L’expressionnisme

L’expressionnisme est un courant artistique apparu au début du XXe siècle, en Europe du Nord, particulièrement en Allemagne. Il a touché de multiples domaines artistiques : la peinture, l’architecture, la littérature, le théâtre, le cinéma, la musique, la danse, etc. L’expressionnisme fut condamné par le régime nazi qui le considérait comme un « art dégénéré ».
L’expressionnisme est la projection d’une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle. Les représentations sont souvent fondées sur des visions angoissantes, déformant et stylisant la réalité pour atteindre la plus grande intensité expressive. Celles-ci sont le reflet de la vision pessimiste que les expressionnistes ont de leur époque, hantée par la menace de la Première Guerre mondiale. Les œuvres expressionnistes mettent souvent en scène des symboles, influencées par la psychanalyse naissante et les recherches du symbolisme.

Au début du XXe siècle, ce mouvement, profondément ancré dans l’Europe du Nord (en particulier l’Allemagne), est une réaction à l’impressionnisme français. Alors que l’impressionnisme est encore à décrire la réalité physique, l’expressionnisme allemand lui ne s’attache plus à cette réalité et la soumet aux états d’âme de l’artiste.
L’expressionnisme rompt aussi avec l’impressionnisme à travers une forme très agressive : des couleurs violentes, des lignes acérées. Il s’inscrit alors dans la continuité du fauvisme qui commence à s’épuiser et dont les principaux représentants s’éloignent plus ou moins brutalement. Pour autant l’expressionnisme n’est pas vraiment un mouvement ou une école mais davantage une réaction contre l’académisme et la société. Les artistes expressionnistes resteront souvent isolés.

Les premiers éléments annonciateurs de l’expressionnisme apparaissent à la fin du XIXe siècle, en particulier dans la série d’Edvard Munch intitulée Le Cri (image ci-dessus) ainsi que dans l’évolution des travaux de Van Gogh et de James Ensor. Le critique d’art Wilhelm Worringer, en 1908, est le premier à parler d’expressionnisme.
L’expressionnisme éclot par ailleurs alors que la technique photographique se perfectionne et que le rapport de l’art à la réalité s’en trouve profondément modifié. L’art pictural perd sa fonction de moyen privilégié de reproduction de la réalité objective ce qui renforce sa composante subjective et lui permet progressivement de s’affranchir des normes.

Plusieurs groupes peuvent être rattachés à l’expressionnisme, tels que la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM) et la Sécession de Berlin dont sont issus par rupture, respectivement Der Blaue Reiter et Die Brücke. En 1918, le Novembergruppe en cristallise la portée politique. Après 1933, le mouvement, dans sa dimension formelle, a influencé nombre d’autres artistes, comme les expressionnistes abstraits aux États-Unis, puis les néo-expressionnistes.

Otto Dix

Otto Dix (né à Untermhaus, près de Gera, le 2 décembre 1891 – mort à Singen le 25 juillet 1969) est un peintre et graveur allemand associé aux mouvements de l’expressionnisme et est un des fondateurs de la Nouvelle Objectivité.
Otto Dix est issu d’un milieu ouvrier (son père travaillait dans une mine de fer), mais reçoit une éducation artistique par sa mère, qui s’intéressait à la musique et à la peinture. Après avoir suivi les cours du professeur de dessin Ernst Schunke pendant sa jeunesse, Dix prend des cours à Gera de 1905 à 1909 auprès de Carl Senff, qui doute de l’avenir de son élève en tant que peintre. Une bourse d’étude fournie par le prince de Reuss lui permet d’entrer à l’École des arts appliqués de Dresde, où il étudie entre 1909 et 1914. Johann Nikolaus Türk et Richard Guhr figurent parmi ses professeurs. Dix s’essayera au cubisme, au futurisme et plus tard au dadaïsme.

Quand la guerre éclate, il s’engage comme volontaire dans l’artillerie de campagne allemande. L’année suivante, il reçoit une formation de mitrailleur et participe à de nombreuses campagnes en Champagne, dans la Somme ou en Russie dont il sortira vivant. Il a alors en tête des images d’horreur qu’il essaie d’oublier en peignant, comme en témoigne Les Joueurs de skat en 1920.
Son œuvre la plus aboutie témoignant des expériences traumatisantes vécues lors de la guerre est le portefeuille de cinquante eaux-fortes, Der Krieg, publié en 1924. Il compose également son triptyque La Guerre entre 1928 et 1931. Le but de cette œuvre n’est pas de provoquer angoisse ou panique, mais de « simplement transmettre la connaissance du caractère redoutable de la guerre, pour éveiller les forces destinées à la détourner ».
De 1919 à 1922, Dix étudie également à Düsseldorf, avant d’adhérer au mouvement réaliste et satirique Neue Sachlichkeit (Nouvelle objectivité). Il enseigne ensuite les beaux-arts à Dresde à partir de 1927.

Après la prise du pouvoir par les nazis en 1933, Dix, alors enseignant à l’université, est l’un des premiers professeurs d’art à être renvoyé, persécuté parce qu’il est considéré comme « bolchévique de la culture » par les nationaux-socialistes. La même année, menacé de prison et de camp d’internement, il commence une « émigration intérieure » dans le sud-ouest de l’Allemagne (à Randegg en 1933 puis à Hemmenhofen en 1936), près du lac de Constance, où il se met à peindre des paysages.
En 1937, ses œuvres sont déclarées « dégénérées » par les nazis. Quelque 170 d’entre elles sont retirées des musées et une partie est brûlée ; d’autres sont exposées lors de l’exposition nazie « Art dégénéré » (Entartete Kunst). À titre d’exemple, la toile intitulée La Tranchée, peinte en 1918, a probablement été détruite par les nazis.
En 1938, Dix est arrêté et enfermé pendant deux semaines par la Gestapo. Durant ces temps difficiles, il peint une représentation de Saint Christophe dans le style des grands maîtres à la demande de la brasserie de Köstritz.
Il participe par obligation à la Seconde Guerre mondiale. Il sert sur le front occidental en 1944-1945. Il est fait prisonnier en Alsace par les Français.

À la fin de la guerre et jusqu’à sa mort, Dix s’éloigne des nouveaux courants artistiques allemands. Il ne s’identifie ni au réalisme social en vogue dans la République démocratique allemande, ni à l’art d’après-guerre dans la République fédérale d’Allemagne. Il reçoit pourtant de hautes distinctions et des titres honorifiques de ces deux états.
Otto Dix meurt le 25 juillet 1969 à Singen, près de Constance, des suites d’un infarctus.

Egon Schiele

Egon Schiele est né en 1890 à Tulln, dans une petite ville proche de Vienne en Autriche. Dès l’enfance il exprime un réel talent pour le dessin. Son père, qui exerce le métier de chef de gare l’encourage dans cette voie, mais atteint d’une maladie mentale, il meurt en 1905. Ce décès précoce ternit la jeunesse de Egon Schiele, et lui procure une vision du monde qui dès lors sera souvent sombre et torturée.
Il entre à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne mais y trouve l’enseignement beaucoup trop académique. Il quitte les Beaux Arts en 1909 pour créer avec ses amis le Seukunstgruppe (Le Groupe pour le Nouvel Art).
Ses premiers travaux s’inspirent de l’impressionnisme, mais très vite, il est attiré par la Sécession Viennoise. Son travail est alors très marqué par les travaux de Gustav Klimt. Mais d’autres influences telles que celles de Van Gogh, Hodler ou Georges Minne jouent aussi un rôle essentiel dans l’évolution et la construction de son style. ll peint des portraits, car ils sont pour lui à l’époque une activité lucrative. L’une des œuvres qui marque alors un tournant dans l’évolution de son travail pictural est le portrait de Gerti Schiele, sa sœur, en 1909. Il la représente sur un fond vide. Cette mise en valeur du sujet sur des fonds monochromes sera l’une des caractéristiques de son style.
C’est à partir des années 1910 qu’il commence donc à affirmer ce style personnel caractérisé par le dépouillement de la forme, la sobriété du contenu, l’utilisation d’arrière plans sans ornement sur lequel le personnage ou le sujet se détache. Dans ses autoportraits, il ne cherche pas à représenter sa condition sociale ni son état émotionnel, mais à transcrire l’intériorité angoissée du moi, par les positions excentriques du corps ou des mains qu’il peint. Ces positions non conventionnelles, les traits déformés et grimaçants, créent une distance avec le spectateur et cause gêne et tension.
Dans son œuvre, le nu occupe une place très importante. Il est en effet fasciné par le corps humain, par sa précarité et par les pulsions dont il est l’objet. Le corps de le femme l’inspire et il peint au cours des années des toiles dont les modèles prennent des positions de plus en plus provocantes. Schiele donne aussi aux mains une grande importance. La main, et le geste sont généralement très expressifs et prennent aussi des poses particulières, voire énigmatiques qui influencent profondément le caractère du tableau, ou sa signification. Les mains, tout comme les visages semblent être pour Egon Schiele non pas des moyens de communiquer au sens habituel, mais des moyens d’exprimer son être profond en dehors de toute convention sociale.
Egon Schiele dessine vite. Il a un « coup de crayon », qui constitue une caractéristique à part entière de son art. Pour lui, le dessin a une valeur pour son côté allusif, immédiat, spontané, inachevé.
Le 28 octobre 1918, sa femme, Edith Harms, meurt de la grippe espagnole et lui même succombe de la même maladie trois jours plus tard. C’est pourtant cette année là que son œuvre avait enfin connu le succès à l’exposition de la Sécession Viennoise. La plupart des tableaux qui y étaient exposés s’étaient vendus.
La famille, son dernier tableau, inachevé, le représente avec sa femme et cet enfant qu’ils n’ont pas eu le temps d’avoir…

Chaïm Soutine

Chaïm Soutine, né en 1893 dans une famille juive orthodoxe du village de Smilovitchi, un shtetl de quatre cents habitants, près de Minsk, dans l’actuelle Biélorussie, et mort à Paris en août 1943, est un peintre français. Il a développé précocement une vision et une technique de peinture très particulières en utilisant, non sans raffinement, une palette de couleurs flamboyantes dans un expressionnisme violent et tourmenté qui peut parfois, dans ses portraits, rappeler Egon Schiele. Il est l’un des peintres majeurs rattachés, avec Modigliani et Chagall, à ce qu’on appelle l’École de Paris.
Peu expansif, introverti et secret, Chaïm Soutine n’a tenu aucun journal et n’a laissé que peu de lettres. Les photographies le représentant sont rares. Le peu que nous sachions de lui provient de ceux qui l’ont côtoyé et des femmes qui ont partagé sa vie. « Soutine resta une énigme impossible à déchiffrer jusqu’à la fin. Ses toiles sont les seules clefs véritables qui ouvrent la voie de cet homme déroutant. »

Direction Paris

« Tragique Lituanie, qui donc soupçonne en France ce qu’est un petit village de l’Est européen ? Routes défoncées par la neige ou la pluie, maisons lépreuses et effondrées, aux toits rasant le sol, et s’épaulant comme une escouade d’infirmes. Baraques boiteuses aux fenêtres asymétriques, aux enseignes historiées et couvertes de graffitis informes. Tout y est branlant et primitif, tout rejoint la terre qui efface les marques de la civilisation et du travail humain. »
C’est dans un des ces villages de l’Est profond, sous empire russe, que le jeune Chaïm (« vie », en hébreu), dixième de onze enfants, passe une enfance pauvre, dans les traditions et les principes religieux du Talmud. Timide, il se livre peu. Le jeune garçon préfère dessiner au détriment de ses études, souvent des portraits de personnes croisées ou côtoyées. La tradition rabbinique étant très hostile à la représentation de l’homme, le jeune homme est souvent puni. En 1902, il part travailler comme apprenti chez son beau-frère, tailleur à Minsk. Là-bas, à partir de 1907, il prend des cours de dessin avec un ami qui partage la même passion, Michel Kikoine.
Un jour, il est violemment rossé par le fils d’un homme dont il réalisait le portrait. La mère de Chaïm porte plainte, obtient gain de cause et perçoit une vingtaine de roubles en dédommagement. Cet argent permet au jeune Soutine, en 1909, de partir en compagnie de Kikoine, pour Vilna. Les deux compères sont accueillis chez le docteur Rafelkes et trouvent un emploi de retoucheurs chez un photographe avant d’être admis, en 1910, à l’école des beaux-arts. Là, un trio se forme avec la rencontre de Pinchus Krémègne. Les conversations tournent autour de la capitale de la France où, dit-on, de nombreux artistes, venus de tous horizons, créent un art totalement nouveau. Voyant là l’occasion de s’émanciper, Krémègne part le premier pour Paris bientôt suivi par Kikoïne en 1912. Soutine espère fermement les rejoindre. Devant ce désir irrépressible, le docteur Rafelkes finance son voyage.
En partant, Chaïm rompt avec son entourage et son passé. De ses travaux réalisés jusque-là, il n’emporte ni ne laisse aucune trace.

Débuts difficiles

Krémègne l’accueille à Paris en juillet 1913 et l’emmène à « La Ruche », une cité d’artistes du quartier du Montparnasse. Il y a là de nombreux peintres étrangers — que l’on désignera bientôt comme l’École de Paris ou l’École juive. Dès son installation, il court au musée du Louvre découvrir ce qu’il ne connaît que par les gravures vues à l’école des beaux-arts de Vilna. Faute de pouvoir récupérer l’atelier que Chagall vient de quitter, il partage celui de ses deux compatriotes retrouvés. Quelque temps après, il s’inscrit à l’École nationale supérieure des beaux-arts, à l’atelier de Cormon, où Kikoïne est élève. Pour subsister, il travaille de nuit comme porteur à la gare Montparnasse. C’est à cette époque qu’il ressent les premières douleurs stomacales ; symptômes consécutifs à des années de privations. Par ailleurs, il est obsédé par les souvenirs morbides de souffrances et de pauvreté de son enfance. Il se voit toujours traqué par la misère et tente de se pendre pour en finir. Il est sauvé in extremis par son ami Krémègne. Ces souffrances intérieures, aussi bien physiques que psychiques, lui provoquent une telle tension nerveuse qu’un ulcère gastrique ne tarde pas à se déclarer.

Le samedi 2 août 1914, l’ordre de mobilisation générale est donné. Soutine se porte volontaire et creuse des tranchées, en tant que terrassier. Il est cependant rapidement réformé à cause de son fragile état de santé. Recensé comme Russe, il obtient de la préfecture de police du 15e arrondissement un permis de séjour au titre de réfugié. Solitaire, il se tient à l’écart de toutes tendances artistiques et s’installe à la cité Falguière. C’est là que le sculpteur Jacques Lipchitz lui présente Amedeo Modigliani — également réformé car atteint de tuberculose. Modigliani, son aîné de dix ans, lui voue une réelle affection. Si bien, qu’il devient son ami et son mentor.
Ne mangeant presque jamais à leur faim, tous deux s’adonnent à la boisson, vont voir les prostituées. Soutine se partage entre les ateliers de ses amis de « La Ruche » et de Falguière, se rend souvent à Livry-Gargan où Kikoïne vit avec sa femme. Là-bas, il se perd dans les chemins à la recherche d’un paysage qui l’inspire. Il ne supporte pas d’être observé pendant son travail, retirant la toile du chevalet dès que quelqu’un approche.
Modigliani le présente à son marchand, Léopold Zborowski. À la vue de son travail, ce dernier n’hésite pas à le prendre sous son aile. En 1918, Modigliani doit partir se soigner à Vence, dans le Midi de la France, et demande à Soutine de le rejoindre. Soutine rentre à Paris en octobre 1919 mais a du mal à se faire à la vie parisienne où les étrangers sont dévisagés avec agressivité. Un ancien voisin d’atelier de la cité Falguière, Pierre Brune, lui écrit de Céret, dans les Pyrénées-Orientales et l’invite à venir s’y installer. Soutine accepte avec enthousiasme. Zborowski lui paie le voyage.

La reconnaissance

Fin janvier 1920, Soutine apprend la mort de Modigliani. Ébranlé par la disparition de son ami, il cesse de boire et observe les recommandations des médecins pour s’alimenter. Il est cependant trop tard pour son ulcère. Ombrageux, colérique et sauvage, il vit à l’écart de la communauté artistique. Pendant près de deux ans, il peint énormément. En été 1920, Zborowski vient chercher près de deux cents toiles. Ensuite, Soutine fait de fréquents déplacements entre Céret et Cagnes-sur-Mer jusqu’en 1922.
À cette époque, l’arrivée d’un riche collectionneur américain, le docteur Albert Barnes, met le Paris artistique en émoi. Celui-ci désire réunir une collection d’œuvres contemporaines pour sa fondation à Philadelphie. Zborowski réussit à lui vendre une soixantaine de toiles peintes à Céret, assurant ainsi la renommée de Soutine. Paul Guillaume, l’un des grands marchands d’art parisiens écrit : « Un jour que j’étais allé voir chez un peintre un tableau de Modigliani, je remarquais, dans un coin de l’atelier, une œuvre qui, sur-le-champ, m’enthousiasma. C’était un Soutine et cela représentait un pâtissier. Un pâtissier inouï, fascinant, réel, truculent, affligé d’une oreille immense et superbe, inattendue et juste, un chef-d’œuvre. Je l’achetai. Le docteur Barnes le vit chez moi […] Le plaisir spontané qu’il éprouva devant cette toile devait décider de la brusque fortune de Soutine, faire de ce dernier, du jour au lendemain, un peintre connu, recherché des amateurs, celui dont on ne sourit plus… »
Soutine part pour Cagnes-sur-Mer où il peint une série de paysages aux couleurs lumineuses. Hanté par des questions de formes et de couleurs, souvent insatisfait de son travail, Soutine renie et brûle un grand nombre de toiles peintes à Céret au cours d’accès de désespoir. La région ne lui plaît pas et il en avise son marchand pour revenir à Paris en 1924.
Désormais, il vit confortablement, soigne sa mise, perfectionne son français en lisant beaucoup et se passionne pour la musique de Bach. Il habite près du parc Montsouris et loue un atelier spacieux. Il revoit Deborah Melnick, une cantatrice connue à Vilna, et entame une brève liaison. Le couple est déjà séparé quand Deborah met au monde une fille en juin 1925. Soutine refuse de reconnaître l’enfant.
Il ne cesse de peindre. Les animaux écorchés ou éventrés qu’il prend comme modèle sont des visions de son enfance qui hanteront une bonne part de sa peinture, comme la série des carcasses de bœufs et celle des volailles. Les voisins, horrifiés par les cadavres d’animaux qu’il conserve dans son atelier, se plaignent des odeurs qui émanent de son atelier. Quant à Zborowski, le marchand a désormais pignon sur rue grâce à la notoriété des œuvres de Soutine et Modigliani. Souvent, il récupère les toiles lacérées que le peintre a jugées mauvaises pour les faire restaurer — ce qui met Soutine hors de lui lorsqu’il s’en aperçoit.
En juin 1927, le peintre ne se montre pas au vernissage de la première exposition de ses œuvres. Hostile à ce genre de manifestation, il en limite le nombre de son vivant. Il séjourne souvent dans la maison louée par Zborowski dans la ville de Le Blanc, dans l’Indre, et dans la propriété de Marcellin et Madeleine Castaing à Lèves, près de Chartres. Il s’est lié d’amitié avec le couple, grand amateur d’art, lors d’une cure à Châtelguyon, en 1928. Les Castaing ont de nombreuses relations comme Blaise Cendrars, Erik Satie, Henry Miller.

Dernières années

Les tableaux de Soutine sont maintenant présents dans de prestigieuses collections. Mais en 1929 survient la crise économique aux États-Unis. Les acheteurs américains se font rares. Puis la crise gagne l’Europe. En 1932, Zborowski, ruiné, meurt à 43 ans d’une crise cardiaque. Soutine réserve alors sa production aux Castaing. En 1935, vingt de ses tableaux sont exposés à Chicago. En 1937, Paris organise une exposition au Petit Palais, il s’installe à la villa Seurat, dans le quartier d’Alésia. Cette année-là, il rencontre Gerda Groth, réfugiée juive allemande qui a fui le régime nazi. Quand la guerre éclate, ils partent ensemble dans l’Yonne à Civry-sur-Serein, en été 1939.
Le 15 mai 1940, Gerda est arrêtée et envoyée, en tant que ressortissante allemande, au camp de Gurs dans les Pyrénées-Atlantiques. Libérée sur intervention elle se cache à Carcassonne jusqu’à la fin de la guerre. Elle ne reverra jamais plus Soutine.
Sous le régime de Vichy, les Juifs ont l’obligation de se faire recenser. Soutine, traqué, mène une vie clandestine, retournant souvent à Paris pour se faire soigner. Bien que conscient du danger auquel il s’expose, il ne semble pas avoir fait les démarches nécessaires pour fuir la France. Suite à une dénonciation, il se réfugie à Champigny-sur-Veude, près de Tours, avec sa nouvelle liaison, Marie-Berthe Aurenche, ancienne épouse de Max Ernst. Malgré ses crampes d’estomac de plus en plus fréquentes, il peint un certain nombre de paysages. Bientôt, son ulcère s’aggrave. Le 31 juillet 1943 au matin, il est fiévreux et doit être hospitalisé. Avant d’être transporté, il se rend à son atelier et brûle ses toiles. À l’hôpital de Chinon, son état est jugé critique : une hémorragie interne est diagnostiquée. Il faut l’opérer. On le dirige vers une clinique parisienne du 16e arrondissement. Les contrôles de la France occupée doivent être évités et le voyage se révèle plus long que prévu. Opéré dès son arrivée, le 7 août, il meurt deux jours plus tard.
Son enterrement a lieu le 11 août à Paris, au cimetière du Montparnasse, dans une concession appartenant à la famille Aurenche. Rien n’est gravé sur la tombe avant la fin de la guerre. Picasso est l’un des rares à suivre son enterrement, avec Cocteau et Max Jacob. Dix-sept ans plus tard, en 1960, Marie-Berthe Aurenche se suicide et est enterrée à son côté…

Postérité

Durant toute sa carrière, Soutine aura beaucoup peint (souvent sur de très vieilles toiles qu’il grattait avant de s’en servir), mais aussi beaucoup détruit. Éternel insatisfait, il avait même la manie de racheter ses anciennes toiles pour les retravailler ou les détruire… Il faut dire que tout, dans son oeuvre, est mouvement, déséquilibre, instabilité, précarité. Aucun point fixe auquel s’accrocher. Aucune certitude en laquelle se reposer… Pourtant, les tableaux de Soutine, par la riche sensualité de leur matière picturale et la violence fauve de leurs couleurs incandescentes, explose de vie, dans une vraie féerie convulsive.
Classifié comme artiste expressionniste, on peut en effet considérer qu’il est l’un des rares, voire le seul pouvoir représenter ce mouvement en France, comparativement ce qui se déroule en Allemagne ou en Autriche la même période. Comme les artistes allemands ou autrichiens de cette époque, il est un véritable visionnaire. Il transcende la réalité et la transforme en une figuration imaginaire, la croise de plusieurs mouvements artistiques naissants. Tout en s’inspirant des artistes les plus classiques et les plus illustres, comme Rembrandt, Courbet, Corot, ou Cézanne, il est le précurseur de quelques grands artistes de la deuxième partie du XXe siècle comme De Kooning, Bacon ou Baselitz…
Pièce de bœuf, une œuvre de 1923, a été vendue 28 millions de $ en 2015. C’est l’actuel record de cet artiste unique et fascinant, qui a laissé une œuvre hors norme, à la fois géniale et déconcertante, mais toujours terriblement moderne.

Auguste Chabaud

Auguste Chabaud, né le 3 octobre 1882 à Nîmes et mort le 23 mai 1955 à Graveson, est un peintre et sculpteur français.
Entré aux Beaux-Arts d’Avignon à 14 ans, il a pour maître Pierre Grivolas. Puis, en 1899, il part à Paris poursuivre ses études à l’Académie Julian et à l’École des beaux-arts et rencontre Matisse et Derain. En 1901, Auguste Chabaud doit quitter Paris pour gagner sa vie, il s’embarque comme pilotin sur un navire et découvre la Côte Occidentale Africaine. La même année son père décède et son frère et lui héritent de la propriété viticole et des terres de leurs parents que seul son frère va gérer.
De 1903 à 1906, il fait son service militaire en Tunisie d’où il va revenir avec des carnets de croquis remplis d’images locales – on retiendra les nombreux dessins de militaires, d’indigènes et de scènes de bar peuplés de filles et de marins. De retour à Paris, Chabaud débute en 1907 au Salon des indépendants exposant parmi les fauves. Il va découvrir une nouvelle vie ; celle de la nuit parisienne et des cabarets. Les collectionneurs commencent à s’intéresser à son travail. À Montmartre, où il a son atelier, il peint les rues et les places animées ou désertes, les scènes de la vie nocturne et les maisons closes. En 1911, il entame sa période cubiste, travaille de grands formats et sculpte.
S’ensuivent de nombreuses expositions dont celle de New York en 1913 où il expose aux côtés de Matisse, Derain, Vlaminck et Picasso, puis Chicago, Boston. Ses toiles de la période fauve décrivent parfaitement la vie nocturne parisienne : cabarets, cafés théâtre, prostituées, aux teintes de couleurs vives (jaune, rouge) contrastant avec les couleurs de la nuit (bleu marine, noir).
À son retour de la guerre, en 1919, Auguste Chabaud s’installe définitivement à Graveson, dans les Alpilles. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie, vivant reclus dans sa maison avec sa femme et ses sept enfants. Surnommé l’« ermite de Graveson », il meurt en 1955.
C’est à partir de 1920 qu’il entame sa période bleue — il emploie le bleu de Prusse à l’état pur — dans laquelle la Provence, ses personnages et ses coutumes sont mis en avant. Le Sud qu’il n’a jamais cessé de peindre, même dans sa période parisienne, va l’occuper désormais exclusivement. Comme l’avait fait Cézanne avec la Sainte Victoire, Auguste Chabaud immortalisera « la Montagnette », peignant des scènes de campagne, des paysans arpentant les collines et sentiers des Alpilles.
On peut voir certaines de ses œuvres au musée Cantini de Marseille, au Musée national d’art moderne, au Musée d’art moderne de Paris, au musée du Petit Palais à Genève. En 1992, le conseil régional PACA ouvre un musée en son honneur à Graveson.

Amédéo Modigliani

Voir une biographie et la galerie ici.

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