Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle, née Catherine-Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (d’une mère américaine et d’un père français), à Neuilly-sur-Seine, le 29 octobre 1930 et morte à La Jolla, comté de San Diego, Californie (États-Unis) le 21 mai 2002, est une plasticienne, peintre, sculptrice et réalisatrice de films française.
Confiée pendant trois ans à ses grand-parents qui vivent à la campagne, dans la Nièvre, elle grandit ensuite à New York, dans une famille de banquiers ruinés par le krach de 1929. Elle se dit être une « Enfant de la Dépression ». Elle fait référence à cette période mondiale historique, mais aussi à la dépression de sa mère causée par l’infidélité de son mari. Elle est élevée par une nounou surnommée Nana.
À 14 ans, en 1944, elle peint le sexe des statues de son école (religieuse) en rouge, en signe de rébellion. Son premier acte artistique.
À 17 ans, elle devient mannequin (pour Vogue, Life et Elle, continuant jusqu’à ses 25 ans) puis se marie à 18 avec Harry Mathews, à qui elle donne deux enfants.
Elle commence à peindre en 1952 comme thérapie pour soigner une dépression (en hôpital psychiatrique, où elle reçoit des électrochocs). « Peindre calmait le chaos qui agitait mon âme et fournissait une structure organique à ma vie sur laquelle j’avais prise. C’était une façon de domestiquer ces dragons qui ont toujours surgi dans mon travail tout au long de ma vie et cela m’aidait à me sentir responsable de mon destin. Sans cela, je préfère ne pas penser à ce qui aurait pu m’arriver ». Elle n’a suivi aucun enseignement artistique académique et aborde donc l’art en parfaite autodidacte, à l’image des artistes de l’art brut, selon le terme inventé par le Jean Dubuffet en 1945. Du coup, toute sa vie, elle va se nourrir d’abondants échange artistiques avec ses aînés et contemporains, comme Jasper Jones, Robert Rauschenberg, Joan Mitchell, Jean-Paul Riopelle et, bien sûr, Jean Tinguely…
Mais une étape est encore nécessaire. En 1959, alors que Niki et son mari dînent avec des amis, la peintre Joan Mitchell lui assène : « Tu es donc l’une de ces femmes d’écrivain qui fait de la peinture ». La phrase fait l’effet d’un coup de poing. Niki n’a plus le choix : pour être prise au sérieux et se consacrer pleinement à sa carrière, elle s’impose une décision douloureuse : partir s’installer seule à Paris. Là, au sein des ateliers d’artistes de l’impasse Ronsin, elle côtoie Jean Tinguely, Daniel Spoerri ou Constantin Brancusi. Puis, en 1961, elle devient membre du groupe des Nouveaux réalistes, avec César, Mimmo Rotella, Christo, Yves Klein… Sa carrière est enfin lancée.

Jean Tinguely, la rencontre déterminante

C’est en 1955 (elle a 25 ans, lui 30), lors d’un voyage à Paris, que Niki rencontre Jean Tinguely pour la première fois. Il lui apporte la certitude que la technique n’est rien, qu’elle s’apprend et que le rêve est tout. Niki qui ne sait pas dessiner est bouleversée par cette idée qui la libère, elle y puise la confiance et la force qui vont lui permettre de consacrer sa vie à la création artistique. Amis puis amants, cette rencontre lui redonne espoir. Car l’artiste trouve dans l’art un moyen de domestiquer sa violence et le profond mal être qu’il y a en elle. « L’art a été mon ami le plus proche. Sans lui, il y a longtemps que je serais morte, la tête éclatée »
Elle se marie en secondes noces avec Jean Tinguely en 1971. Avec lui, elle va réaliser un grand nombre de sculptures-architectures, soit sur commande (la fontaine Stravinsky à Paris), soit pour le simple plaisir (le Cyclop, à Milly-la-Forêt, construit sans permis).

Une œuvre multiforme

Dès les années 1960, Niki devient internationalement célèbre avec ses Tirs, des performances qui font saigner la peinture et lui servent à exorciser ses démons. Mais elle passe rapidement à autre chose. « Pourquoi ai-je renoncé aux Tirs après deux ans seulement ? Je me sentais droguée. Après une séance de tir j’étais complètement sonnée. Je devenais dépendante de ce rituel macabre, même s’il était joyeux. J’en arrivais au point où je perdais le contrôle de moi-même, mon cœur battait la chamade pendant que je tirais. Je tremblais avant et pendant la séance. J’étais dans une sorte de transe extatique. L’idée de perdre le contrôle m’effraie et je déteste la dépendance. Alors j’ai renoncé. Le Tir se situe avant le Mouvement de libération des femmes. C’était très scandaleux – mais on en parlait – de voir une jolie jeune femme tirant avec un fusil et râlant contre les hommes dans ses interviews. Si j’avais été moche, on aurait dit que j’avais un complexe et on m’aurait oubliée. »

Débutent alors les créations pour lesquelles Niki de Saint Phalle est surtout reconnue du grand public : ses Nanas. Faites d’abord de papier mâché et de laine, puis de résine, symboles opulents de la mère primitive, elles virevoltent, incarnent la femme dans tous ses états. Pour Niki de Saint Phalle, la féminité est « héroïque et virile ». Peut-on faire plus conquérantes que les Nanas, ces femmes aux formes arrondies qui ne s’en laissent pas conter ?
En 1966, sa Hon (« Elle » en suédois), installée au Moderna Museet de Stockholm, rencontre un énorme succès ; cette Nana allongée, de 28 mètres de long sur 9 de large, abrite un bar et une vidéothèque et accueille le public par son vagin grand ouvert !
Elle a également créé un très grand nombre de sculptures monumentales dans des parc de sculptures. Certaines ont été réalisées sur sa propre initiative et avec ses deniers personnels comme celle du Jardin des tarots en Toscane. En 1987 François Mitterrand lui a commandé la fontaine de Château-Chinon.

Niki de Saint Phalle laisse derrière elle une œuvre immense dont elle a fait de généreuses donations en particulier au Sprengel Museum d’Hanovre et au Musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac) de Nice.
Elle a également soutenu plusieurs causes : celle des Noirs américains, celle de la libération de la femme du patriarcat, celle des malades atteints du sida, et la postérité de son compagnon en œuvrant pour l’ouverture d’un musée Tinguely à Bâle.

Cette artiste fascinante a su faire de la faiblesse d’être une femme une force… Voyez d’ailleurs ce qu’elle en dit lors d’un reportage de 1965 :

Son secret

Elle s’est construite en opposition à ses parents (notamment à son père qui l’a violée quand elle avait 11 ans, ce qu’elle ne révèle qu’en 1994 dans son autobiographie, « Mon secret »), à son milieu, à son éducation, à son époque, à sa condition de femme… Voilà ce qu’elle en dit elle-même, dans un livre autobiographique, avec des phrases terribles qui expliquent tout le parcours de cette artiste essentielle :
« Votre mauvaise opinion de moi, ma mère, me fut extrêmement douloureuse et utile.
J’appris à ne compter que sur moi. L’opinion des autres ne m’importait pas. Cela me donna une immense liberté. La liberté d’être moi-même.
Je rejetterais votre système de valeurs et inventerais le mien.
Très tôt je décidai de devenir une héroïne. Qui serais-je ? George Sand ? Jeanne d’Arc ? Napoléon en jupons ?
A quinze ans je gagnai un prix de poésie. Peut-être que j’écrirais ?
Quoi que je fasse dans l’avenir, je voulais que ce soit difficile, excitant, grandiose.
Je ne vous ressemblerais pas, ma mère. Vous aviez accepté ce qui vous avait été transmis par vos parents : la religion, les rôles masculin et féminin, vos idées sur la société et la sécurité. Je passerais ma vie à questionner. Je tomberais amoureuse du point d’interrogation.
Pour VOUS j’ai conquis le monde. Vous étiez celle qu’il me fallait. Je suis une combattante. Qu’aurais-je fait d’une mère me noyant d’amour ?
Quand j’avais vingt-cinq ans et vivais avec Harry Mathews, vous me rendiez parfois visite dans mon atelier. De vos mains vous cachiez vos yeux pour ne surtout pas voir mes horribles peintures.
Dieu que c’était stimulant !
Vous détestiez Harry. Un jour vous l’avez vu passer l’aspirateur dans l’appartement, vous avez pensé qu’il me volait mon rôle de femme. Vous ne pouviez pas comprendre.
Ma mère, merci. Quelle vie ennuyeuse j’aurais eue sans vous. Vous me manquez.
»

« Enfant je ne pouvais pas m’identifier à ma mère, à ma grand-mère, à mes tantes ou aux amies de ma mère. Un petit groupe plutôt malheureux. Notre maison était étouffante. Un espace renfermé avec peu de liberté, peu d’intimité. Je ne voulais pas devenir comme elles, les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde alors appartenait aux HOMMES. Une femme pouvait être reine mais dans sa ruche et c’était tout. Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d’autre.
Quand mon père quittait tous les matins la maison à 8 h 30 après le petit déjeuner, il était libre (c’est ce que je pensais). Il avait droit à deux vies, une à l’extérieur et l’autre à la maison.
Je voulais que le monde extérieur aussi devienne mien. Je compris très tôt que les HOMMES AVAIENT LE POUVOIR ET CE POUVOIR JE LE VOULAIS.
OUI, JE LEUR VOLERAIS LE FEU. Je n’accepterais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais une femme. NON. Je franchirais ces limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant.
Ma mère, cette merveilleuse créature dont j’étais un peu amoureuse (quand je n’avais pas envie de la tuer) je la voyais comme prisonnière d’un rôle imposé. Un rôle qui se transmettait de génération en génération selon une longue tradition jamais remise en question.
Le rôle des hommes leur donnait beaucoup plus de liberté et J’ÉTAIS RÉSOLUE A FAIRE MIENNE CETTE LIBERTÉ.
Mon frère John fut encouragé à faire des études. Pas moi. J’étais jalouse et pleine de rancune que le seul pouvoir que l’on me reconnût fût celui de séduire les hommes. Personne ne se souciait que j’étudie ou non, du moment que je passais mes examens. Tout ce que voulait ma mère était que j’épouse un homme riche et socialement acceptable.
Adolescente, j’ai refusé mon père et ma mère comme modèles ; j’ai refusé aussi leur position sociale. La seule pièce de la maison où je trouvais confort et chaleur était la cuisine, auprès de la domestique noire.
Après avoir rejeté mes parents et leur classe, je serais confrontée à l’ÉNORME PROBLÈME DE ME RÉINVENTER ET DE ME RECRÉER. Je ne ressentais aucun sentiment national. Je ne me sentais ni française ni américaine.
»

La galerie

Elle fut finalement internationale, disséminant ses œuvres en France, Allemagne, Suède, Italie, États-Unis…, sachant toujours, ô combien, se réinventer, se recréer, et nous entraîner avec elle dans son tourbillon créatif et créateur. Quel bonheur ! Merci Niki, je vous aime !

Voilà également ses principales installations dans le monde :

Pour finir cet article, je remarquerais juste que son combat contre le pouvoir des hommes est encore loin d’être gagné. Pour le moment, l’enchère la plus élevée pour une œuvre de Niki de Saint Phalle est de 1,1 million de $ (Ana Lena en Grèce, 1967). Si je compare avec, par exemple, les 58 millions de $ déboursés en 2013 pour un Jeff Koons (Balloon Dog Orange, 1994/2000), j’avoue que j’ai beaucoup de mal à m’expliquer un tel écart – d’autant plus si l’on considère qu’on a une artiste et des œuvres qui ont des choses à dire face à des ballons gonflables sans la moindre signification, sinon l’affirmation d’un ego masculin tout aussi surdimensionné, creux et vide que ses ballons…
Mais tout n’est pas perdu, si l’on en croit un article du Monde d’octobre 2014, dont voici un extrait :
« Au début des années 1990, les grands critiques d’art de l’époque ne considérait pas Niki comme importante. Compte tenu de ses origines et de sa beauté, on a tout de suite mis en avant sa personne et on en a fait une “figure” genre Calamity Jane, en négligeant le contenu et la portée de son travail, explique Catherine Francblin. C’est comme si on lui avait collé une étiquette qui a aidé à faire sa réputation au début, mais a fini par parasiter l’appréhension de son travail. Tout le monde la connaissait, mais peu de gens connaissaient son œuvre. »
« Son œuvre ne se conjugue pas qu’avec des fulgurances dans les années 1960. Il y a une continuité avec des chefs-d’œuvre à chaque époque », insiste Georges-Philippe Vallois, qui organisera un solo-show de Niki de Saint Phalle sur la Foire Art Basel Miami Beach. Et d’ajouter : « Niki cumule les qualités que dix artistes auraient chacun de leur côté. On trouve très peu cette singularité dans le monde de l’art. Dans quinze ans on considérera que c’est une icône internationale. Il faut juste que les Américains réalisent qu’elle est Américaine. » Car ce sont les Etats-Unis qui, encore et toujours, font la pluie et le beau temps sur le marché…
Bref, si vous avez un peu d’argent à investir, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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