Paul Delvaux

Paul Delvaux, fils de l’avocat Jean Delvaux et de Laure Jamotte naît le 23 septembre 1897 à Antheit, près de Huy. Tour à tour post-impressionniste, expressionniste puis surréaliste, ce peintre belge connut, de son vivant, une célébrité liée à l’engouement pour le Surréalisme et la psychanalyse. Paris lui consacra une magnifique rétrospective en 1991, trois ans avant sa mort. Depuis, la renommée internationale de l’artiste n’a pas faibli, sa cote sur le marché de l’Art reste élevée : son tableau Les mains, de 1941, s’est vendu 6,6 millions de $ en 2011 – tandis que Le nu au mannequin de 1947 a été adjugé pour 5,4 millions de $ en 2012.

Subissant l’ascendant de sa mère (femme autoritaire et, dira-t-on, castratrice), Paul Delvaux est élevé dans la crainte du monde féminin. Il a également subi l’influence de son meilleur ami, éminent artiste peintre lui aussi, Émile Salkin, qui l’a entraîné à dessiner et l’a notamment amené au musée d’histoire naturelle de Bruxelles, où ils ont tous deux dessiné et peint des squelettes.
Après des études à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles où il se forme au dessin avec le peintre symboliste Jean Delville et à la peinture décorative avec Constant Montald. Son univers favori est la gare de chemin de fer (« Trains du soir »). Il expose en 1924 avec le groupe « Le Sillon », qui rassemble des artistes post-impressionnistes. Son oeuvre traverse ensuite une brève période expressionniste, qui témoigne de son admiration pour Constant Permeke, Gustave De Smet et James Ensor (Le couple, 1931). Mais, bien qu’il ait déjà signé des chefs-d’œuvre reconnus comme tels, il ne vend pas. En 1928, 1929 et 1930, il se cherche, veut changer de style mais ne trouve pas. Il va détruire cinquante de ses tableaux de cette époque. Il n’aime pas et n’aimera jamais ses productions de ces années-là.

La révélation

Au début des années 1930, Delvaux trouve enfin son inspiration dans ses visites à la Foire du Midi de Bruxelles, où le Musée Spitzner, une attraction de curiosités médicales, présente en devanture des squelettes et une Vénus mécanique dans une embrasure encadrée de rideaux de velours rouge. Ce spectacle captive Delvaux, lui fournissant des motifs qui apparaîtront tout au long de son travail ultérieur.

C’est en 1934, toujours au Palais des Beaux-Arts – lieu des révélations – que Paul Delvaux découvre l’œuvre de Giorgio de Chirico, notamment « Mélancolie et mystère d’une rue », à l’exposition du Minotaure, où sont également réunies des toiles de Ernst, Dali et Magritte. Car c’est bien de Chirico, plus que Magritte et le surréalisme, qui a été l’initiateur qui (…) a amené Delvaux à voir et à donner à voir la poésie dans la peinture. Il n’a d’ailleurs jamais adhéré au mouvement surréaliste (il expose néanmoins avec eux à Paris en 1938). Il n’en a pas moins créé, à partir de 1935, une série d’œuvres d’une unité si profonde que n’importe lequel de ses tableaux se reconnait au premier coup d’œil.
Élu correspondant de l’Académie royale de Belgique (classe des Beaux-Arts) le 5 juillet 1956 ; membre, le 3 juillet 1958. Paul Delvaux a reçu une faveur nobiliaire du roi des Belges mais il n’y donna pas suite.
Dans le village de Saint-Idesbald, sur la côte belge où il a vécu longuement à partir de 1945, on trouve, depuis 1982, un musée privé qui lui est consacré. Attenant à la Fondation Paul Delvaux, fondée de son vivant par l’artiste lui-même, ce musée renferme la plus importante collection au monde de toiles, dessins et estampes du peintre.

Thèmes récurrents

Les femmes, omniprésentes, sans guère de variantes, presque toujours nues, muettes, esquissant un geste – sorte de synthèse entre l’Ève charnelle et la Vierge : dans le monde de Delvaux, les femmes nues au visage inexpressif sont l’objet d’une fascination émerveillée et inquiète, elles attirent et repoussent, et offrent leur sexualité avec une évidence tranquille, comme une promesse ou un rêve d’étreinte jamais accomplie ;
les trains et les gares, simplement parce qu’il les trouvait beaux ;
les temples « à cause de mon professeur de poésie qui me les a fait aimer » et à cause de Chirico ;
les squelettes (le squelette de la salle de musée où se donnait le cours de musique à l’école primaire et qui l’effrayait, celui qui voisinait avec l’écorché et La Vénus endormie au Musée Spitzner et qui le fascinait, celui qu’il dessine pendant la guerre au Musée d’Histoire naturelle de Bruxelles, celui qui est avant tout la charpente de l’être vivant, l’essence architecturale de l’homme), qui parfois s’animent et deviennent acteurs à part entière – souvent plus vivants que ses personnages aux poses de statues ;
les savants, inspirés par Otto Lidenbrock, le minéralogiste de Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne ;
Paul Delvaux lui-même, présent dans de nombreux tableaux, souvent nu, jeune homme ou encore enfant (La visite, 1939), comme un personnage égaré par rapport à la scène qu’il représente.
Le climat général, lui, est créé par le décor, temples, colonnades, arcades, places, perspectives (de Chirico n’est jamais loin), gares, rues, nuit, lampadaires – avec des anachronismes contribuant à l’Atemporalité et à l’Intemporalité des ses œuvres.

Alors, bien sûr, la peinture de Delvaux n’est pas moderne. Peinture figurative, empruntant aux perspectives et à l’équilibre architectural de la Renaissance, peinture immobile et paisible, à l’aspect lisse, appliqué, réaliste dans le plus petit détail, toute en harmonie, elle n’en dégage pas moins une atmosphère poétique tout à fait unique. Comme il fait bon, dès lors, se perdre dans ses tableaux ! D’ailleurs, Delvaux disait vouloir « peindre un tableau fabuleux dans lequel je vivrais, dans lequel je pourrais vivre ». En 1983, il ajoutait : « J’ai toujours eu une grande joie à peindre et j’ai vécu tous mes tableaux pendant que je les exécutais ». Et cette démarche, sincère, profondément authentique, se ressent. Car ce peintre, qui mourut à presque 100 ans, a toujours conservé cette âme d’enfant sensible et imaginatif, fasciné par les trains, passionné par la lecture de Jules Verne et par le monde gréco-latin enseigné par son professeur.

Même en amour, il resta attaché à sa jeunesse, épousant sur le tard son « coup de foudre » de jeune homme auquel il avait dû renoncer sous l’emprise parentale : Anne-Marie de Maertelaere, qu’il épouse en 1951. Ils ne se quitteront plus.
C’est le jour où celle qu’il surnommait Tam est morte, le 21 décembre 1989, que Paul Delvaux a rangé définitivement crayons et pinceaux. Il faut dire qu’il avait alors 92 ans et que sa vue baissait – ce qui ne semble pas l’avoir angoissé plus que ça : « Je ne vois plus bien mes toiles. Mais il y a tant d’autres choses dans la vie. Boire un bon verre de vin, par exemple. Il n’est pas nécessaire de bien voir pour ça ». En 1992, il confirmait : « Je ne vois plus et je n’entends plus, mais vivre m’intéresse toujours ».

Il est mort le 20 juillet 1994, paisiblement, dans sa maison de Furnes.
Il avait 96 ans.

Galerie

Voici maintenant, pour le plaisir, réunies plus de 150 œuvres de cet artiste dont Jacques Sojcher, écrivain belge, parlait en ces termes : « Paul Delvaux n’a jamais aimé les étiquettes, les classifications. Pour lui chaque artiste est singulier, irréductible à un système, à une école, à un isme. Il admire, avec la modestie d’un artisan et la sensibilité d’un poète, Van Eyck, Piero della Francesca, Botticelli, Le Titien, Vélasquez, Rembrandt, Georges de la Tour, Ingres, Cézanne, Picasso, de Chirico et, plus proches de nos terres et de nos cieux, Ensor, Permeke, Gustave de Smet. Sa peinture est, elle aussi, exercice d’admiration, transformation du monde de son enfance, de son adolescence en tableau fabuleux. C’est une mémoire devenue passé absolu, éternisé, affranchi du temps, un cortège à l’arrêt de personnages, de monuments, d’objets familiers devenus figurants, figures du mystère, poésie. »
Je vous invite à entrer dans le monde onirique de Paul Delvaux – car c’est bien de rêve qu’il s’agit, où les émotions transmises se mêlent d’un sentiment d’étrangeté et de distance…

En bonus, voici une petite pépite : un « clip » réalisé par le génialissime Jean-Christophe Averty sur la chanson du non moins génialissime Serge Gainsbourg L’hôtel Particulier issu du mythique album Melody Nelson – avec l’utilisation de plusieurs tableaux de Paul Delvaux (non, non, ne me remerciez pas, ça me fait plaisir…).

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