Quelques peintres néerlandais plus en détail

Piet Mondrian

De son vrai nom Pieter Cornelis Mondriaan – il changera son patronyme en 1912 à Paris pour se distinguer de son oncle très réservé à l’égard de son art –, Mondrian naît à Amersfoort en 1872 et étudie à l’Académie des Beaux-arts d’Amsterdam entre 1892 et 1895, sans grand succès. Il commence par créer des paysages réalistes avant d’évoluer vers une forme de fauvisme et de divisionnisme après sa découverte de Jan Toorop, Jan Sluyters, mais aussi de Munch, de Seurat et de Van Gogh ; il remplace alors la couleur naturelle par la couleur pure : « J’en étais venu à comprendre qu’on ne peut représenter les couleurs de la nature sur la toile. »
Peu à peu, ses travaux sur la lumière et la perspective vont le conduire vers une abstraction croissante. En 1912, il s’installe à Paris et approfondit son approche du cubisme : il a découvert Cézanne, Braque et Picasso (Nature morte au pot de gingembre I et II, 1912).

En 1913, il travaille en séries et crée ses premières toiles abstraites (Composition en gris). En 1914, il repart en Hollande au chevet de son père mais est contraint d’y rester deux ans à cause de la guerre : il travaille alors sur l’opposition des éléments et la combinaison des notations géométriques. Il veut réduire la nature en signes, afin, selon lui, d’exprimer l’essentiel. (Jetée et océan, 1915). Mondrian travaille ensuite sur la couleur, fait des essais de superpositions et de lignes (Composition avec plan de couleur A et B, 1917) et imagine une structure linéaire organisatrice qui conduit à la grille modulaire all-over (dans neuf toiles, en 1918 et 1919).

C’est également en 1917 que, sous l’impulsion de Theo van Doesburg et avec la participation active de Piet Mondrian, parraît le premier numéro de la revue « De Stijl » (en néerlandais « le style »), une revue d’arts plastiques et d’architecture (publiée jusqu’en 1928) ayant profondément influencé l’architecture du XXe siècle (en particulier le Bauhaus et, par voie de conséquence, le style international). Outre Van Doesburg et Mondrian ce mouvement d’avant-garde transdisciplinaire a compris parmi ses membres les plus célèbres les architectes Jacobus Johannes Pieter Oud, le créateur de mobilier Gerrit Rietveld, les peintres et sculpteurs Bart van der Leck, César Domela, Friedrich Vordemberge-Gildewart, l’artiste-architecte El Lissitzky… Avec, ponctuellement, la participation de László Moholy-Nagy et Jean Arp.
De retour à Paris en 1919, Mondrian renonce à cette grille mettant en valeur le particulier alors qu’à cette époque il veut au contraire se tourner vers un principe général, qu’il nomme de l’équivalence plastique. Parallèlement, ses textes évoquent une société future parfaitement équilibrée où chaque élément trouve sa justification ; son utopie architecturale, basée sur une fusion généralisée (de la maison avec la rue, de la rue avec la ville…), va dans le même sens.

Mondrian, outre De Stijl, participe à toutes les manifestations de l’avant-garde européenne et en particulier aux groupes « Cercle et Carré » (1929 – initié par Joaquin Torres Garcia et Michel Seuphor) puis « Abstraction-Création » (1931 – initié par Auguste Herbin et Jean Hélion).
Il poursuit ses recherches sur le néoplasticisme, intègre dans ses compositions la notion de rythme après sa découverte du jazz, limite (dans les années 30) puis accentue le rôle de la couleur, notamment à partir de 1940 quand il s’installe à New York. A sa mort, en 1944, il laisse inachevé le Victory Boogie Woogie.

Jan Sluijters

Jan Sluijters (souvent orthographié en anglais « Sluyters »), né en 1881 à ‘s-Hertogenbosch et mort en 1957 à Amsterdam, est l’un des peintres figuratifs les plus importantes du XXème siècle aux Pays-Bas.
Avec ses amis-en-art Piet Mondiaan et Leo Gestel, il est l’un des premiers à rejoindre le modernisme à travers divers mouvements post-impressionnistes comme le fauvisme, le cubisme ou le luminisme, avant de s’installer dans un expressionisme coloré. Ses peintures comportent des études de nus, des portraits, des paysages et des natures mortes, sujets traditionnels qui qont le point de départ pour des expériences sur la couleur, la forme et la composition. Son entourage, en particulier sa femme Greet van Cootnen et ses enfants, sont aussi pour lui des sujets de prédilection.
Jan Sluijters, qui a obtenu en 1904 le Prix de Rome, a décrit son travail comme « une lutte avec la matière afin d’exprimer ce qui vit et grandit en moi ». Il a fait partie, durant les années 1915-25, de l’École de Bergen, avec notamment Leo Gestel, Matthieu Wiegman, Charley Toorop et le français Henri Le Fauconnier dont le cubisme modéré (mélange très personnel de réalisme et de cubisme) a été reçu avec beaucoup d’enthousiasme.
Vers la fin de sa vie, il a soutenu la nouvelle génération des peintres de CoBrA.

Bram et Geer van Velde

Abraham Gerardus van Velde, dit Bram van Velde, né le 19 octobre 1895 à Zoeterwoude, près de Leyde, mort le 28 décembre 1981 à Grimaud, est un peintre et lithographe néerlandais.
Sa mère est la fille illégitime d’un comte. Son père possède une petite entreprise de transport fluvial sur le Rhin. Bram est le second enfant (sa sœur Cornelia naît en 1892, son frère Geer en 1898, qui sera également peintre, et Jacoba, femme de lettres et traductrice, en 1903). En faillite et après de graves difficultés, le père abandonne les siens, laissant dans une grande misère les enfants et la mère qui « s’usera en lessives pour survivre ». Sa famille aura plusieurs domiciles, à Leyde, Lisse, puis La Haye, mais cette terrible misère qui les suit marquera profondément Bram. Ses quelques bonheurs sont liés à la peinture : à l’âge de cinq ans, l’enfant a reçu sa première boîte de crayons.
Bram van velde travaille à partir de 1907 chez un décorateur de La Haye et commence à exécuter aquarelles et dessins, consacrés à des scènes de la vie citadine. De 1922 à 1924, il est en Allemagne, à Worpswede, et connaît alors une brève période expressionniste (le Semeur ; Neige, 1923). Si la facture de ces tableaux et la richesse de leur matière rappellent celles des peintres germaniques, les thèmes rustiques et villageois sont analogues à ceux du groupe flamand qui se manifestait depuis quelques années.
Installé à Paris en 1925, Bram van Velde éclaircit sa palette et décante progressivement son style (Nature morte, 1925), créant une synthèse unique entre l’œuvre de Matisse, le Cubisme et l’Expressionnisme allemand.

Geer rejoint à Paris son frère aîné pour visiter l’Exposition des Arts Décoratifs et décide de se consacrer à la peinture. Jacoba le suivra peu après. En 1926, les deux frères élisent domicile au 2, sentier des Voisins à Bellevue. Bram et Geer, qui n’ont pas encore tranché dans leur démarche artistique personnelle, exposent alors trois fois (1928, 1929 et 1930) au Salon des indépendants. Les critiques qui les remarquent sont à compter sur le doigt d’une main.
Bram vit en Corse en 1930, puis à Majorque (1932-1936), d’où il sera chassé par la guerre civile. C’est dans les œuvres de Majorque que le passage à la non-figuration commence à s’effectuer, à partir de thèmes encore identifiables (Masques, 1934). En 1938, avant que la guerre n’oblige l’artiste à cesser toute activité, prend place une série de dessins de têtes réduites à leur schéma essentiel, cercle, triangle arrondi, où s’inscrit la cavité irrégulière de l’orbite. Ces formes et maintes dérivations reviendront fréquemment dans les œuvres postérieures.
Ayant recommencé à peindre en 1944, c’est en 1946 que la Galerie Mai organise à Paris la première exposition personnelle de Bram Van Velde, avec vingt-cinq peintures, la quasi-totalité de son œuvre. C’est un échec. En 1947, il signe pourtant un contrat avec la Galerie Maeght de Paris, où Geer expose également une quarantaine de toiles issues de son travail dans le midi, à Cagnes-sur-Mer où il a vécu de 1938 à 1944, se liant d’amitié avec Pierre Bonnard. En 1948 les deux frères exposent chez Kootz à New York – nouvel échec commercial, malgré une bonne critique de Willem de Kooning. Après une nouvelle absence d’acheteurs chez Maeght, Bram s’arrête de peindre pendant une année, puis Maeght rompt son contrat en 1952 après encore un nouvel échec, tout en conservant son stock d’œuvres.

Désormais le style de l’aîné va plutôt s’enrichir que vraiment évoluer. Techniquement, le métier s’est beaucoup allégé et l’huile est relativement abandonnée au profit de la gouache, souvent de grand format, dont la matité et l’absence de relief contribuent, par effet de contraste, à exalter l’ordonnance et le rythme coloré des surfaces, d’abord assez strictement définies (Peinture, 1950) dans une gestualité accentuée par l’abandon de référence au réel (Peinture, 1956).
Mais le lyrisme monumental qui émane de ces toiles et de ces gouaches ne va pas sans susciter aussi un sentiment d’angoisse. Cette puissance plastique, aussitôt édifiée, semble se défaire. Les formes, qui tendraient à quelque géométrie plus sereine, s’arrondissent et s’écroulent, impression accentuée par les coulures, véritables stigmates de l’acte de peindre (Peinture, 1961). Car Bram van Velde est tout en inquiétude, en hésitation, en doute, en timidité, en panique même. Par bonheur, le coloris requiert souvent l’exaltation dans des accords simples ou recherchés, sonores ou graves (Peinture, 1966).
C’est n’est qu’à la toute fin des années 1950 (il a plus de 60 ans) que la reconnaissance artistique arrive enfin. En 1958, Franz Meyer organise la première exposition muséale de Bram van Velde avec sa rétrospective à la Kunsthalle de Berne. Dès 1961, le rythme des expositions s’accélère, son niveau de vie s’en ressent. Un premier film de Jean-Michel Meurice est tourné sur sa vie. La France le nomme chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1964, les Pays-Bas lui décernent l’ordre d’Orange-Nassau en 1969. Aimé Maeght le reprend même dans sa galerie, près de vingt ans après l’avoir congédié.
Après 1970, on peut remarquer un dynamisme accru, un bousculement des rythmes formels et chromatiques dans un espace toujours aussi saturé dramatiquement.
Bram, qui avait abordé la lithographie en 1923 (Autoportrait), revient à cette technique beaucoup plus tard, surtout à partir de 1967, pour s’imposer comme un des premiers lithographes de son temps, travaillant aussi à l’illustration de livres (Maurice Blanchot, la Folie du jour, 1973).

Depuis 1948, Geer van Velde a rejoint la Nouvelle école de Paris et son travail reflète aussi cette démarche : les fractures d’un Poliakoff renvoient, en plus tourmentées, aux structures de Geer. Si la toile d’hier, Palette et pinceaux (1932-35) faisait penser aux dernières toiles d’un Nicolas de Staël, celle-ci « prend en compte » le travail d’une Vieira da Silva, ses vertigineux labyrinthes, ses puzzles de fines touches.
À l’occasion de la première Biennale de Menton, en 1951, Geer van Velde reçoit le Premier Prix de la ville en tant que peintre étranger. De 1952 à 1962, l’artiste va voyager et exposer à l’étranger, des Pays-Bas à la Suède en passant par la Suisse, l’Allemagne et l’Italie, le plus souvent dans des manifestations collectives autour de la Nouvelle École de Paris. En 1963, il est au Brésil pour deux expositions personnelles : à la Biennale de São Paulo et à Rio de Janeiro. Après un voyage en Irlande, il expose seul au Musée Galliéra de Paris puis à Cagnes-sur-Mer et Amsterdam. Ses voyages l’emmènent en Grèce, en Algérie et à Jérusalem, terres de soleil du sud. En 1973, la Biennale de Cachan s’ouvre sur un hommage à Geer et à Braque et, en 1976, il participe, au Musée des arts décoratifs de Paris, à la rétrospective des activités des Pierlot au château de Ratilly.
Geer van Velde, solitaire peu bavard qui aimait animer le silence par la musique de Webern, meurt à Cachan le 5 mars 1977. Avait-t-il atteint la sérénité ? Peut-être. « A soixante-douze ans », disait-il, « on commence à comprendre quelque chose ».

Bram meurt à Grimaud quatre ans plus tard.
Inséparables dans la vie, les deux frères se sont séparés dans l’art. Bram, écorché vif, part d’emblée à la conquête de la couleur, tord les formes, se dévoile instinctif, réactif et pulsionnel alors que Geer, qui ne regardera l’expressionnisme que de très loin, se montre plus réfléchi et plus analytique sans jamais être cérébral. L’expression de la couleur, chez lui, ne reflète pas un déchirement existentiel comme il en sera pour son frère. « Geer était armé et Bram désarmé », rappelle Jacoba. Et « Geer a toujours défendu Bram ».

Bram van Velde

Geer van Velde

Tinus van Doorn

Martinus Jacob van Doorn, dit Tinus, né en 1905 et mort en 1940, est un peintre hollandais et artiste graphique dans le style expressionniste.
Il naît en Indonésie. Sa famille retourne aux Pays-Bas quand il a huit et s’installe à La Haye. En 1924, il commence des études à l’Académie Royale d’Art, dont il sort diplômé en 1928. Il vit à Oegstgeest pendant un an, puis déménage à Rotterdam, où il rencontre et épouse la pianiste Annie Vermeulen, connue sous le surnom de « Akkie ».
Influencé par les œuvres de Marc Chagall et Franz Marc, il expérimente la forme et la couleur, qu’il considère être le convoyeur primaire du sentiment. Pour ses sujets, il commence avec des animaux, des paysans et des scènes bibliques ; passant ensuite à des vagabonds, des artistes de cirque et d’autres personnes en marge. Dans ses dernières peintures, la mort est un thème récurrent. Incapable de gagner un revenu stable uniquement avec ses peintures, il travaille également comme illustrateur.
Sa première exposition majeure a lieu au Stedelijk Museum en 1933. Cette même année, il déménage à Achterhoek, à proximité de la frontière allemande, et commence à être inquiet et déprimé au sujet de la situation politique. Il comprend qu’il ne sera plus autorisé à peindre comme il lui plait sous les nazis. En 1938, les troupes allemandes font des manœuvres menaçantes et il déménage en Belgique. En vain. En 1940, lorsque l’armée allemande occupe Bruxelles, Akkie et lui se suicident.

Reinier Lucassen

Né à Amsterdam en 1939, Reinier Lucassen a commencé au début des années soixante avec un travail étroitement aligné sur l’expressionnisme abstrait de CoBrA. Bientôt, cependant, il va prendre son propre chemin. Son thème est la relativité de la réalité. La réalité objective est remise en question, la vérité absolue n’existe pas. À travers la juxtaposition d’éléments de différentes époques, styles ou cultures, combinant le figuratif et l’abstrait, le contenu de ses peintures est ainsi très ambivalent : on peut toujours les interpréter de différentes manières. Lucassen est ainsi un représentant éminent de la Nouvelle Figuration, un mouvement qui veut donner une nouvelle impulsion à l’art figuratif sans avoir recours au réalisme. « Je veux faire une peinture à plat. J’essaie d’éviter toute suggestion spatiale dans une peinture – ce qui est la qualité de nombreuses peintures abstraites. Que ce soient des gens dans un paysage, des gens dans un intérieur, il reste en réalité un tableau plat. »
Depuis le début des années 1990, Lucassen intègre dans son travail des influences non occidentales. Il est intéressé par les capacités d’image de l’art primitif (comme celui des Aborigènes d’Australie), qu’il appelle une « expérience de réalité mythique » et trouve plus attrayante que la perception occidentale rationnelle.

Pat Andrea

« Je suis né en Hollande en 1942, en pleine guerre. Mes parents avaient tous les deux fait les beaux-arts. Mon père est devenu un peintre assez connu en Hollande et ma mère a été illustratrice jusqu’à mes huit ans. Je la voyais toujours dessiner à la maison. J’ai ça dans les gènes ! … »
Pat Andrea, peintre et sculpteur néerlandais, naît en 1942 à La Haye de l’illustratrice Metti Naezer et du peintre Kees Andrea. De 1960 à 1965, Pat Andrea étudie à l’Académie royale des beaux-arts de La Haye, où il fait la connaissance de celui qu’il considère comme son maître, le peintre Co Westerink. En 1977, Jean Clair l’invite pour l’exposition « La nouvelle subjectivité » au Festival d’automne à Paris avec, notamment, Jim Dine, David Hockney, Kitaj, Raymond Mason, Olivier O. Olivier. Tous partagent une même vision figurative alternative de la réalité contemporaine, sans aucune prétention théorique ou positionnement idéologique, portés simplement par un désir de peindre bien, de restaurer le rôle du peintre ainsi que ses techniques.
Il voyage en Amérique latine et séjourne à Buenos Aires, où il demeure plusieurs années. Lorsqu’il retourne en Europe, il s’installe à Paris où il rencontre Antonio Segui. Durant les années 1980, il illustre des magazines sur la culture, l’art et la littérature.

Au cours de la décennie 90, Pat Andrea fait plus de 70 expositions dans des galeries, des événements artistiques et des musées dans des villes telles que Chicago, New York, Buenos Aires, Mexico, Paris, Lyon, Nice, Bruxelles, Lisbonne, Madrid, La Haye et Utrecht. En 1994, il expose à New York dans la galerie Paolo Baldacci. Il expose à la galerie SEN à Madrid en 1998. Il est nommé professeur à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris.
Les expositions continues dans les années 2000. Les plus grandes collections d’art contemporain exposent son oeuvre : MoMA, Centre Georges Pompidou, FNAC, Museo Nacional de Bellas Artes de Buenos Aires, Haags Gemeentemuseum de La Haye, Fondation Maeght, Stedelijk Museum, etc.
De 2003 à 2006 il peint 48 toiles illustrant l’œuvre de Lewis Carroll Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir.

Se situant lui-même « entre Bacon et Balthus », Pat Andrea a développé une peinture figurative créant un univers ambigu et trouble. Dans son oeuvre, de grands personnages érotiques et inquiétants, souvent féminins, sortent tout droit de l’inconscient du peintre sur la toile. On y retrouve ses thèmes préférés : le sexe, la violence et la mort. En regardant les peintures de Pat Andrea, on assiste au huis-clos inquiétant entre des femmes et des hommes nus, des figures chancelantes et angoissées. La scène, ou plutôt la mise en scène, se passe habituellement dans une pièce aux traits géométriques, une chambre, un escalier… Ici pas de paysages : pour l’artiste « les paysages défont les relations humaines, je préfère les huis clos ». La figure du chien est également omniprésente dans l’oeuvre de Pat Andrea.
« Mon entourage artistique était plutôt sage, amoureux de la beauté des choses, de la poésie. Moi j’aspirais à être un peu plus hard. L’érotisme, la question de savoir comment représenter la violence m’intéressaient beaucoup plus. A l’époque j’admirais Jérôme Bosch. C’était une source d’inspiration pour moi. Comme pour lui, le monde de l’imaginaire, des rêves devenait la matière première de mon travail. Comment rendre compte de cet univers en ayant recours à des éléments visuels qu’on pourrait dire traditionnels. »

René Daniëls

René Daniëls (parfois écrit René Daniels) est né le 23 mai 1950 à Eindhoven. Il est considéré comme l’un des peintres hollandais les plus éminents de sa génération. Influencé par la culture underground des années 1970 et 1980, l’artiste est une figure majeure du post-expressionnisme. Des courants musicaux comme le punk, la new wave et la no wave exercent une forte influence sur son œuvre. Parallèlement, Daniëls entretient une relation très particulière avec Eindhoven et avec New York au cours des années 80, deux villes importantes dans le développement de son œuvre et de sa carrière. Dans son travail, il relie l’art et sa riche histoire à la littérature et à la vie quotidienne, en suivant les traces de, par exemple, Marcel Duchamp et René Magritte. Ambiguïté et double sens jouent un rôle important dans ce qu’il appelle « poésie visuelle ».
René Daniëls a achevé ses études à l’Académie royale des Beaux-Arts à ’s Hertogenbosch (Bois-le-Duc, Pays-Bas) en 1976. Au début des années 80, Daniëls participe à plusieurs expositions aux Pays-Bas et à l’étranger et acquiert une notoriété internationale. Il utilise pour la première fois le motif du nœud papillon dans un projet d’affiche pour le Holland Festival en 1984. Ensuite, le nœud se transforme en un espace avec une forte perspective, deux murs latéraux et un mur de fond. Mais, en 1987, à l’âge de 37 ans, il est affecté par une hémorragie cérébrale qui l’empêche de peindre pendant presque deux décennies. Il ne revient dans son atelier qu’en 2006, sur de plus petits formats et à l’aide de feutres et de bombes de peinture.

Marlene Dumas

L’art de Marlène Dumas est unique. Sa démarche, anachronique pour certains, utilise depuis plus de trente-cinq ans la peinture figurative comme outil d’expression. Et s’il est vrai qu’elle s’écarte des tendances majeures de l’art contemporain de ces dernières décennies, sa démarche n’en demeure pas moins surprenante. Née en Afrique du Sud en 1953, hollandaise d’adoption, elle jouit d’une liberté d’expression incroyable. Aussi, l’artiste affronte les tabous de la société: l’apartheid, les inégalités sociales, la mort, l’érotisme ou encore la perversité. C’est en puisant dans son expérience personnelle qu’elle tente d’aborder les horreurs qui prennent place dans nos sociétés. Ces sujets sont pour la plupart du temps lu à travers le prisme du corps (identité). Elle accorde une place prépondérante à la figure au détriment du second plan.
Marlene Dumas doit son nom aux descendants de huguenots français qui se sont établis au XVIIe siècle en Afrique du Sud, en même temps que les colons hollandais. Fille d’un vigneron de Kuils River, un village éteint de la province du Cap, elle fait partie des quelques Afrikaners qui ont préféré quitter le pays plutôt que de vivre sous l’apartheid. Elle avait 23 ans. C’était en 1976, l’année des émeutes écolières de Soweto réprimées dans le sang.
Arrivée aux Pays-Bas, cette grande blonde aux cheveux bouclés s’inscrit dans les Ateliers 63, à Haarlem, puis en psychologie à l’université d’Amsterdam. Loin de la censure de l’apartheid, elle se retrouve plongée dans une capitale pop et libertaire. Dans les musées, elle s’initie à l’art classique européen. La télévision, qui n’est autorisée qu’en 1976 en Afrique du Sud, déverse son flot d’images. Et dans les rues du Quartier rouge, elle est fascinée par une pornographie inconnue chez les protestants puritains de sa campagne.
« Je n’ai jamais dessiné un arbre de ma vie », dit-elle. Allant à contre-courant et sans faire partie d’aucun groupe, elle décide en 1984 d’abandonner l’abstraction de son époque, pour retourner à l’expressionnisme de ses dessins d’enfant. Elle ne peint plus que des visages et des corps.
Elle expose en 1985 des portraits à la galerie Paul Andriesse, à Amsterdam, à qui elle est restée fidèle. Elle rencontre un cousin de son galeriste, Jan Andriesse, un artiste abstrait, né comme elle dans une ancienne colonie néerlandaise – l’Indonésie. Elle élève avec lui, sur deux bateaux amarrés sur la rivière Amstel, leur fille Helena, née en 1989.
Ses toiles et dessins se distinguent par leur contenu politique et leur message fort. Alors que beaucoup d’artistes occidentaux se perdent dans des questions de pure forme, elle n’hésite pas à provoquer sur des thèmes contemporains. Avec une grande économie de moyens, souvent de l’encre de chine sur papier, elle traite des différentes facettes de la condition humaine : passion, violence, racisme, religion, sexe, mort…
Sa toile Le visiteur, de 1995, s’est vendue 6,3 millions de $ en 2008 – record de l’artiste et pour une peintre femme vivante (Joan Mitchell et Georgia O’Keeffe se vendent plus cher).

Robert Zandvliet

Robert Zandvliet, né en 1970, est sans doute l’un des peintres les plus marquants de sa génération aux Pays-Bas. Dans sa manière de faire et de penser, il puise ses références artistiques dans la tradition hollandaise. Il s’inspire d’œuvres du passé (paysages), des maîtres modernes classiques (Van Gogh, Picasso, Mondrian, Pollock) ou encore de scènes de notre quotidien (écran de cinéma, autoroutes, rétroviseur, hublot), il élabore une œuvre originale où les images se situent toujours à mi-chemin entre abstraction et figuration. Peints avec de larges brosses industrielles, chacun de ces tableaux résulte d’un long processus de réflexion et d’analyse. Tout en soulevant des questions sur la représentation, l’histoire, la réalité, sans oublier le pouvoir de séduction des compositions, du traitement de la couleur et de la touche, le postulat de sa méthode de travail reste le « Comment peindre ? ».
Il a remporté le Prix de Rome en 1994. Il vit et travaille à Rotterdam.

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