Jean Hélion

Jean Hélion, de son vrai nom Jean Bichier, est né en 1904 à Couterne et mort en 1987 à Paris. C’est un peintre complexe, passé, cas peu fréquent, de l’art abstrait (parfois proche de Mondrian), au figuratif, subissant alors un véritable boycott de la part des galeries ou des musées, tant son œuvre apparaît anachronique alors que partout triomphe l’abstraction (Bernard Buffet, par exemple, subira le même traîtement).
Dans sa démarche à contre-courant, et dans son style, Hélion me fait obstinément penser à Philip Guston. Il a d’ailleurs contribué à l’introduction de l’art abstrait aux États-Unis dans les années 30…
Aujourd’hui réhabilité, il est considéré comme le précurseur des « Nouveaux Fauves » allemands (Georg Baselitz, K. H. Hödicke ou Luciano Castelli) et de la « Figuration libre » (Rémi Blanchard ou Robert Combas) apparus dans les années 1980.

De l’abstraction…

Dans les années 1920, il se lance dans la peinture, avec une tendance géométrique, aux côtés de Piet Mondrian, de Fernand Léger et de Theo van Doesburg. Rapidement il s’oriente vers une abstraction qui privilégie le volume, le rythme et le mouvement. Dès 1925, le collectionneur Georges Bine lui permet de s’y consacrer à plein temps – il s’installe dans un atelier de Montmartre. En 1931, il fonde le groupe Abstraction-Création avec Auguste Herbin.
D’abord tenté par le communisme, comme le sont un certain nombre d’artistes de l’époque, il fait un voyage en Union soviétique, d’où il revient désabusé, puis part visiter les États-Unis. Il y découvre la force et la violence du capitalisme, mais parvient à s’installer à New York, où il suscite l’admiration d’Ad Reinhardt et du jeune Robert Motherwell qui le considère comme un des peintres abstraits les plus importants de New York vers le milieu des années trente.

Pourtant, à partir de 1933, Hélion évolue vers une figuration aux formes organiques, qui vont le mener vers le biomorphisme (« Figure bleue« , 1937), puis vers la figuration, à rebours de tous ses confrères, comme il l’a lui-même peint en 1947 dans la toile du même nom où, de gauche à droite, on peut voir un rappel de ses toiles abstraites, puis le peintre, puis ce vers quoi va sa peinture : les femmes, la vie…

… à la figuration

C’est avec son tableau de 1939 « Figure tombée » que s’effectue ce passage déterminant, comme Jean Hélion l’explique lui-même : « Ce tableau s’appelle aujourd’hui Figure tombée, et je puis dire qu’il est célèbre. Mais parallèlement d’autres manœuvres, d’autres révolutions, d’autres troubles agitaient le monde et le démolissaient comme j’avais moi-même détruit mon abstraction. Sous prétexte de mûrir, il s’effondrait lui-même. On entendait des bruits de bottes. Hitler tonitruait : la radio déjà rapportait ses discours incohérents comme des paroles bouillantes. Chacun pressentait la chute proche. Mais dans le silence de mon atelier, je me hâtais lentement. Je cherchais à mener mon œuvre à bout, c’est-à-dire redécouvrir le monde en clair : à le nommer insolemment. »
Parallèlement à « Figure tombée« , Hélion peint « Au cycliste« , sa première toile figurative de grand format. Le lexique de ses grandes compositions à venir est déjà en place. Condensé comme une « phrase visuelle » qui pourrait se développer en un texte, le tableau nous invite à continuer, mais dans un autre espace, l’histoire.

Il décide de revenir en France en 1940 pour être mobilisé, mais est arrêté et envoyé en Silésie, dans un camp puis sur un bateau-prison. Il s’en évade en 1942 et parvient à retourner aux États-Unis, où il publie un livre intitulé « Ils ne m’auront pas » qui se vend très bien. Hélion, dont la situation financière était, jusque-là, difficile, épouse Pegeen Guggenheim, fille de la richissime et extravagante Peggy Guggenheim.
Délaissant définitivement l’abstraction, il se met à peindre d’après nature, et se consacre à une œuvre résolument figurative, inspirée des scènes de la vie quotidienne, s’attaquant aux genres les plus classiques : d’abord des nus (« Nu accoudé » : « Ça c’est la femme temple. Temple de bras, temple de jambes où repose l’autel de la vie », 1948-49) , puis des natures mortes dans lesquelles il intègre des objets de la vie ordinaire – en particulier des citrouilles (« A présent tout le sens charnel, la lourdeur éclatante de ce légume vulgaire et de pauvre m’éblouit »), des chapeaux et des parapluies -, objets chargés de symboles, qui trouvent dans ses œuvres une place permanente.
En 1963, il se remarie (avec Jacqueline Ventadour). En 1965, il expose à la Biennale de Paris.
Vers la fin des années 1960, Hélion commence à perdre la vue. Il se met alors à introduire des aveugles (avec une canne blanche) dans ses tableaux. En 1971, il subit une double opération réussie de la cataracte.

Salué par une nouvelle génération de peintres, celle de la « Figuration narrative » (Gilles Aillaud ou Eduardo Arroyo), il continuera jusqu’à la fin de sa vie d’exprimer dans ses œuvres sa jeunesse d’esprit à travers la vivacité des couleurs et le rythme de ses compositions.

1 personne a aimé cet article
Ce contenu a été publié dans Europe, Peinture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*