Suzanne Valadon

Suzanne Valadon, pseudonyme de Marie Clémentine Valadon, est une artiste peintre française. fille de Madeleine Valadon, lingère, et d’un père inconnu, elle naît le 23 septembre 1865 à Bessines-sur-Gartempe dans la Haute-Vienne. Madeleine s’installe à Paris en 1870. Un Paris assiégé par les Prussiens. Elles habitent dans un logement ouvrier du boulevard de Rochechouart. Les temps sont difficiles, Madeleine trouve un emploi de femme de ménage dans une maison bourgeoise de la place Saint-Georges, le jour, et de repasseuse la soirée. Les femmes pauvres n’ont aucun droit, elles travaillent comme des esclaves.

Marie-Clémentine est renvoyée de l’école des bonnes sœurs pour cause d’indiscipline. Elle travaille, change souvent d’emploi. En 1877, elle emménage au 8 rue du Poteau avec sa mère. Elle se rend au Moulin de la Galette pour y écouter les chanteurs. Elle ne rêve pas de richesse, mais d’une vie meilleure. Elle adore se rendre au cirque Fernando, au 63 boulevard de Rochechouart, celui que Degas et Toulouse-Lautrec ont aimé fréquenter et peindre. En 1880, elle veut devenir acrobate, une mauvaise chute d’un trapèze l’en empêche. Dans son lit, elle dessine.
Elle fait la connaissance d’un aristocrate espagnol, peintre, journaliste, architecte, Miguel Utrillo y Molins, un des premiers à s’intéresser à un jeune inconnu, Picasso. Leur relation dure près de trois ans. Elle tombe enceinte. Maurice naît le 26 décembre 1883. Elle ne dira jamais qui est le père biologique mais en 1891 Miguel accepte de reconnaître l’enfant – qui prend donc le nom de Maurice Utrillo.

Modèle des grands peintres

Belle, la jeune Suzanne Valadon l’est incontestablement, et les peintres du tout Paris, et même de plus loin, ne s’y sont pas trompés. Sourcils marqués encadrant parfaitement son regard, chevelure épaisse et un peu indisciplinée, une peau lisse et s’enflammant à la moindre agitation… Une muse idéale en cette époque où les peintres cherchaient des visages marquants, des allures remarquables et une grâce certaine.
Dès ses quinze ans, elle fréquente le monde influent des artistes qui immortalisent dans leurs toiles les atmosphères riantes de Montmartre et les bals populaires organisés aux abords des guinguettes qui ponctuent les bras de la Seine, à Chatou comme à Bougival. Sa beauté attire leur regard et, devenue leur modèle, elle les observe en posant, apprend ainsi leurs techniques.
C’est en 1880 qu’elle pose pour un premier artiste, Jean-Jacques Henner, avant de prêter ses traits à d’autres grands noms. Ainsi, elle attire Puvis de Chavannes dans ses filets, qui ne tarde pas à tomber sous son charme et partager sa couche durant sept ans. Jouant de ses charmes dès son plus jeune âge (elle n’a que quinze ans quand elle pose pour la première fois), elle découvre qu’offrir son visage, son corps, à la palette des artistes représente un moyen intéressant de gagner sa vie. Comme la Nana de Zola, elle est désirée de tous, réclamée de toute part, pour sa beauté, son charme, sa prestance.
Auguste Renoir l’immortalise les cheveux ramassés en un sage chignon, en train de virevolter avec un cavalier, ou tressant son épaisse crinière rousse. Sous ses jolis traits, pointe cependant un petit air mutin et sûr de soi qui ne trompe pas le maître impressionniste, mais qui aiguillonne sa pratique.
Dans des teintes plus sombres, Henri de Toulouse-Lautrec garde en mémoire une Suzanne Valadon attablée face à un verre de vin, la mine boudeuse, ou vêtue d’une austère robe mauve à collet monté – ils seront également amants. Degas la croque à sa toilette et dans des tubs.

Peintre à son tour

Suzanne Valadon n’est pas seulement dotée d’une grande beauté, elle a également l’esprit vif, et sait tirer rapidement son épingle du jeu dans le milieu des artistes parisiens, parvenant à se faire un nom en peignant à son tour, après avoir observé des heures durant, la technique de ceux qui l’immortalisaient pour l’éternité sur leurs toiles.

C’est Degas qui, le premier, remarque ses dessins et va jusqu’à les acheter. Il l’encourage à persévérer et à devenir peintre. Il est un précieux soutien, sans doute le seul. Il dit d’elle : « cette diablesse a le génie du dessin ». Grâce à lui, Suzanne Valadon est la première femme admise à la Société Nationale des Beaux-Arts, en 1994. Elle se lance alors, enthousiaste, dans une carrière de peintre et connaît un certain succès, réussissant à se mettre à l’abri des difficultés financières de sa jeunesse, et pourvoyant aux besoins de son fils.
Degas étant également collectionneur, elle découvre chez lui des chefs-d’œuvre, Ingres, Delacroix, Courbet, Corot, Manet, Pissarro, Morisot, Cassatt, Renoir, Sisley, Gauguin, Cézanne et van Gogh. Le musée idéal pour apprendre. Degas l’incite à regarder autour d’elle. Elle a trouvé un père. Un respect mutuel.
Suzanne Valadon peint des natures mortes, des bouquets et des paysages remarquables par la force de leur composition et leurs couleurs vibrantes. Elle est aussi connue pour ses nus. Ses premières expositions au début des années 1890 comportent principalement des portraits, dont celui d’Erik Satie avec qui elle a une courte relation en 1893.
Perfectionniste, elle peut travailler plusieurs années ses tableaux avant de les exposer. Autodidacte, elle n’en a que plus de talent. Elle dessine depuis l’adolescence. Elle a le trait agile et expressif. Elle dessine ce qu’elle voit, à chaque fois en apportant une touche unique, la patte de l’artiste. Suivant les préceptes de Degas, elle dessine « d’un seul jet et sans retour ». Saisir l’instantané. Elle est réaliste, elle n’enjolive pas. Elle ne décore pas, elle s’exprime.
La peintre trouve dans la galeriste Berthe Weill une autre alliée solide qui soutient son travail. La marchande fait ainsi participer l’artiste à près de dix-neuf expositions entre 1913 et 1932, dont trois rétrospectives personnelles.

Le trio infernal

Issue d’un milieu social défavorisé, Suzanne conquiert l’émancipation féminine et sociale. Dans le milieu artistique de l’époque, la peintre Suzanne Valadon fait figure de folle, voire de prostituée, une étiquette qui la suit toute sa vie.
En 1896, elle se marie à un riche agent de change, Paul Moussis. Après 13 ans de mariage, elle divorce en 1909, rencontre alors André Utter, un ami de son fils Maurice, avec lequel il peint – il a trois ans de moins que Maurice et vingt ans de moins que Suzanne. De 1909 à 1926, le « trio infernal » (ainsi qu’ils sont rapidement surnommés) habite au 12 rue Cortot où Suzanne a un atelier (aujourd’hui siège du musée de Montmartre), qu’elle partage avec eux. Suzanne épouse André en 1914. Cette union, houleuse, dure près de trente ans durant lesquels ces trois peintres auront marqué les esprits de la butte Montmartre, mêlant tensions, passions et énergie créatrice.

Suzanne et André gèrent habilement la carrière de Maurice qui rencontre une gloire inespérée lors d’une vente aux enchères, en 1914, où ses toiles atteignent des sommes importantes pour l’époque. Mais, perdu dans l’alcool, il se replie dans son univers. Quand Suzanne comprend que la veine artistique de son fils s’épuise, elle relance sa propre carrière (jusque là, elle s’était effacée devant lui, faisant tout pour imposer son talent). Bien que certainement jaloux de l’art de sa mère, Maurice écrit néanmoins en juin 1921, à Berthe Weil : « … Les toiles de ma mère, c’est toujours pour moi un immense plaisir de voir ou de revoir les admirables œuvres qu’elle peint avec tant de génie, c’est une artiste de tout premier ordre qui peint merveilleusement bien et avec tant de sincérité ».

En 1923 Suzanne achète avec Utter le château de Saint-Bernard, au nord de Lyon, pour couper son fils de ses penchants pour l’alcool (qui ont obligé à plusieurs internement, dès 1912 à Sannois, puis en 1914, à Villejuif – il aura néanmoins peint près de 5000 tableaux durant sa vie !).

Suzanne Valadon meurt le 7 avril 1938, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque. Elle est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen. Ses œuvres sont conservées dans de nombreux musées, dont le Musée national d’Art Moderne à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, le Musée de Grenoble, le Musée des Beaux-Arts de Lyon. Une exposition permanente lui est dédiée à Bessines-sur-Gartempe (Haute-Vienne), sa ville natale.

Galerie

Suzanne Valadon fut une femme indépendante, fière de sa liberté qu’elle place au-dessus de tout. Son art est celui d’une femme libérée des mièvreries de son époque. Aucune idéalisation, aucun compromis, aucune complaisance, aucune méchanceté ironique non plus, juste le réel passant sous son regard surpris. « Il faut être dur avec soi, avoir une conscience, se regarder en face. » La seule façon d’avancer dans la vie qui n’est jamais facile. C’est une femme moderne. Tout comme sa peinture.

0 personne a aimé cet article
Ce contenu a été publié dans Europe, Peinture. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*