures et les portraits, il a également produit des paysages urbains de Berlin, dans lesquels le mur revient comme un motif central. Une bourse lui a permis de visiter New York en 1978 : Fetting a alors ajouté une utilisation dynamique des lignes et de la perspective à des œuvres jusque-là caractérisées principalement par une approche plate, gestuelle et l’utilisation de couleurs vives.
Fetting est aujourd’hui l’un des artistes allemands contemporains les plus connus à l’échelle internationale. Il est également sculpteur.

Suite et fin : les néo-expressionnistes italiens, français et anglais, c’est , les polonais, hongrois et américains, c’est .

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