La peinture néerlandaise du XXe siècle à nos jours

Entre la Belgique et l’Allemagne, dont je vous ai déjà parlé, voici le pays des polders, des tulipes et des moulins à vent : les Pays-Bas (qui possédent également une frontière avec la France sur l’île de Saint-Martin, aux Antilles).
Le nom Hollande, souvent utilisé dans le langage courant, est impropre car la Hollande n’est qu’une partie de l’ouest du pays.
D’une superficie équivalente à la Suisse, les Pays-Bas sont la principale porte d’entrée commerciale de l’Europe grâce à leur situation géographique (Rotterdam est le premier port d’Europe). Plus de la moitié du PIB est générée par le commerce international, dans une économie tournée vers l’exportation pour plus de 40 % de sa production. L’agriculture prend une place importante de ces échanges car, malgré sa surface restreinte, le pays est le deuxième exportateur agricole européen après la France.

Les Pays-Bas ont une très grande et très ancienne culture picturale. La peinture néerlandaise, dite flamande durant l’époque baroque, était principalement représentée par Antoon van Dyck, Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, tous dans des styles différents.
Au cours du siècle d’or néerlandais, nombre de peintres atteignent la gloire historique : Rembrandt, Vermeer et Frans Hals vont s’imposer comme les grands maîtres de l’école hollandaise du XVIIe siècle (visibles notamment au Rijksmuseum d’Amsterdam). Au XIXe, le pays verra naître un des plus grand peintre de tous les temps : Vincent van Gogh – du moins un des plus célèbre, dont les œuvres ont inspiré des générations d’artistes, et dont les toiles ont été vendues à des prix records. Le musée Van Gogh à Amsterdam possède la plupart des réalisations de l’artiste.
Au XXe siècle, alors que beaucoup pensaient que la peinture néerlandaise appartenait au passé, des peintres comme Kees van Dongen, Piet Mondrian ou Karel Appel vont renouveler le genre. On peut également citer Willem de Kooning, né à Rotterdam, qui s’est embarqué clandestinement pour les États-Unis en 1926, à 21 ans, et a été naturalisé américain en 1962.
Mais vous allez voir qu’il y a, au XXe siècle et jusqu’à nos jours, bien d’autres peintres de grand talent dans ce grand pays de peinture. Voyons-les plus en détail.

L’École impressionniste d’Amsterdam

Ce mouvement surtout actif à la fin du XIXe, comprend des peintres comme Floris Hendrik Verster, Isaac Israels, Willem Bastiaan Tholen, George Hendrik Breitner (adepte du japonisme), Kees Heynsius, Willem de Zwart, Jan Toorop ou encore Willem Witsen.
Le post-impressionnisme qui lui a fait suite comprend des peintres comme Jo (Johanna Petronella Catharina Antoinetta) Koster, le moine nabis Jan Verkade, ou Co Breman et Ferdinand Hart Nibbrig, de l’école de Laren.

Les Demoiselles d’Amsterdam

Les Demoiselles d’Amsterdam (Amsterdamse Joffers) était un groupe de femmes artistes d’Amsterdam qui se réunissaient chaque semaine au tournant du XXe siècle pour peindre ensemble et se montrer leurs œuvres. Leur style suivait l’exemple des Impressionnistes d’Amsterdam. Les natures mortes étaient leur sujet de prédilection – avec les portraits. Venant de familles riches, elles n’avaient pas à chercher de moyen de subsistance et étaient presque toutes visiteuses de l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Amsterdam. Ce groupe comprenait notamment Thérèse Schwartze, sa nièce Lizzy Ansingh (qui a gagné la notoriété en peignant des poupées), Ans van den Berg, Coba (Jacoba Johanna) Ritsema, Suze Bisschop-Robertson, Jacoba Surie, Betsy (Johanna Elisabeth) Westendorp-Osieck ainsi que l’illustratrice Nelly Bodenheim.

Le Cercle d’Art moderne

Le Moderne kunstkring (Cercle d’Art moderne), fondé en 1910 à Amsterdam, est formé de peintres exclusivement modernes qui ont tous vécu à Paris dans les années précédentes, ce qui conduit à l’introduction de Cubisme aux Pays-Bas. Jan Toorop en est le président, Conrad Kickert le secrétaire – et le moteur. Conrad Kickert a voyagé régulièrement à Paris et, de 1906 à 1910, vivait alternativement à Paris et Zandvoort, avant de s’installer définitivement dans le quartier Montparnasse à partir de 1912. C’est grâce au peintre hollandais Lodewijk Schelfhout, qui a vécu à Paris dès 1903, que Kickert rencontre Henri Le Fauconnier, Fernand Léger, Jean Metzinger et Albert Gleizes. Il promeut, à partir de 1911, l’art français contemporain aux Pays-Bas où il expose, à ses frais, les plus évolués de ses collègues néerlandais, à côté de l’avant-garde française qui vient d’inventer le cubisme. Il emploie l’argent hérité de sa famille, à acheter leurs œuvres. Rejeté par ses compatriotes quand il n’a plus de quoi les soutenir, c’est pourtant en faveur de La Haye, sa ville natale, que Kickert donne cent œuvres, comportant entre autres trois toiles de Mondrian qu’il avait été le premier à distinguer et à louer.
Le groupe voulait organiser un salon international à Amsterdam sur le modèle du Salon d’Automne de Paris, centré sur l’art moderne. La première exposition s’est tenue du 6 octobre au 5 novembre 5 1911 à l’étage du Stedelijk Museum d’Amsterdam, avec 166 tableaux exposés, dont 93 de peintres étrangers. La deuxième exposition, du 6 octobre au 7 novembre 1912 comprenait 248 œuvres, dont 134 étrangères (Henri Le Fauconnier y expose 33 tableaux). Mais pour cause de guerre l’association a finalement été dissoute en 1916.
Parmi les membres de ce groupe, on peut citer (outre ceux nommés plus haut) Jan Sluyters, Piet Mondrian, Kees van Dongen, Leo Gestel, Jaap Weyand, Jacoba van Heemskerk, Otto van Rees, Charley Toorop, Floris Verster, Henri Le Fauconnier et le sculpteur John Raedecker. On en retrouvera beaucoup dans L’École de Bergen (voir plus loin).

De Onafhankelijken

De Onafhankelijken (Les Indépendants) est une association d’artistes basée à Amsterdam. L’association a été fondée à la suite du Salon des Indépendants du 13 Juillet 1912 à Paris. L’un des fondateurs était Anton Kristians. En signe de protestation contre la culture dominante, ils ont cherché la liberté du travail en organisant des exposition gratuite, jouant ainsi un rôle important dans l’évolution des arts visuels au début du XXe siècle aux Pays-Bas.
Dans les premières années diverses expositions leur ont permis de montrer le travail novateur d’artistes étrangers, tels que Henri Le Fauconnier, Marc Chagall, Wassily Kandinsky et Francis Picabia. Les exposants néerlandais étaient notamment appelés Charley Toorop, Arnout Colnot, Laurens van Kuik, Harmen Meurs et Erich Wichman. On peut aussi citer Nola Hatterman (également actrice).
En 1924, Les Indépendants ont organisé une exposition sur l’art allemand récent avec des œuvres des expressionnistes tels que Max Pechstein, Alexej von Jawlensky et Erich Heckel. C’est également grâce à eux que le mouvement allemand Neue Sachlichkeit (nouvelle objectivité) va gagner en vigueur aux Pays-Bas, notamment à travers le réalisme magique (voir plus bas). C’est aussi le cas pour le surréalisme, dont Joop Moesman est un grand représentant.

L’École de Bergen

L’École de Bergen est une colonie de peintres active entre 1915 et 1925 et caractérisée par l’influence des styles cubiste et expressionniste, en réaction contre l’impressionnisme. Les théories de ce groupe se retrouvent dans la revue Het Signaal mais c’est un groupe informel, simplement formé d’artistes qui vivaient et travaillaient dans ou près du village de Bergen. Les fondateurs de cette soi-disant école sont le peintre français Henri Le Fauconnier (réfugié aux Pays-Bas durant toute la guerre) et le peintre hollandais Piet van Wijngaerdt.
Parmi les artistes les plus attrayants et cohérents appartenant à ce groupe, il y a notamment les peintres avant-gardistes Charley Toorop, Leo Gestel et Jan Sluijters (source d’inspiration pour, entre autres, Piet Mondrian et plus tard, le mouvement CoBrA). Mais également Else Berg et son mari Mommie Schwarz (tous deux morts en 1942 à Auschwitz), Gerrit van Blaaderen, Kees Boendermaker, Arnout Colnot, Edgar Fernhout, Dirk Filarski, Adriaan Lubbers, Jaap Weyand, Jan van Herwijnen, Germ de Jong, Kees Maks, Kasper Niehaus, Wim Schuhmacher et les frères Matthieu Wiegman et Piet Wiegman.

De Stijl

De Stijl (« le style ») fut tout d’abord une revue d’arts plastiques et d’architecture, publiée de 1917 à 1928, sous l’impulsion de Theo van Doesburg et avec la participation active de Piet Mondrian. Par extension, De Stijl désigne un mouvement artistique issu du néoplasticisme et ayant profondément influencé l’architecture du xxe siècle (en particulier le Bauhaus et, par voie de conséquence, le style international).
Outre Van Doesburg et Mondrian ce mouvement d’avant-garde transdisciplinaire a compris parmi ses membres les plus célèbres les architectes Jacobus Johannes Pieter Oud, Jan Wils et Robert van’t Hoff, Cornelis van Eesteren, le créateur de mobilier Gerrit Rietveld, le poète A. Kok, les peintres et sculpteurs Bart van der Leck, Georges Vantongerloo, Vilmos Huszár, César Domela, Friedrich Vordemberge-Gildewart, l’artiste-architecte El Lissitzky et le peintre et cinéaste Hans Richter. Avec, ponctuellement, la participation de László Moholy-Nagy et Jean Arp.

De Ploeg

De Ploeg est un collectif d’artistes qui a été fondé en 1918 dans la ville de Groningen. Les membres sont pour la plupart des peintres, mais on trouve aussi des musiciens ou des écrivains. Jan Wiegers, Johan Dijkstra, Jan Altink, George Martens, Alida Jantina Pott et Simon Steenmeijer en sont les membres fondateurs. Par l’intermédiaire de Jan Wiegers, qui avait rencontré Ernst Ludwig Kirchner au sanatorium de Davos, en Suisse, ce groupe a été fortement influencé par l’expressionnisme allemand.
S’étant joint au groupe en 1923 et 1924, Wobbe Alkema et Jan van der Zee ont quand à eux développé leur propre vision du constructivisme. Jannes de Vries et Henk Melgers en furent également membres.

Le réalisme magique

Le réalisme magique est une appellation utilisée par la critique littéraire et la critique d’art depuis 1925 pour rendre compte de productions où des éléments perçus et décrétés comme « magiques », « surnaturels » et « irrationnels » surgissent dans un environnement défini comme « réaliste », à savoir un cadre historique, géographique et culturel vraisemblable. Ainsi la réalité reconnaissable devient-elle le lieu naturel de manifestations paranormales et oniriques. Parmis les peintres néerlandais que l’on peut rattacher à cette « tendance », on peut citer notamment Jan Mankes (mort de la tuberculose en 1920, à 30 ans) comme précurseur, Carel Willink et Pyke Koch comme représentants les plus notables, mais aussi Dick Ket, Jan Bor, Johan B. Ponsioen, Raoul Hynckes (né en Belgique), Wim Schuhmacher et, plus près de nous, Alfred Hafkenscheid, Johan Abeling et Barend Blankert.

Cercle des artistes visuels R33

Le Cercle des artistes visuels R33 est une association établie à Rotterdam en 1933 et dissoute en 1941. L’objectif principal des membres était de faire de l’art et de le faire connaître, mais sans objectif esthétique ou théorique clair. Les membres étaient, entre autres, Herman Bieling, Hendrik Chabot, Marius Richters et Piet van Stuyvenberg.

Amsterdamse Limburgers

Les Limbourgeois d’Amsterdam ont été actif entre 1945 et 1970 environs. Ce groupe de peintres, tous issus de la région du Limburg (autour de Maastricht), avait fui l’atmosphère suffocante de cette région fortement marquée par le catholicisme, pour aller étudier, durant la seconde guerre mondiale, à la Rijksakademie d’Amsterdam. Ce groupe comprend Pieter Defesche, Jef Diederen, Gene Eggen, Marianne van der Heijden, Harry op de Laak, Ger Lataster, Lei Molin, Frans Nols, Aart Roos, Pierre van Soest.

L’abstraction après 1945

12 Peintres

Willy Boers a créé le groupe 12 Peintres début 1946 afin d’adapter leur art à la nouvelle période d’après-guerre. Les autres membres étaient Peter Alma, Anton Jan Cozijnsen, l’extraordinaire illustrateur Dick Elffers, Frieda Hunziker (la seule femme), Wim Kersten, Harry van Kruiningen, Ger Gerrits, Jan Roëde, S. Salim, Wim Sinemus et Querijn van Tiel. Sinemus et Boers étaient également proches des Indépendants. Lors de la dernière exposition à Eindhoven et Amsterdam en mars et avril 1947, « 12 peintres hollandais », Quirijn van Tiel a été remplacé par Frans Boers, le frère de Willy Boers.

Vrij Beelden

Dès la fin de 1946, Peter Alma, Willy Boers, Anton Jan Cozijnsen, Frieda Hunziker, Wim Kersten, Harry van Kruiningen, Ger Gerrits et Wim Sinemus se retrouvent dans le groupe Vrij Beelden (libres images). Piet Ouborg, Andre van der Vossen, Will Leewens, Friedrich Vordemberge Gildewart (peintre allemand issu de De Stijl) et Tage Hedquist (peintre suédois) se joignent à eux.
En tant que groupe, ils préconisaient l’art abstrait comme « une priorité commune ». Par « libres images » ils voulaient signifier la liberté d’expression, détachée de la réalité. Mais l’art abstrait de Vrij Beelden était plus un fantasme qu’un principe de réalité. L’abstraction complète était l’objectif, avec la couleur et la forme comme éléments autonomes, mais ils ont autant été attirés par les courants d’avant-guerre comme l’expressionnisme, le cubisme, le surréalisme, que par l’abstraction. Une tentative de fusion avec CoBrA échoue. Mais lors de différentes expositions d’autres peintres sont invités, comme Herman Berserik en 1947 ou Anton Rooskens en 1948.

CoBrA

CoBrA ou l’Internationale des artistes expérimentaux (IAE) est un mouvement artistique créé à Paris le 8 novembre 1948 au café de l’hôtel Notre-Dame, en réaction à la querelle entre l’abstraction et la figuration. Ce mouvement publie la revue Cobra (1948-1951) avant de se dissoudre en 1951.
CoBrA est l’acronyme de « Copenhague, Bruxelles, Amsterdam », du nom des villes de résidence de la plupart des membres fondateurs, comme les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret, et les peintres belges Pierre Alechinsky et Pol Bury, danois Asger Jorn, Egill Jacobsen et Carl-Henning Pedersen, et les néerlandais – les plus nombreux – Karel Appel, Constant (Anton Nieuwenhuys) et son frère Jan Nieuwenhuys, Corneille (Guillaume Cornelis Van Beverloo), mais aussi Anton Rooskens, Eugène Brands, Lotti Van Der Gaag, Lucebert, Piet Ouborg, Theo Wolvecamp et Willy Boers.

Creatie

Le groupe « Création » a existé de 1950 à 1954 sous l’impulsion de Willy Boers et Ger Gerrits. Les autres membres étaient Klaas Boonstra, Simon Erk, Mark Kolthoff, Jaap Stellaart, Piet van Stuivenberg, Emil Voeten, André van der Vossen, Eugène Brands, Anton Rooskens, Hans Ittmann, Kees Keus, Juul Neumann, Wim Strijbosch et Andor Weiniger. D’autres, comme Mark Kolthoff ou Armando (Herman Dirk van Dodeweerd), les ont rejoint plus tard.

Ligue des nouvelles images

En 1955, la « Ligue des nouvelles images » est créée par l’architecte Charles Karsten. Cette large association réunissait non seulement le « Groupe 54 » (créé en 1954 par Willy Boers et Armando) mais aussi « CoBrA » et les restes de « Vrij Beelden » et « Création ». Fondée comme une association de différentes disciplines artistiques, cette Ligue recherchait la fusion des différentes disciplines, et en particulier l’intégration de l’architecture et des beaux-arts, ancien idéal du groupe De Stijl. Plusieurs peintres « informels » se sont joint au groupe, comme Jan Schoonhoven, Kees van Bohemen, Henk Peeters, Jaap Wagemaker, Wim de Haan et Theo Bennes.

La nouvelle École de La Haye

La nouvelle École de La Haye est un mouvement des années cinquante et soixante. En opposition à CoBrA, ce mouvement cherche son inspiration dans l’art du XVIIème siècle et l’expérience de l’École de Barbizon. Cette école comprend plusieurs groupes qui se sont succédés :
Posthoorngroep, créé en 1949 et dissous en 1962. Le nom vient de la Bodega de Posthoorn, la plus ancienne de La Haye, où les artistes se réunissaient. Créé à l’initiative de Jaap Nanninga, ce groupe comprenait, entre autres, Theo Bitter, Kees van Bohemen, Lotti van der Gaag, Willem Hussem, George Lampe, Jan Roëde et Aat Verhoog. Le succès de leurs expositions gratuites a culminé dans les années 1956-1959, puis rapidement l’intérêt a diminué et, en 1962, la galerie a fermé ses portes.
Verve, créé en 1951, se concentre sur l’interprétation des innovations de l’École de Paris dans l’art moderne figuratif. Le groupe a cessé d’exister en 1957. Parmis les membres, on peut citer Kees Andrea, Herman Berserik, Theo Bitter, Rein Draijer, Jan van Heel, Co Westerik et George Lampe.
Fugare est le prolongement presque logique de Verve : établi en 1960, il met l’accent sur ​​l’art non figuratif. Ce groupe a existé jusqu’en 1967. Créé à l’initiative de George Lampe, le groupe se composait de deux sculpteurs et dix peintres, dont Theo Bitter, Jan van Heel, William Hussem, et Jaap Nanninga.

Pop art

Gustave Asselbergs et Woody van Amen sont les principaux représentants du Pop art néerlandais. Ce dernier a passé deux ans aux États-Unis, en 1961 et 1962 où il a découvert le travail des artistes américains tels que Andy Warhol et Robert Rauschenberg, pionniers du pop art.

Nouvelle figuration

La Nouvelle Figuration est le nom collectif d’un groupe d’artistes sans réels liens qui, dans les années 60 et 70, ont néanmoins tous éprouvé un regain d’intérêt pour les éléments figuratifs dans leurs tableaux. Alphons Freijmuth et Reinier Lucassen, tous deux admirateurs de l’œuvre de René Magritte, se sont beaucoup influencés l’un l’autre et ont parfois fait des peintures sur le même sujet ou des variations du travail de l’autre. Ils sont les fondateurs de cette Nouvelle figuration néerlandaise, proche du Pop art. On peut également citer Hans Ebeling Koning, mais aussi Ans (Anna Maria) Wortel et Ria Rettich, rares contributions féminines à ce mouvement. Ans Wortel, également poète et écrivaine, a été l’une des principales artistes féminines de l’art moderne néerlandais d’après-guerre. Autodidacte, son style peut être décrit comme de l’art figuratif abstrait. Il se compose souvent de figures nues de femmes, d’hommes ou d’enfants, parfois reconnaissable, mais toujours déformés, et son travail est souvent accompagné de lignes poétiques manuscrites.
On peut noter l’importante connexion de la Nouvelle Figuration néerlandaise avec leurs équivalents de la Belgique flandrienne que sont Etienne Elias, Raoul De Keyser, Roger Raveel et Yvan Theys.

Nieuwe wilden

Á la fin des années 1970, en réaction aux directions prises alors par le minimalisme et par l’art conceptuel, un style dont les origines remontent à la Transavanguardia italienne, s’impose presque simultanément en Europe et aux Etats-Unis. En France, on l’appelle figuration libre et, dans les pays anglophones, New Image Painting ou Wild Style. En Allemagne et en Autriche est d’abord employé le terme « », puis « Nouveaux Fauves » (Neue Wilde).
Peter Klashorst et Jurriaan van Hall sont à l’initiative des Nieuwe wilden aux Pays-Bas. Rejoints par Bart Domburg et Ernst Voss, le groupe se rebaptise After Nature. En révolte contre l’expressionnisme abstrait dominant, leur devise était simple : aller peindre, peindre beaucoup, peindre ce qu’on voit. Les autres peintres de ce groupe étaient notamment les frères Gijs, Aad et Justus Donker.

Dans cette mouvance néo-expressionniste on retrouve aussi des artistes comme Erik Andriesse, Piet Dieleman, Maarten Ploeg ou John van’t Slot

Les peintres néerlandais actuellement les plus en vue

De 2006 à 2012, Elsevier, le plus grand hebdomadaire néerlandais, a publié chaque année un ‘Top 100’ des artistes contemporains (peintres, sculpteurs, photographes, vidéastes, etc.) néerlandais, basé sur onze critères (expositions aux Pays-Bas et à l’étranger, présence dans les foires, activité sur le marché de l’art, publications, etc.). J’ai pu retrouver sur internet les 4 dernières éditions, de 2009 à 2012. Après pondération, voici, par ordre d’importance, les peintres les plus en vue de ces années là : Marlene Dumas (de loin la grande gagnante, 3 fois première et une fois seconde), Marcel van Eeden (extraordinaire dessinateur) et Pat Andrea forment le trio gagnant. Ils sont suivis de Armando, Michael Raedecker (qui vit et travaille à Londres), René Daniëls, Marc Mulders, Maaike Shoorel (ses couleurs tellement pâles que ses toiles semblent vides), Lily van der Stokker, Philip Akkerman (qui ne peint que des autoportraits), Carla Klein (ses larges panoramiques), Erik van Lieshout, Robert Zandvliet, Co Westerik, Bram Bogart, Reinier Lucassen, Jan van der Ploeg (ses Wall paintings à la Sol LeWitt), Ger Lataster, Corneille, Daan van Golden (et ses tableaux aux motifs de papier peint), Kees Goudzwaard (ses collages au ruban adhésif), Rezi van Lankveld, Cole Morgan, Ronald de Bloeme, Henk Helmantel (ses natures mortes ou ses intérieurs d’églises hyper-réalistes), Emo Verkerk, Hannah van Bart (ses superbes portraits), J.C.J. van der Heyden, Avery Preesman, Klaas Gubbels (et ses cafetières), Rob Scholte (qui a perdu ses deux jambes en 1994 après qu’une bombe a explosé sous sa voiture), Jan Worst, Thomas Rajlich, Bert Loerakker, Rik Meijers, Iris van Dongen, Praneet Soi (né en Inde, il vit et travaille à Amsterdam), Herman Gordijn, Olphaert den Otter, Bart Domburg, Kiki Lamers, Sidi El Karchi, Marian Breedveld, Gé_Karel van der Steren, Chris Berens (ses paysages oniriques), Rik van Iersel, Ester Tielemans, Charlotte Schleiffert, Rob van Koningsbruggen, Jasper Krabbé, Aaron van Erp, Ine van Zyl, Hester Schroor, Steven Aalders, Kik Zeiler, Piet Tuytel, Tjebbe Beekman, Fons Haagmans, Reinoud van Vught et Wouter van Riessen.

Marlène Dumas, née en Afrique du Sud, part pour les Pays-Bas en 1976, où elle entreprend des études artistiques aux Ateliers ’63 de Haarlem. Elle s’oriente ensuite vers la psychologie à l’université d’Amsterdam, avant d’exposer ses travaux pour la première fois à Paris en 1979. Trois ans plus tard, l’artiste est invitée à participer à la documenta VII de Cassel, et participe à l’exposition « Du concept à l’image » organisée au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1994. Son œuvre est ensuite mise à l’honneur dans le cadre de « Féminin-Masculin, le sexe de l’art » et dans la galerie d’art graphique du centre Pompidou en 2001, qui présente une rétrospective consacrée à son travail sur papier. Teintés d’expressionnisme, ses toiles et ses dessins explorent des thèmes aussi divers que l’histoire de l’art et de la littérature, la sexualité, le racisme et l’Afrique. La religion, ainsi que les notions de culpabilité et de pardon, sont en outre des notions récurrentes dans ses œuvres, clairement provocatrices.
Pat Andrea, qui se situe lui-même « entre Bacon et Balthus », a développé une peinture figurative créant un univers ambigu et trouble. Il enseigne à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il est le fils de Kees Andrea.
René Daniëls est considéré comme l’un des peintres hollandais les plus éminents de sa génération. Influencé par la culture underground des années 1970 et 1980, l’artiste est une figure majeure du post-expressionnisme. Dans son travail, il relie l’art et sa riche histoire à la littérature et la vie quotidienne, en suivant les traces, entre autres, de Marcel Duchamp et René Magritte. Ambiguïté et double sens jouent un rôle important dans ce qu’il appelle « poésie visuelle ». Il a exposé régulièrement aux Pays-Bas et à l’étranger, jusqu’à ce qu’en 1987, à l’âge de 37 ans, il soit affecté par une hémorragie cérébrale qui l’empêche de peindre pendant presque deux décennies. Il ne revient dans son atelier qu’en 2006.
Robert Zandvliet est sans doute l’un des peintres les plus marquants de sa génération aux Pays-Bas. Dans sa manière de faire et de penser, il puise ses références artistiques dans la tradition hollandaise. Il s’inspire d’œuvres du passé (paysages), des maîtres modernes classiques ou encore de scènes de notre quotidien (écran de cinéma, autoroutes, rétroviseur, hublot), il élabore une œuvre originale où les images se situent toujours à mi-chemin entre abstraction et figuration. Peints avec de larges brosses industrielles, chacun de ces tableaux résulte d’un long processus de réflexion et d’analyse. Tout en soulevant des questions sur la représentation, l’histoire, la réalité, sans oublier le pouvoir de séduction des compositions, du traitement de la couleur et de la touche, le postulat de sa méthode de travail reste le « Comment peindre ? ».

Peintres de l’année

Depuis 2003, à l’occasion de la Semaine de l’art, est également décerné le prix d’Artiste de l’année. Les peintres qui ont reçu cette distinction sont : Corneille (2003), Jurriaan van Hall (2004), Jacques Tange (2005), Jeroen Hermkens (2006), Ad Arma (2007), Henk Helmantel (2008), Ans Markus (2009/10), Sam Drukker (2011), Giovanni Dalessi (2013) et Marlene Dumas (2015).

Autres peintres importants

Kees van Dongen s’installe à Paris dès 1897. Là il va devenir un des portraitiste à la mode, ce qui ne l’empêche pas de pratiquer une peinture d’avant-garde qui incarne l’espoir du renouvellement d’une peinture coincée dans le néo-impressionnisme et qui va mener au fauvisme et à l’expressionnisme.
Bram van Velde est un des grands peintres abstrait du XXe siècle. Installé à Paris, à Belleville, il se fait connaître en exposant plusieurs fois au Salon des indépendants, à Paris, de 1928 à 1932, en 1940 et 1941. C’est dans les années 30 que l’artiste crée son propre langage plastique mais il doit attendre les années 60 pour être vraiment reconnu : la France le nomme chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1964, les Pays-Bas lui décernent l’ordre d’Orange-Nassau en 1969.
Aad de Haas est un artiste figuratif expressionniste né à Rotterdam. Son travail étant considéré par les nazis comme « dégénéré » lors de sa première exposition en 1943, tous ses travaux sont saisis, il est arrêté et reste six mois en prison (il a alors 23 ans). En 1944, lui et sa femme parviennent à fuir au sud du Limbourg, où ils vont rester définitivement.
Gerrit Benner a été inspiré par les artistes de l’Ecole de Paris comme Bazaine, Soulages et Manessier. Son travail a des similitudes avec CoBrA et De Ploeg.
Jaap Wagemaker est le principal peintre matiériste néerlandais, incorporant à ses toiles des pièces en acier, de la toile de jute, du plâtre, de l’ardoise, des morceaux de bois, des coquillages, dans des compositions restant pourtant très cohérentes. Influencé d’abord par Anton Rooskens et Corneille, il a déménagé en 1952 avec sa femme Didi van der Meer à Paris. C’est là qu’il est tombé sous le charme de l’œuvre de Jean Dubuffet, Fautrier et Wols notamment.
On pourrait aussi citer Tinus van Doorn (qui se suicide à l’âge de 35 ans), Friedensreich Hundertwasser, également architecte, Fons Heijnsbroek, expressionniste abstrait, Tjalf Sparnaay, peintre hyper-réaliste, Lisa Couwenbergh et ses effets de relief poétiques, ou encore Keetje Mans, qui a reçu en 2012 le prestigieux Prix royal de peinture des mains de la reine Beatrix…

La côte sur le marché de l’art

Pour la période qui nous intéresse (depuis 1901), Piet Mondrian domine largement, avec son tableau Composition No. III, avec rouge, bleu, jaune et noir, datant de 1929, qui s’est vendu en 2015 pour 50,6 millions de $. Deux autres de ses tableaux, l’un de 1922, de la collection Yves Saint-Laurent, et l’autre de 1927, sont partis pour 32,4 et 23,1 millions de $ en 2009 et 2014.
Le second artistes le plus cher est Kees van Dongen, dont l’œuvre Jeune arabe, de 1910, est partie pour 13,8 millions de $ en 2009. Sa Gitane de 1910-11 est, elle, partie pour 11,3 millions de $ en 2010.
Puis nous trouvons Marlene Dumas et son tableau Le visiteur, de 1995, vendu 6,3 millions de $ en 2008 – record pour une peintre femme vivante. La maîtresse (sub a), s’était déjà vendu 3,3 millions de $ en 2005. Ma mère avant qu’elle ne devienne ma mère (2010), s’est vendu 2 millions de $ en 2011 et 3 autres de ses tableaux sont également partis pour des sommes entre 1,8 et 1,9 millions de $.
Et c’est tout pour les enchères millionnaires, le suivant dans ce classement étant Jan Sluijters à 568 000 $ pour Maannacht III (1911), puis René Daniëls, dont un portrait d’Apollinaire de 1984 s’est vendu 481 000 $. On trouve ensuite Isaac Israels à 300 000 $, Bram van Velde à 244 000 $ et Corneille à 217 000 $.

Galerie

Avec 253 peintres en autant de tableaux – mais peu de femmes (38, soit à peine 15%), je vais donc les citer : Suze Robertson, Thérèse Schwartze, Betsy Osieck, Jo (Johanna Petronella Catharina Antoinetta) Koster, Lizzy Ansingh, Else Berg, Jacoba van Heemskerck, Nola Hatterman, Charley Toorop, Lou (Louise Marie) Loeber, Frieda Hunziker, Jacqueline de Jong, Ans (Anna Maria) Wortel, Ria Rettich, Jannie Kuiper, Lotti Van Der Gaag, Laura Van Den Hengel, Jacqueline Böse, Elsa Hartjesveld, Charlotte Schleiffert, Kiki Lamers, Lisa Couwenbergh, Marlene Dumas, Gabriëlle van de Laak, Marian Breedveld, Bernardien Sternheim, Katinka Lampe, Carla Klein, Iris van Dongen, Kim van Norren, Rezi van Lankveld, José Heerkens, Marian Plug, Gerdine Duijsens, Lily van der Stokker, Hannah van Bart, Ester Tielemans et Keetje Mans.

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