Cézanne, Gauguin, van Gogh, les initiateurs de l’art moderne

Voici trois peintres ayant œuvré dans la seconde moitié du XIX siècle et dont l’influence sur l’art moderne (dont on situe généralement les débuts aux alentours de 1910) est incontestable et incontestée.
Tous trois font partie des artistes les plus « chers » du marché de l’art.
Sur ce plan, le premier à avoir marqué les esprits est Vincent van Gogh. En effet, en mars 1987, même les personnes n’ayant aucune affinité pour l’art ont appris l’existence de sa série Les Tournesols, peints juste un siècle plus tôt, lorsque le magnat japonais de l’assurance, Yasuo Goto, a acheté l’un des tableaux de cette série pour 40 millions de $ lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à Londres, prix qui constituait à l’époque un record pour une œuvre d’art. Record largement battu à peine quelques mois plus tard, le 11 novembre 1987, à New York, par la maison de vente aux enchères Sotheby’s avec un autre tableau de van Gogh, Les Iris, et vendu 53,9 millions de $. C’est l’homme d’affaire australien Alan Bond qui emporte les enchères. Les Iris deviennent donc à leur tour le tableau le plus cher de l’histoire de l’art… durant deux ans et demi. Car Alan Bond a fait une folle enchère qu’il n’a pu honorer. Finalement, Sotheby’s négocie avec le musée Getty de Los Angeles pour que l’institution achète, en 1990, le tableau de van Gogh.
Depuis, ces records ont été battus par plusieurs peintres, Picasso, Warhol, Klimt, entre autres. Mais les deux derniers à avoir portés ces records à des sommets encore jamais atteints, sont justement Paul Cézanne et Paul Gauguin.
En effet, début 2012, on apprenait que le Qatar avait acheté pour 250 millions de $ Les Joueurs de cartes de Cézanne – l’une des cinq toiles sur ce thème exécutées par le peintre et la dernière à appartenir à un propriétaire privé, les quatre autres étant détenues par le Musée d’Orsay, la Fondation Courtauld de Londres, le Metropolitan Museum de New York et la Fondation Barnes. Le tableau de Cézanne peint en 1895, a été cédé en 2011 par les héritiers de l’armateur grec George Embiricos à la famille royale du Qatar et devrait prendre place dans le nouveau Musée National du Qatar à Doha (dessiné par Jean Nouvel) – ouverture prévue courant 2016.
Ce record a été pulvérisé en 2015 : la toile Quand te maries-tu ?, peinte en 1892 par Gauguin lors de son premier séjour à Tahiti, et jusque-là exposée au Kunstmuseum de Bâle, a fait l’objet d’une vente de gré à gré pour 300 millions de $. Et de nouveau, Doha semble en être l’acquéreur : en effet, depuis quelques années, la famille royale et les musées qataris dirigés par Cheikha Al Mayassa, la sœur de l’Emir, multiplient les achats d’œuvres d’art moderne et contemporain. Avec pour cela un budget d’acquisition annuel de l’ordre du milliard de dollars, contribuant à cette folle flambée des prix (qui devrait se calmer avec la baisse durable du prix du pétrole) !

Paul Cézanne

Paul Cézanne est né le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence et mort le 22 octobre 1906 dans la même ville.
Le milieu d’origine de Cézanne est celui de la bonne bourgeoisie provinciale. Son père, propriétaire à Aix-en-Provence d’une prospère fabrique de chapeaux, vit cependant quelque peu en marge de la société aixoise : il n’était pas marié avec la mère de son fils, une de ses anciennes ouvrières, lorsque ce dernier naît, en 1839, et ne légalise sa situation que cinq ans plus tard, avant de s’établir comme banquier.
Cézanne fait toutes ses études à Aix, acquérant une solide culture classique et se liant d’une profonde amitié avec quelques-uns de ses camarades de collège, au premier rang desquels Émile Zola, alors son confident le plus intime. Son père le destine au droit, et il s’inscrit à la faculté d’Aix en 1858. Sa vocation artistique est pourtant déjà suffisamment affirmée (il suit les cours de l’école gratuite de dessin depuis 1857) pour qu’il songe à aller étudier la peinture à Paris : lors d’un premier séjour parisien au printemps et à l’été de 1861, lors duquel il fréquente l’Académie Suisse, il rencontre Pissarro et Guillaumin, mais échoue au concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts. Il revient à Aix travailler dans la banque paternelle, mais repart un an plus tard pour Paris où il se réinscrit à l’Académie Suisse. Cézanne, définitivement, a décidé d’être peintre.
Les années suivantes, où il alterne les séjours parisiens, les retours à Aix et les voyages en Provence, le voient suivre le chemin d’un étudiant indépendant, mais aussi respectueux de l’apprentissage traditionnel. Il travaille sur le modèle à l’Académie Suisse, fréquente le Louvre où il remplit de nombreux carnets de croquis d’après les maîtres et copie plusieurs tableaux. Il continue à fréquenter Zola, qui le soutient dans ses efforts, intellectuellement, moralement et même financièrement, et fait aussi la connaissance de Bazille, Renoir, Monet, Sisley. Par l’intermédiaire de Zola devenu l’ami de Manet, il rencontre celui-ci en 1866.
Les toutes premières œuvres de Cézanne n’ont pas grand chose à voir avec celles de ses amis impressionnistes car il est d’abord séduit par le romantisme de Delacroix. Il peint aussi de nombreux paysages et portraits dans un style réaliste inspiré de Courbet.
Cézanne étant un peintre autodidacte (il ne fait pas l’École des Beaux-Arts et l’Académie Suisse ne dispense pas de cours), sa peinture est alors moins homogène que celle de ses collègues impressionnistes, voire parfois maladroite. Cézanne, à partir de 1863, propose régulièrement des peintures au jury du Salon Officiel de Paris : elles y seront toujours refusées, malgré ses efforts et les appuis dont il pouvait disposer.
Grâce à la pension paternelle, le jeune peintre n’a pas les mêmes problèmes d’argent que certains de ses amis (Monet, Renoir, Guillaumin). En 1869, Cézanne rencontre Hortense Fiquet, un modèle qui va devenir sa compagne, mais craignant que son père, un être particulièrement borné et sévère, ne désapprouve cette liaison et remette en cause sa pension, Cézanne la lui cache, de même que plus tard la naissance d’un fils, Paul, en 1872, dont l’existence ne sera découverte par son père, fortuitement, qu’en 1878. Cette situation bancale dure jusqu’au mariage, en présence des parents, en 1886.
Le couple passe la guerre de 1870-1871 en Provence, puis revient s’établir à Paris.

Avec Pissarro

Chargé de famille, Cézanne, sur les instances de Pissarro, s’installe en 1872 à Pontoise, puis à Auvers-sur-Oise (dans un logement fourni par le docteur Gachet), où tous deux travaillent en commun. Cézanne, qui n’a alors jusque là travaillé qu’en atelier, va suivre l’exemple de Pissarro et se consacrer surtout au paysage sur le motif. Leur collaboration sera très intense et bénéfique, Cézanne s’imprégnant de la manière impressionniste et confortant Pissarro dans sa volonté d’une composition spatiale plus construite. Dans toutes les années qui suivent, Cézanne entretient un dialogue permanent avec Pissarro et Guillaumin, avec lesquels il partage le souci d’une représentation exacte de la nature.
Pissarro obtient la participation de Cézanne à la première exposition impressionniste, en 1874 : ses œuvres y sont très mal reçues, et Cézanne refuse d’envoyer des toiles à la deuxième exposition, en 1876. Il s’y résout pour la troisième exposition, en 1877, où ses tableaux sont à nouveau mal accueillis par le public, qui les juge plutôt lourds et d’une facture grossière. Dégoûté et meurtri, il cesse toute participation aux expositions impressionnistes et prend ses distances avec ses amis.

Il trouve son style

C’est à la fin des années 1870 que Cézanne trouve, plus tard que ses collègues, une forme achevée de peinture, son style personnel. Le pont de Maincy (1879) compte parmi les premiers chefs-d’oeuvre de ce style personnel. Le traitement des couleurs des arbres, un vert profond appliqué légèrement, sans séparation nette entre ses petites particules de couleurs voisines, participe à la vision d’ensemble, quand l’organisation picturale du tableau reste bien marquée.
Cézanne peint ses paysages en Île-de-France, et dans sa Provence où il sillonne les collines autour de la Montagne Sainte-Victoire. A côté des portraits, des natures mortes, Cézanne s’intéresse au nu dans la nature, qu’il appelle baigneuses.
Relativement à l’écart du mouvement artistique, Cézanne travaille maintenant de plus en plus souvent et longuement en Provence, à Aix. Il garde des contacts avec Pissarro, Renoir qui lui rend visite en 1882, puis en 1883 avec Monet.
Le milieu des années 1880 marque un changement dans sa vie personnelle : il rompt avec Zola en 1886, lors de la parution de « L’Œuvre« , où il se reconnait dans le personnage du peintre avorté Claude Lantier. La même année, la mort de son père le met en possession d’une fortune suffisante pour lui assurer définitivement son indépendance.
Du coup, ses peintures ne sont que très rarement montrées au public : en 1889 à l’Exposition universelle, en 1887 et 1890, avec le groupe des XX, à Bruxelles.

Enfin reconnu

Dès lors, sa réputation ne va plus cesser de grandir et de s’affirmer (Maurice Denis peint en 1900 « L’Hommage à Cézanne »), avec de nouvelles expositions, chez Vollard en 1898, au Salon des indépendants puis au Salon d’automne (1899, 1904, 1905, 1906). De nombreux peintres viennent alors voir le Maître à Aix.
Cézanne plaçait très haut les fins de l’art, voulant produire des tableaux « qui soient un enseignement ». Aussi ceux-ci sont-ils de plus en plus réfléchis au fur et à mesure qu’il vieillit, mûris dans l’introspection d’un artiste qui, cependant, se donnait comme premier maître la nature : « On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature; mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression », écrivait-il en 1904. Cette tension entre la réalité objective et sa transposition esthétique est au cœur de sa démarche.
Il meurt en octobre 1906, des suites d’une pneumonie contractée lors d’un orage à la montagne Sainte-Victoire.
Décrié à ses débuts, et encore assez tard dans sa vie, Cézanne est aujourd’hui reconnu comme une figure capitale de l’histoire de l’art. Ainsi, pour Matisse, il était un « Dieu bienveillant de la peinture » et pour Picasso, « son seul et unique maître ». Pour tous deux, il est le « père de tous les artistes » et son influence sera dès lors énorme sur l’avant-garde parisienne et, notamment, sur ce qui allait devenir le cubisme, qu’il initia et inspira.

Paul Gauguin

Paul Gauguin nait à Paris en 1848 dans une famille française de la moyenne bourgeoisie. D’ascendance hispano-péruvienne noble par sa mère, sa famille est étiquetée « rouge », son père travaillant au « National », l’organe du Parti Radical. La famille gagne le Pérou en 1849 pour échapper à la répression du « Parti de l’ordre » qui a remporté la majorité absolue lors des élections législatives de mai 1849. Mais son père décède lors du voyage, et Paul revient à Paris six ans plus tard avec sa mère et sa sœur. De cette petite enfance en exil en Amérique Latine, il gardera toujours le goût du voyage et de l’exotisme.
À 17 ans, il s’engage dans la marine marchande. De ce quai du Havre ou s’était embarqué Edouard Manet en 1848, comme matelot, Paul Gauguin voit à son tour s’éloigner les côtes de France. La destination est la même : Rio de Janeiro. En retrouvant le continent de son enfance, le jeune matelot est heureux. Par le détroit de Magellan, à Port-Famine, Paul se rend sur la tombe de son père, puis se dirige vers Panama, les îles polynésiennes, les Indes. Là, en 1867, il apprend que sa mère s’est éteinte.
Après la guerre franco-prusienne de 1870-71, Paul Gauguin reprend la vie à zéro. Il trouve une situation chez l’agent de change Bertin, confrère de Gustave Arosa, un ami de sa famille devenu son tuteur à la mort de sa mère en 1867. Il garde cet emploi, qui lui offre une vie aisée, jusqu’au krach de 1882. C’est également auprès de Gustave Arosa qu’il s’initie à la peinture. Celui-ci possède une importante collection d’art, incluant des œuvres de Delacroix. Sous son influence, Paul Gauguin va devenir lui-même peintre amateur, puis collectionneur, achetant des œuvres impressionnistes.
Il rencontre une jeune danoise, Mette-Sophie Gad, qu’il épouse en 1873. Elle lui donnera 5 enfants.
En 1874, chez les Arrosa, il rencontre Pissarro, qui l’initie au paysage impressionniste et lui communiquer le sens de la composition picturale. Durant les années 1874-1886, Paul Gauguin reste dans le sillage du mouvement impressionniste – Étude de nu ou Suzanne cousant, fut très remarquée lors de l’Exposition de 1881. En tant que collectionneur, il se montra audacieux achetant très tôt des œuvres de Pissarro, Manet, Monet, Renoir, Sisley, Guillaumin, Cassatt, Degas et Cézanne. Il gagne particulièrement l’amitié de Pissarro et de Degas, ce dernier restant, en dépit d’une brouille passagère, l’un de ses plus ardents défenseurs, lui achetant à plusieurs reprises des toiles.
En tant que peintre, sa peinture reste très proche de celle de son mentor, Pissarro, jusque vers 1883. Il doit à l’impressionnisme son sens de la lumière de plein air, la luminosité de ses couleurs, et son indépendance à l’égard des conventions.

Des débuts très difficiles

Après le krach de 1882, Paul Gauguin quitte son emploi et décide de vivre exclusivement de son art. Mais sa situation financière se détériore rapidement. Gauguin part alors vivre avec sa famille à Rouen, et huit mois plus tard, sans le sou, est contraint de partir vivre dans la famille de sa femme, avec ses cinq enfants, au Danemark. Là, Paul Gauguin, incompris de sa belle-famille, se décourage rapidement et décide finalement de revenir vivre à Paris avec Clovis, un de ses fils. Ils y vivent dans un grand dénuement, souvent gagnés par la maladie, mais toujours aidés par Schuffenecker, ancien collègue de bureau et ami fidèle. Quoique gagnant peu d’argent en vendant ses tableaux, Gauguin voit ses œuvres souvent favorablement accueillies par la critique.

Pont-Aven et la Martinique

En juillet 1886 Paul Gauguin effectue un premier séjour en Bretagne. Il s’installe pour 3 mois à la pension Le Gloanec, à Pont-Aven, un village de pêcheurs où vit une colonie d’artistes. Il y rencontre le très jeune peintre (et écrivain) Emile Bernard, tenant du cloisonnisme, une technique picturale cernant chaque plan de couleur d’une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail.
De retour à Paris, il rencontre pour la 1ère fois Van Gogh en novembre 1886. En avril 1887, il s’embarque avec le peintre Charles Laval pour Panama, où il travaille un mois sur le Canal de Panama, d’où il gagnera la Martinique. Il y vit de juin à octobre à l’Anse Turin, au Carbet, dans des conditions précaires dans une case sur une plantation. Là, enthousiasmé par la beauté de la nature, il peindra une dizaine de toiles qui ont laissé un souvenir profond aux Antillais (Musée Gauguin – Le Carbet). Malades de dysenterie et du paludisme, et sans ressources pour vivre, Gauguin et Laval rentrent en France en novembre 1887.
De retour à Paris, Paul Gauguin repartira début 1888 à Pont-Aven, où il restera jusqu’en octobre, date de son départ en Arles pour retrouver Van Gogh.
A Pont-Aven, Paul Gauguin renonça à l’impressionnisme pour élaborer, influencé par le peintre Emile Bernard et par le courant symboliste, une nouvelle théorie picturale, le Synthétisme. Sa recherche va dans le sens d’une simplification des formes, il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l’usage du cerne et de l’aplat de couleur. Le tableau La vision après le sermon (1888) qu’il peint à Pont-Aven dans ce style, constitue également le premier essai de Gauguin pour introduire dans un tableau un motif imaginaire, enfreignant le principe de stricte réalité en vigueur depuis Courbet.

Arles

Paul Gauguin arrive à Arles le 23 octobre 1888, attendu avec ferveur par Vincent Van Gogh. Cette visite améliore d’abord l’état de santé de Van Gogh, avant que les deux hommes ne s’opposent sur leur façon de travailler et leurs idées, jusqu’à la journée du 23 décembre qui voit Vincent menacer Paul avec un rasoir, avant de se mutiler partiellement l’oreille droite. Gauguin quitte Arles après ce dramatique incident.
Pourtant, l’intensité psychique et spirituelle des toiles de Gauguin de 1889, le Christ Jaune, la Belle Angèle, évoque l’influence de Van Gogh sur Gauguin.
L’Exposition au Café Volpini à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris de 1889 marque la naissance d’une école nouvelle groupée autour de Gauguin, l’Ecole de Pont-Aven. Nabis et Synthétistes, inspirés également par Mallarmé et les symbolistes littéraires, partagent pendant quelques temps des convictions communes sur la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel et de laisser davantage de place à l’idée ou à la symbolique. Maurice Denis, Paul Sérusier, Édouard Vuillard, Pierre Bonnard, Odilon Redon font partie de ce mouvement.
En mars 1891 un banquet présidé par Mallarmé est donné en l’honneur de Gauguin alors que le peintre pense déjà à renouveler l’expérience des contrées exotiques en fixant son choix, après avoir songé à Java, au Tonkin ou à Madagascar, sur Tahiti (une vente publique de ses œuvres et l’achat par Degas de son tableau La belle Angèle permet à Gauguin de partir).

Tahiti

Dans cet « ailleurs », Paul Gauguin fait d’abord oeuvre d’ethnologue, manifestant une grande curiosité pour la culture et le culte maori, dont il va utiliser les sujets dans ses tableaux. Il y est aussi fasciné par le charme indolent des beautés locales et peint une Océanie paradisiaque (que l’arrivée des Occidentaux avait déjà pourtant grandement commencée à détruire). Gauguin s’y affranchit avec une liberté et un naturel inégalés de la peinture occidentale par son style primitif et la prodigieuse invasion des couleurs.
Rentré en France en août 1893, Gauguin est déçu par l’accueil fait par les critiques parisiens à ses toiles d’Océanie (en novembre 1893 une exposition de ses œuvres a lieu chez chez Durand-Ruel avec 41 tableaux de Tahiti, 3 de Bretagne et des sculptures sur bois).
Gauguin retourne une dernière fois d’avril à novembre 1894 à Pont-Aven. Cette colonie artistique, qui compte certains étés plus de cent peintres, est devenue alors un phénomène unique en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle.
En juillet 1895, Paul Gauguin repart à nouveau du port de Marseille pour Papeete. Là, la solitude et la détresse matérielle ne l’empêchèrent pas de réaliser certaines de ses plus belles œuvres où il retranscrit avec concision et intensité sa vision sensuelle et mystique de la vie, comme dans son vaste tableau testament, D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? (1897). Il vivra à Tahiti jusqu’au mois de septembre 1901, date à laquelle il part pour s’installer aux Iles Marquises. C’est dans sa case baptisée la maison du jouir qu’il meurt le 8 mai 1903 à Hiva Oa, une des îles Marquises.

Vincent van Gogh

Né en 1853, fils d’un pasteur néerlandais, neveu de son homonyme Vincent Van Gogh qui co-dirigeait la firme de négoce d’art international Goupil & Cie à La Haye, Vincent van Gogh, comme son frère Théo, commença par suivre la tradition familiale en entrant en apprentissage chez Goupil & Cie, en juillet 1869. Il devait y rester plus de 5 ans, à La Haye, puis dans les filiales, à Bruxelles, Londres (juin 1873 à mai 1875), Paris (jusqu’à fin 1875), où il commença à développer un dégoût pour le commerce de l’art. Il se mit alors à mener une vie de reclus et à lire intensément la Bible.
Il quitte son emploi et retourne chez ses parents à Etten en 1876, avant de retourner en Angleterre comme professeur dans un internat, puis prédicateur.
L’année suivante, il commence des études de théologie à Amsterdam, qu’il abandonne un an après, avant de partir pour le Borinage, en Belgique, comme prédicateur et évangéliste auprès des mineurs de charbon de cette région désolée. Son tempérament fougueux et ses opinions politiques et sociales avancées le font se heurter aux autorités de l’Eglise et Vincent abandonne sa vocation.

C’est seulement en août 1880 à l’âge de 27 ans, que Vincent décida de devenir peintre. Vincent Van Gogh est un peintre largement autodidacte. Il commence par copier des dessins, particulièrement des scènes de la vie paysanne de Jean-François Millet, auquel il voue une estime quasi religieuse. Ayant envisagé de rentrer à l’Ecole des Beaux-Arts de Bruxelles, il y passe l’hiver 1881, mais travaille de façon indépendante et quelquefois avec le peintre hollandais Anton Van Rappard jusqu’en avril.
Vincent n’ayant pas de moyens d’existence, c’est son frère Théo, qui travaille à la filiale parisienne de Goupil, qui le prend en charge comme il devait le faire régulièrement tout au long de la vie de Vincent.
Ses amis se détournèrent de Vincent lorsqu’il voulut se mettre en ménage puis épouser une mère célibataire, Sien Hoornik, qu’il avait engagée comme modèle. Il ne put dès lors compter que sur l’aide matérielle et morale de son frère Théo, et, après un bref séjour à Drenthe en septembre 1883, la solitude le pousse à retourner en décembre 1883 chez ses parents, désormais installés à Nuenen (dans le Brabant, près d’Eindhoven), deux ans après les avoir quittés.

Paris

A Nuenen, ses rapports avec sa famille s’améliorent. Vincent commence à y peindre ses premières œuvres autour du thème de la vie populaire, réalisant de nombreuses études de tisserands et de paysans, dans des tons sombres et lourds, comme la terre qu’ils labourent (Les mangeurs de pommes de terre, avril 1885).
Après le décès de son père en mars 1885, Vincent, cherchant à vivre de sa peinture, quitte Nuenen et la Hollande (il n’y reviendra jamais) en novembre 1885 pour Anvers. Mais le marché de l’art y étant en récession et l’originalité de sa technique heurtant les vues des professeurs de l’académie locale, il partira en mars 1886 retrouver son frère Théo à Paris.
Van Gogh allait s’adapter très vite à Paris, se liant d’amitié avec de nombreux impressionnistes, lesquels pratiquaient pourtant une peinture d’avant-garde bien différente de la sienne, allant même jusqu’à adopter, au moins provisoirement, certaines de leurs façons. Il y étudia dans l’atelier du peintre Fernand Cormon, dessinant sans relâche à partir de modèles et de plâtres. Mais faute d’y trouver ce qu’il cherchait, Vincent quitta l’atelier au bout de 3 mois pour travailler à nouveau seul. Il s’y fit toutefois de véritables amis : Emile Bernard, et Henri de Tououse-Lautrec qui lui fit découvrir la vie nocturne de Montmartre.
Van Gogh délaissa rapidement les « harmonies de gris » qu’il avait si longtemps étudiées pour une palette plus colorée, et se mit à peindre des scènes de rue et des vues de la ville.
Lorsque Van Gogh arrive à Paris en 1886, les Impressionnistes tiennent leur dernière exposition et commencent enfin à être acceptés. Déjà Georges Seurat et Paul Signac cherchent, avec le Divisionnisme, à créer un néo-impressionnisme plus scientifique. Van Gogh, s’intéressant particulièrement à leurs recherches basées sur la division du spectre de la lumière, reprit sa technique, étudiant l’impression optique laissée par de petites touches de couleurs primaires (le rouge, le bleu et le jaune) et complémentaires (le violet, l’orange et le vert).
Van Gogh fut aussi sensible au courant du Synthétisme de Gauguin, tendant vers une certaine abstraction et stylisation où les formes des objets sont obtenues à l’aide de zones colorées délimitées avec précision. Paris découvrait avec enthousiasme les estampes japonaises, et Van Gogh qui les collectionnait tenta également de saisir dans plusieurs toiles les principes qui leur étaient sous-jacents : stylisé du tracé, zones de couleur pure, beauté de la nature (Portrait du père Tanguy, 1887).
Ne pouvant se payer des modèles, Vincent peint ceux qui veulent bien poser pour lui, ou réalise des autoportraits (pas moins de 25 entre mars 1886 et février 1888).
La plupart des œuvres de cette époque ne portent pas l’empreinte typique de Van Gogh, comme s’il devait poursuivre ses recherches sans essayer d’exprimer ses propres visions et qu’il « n’arriverait à rien avant d’avoir travaillé sur au moins deux cents toiles« . Venu à Paris dans l’espoir d’être mieux connu des milieux artistiques, et de vendre ses toiles, Van Gogh dut, comme beaucoup de ses amis impressionnistes, exposer dans la vitrine de salles de café ou de magasins. Officiellement, Van Gogh ne vendit de son vivant, en tout et pour tout, que deux tableaux, et ce par l’intermédiaire de Théo.
Finalement, Van Gogh, fatigué, dépressif, souhaita quitter l’agitation de Paris, ses hivers rigoureux, pour le sud de la France où il emportait avec lui l’espoir de fonder une communauté d’artistes, un nouvel « Atelier du Midi« 

Arles

Lors de son séjour à Arles, de son arrivée le 20 février 1888, à son départ pour l’asile de Saint-Rémy le 8 mai 1889, Van Gogh allait exécuter quelque 200 toiles, plus d’une centaine de dessins, et écrire plus de 200 lettres.
Arles est à l’époque une ville importante de 23000 habitants, mais Vincent, qui s’y installe dans la « Maison Jaune« , ne s’y intégrera jamais véritablement : « les gens ici sont paresseux et insouciants », « Je ne vois nulle part ici la gaieté du sud dont parle tant Daudet, mais plutôt une désinvolture insipide et une négligence sordide« . Mais il n’avait rien à redire quant aux paysages qui prennent pour l’artiste des visions poétiques : « quelles compensations quand vient un jour sans vent, quelle intensité de couleurs, quelle pureté de l’air, quelle vibrante sérénité« .
Van Gogh travaille avec frénésie, peignant son nouvel univers avec une vivacité de couleurs et une gaieté sans précédent dans sa carrière, sans perdre de temps à la recherche de nouveaux motifs.
L’arrivée de Gauguin à Arles le 23 octobre 1888 devait encore accélérer la vie de Van Gogh, tout en contribuant à améliorer sa santé. Il était heureux, avant que les deux hommes ne s’opposent sur leur façon de travailler, et ce qu’il devait appeler, « la catastrophe« , dans la journée du 23 décembre, qui vit Van Gogh menacer Gauguin avec un rasoir, avant de se mutiler partiellement l’oreille droite. Conduit à l’hôpital de la ville, il se rétablit vite et regagna la maison jaune dès le 7 janvier 1889, se remettant à peindre (Autoportrait à l’oreille bandée).
Il devait retourner à l’hôpital début février, se plaignant d’entendre des voix. Des voisins envoyèrent une pétition pour que le peintre fut interné. Il entra le 8 mai 1889 à l’asile de Saint-Rémy.

Saint-Rémy

Une semaine après son entrée, Vincent fut autorisé à peindre, on lui trouva même une chambre faisant office d’atelier.
Il allait conserver durant tout son séjour à l’asile jusqu’en mai 1890, mises à part quelques périodes de dépression et ses « attaques », un esprit très imaginatif et créatif, peignant d’abord dans les jardins de l’asile une série de toiles impressionnistes comme Les iris. Puis il retrouve un style plus novateur, avec un graphisme plus fort, des couleurs plus vives, des lignes accentuées et des perspectives audacieuses, pour peindre les paysages de Provence dans des séries, sur les cyprès.
Vincent envoie régulièrement des toiles à Théo. Iris et Nuit étoilée seront exposées au 5ème Salon des Indépendants en septembre 1889, puis 10 de ses toiles au Salon de 1890, ainsi que 5 à l’Exposition annuelle des vingt à Bruxelles. La réaction très positive d’artistes comme Monet et Pissaro, ainsi que du critique Albert Aurier encouragèrent beaucoup Vincent et Théo. Vincent qui oscillait entre des périodes très productives et des moments de désespoir, en était venu à penser qu’il était parvenu à créer une oeuvre de valeur… avant de douter encore : « mon travail pendant ces dix ans se résume à de pitoyables études, des échecs« .
Après plusieurs « attaques », Van Gogh sentit qu’il lui fallait quitter l’asile. Le 16 mai, il partit pour Paris, où il ne resta que quelques jours chez son frère, avant de partir le 2O mai, ne supportant plus le bruit et l’agitation de la ville, pour Auvers où il se confia au Dr Gachet, l’ami des peintres.

Auvers-sur-Oise

Il commença très vite une série sur les maisons aux toits de chaume, les rues du village et son église. Décrivant son tableau L’Église, Van Gogh écrit : « c’est une fois de plus presque la même chose que les études que j’ai faites de la vieille tour et du cimetière de Nuenen, mais les couleurs sont probablement ici plus expressives et plus fortes« . Cette phrase montre que l’artiste perçoit son oeuvre dans sa totalité. Van Gogh aura toute sa courte vie de peintre traité les mêmes thèmes, cherchant toujours à progresser en faisant évoluer son style, ses couleurs.
Vincent fit le portrait du Dr Gachet, puis de sa fille, suivit de très près les moissons et peignit de nombreuses études sur ce thème, ne s’attachant qu’aux seuls paysages, sans présence humaine, dont les célèbres Champ de blé sous un ciel orageux et Champ de blé avec corbeaux.
Les circonstances exactes de son suicide le dimanche 27 juillet 1890 au soir restent mystérieuses. Il se tira une balle de revolver, réussit à se relever, mais ne décéda que le 29 juillet.
Pendant son bref séjour à Auvers, moins de deux mois, il avait peint 70 toiles témoignant de la force d’âme et de la détermination avec lesquelles l’artiste avait poursuivi son but pendant dix ans. En voici, en quelques toiles, le fascinant résultat :

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