La peinture helvétique du XXe siècle à nos jours

Continuons nos voyages picturaux à travers les pays du monde. Cette fois, nous n’allons pas loin. Juste de l’autre côté des Alpes, chez nos voisins helvètes. Située au carrefour de trois des pays ayant le plus influencé la peinture du XXe siècle (la France, l’Allemagne et l’Italie), la Suisse était aux premières loges des tendances du moment – français, italien et allemand sont d’ailleurs les trois langues officielles du pays. C’est en outre un pays avec une solide culture graphique dont l’apport dans le domaine de l’affiche et de la typographie est très important, notamment à travers ce que l’on a appelé le style typographique international (ou style international). D’ailleurs, de nombreux peintres suisses furent également de grands affichistes (ou le contraire), comme Emil Cardinaux, Otto Morach, Augusto Giacometti, Niklaus Stoecklin, Fred Stauffer, Max Bill, Arnold Brügger, Alois Carigiet, Richard Paul Lohse, Max Huber, Carlo Vivarelli, Karl Gerstner, etc.
Dans la description de la création helvétique, la sobriété, la précision et la qualité de l’exécution sont des stéréotypes de longue date, utilisés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Suisse. Dans le domaine de la peinture, pour les commentateurs et critiques d’art étrangers, c’est donc le courant de l’abstraction géométrique, qui s’est développé à Zurich dès les années 1930 (l’école zurichoise des concrets), qui représente le mieux le travail de qualité propre à la Suisse ainsi que l’idéal national puritain, associé à la mentalité protestante. Et il est certain que l’on ne retrouve pas forcément chez les peintres suisses autant de folie ou de liberté que dans d’autres pays. À leur décharge, ils n’ont pas eu à connaître de révolutions, de guerres, n’ont pas eu à lutter pour leur liberté d’expression, etc.
Mais il ne faut pas toujours se fier aux premières impressions. Vous allez voir que ce voyage en Suisse réserve son lot de très bonnes surprises. En route, donc, pour la Confédération Helvétique.

Au tournant du siècle

Ferdinand Hodler est considéré comme le peintre suisse qui a le plus marqué la fin du XIXe et le début du XXe siècle. En 1872, il s’installe après avoir achevé son apprentissage en tant que peintre-décorateur dans la ville de Genève et y vivra jusqu’à sa mort. Ses premières toiles sont directement issues du réalisme suisse d’artistes comme Albert Anker, Rudolf Koller, Alexandre Calame, mais un voyage en Espagne en 1878 lui ouvre de nouveaux horizons esthétiques. Dès lors il soumet sciemment ses sujets à son désir d’abstraction et de composition et substitue à ses teintes terreuses un chromatisme léger, impressionniste, à dominante gris clair. Toutefois, ce n’est qu’en se tournant vers le symbolisme que son travail se trouve enfin reconnu.
Cuno Amiet est l’autre peintre essentiel du tournant du siècle. En 1888, il se rend à Paris avec Giovanni Giacometti (futur père d’Alberto Giacometti, célèbre sculpteur mais également peintre) qu’il a rencontré à Munich, étudier à l’Académie Julian, puis à Pont-Aven en 1892. En 1893, Cuno Amiet retourne en Suisse. C’est en 1897 qu’il fait la connaissance de Ferdinand Hodler, avec qui il fut l’un des plus illustres représentants du courant symboliste en Suisse. Avec lui il participe notamment à la Sécession de Vienne en 1904. Il est ensuite proche du groupe Die Brücke.
Max Buri fait également le parcours Munich / Académie Julian avant d’être en 1909 l’initiateur de la « Première exposition internationale d’art en Suisse », qui a lieu au Kursaal d’Interlaken. Longtemps influencé par l’école de Munich, c’est seulement à partir de 1900 qu’il a développé, inspiré par Ferdinand Hodler, son propre de style.
Après Ferdinand Hodler, René Auberjonois est sans doute la figure tutélaire et emblématique de l’art suisse de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première du XXe siècle, bien que, paradoxalement, son œuvre n’ai pas bien été reçue en Suisse romande. Il est plus apprécié du côté alémanique ou dans le reste de l’Europe : il participa notamment en 1948 à la Biennale de Venise puis à la Documenta de Kassel en 1955.

À cette époque, beaucoup d’artistes sont des émigrants ou des « sans-patrie ». Citons Giovanni Segantini, italien du Tyrol du sud, qui s’installe à Saint-Moritz et en peint les paysages ; Albert Trachsel, qui contribue à la peinture abstraite ; Félix Vallotton, Lausannois d’origine, naturalisé français en 1900, avec qui le mouvement des Nabis préfigure l’Art nouveau.

Art Moderne

Augusto Giacometti, cousin de Giovanni Giacometti, et Louis Moilliet sont, en Suisse, des précurseurs de l’art abstrait. Moilliet est un peintre du cubisme, un mouvement artistique qui s’est développé de 1907 à 1914. Il rencontre Paul Klee et August Macke et fera connaître Robert Delaunay et le cubisme à d’autres artistes suisses.

Le cas Paul Klee

Paul Klee est un artiste majeur du XXe siècle. C’est un peintre et un pédagogue reconnu : dès septembre 1920 il est appelé à enseigner au Bauhaus de Weimar fondé par Walter Gropius en 1919 ; puis, en 1931, à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf. Son histoire est néanmoins particulière : Paul Klee est en effet né à Berne, en Suisse ; il y a suivi sa scolarité et il y a été enterré. Mais son père, un Allemand, n’a jamais demandé sa naturalisation. Ainsi, lorsqu’il est congédié en 1933 par les nazis, considéré comme un artiste dégénéré, c’est en tant qu’étranger qu’il retourne dans sa ville natale. Dès le printemps 1934, Klee présente une demande de naturalisation, rejetée en vertu de l’Accord de Berlin du 4 mai 1933 stipulant que les ressortissants allemands ne pouvaient obtenir la citoyenneté que s’ils séjournaient en Suisse depuis cinq ans sans interruption. En avril 1939, Klee fit une deuxième tentative. Sa demande fut minutieusement examinée par la police car, comme dans l’Allemagne nazie, la confrontation entre l’art traditionnel et l’art moderne s’était durcie : un policier adressa même au chef de la police cantonale bernoise un dossier contenant une mise en garde sur la mauvaise influence que l’art de Klee, assimilable à une maladie mentale, pouvait exercer sur la culture locale. Ce n’est finalement que le 5 juillet 1940 que le Conseil municipal se prononça favorablement. Mais Paul Klee était mort la semaine précédente. C’est donc, finalement, dans la galerie consacrée à la peinture allemande que vous le retrouverez.

Notamment dans cette première moitié du XXe siècle, les artistes suisses se sont souvent constitués en groupes, dont voici les principaux :

« Der Moderne Bund »

Le « Moderne Bund » est aujourd’hui considéré comme la première association d’artistes suisses d’avant-garde. Sa fondation en 1911 a marqué le début du modernisme en Suisse. La Suisse était alors rarement avant si près du pouls de l’époque.
La formation du Moderne Bund est pratiquement simultanée de celle du Blaue Reiter par Kandinsky à Munich. D’ailleurs les deux associations avaient pour but de faire connaître et de accessible à un plus large public l’art d’avant-garde.
Les trois membres fondateurs du Moderne Bund sont Hans Arp, Walter Helbig et Oscar Lüthy.
La première exposition a lieu à Lucerne entre le 3 et le 17 Décembre 1911, au Grand Hôtel du Lac. Comme la plupart des groupes d’avant-garde, le Moderne Bund a d’abord eu du mal à trouver un espace d’exposition approprié. L’exposition comprend tout de même 65 œuvres de 16 artistes. L’accent est donné à un groupe de peintres français invités, Henri Matisse, Paul Gauguin, Auguste Herbin et Pablo Picasso, qui fournissent un tiers des œuvres exposées. Pendant ce temps Wilhelm Gimmi et Hermann Huber ont rejoint le groupe.
Sept mois plus tard, le 7 Juillet 1912, la deuxième exposition s’ouvre au Kunsthaus de Zurich. La sensation de l’exposition, ce sont six peintures à l’huile et deux aquarelles de Kandinsky.
Conçue comme une exposition itinérante, la troisième et quatrième mouture se déroulent en 1913 en Allemagne.
Cette même année, les trois membres fondateurs, Arp, Helbig et Lüthy, voyagent ensemble à Paris. Par la suite, le groupe se brise sans résolution formelle consommée et les anciens membres vont alors se réaliser chacun dans leur style individuel.

Le groupe du « Falot »

Suite de sa première exposition chez le galeriste Max Moos, Maurice Barraud fonde le groupe du « Falot » à Genève en 1915 avec son frère François, Hans Berger, Emile Bressler et Gustave Buchet.

Dada et « Das neue Leben »

Le mouvement Dada, qui s’est propagé dans le monde entier, est né à Zurich en février 1916 avec, comme notable peintre helvétique Sophie Tauber-Arp, la femme de l’allemand puis fra,çais Hans Arp. Le mouvement a inspiré l’art moderne, plus particulièrement le surréalisme, dont l’artiste suisse Meret Oppenheim fut un membre éminent (tout comme Alberto Giacometti en sculpture). Mais on peut citer d’autres peintres suisses surréalistes : Otto Tschumi et Karl Ballmer. Jean Viollier eut également sa période surréaliste.
Dans la mouvance dadaiste, « Das neue Leben » (La Nouvelle vie) est fondé par Marcel Janco et Fritz Baumann à Bâle en 1918. L’objectif est d’intégrer l’art abstrait dans la vie quotidienne. Ce groupe comprenait également comprenait Arnold Brügger, Augusto Giacometti, Oscar Wilhelm Lüthy, Otto Morach, Alexander Zschokke. Jean Arp et Sophie Tauber-Arp adhérèrent aussi à ce mouvement.

« Der Grosse Bär »

« Der Grosse Bär » créé à Ascona en 1924. Nommé d’après la Grande Ourse, la constellation la plus connue dans le ciel nocturne, le groupe comptait sept artistes comme autant d’étoiles : trois peintres suisses, Ernst Frick, Walter Helbig (né en Allemagne) et Albert Kohler – mais aussi un américain Gordon Mallet McCouch, deux allemands Otto Niemeyer-Holstein et Richard Seewald, et un hollandais Otto van Rees. La force motrice du groupe était néanmoins la peintre russe et suisse d’adoption Marianne von Werefkin, installée à Ascona depuis 1918. Elle était l’aînée et ses connections étaient importantes, notamment avec les « Quatre bleus » Lyonel Feininger, Alexej Jawlensky, Wassily Kandinsky et Paul Klee.

Le « Rot-Blau »

le « Rot-Blau » créé à Bâle en 1924-25 par Albert Müller, Hermann Scherer (tous deux morts jeunes) et Paul Camenisch, est très proche des expressionnistes allemands, notamment de Kirchner. Hans Stocker et Werner Neuhaus feront également partie du groupe.

« Der Schritt weiter »

« Der Schritt weiter » (La nouvelle étape) est créé à Berne en 1931 par Albert Lindegger (mieux sous son surnom Lindi), Tonio Ciolina, Max von Mühlenen et Hans Seiler, qui se sont tous quatre rencontrés à Paris.

Le « Gruppe 33 »

Le « Gruppe 33 », créé à Bâle en 1933, est une coalition de jeunes artistes anti-fasciste voulant protester contre le conservatisme de l’art suisse, à une époque où l’idéologie nazie en Suisse avait de nombreux adeptes. Ils se présentaient comme un nouveau syndicat indépendant défendant le droit d’avoir droit de parole dans les questions de politique culturelle. Les membres fondateurs du groupe étaient Otto Abt, Walter Bodmer, Paul Camenisch, Theo Eble, Max Sulzbachner, Louis Weber et Walter Kurt Wiemken, Rudolf Maeglin, ainsi que l’acteur Max Haufler. D’autres ont ensuite rejoint le mouvement, comme Meret Oppenheim ou Serge Brignoni.

« L’Allianz »

« L’Allianz » créée à Zurich en 1937, regroupe les artistes de l’abstraction concrète dont Zurich sera le centre. Le Bauhaus (un Institut des arts et des métiers en Allemagne – devenu, par extension, un courant artistique qui a suscité l’adhésion d’un grand nombre d’artistes d’avant-garde de toute l’Europe) est à la racine du mouvement concret de Zurich dans les années 1940. Max Bill est l’un des membres fondateurs de ce mouvement. Il adopte le terme « concret » pour « définir la notion qu’une œuvre d’art ne dérive non pas de la nature mais constitue plutôt une réalité autonome, composée de formes et de couleurs, constituant ainsi un objet destiné à un usage spirituel ». Il sera suivi dans ce mouvement par Sophie Taeuber-Arp et les artistes Camille Graeser, Fritz Glarner, Gottfried Honegger, Leo Leuppi, Max Huber, Richard Paul Lohse, Robert S. Gessner, Verena Loewensberg, Walter Bodmer
Vu de l’étranger, cette abstraction géométrique, dans laquelle la Suisse excelle, consolide l’image d’un pays rationnel dans lequel la beauté esthétique repose sur l’équilibre et la perfection des formes. Cette « manière suisse » que l’on retrouve dans le style typographique international dont j’ai parlé plus haut.
En parlant du Bauhaus, on se doit également de citer Johannes Itten qui, de 1919 à 1923, y fut enseignant. Il prit d’ailleurs, dès son arrivée, une influence majeure sur l’enseignement de cette institution. Il a écrit plusieurs ouvrages théoriques, dont le plus célèbre est L’art de la couleur, publié en 1967.

Le « Kreis 48 »

Le « Kreis 48 » (circuit 48) est créé à Bâle en 1948 à l’initiative de Max Kämpf. L’association a été créée, entre autres dans le but d’expositions collectives et de représenter les intérêts de jeunes peintres et sculpteurs à une époque dominée par le Groupe 33 et la GSMBA (Société suisse des peintres, sculpteurs et architectes). Les membres actifs étaient, entre autres, les peintres Jean-François Comment, Karl Glatt, Max Kämpf ou les sculpteurs Theo Lauritzen et Robert Lienhard.

Deux autres courants importants concernent plusieurs artistes suisses de cette première moitié de siècle :

La Nouvelle Objectivité

La Nouvelle Objectivité (en allemand : Neue Sachlichkeit) est un courant artistique (1918-1930) apparu en Allemagne dans les années 1920 et qui succède à l’expressionnisme, dont il découle par bien des aspects. Cette appellation a été inventée en 1925, à la suite d’une exposition très médiatisée et qualifiée de post-expressionniste, qui s’est tenue à la Kunsthalle de Mannheim. La Nouvelle Objectivité n’a ni programme ni manifeste, contrairement au surréalisme qui se développe à la même époque en France. Elle se divise toutefois en deux branches bien distinctes qui, chacune à sa manière, affichent une même volonté, après certains débordements expressionnistes, de revenir au réel et au quotidien. Le clivage s’inscrit d’abord sur le plan politique : la branche dite « de droite », raccordée à Karlsruhe et Munich, retourne ainsi à un classicisme harmonieux et intemporel alors que, la branche de gauche, centrée sur « Berlin la rouge », s’engage radicalement dans une vision froide et cynique de la société.
Vers 1930, le mouvement dépasse les frontières de l’Allemagne. En Suisse, plusieurs peintres s’inscrivent dans cette mouvance : François-Emile Barraud, son frère Aimé Barraud, Adolf Dietrich et Niklaus Stoecklin, notamment.

L’Art brut

Louis Soutter est un peintre et dessinateur suisse tout à fait à part. Né près de Lausanne en 1871 et mort dans un quasi-anonymat en 1942, de son œuvre des années 1892 à 1922, il reste peu de chose, Soutter ayant eu une vie riche en changements et en déplacements, dont six à sept ans aux États-Unis, marié à une Américaine et directeur du département d’art et de design au Colorado College, à Colorado Springs (Colorado), puis une quinzaine d’années comme violoniste en Suisse romande.
Louis Soutter produisit la plus grande partie de son œuvre, d’une grande richesse — des milliers de dessins, n’appartenant à aucune tendance artistique d’avant-guerre —, après son placement dans un hospice pour vieillards, l’Asile du Jura à Ballaigues, de 1923 à sa mort. Son cousin Le Corbusier, ses amis réunis en Association, des galeristes, éditeurs, conservateurs de musées, travaillèrent à faire découvrir l’œuvre de Louis Soutter.
En 1945, Jean Dubuffet la découvrit grâce à Jean Giono. Dans un souci de préservation de son œuvre, il intégra Soutter dans sa collection d’Art brut (bien que ce n’en soit pas réellement), concept qu’il avait créé en 1945, dans lequel il intégrait les productions de créateurs non professionnels de l’art, indemnes de toute construction et de toute culture artistique.
Dans cette collection, on trouve trois autres suisses, Adolf Wölfli, Aloïse Corbat et Heinrich Anton Müller, tous trois étant cette fois d’authentiques non professionnels de l’art ayant produit la totalité de leur œuvre une fois internés à l’asile.
Après une enfance douloureuse, Adolf Wölfli commet plusieurs tentatives de viol sur de très jeunes filles. Il est emprisonné en 1890, puis, après une dernière récidive, est déclaré irresponsable et interné en 1895 à l’asile d’aliénés de la Waldau, près de Berne, où il demeure jusqu’à sa mort. En 1899, il commence à dessiner, écrire et composer de la musique. Pendant trente ans, Adolf Wölfli accumule 1 300 dessins et 44 cahiers où sont exposées ses nombreuses théories scientifiques et religieuses, au travers de longues emphases où les mots sont déformés ou créés, l’orthographe transformée, les voyelles et les consonnes doublées ou triplées pour accentuer le rythme des phrases d’une biographie imaginaire de 25 000 pages, « La Légende de Saint Adolf »…
Hospitalisée pour des troubles mentaux (schizophrénie) à l’asile de Cery de Prilly, Aloïse Corbaz, plus connue sous son prénom Aloïse, est née à Lausanne en 1886. Dès 1920, elle est définitivement internée à l’asile de la Rosière à Gimel où elle offre ses services pour repasser et raccommoder les tabliers des infirmières. Elle commence à écrire et à dessiner sur sa table de repassage dès les années 1920, au départ avec des moyens de fortune, puis avec du matériel fourni par certains médecins et infirmières. Elle continuera de créer jusqu’à sa mort en 1964. Les œuvres d’Aloïse Corbaz sont préservées grâce à l’intérêt que leur porte le professeur Hans Steck, psychiatre à Cery dès 1920 et directeur de l’hôpital à partir de 1936, et Jacqueline Porret-Forel, médecin généraliste qui rend visite régulièrement à Aloïse dès 1941. Jacqueline Porret-Forel est l’auteur d’une thèse, de plusieurs articles et monographies sur l’œuvre d’Aloïse. En 1947, Jean Dubuffet rencontre l’artiste et l’intègre à ses collections d’Art brut. Elle en devient une figure majeure et son œuvre acquiert avec le temps une renommée internationale.

Art contemporain

L’expression « art contemporain » s’est imposée à partir des années 1980 pour désigner globalement l’art postérieur à 1960, ainsi clairement distingué de l’art moderne (à partir de 1910 environ). On peut dire que ce qui caractérise l’art contemporain c’est que toutes sortes de formes, de contenus, de médias et de techniques coexistent sans aucune hiérarchie, et souvent chez un même artiste. Il est donc de plus en plus difficile de trouver des peintres stricto sensu. Il s’agira plutôt d’artistes qui, dans leur travail, utilisent – mais pas seulement – la peinture et peignent parfois des tableaux…
En Suisse comme ailleurs, le paysage artistique a donc changé dans les dernières décennies du XXe siècle pour s’adapter à ces évolutions. Alors que le traditionalisme a dominé la vie culturelle jusque dans les années 1970, la création d’orientation contemporaine accroît ensuite fortement sa présence et se voit de mieux en mieux acceptée socialement. Des espaces d’exposition spécialisés apparaissent. Les offre de cours consacrés à l’art contemporain augmentent de façon frappante, tandis que des centaines de jeunes artistes sortent chaque année des hautes écoles d’art. Les musées traditionnels font aussi dans leurs programmes une place notable à l’art contemporain.

Ernst Beyeler

Le personnage incontournable qui a sans doute le mieux anticipé et accompagné ces changements en Suisse est Ernst Beyeler, à travers ses trois bébés : sa galerie, sa fondation et son exposition. Né en 1921 à Bâle et mort en 2010, Ernst Beyeler fut en effet un galeriste, collectionneur d’art et mécène suisse, constituant avec son épouse Hildy, décédée en 2008, une des plus importantes collections d’art moderne, représentative de l’art du XXe siècle.
En 1945, il rachète une librairie et la transforme en galerie. En 1947, il organise une première exposition de gravures japonaises sur bois. À partir de 1951, les expositions se succèdent sans interruption. Entre 1959 et 1965, il fait l’acquisition d’une partie de la collection Thompson (Pittsburgh), soit 340 œuvres de Cézanne, Monnet, Picasso, Matisse, Léger, Miró, Mondrian, Braque, Giacometti. En 1966, Beyeler rend visite à Picasso dans son atelier de Mougins ; sa notoriété et ses relations d’amitié dans le milieu des artistes sont telles que Picasso lui laisse choisir 26 tableaux. Il les montre aussitôt en deux expositions. Le gouvernement bâlois accorde alors un crédit pour l’achat de deux tableaux : Deux frères et L’Arlequin assis.
En 1971, Beyeler est cofondateur de la foire internationale Art Basel, dont il s’occupera jusqu’en 1992 (voir ci-dessous).
En 1972, il rachète à Nina Kandinsky une centaine de toiles, d’aquarelles et de dessins. Un tel fonds assurera sa fortune grâce aux plus-values dues à l’euphorie du marché de l’art.
En 1982, il cède sa collection d’œuvres d’art à la fondation Beyeler. En 1991, l’architecte italien Renzo Piano élabore le projet de construction du musée (55 millions de francs suisses) destiné à recevoir la collection. Il est inauguré en 1997, puis agrandi en 2000.
L’ensemble de la collection est évalué entre 1,3 et 2 milliards de francs suisses.

Art Basel

Cofondée par Ernst Beyeler, Trudi Bruckner et Balz Hilt, trois galeristes bâlois, la première édition de l’exposition internationale « ART » a lieu en 1970 à Bâle. 90 galeries d’art, venant de 10 pays, exposent lors la première édition, attirant plus de 16’000 visiteurs.
Depuis le début du XXIe siècle, chacune des éditions d’Art Basel attire environ 60 000 visiteurs répartis sur la semaine. Art Basel est devenue l’une des plus importantes foires annuelles d’art contemporain du monde. Depuis 2002, Art Basel organise une manifestation parallèle à Miami, et depuis 2013 à Hong-Kong.

Les mutations sociales de la fin des années 1960 et du début des années 1970 laissent des traces dans la création artistique suisse. Si le tachisme et l’expressionnisme abstrait (avec notamment le suisse Hans Burkhardt, qui a émigré aux États-Unis à l’âge de 20 ans, à New York puis, quelques années plus tard à Los Angeles), tendances dominantes sur le plan international, ont marqué les années d’après-guerre dans le domaine de la Peinture, une nouvelle génération commence à se rebeller contre le modernisme établi, sous l’influence du Nouveau Réalisme, du groupe Zero et du mouvement Fluxus. Cette révolte trouve son expression par exemple dans les Méta-matics de Jean Tinguely, machines qui réalisaient des tableaux tachistes quand on y glissait une pièce de monnaie. Tinguely fut un des premiers artistes suisses à s’imposer sur la scène américaine.

Pop art

Dans les années 1960 et 70, quelques artistes suisses ont contribué au Pop art européen, notamment Franz Gertsch et Peter Stämpfli avec ses détails d’automobiles qui vont peu à peu se focaliser sur les roues puis les pneus. Mais on peut également citer Luigi Lurati, Markus Müller, Pierre Haubensak, René Brauchli, Christian Rothacher, Margrit Jäggli, Brigitta Malche, Urs Lüthi

Art conceptuel

L’art conceptuel eut davantage d’échos ; il se manifesta notamment dans les expositions organisées par Harald Szeemann à la Kunsthalle de Berne en 1969 (When attitudes become form) et par Jean-Christophe Ammann au musée des beaux-arts de Lucerne en 1970 (Visualisierte Denkprozesse). La peinture analytique de Rémy Zaugg (mort en 2005) et d’Aldo Walker relève des approches conceptuelles. Des artistes comme Markus Raetz ou Hugo Suter mettent l’accent sur les processus de perception, quand bien même ils le font de manière ludique. Niele Toroni et Olivier Mosset, fondateurs en 1967, avec les Français Daniel Buren et Michel Parmentier, du groupe BMPT (initiales de leurs patronymes) se préoccupent également de la question de l’immanence en art. Ils sont proches du courant minimaliste.
John Armleder et Urs Lüthi incarnent l’artiste post-moderne typique; leur œuvre se caractérise par le jeu, l’ironie et un répertoire formel toujours changeant. Fondée à Genève par Armleder, la galerie Ecart (1973-1980) fut l’un des premiers espaces d’exposition indépendants (Off-spaces) et joua un rôle de pionnier. Quand à Lüthi, bien qu’il soit plus connu pour ses travaux photographiques (notamment ses autoportraits), il s’est aussi confronté à la peinture (avec une période Pop art dans les années 60), aux installations et à la sculpture.

Néo-expressionisme

Installé à Berlin de 1978 à 1989, le Lucernois Luciano Castelli se lie d’amitié avec les artistes Salomé et Rainer Fetting et rejoint le mouvement des « Neue Wilde » (Nouveaux fauves), cette relance particulièrement fertile de la figuration fauve et expressionniste. Grands formats, peinture à larges traits, aplats de couleurs pures aux contrastes virulents, une apparence de spontanéité et une écriture libre évoquant le graffiti sont autant de traits partagés par ces artistes allemands, autrichiens et suisses dont les engagements politiques et sociaux s’expriment en peinture, mais aussi par le film, la photographie, la performance et la musique.
D’autres artistes suisses peuvent être rattachés à ce mouvement, comme Anselm Stalder, Claude Sandoz, Josef Felix Müller (pour ses sculptures des années 1980), Peter Emch et, surtout, Martin Disler, Klaudia Schifferle et Miriam Cahn, ces trois dernier ayant participé à la Documenta 7 de Kassel qui fut un peu le point de départ de la Neue Wilde.

En privilégiant la technique du Dessin, Silvia Bächli s’inscrit dans un courant important de l’art suisse, illustré notamment par Markus Raetz et André Thomkins.

Actuellement, Urs Fischer est l’artiste contemporain suisse le mieux côté sur le marché de l’Art. Influencée par des mouvements anti-art comme le mouvement Neo-Dada ou l’Internationale situationniste, il a produit de très nombreux objets, dessins, collages et installations.
Après lui, Ugo Rondinone est l’artiste suisse le plus reconnu. Né en 1963, il a vécu de nombreuses années à New York. Utilisant tour à tour la photographie, la vidéo, la peinture, le dessin, la sculpture, le texte et le son pour de grandes installations, à la fois hypnotiques et mélancoliques, dans lesquelles il se met parfois lui-même en scène (déguisé en clown triste ou maquillé en figure de magazine de mode), Rondinone est un virtuose des formes et des techniques.
Parmi les artistes suisses actuels, on peut également citer Adrian Schiess, Andreas Rickenbacher, Christine Sefolosha, Thomas Huber… ou de plus anciens comme Helmut Federle, Jean-Frédéric Schnyder, Walter Ropélé

Galerie

Avec 209 peintres en autant de tableaux – et, hélas, toujours hélas, très peu de femmes (23) ; dont voici la liste : Alice Bailly, Marianne Von Werefkin, Louise Catherine Breslau, Irène Zurkinden, Sophie Taeuber-Arp, Helen Dahm, Verena Loewensberg, Camille Graeser, Petra Petitpierre, Janebé, Aloïse Corbaz, Eva Aeppli, Meret Oppenheim, Margrit Jäggli, Brigitta Malche, Klaudia Schifferle, Rosina Kuhn, Miriam Cahn, Karina Wisniewska, Christine Sefolosha, Silvia Bächli, Valérie Favre et Marianne Klein.

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