La peinture polonaise du XXe siècle à nos jours

Restons à l’Est de l’Europe. Après la Russie, l’Ukraine et les Pays baltes, voici encore un gros morceau : la Pologne – avec une production picturale, aux XXe et XXIe siècles, particulièrement riche.

Mais commençons par un peu d’histoire.
Le premier royaume de Pologne est fondé en 1025. En 1569, une association politique liant ce royaume au grand-duché de Lituanie, par l’union de Lublin, donne naissance à la république des Deux Nations, une monarchie élective. Celle-ci est dissoute lorsque, entre 1772 et 1795, le territoire de la Pologne est partagé entre la Prusse, l’Empire russe et l’Autriche. C’est en 1918, après la Première Guerre mondiale, que la Pologne retrouve son indépendance et qu’elle devient une république.
Le 1er septembre 1939, à la suite de la signature du Pacte germano-soviétique, son invasion par le Troisième Reich est l’événement déclencheur de la Seconde Guerre mondiale ; deux semaines plus tard, l’allié soviétique de l’Allemagne passe également à l’attaque, prenant ainsi l’armée polonaise en tenaille : la défaite est rapide, avec des pertes importantes de part et d’autre en dépit de la brièveté de l’affrontement, et le pays est de suite partagé entre les deux assaillants. En 1941, l’Allemagne repousse son ancien allié soviétique jusqu’à Moscou et occupe seule l’ensemble du territoire polonais, qui est asservi et devient notamment, avec l’Ouest de l’Union soviétique, le lieu de meurtres de masse commis par les nazis (en tout, la terreur nazie fait périr trois millions de Polonais catholiques et autant de Polonais juifs).
De janvier 1944 à janvier 1945 (après l’insurrection de Varsovie, réduite par les nazis au prix de la mort de 200 000 personnes et la destruction à plus de 80% de la capitale polonaise), l’Armée rouge reprend le territoire polonais aux nazis et un gouvernement provisoire est formé sous le contrôle de l’Union soviétique, qui fait de la Pologne d’après-guerre l’un de ses États satellites. La répression qui se déroule alors, sur ordre de Staline, surtout après 1947, est brutale. Elle touche des Polonais de tous ordres, jusqu’aux cadres du Parti ouvrier polonais, comme Władysław Gomułka, arrêté en 51. En 1952, la république de Pologne est rebaptisée « république populaire de Pologne ». Après la mort de Staline, la Pologne connaît un dégel progressif, d’autant qu’en juin 1956, un soulèvement ouvrier à Poznań oblige les Soviétiques à accepter l’arrivée au pouvoir d’un communiste réputé réformateur (en partie à tort).
Dans les années 1970 et 1980, de violentes révoltes éclatent à nouveau dans le pays. En 1980, naît le syndicat indépendant Solidarność (Solidarité), dirigé par Lech Wałęsa, d’abord interdit, puis, reconnu à contre-cœur par les autorités. Celui-ci regroupe vite plusieurs millions d’ouvriers soutenus par les intellectuels réformateurs. Le général Wojciech Jaruzelski déclare la loi martiale dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981 : la plupart des leaders du syndicat sont internés pendant plusieurs mois. La mort de Brejnev en novembre 1982 à Moscou anticipe leur libération (Lech Wałęsa est d’ailleurs libéré le jour des funérailles de l’ancien maître du Kremlin). Malgré l’instauration de l’état de siège, le pouvoir communiste ne parvient pas à étouffer la fronde syndicale et les revendications populaires, les grèves et les manifestations ne faisant que s’amplifier d’année en année.
En 1989, le gouvernement communiste est tenu en échec lors de premières élections semi-libres ; il doit céder la place et une république parlementaire est restaurée ; dans la décennie et demie qui suit, la Pologne rejoint l’Alliance atlantique puis l’Union européenne.
Depuis, la vie politique du pays est assez chaotique, avec notamment la mort du président de la république en exercice Lech Kaczyński (dont le frère jumeau Jarosław Kaczyński, est alors le premier ministre !), le 10 avril 2010, dans un accident d’avion près de Smolensk, en Russie, alors qu’il se rend à la commémoration du massacre de Katyń, commis par les Soviétiques en 1940 (avec lui périssent les membres les plus éminents du gouvernement polonais et de l’opposition, des dignitaires civils et religieux – ce qui bouleverse profondément le paysage politique du pays). Actuellement, ce sont des conservateurs eurosceptiques qui sont au pouvoir, dans un pays qui se veut un important acteur régional, notamment compte tenu de son importante démographie (38 millions d’habitants, 8ème pays d’Europe).

Début du XXe siècle

On l’a vu, lorsque débute le XXe siècle, le territoire de la Pologne est partagé, depuis 1795, entre la Prusse, l’Empire russe et l’Autriche. Après la guerre austro-prussienne de 1866, l’Autriche a accordé l’autonomie à la province galicienne en échange de la loyauté polonaise. Cracovie redevient le symbole national d’une Pologne qui n’a pas d’État. Les Autrichiens étant moins durs que les Russes ou les Prussiens, Cracovie peut s’épanouir et redevenir le centre culturel et artistique de la Pologne – avec le droit d’utiliser la langue polonaise dans les écoles et dans les tribunaux ou la réouverture de l’Université Jagellonne, fondée en 1364. L’Académie polonaise des Arts et des Sciences y est créée en 1973. De célèbres peintres, écrivains et poètes viennent travailler à Cracovie : Jan Matejko (considéré comme le plus grand peintre historique polonais de tous les temps), Stanisław Wyspiański (dramaturge, poète, peintre – élève de Matejko -, metteur en scène, architecte et ébéniste), Stanisław Ignacy Witkiewicz, dit Witkacy (dramaturge, philosophe, pamphlétaire, peintre, photographe et romancier), Stanisław Przybyszewski (écrivain, dramaturge et poète), Jan Kasprowicz (poète et dramaturge), Juliusz Kossak et son fils Wojciech Kossak (peintres de scènes historiques, de batailles célèbres), sans oublier Jacek Malczewski, qui fut également élève de Matejko et reste comme un des plus important représentant du symbolisme au tournant du siècle. Cracovie devient ainsi le principal centre du modernisme polonais.

Mloda Polska

C’est le mouvement de la Jeune Pologne (Młoda Polska) (1890-1918), qui touche les arts visuels, la littérature et la musique, qui reflète le mieux le rôle de Cracovie dans le développement de la vie intellectuelle polonaise à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Cracovie est alors un centre artistique de premier plan, attirant les meilleurs talents créatifs. Elle a son École des Beaux-Arts, renommée Académie en 1900.
En 1897, une société élitiste d’artistes polonais, « Sztuka » (Art), réunit la communauté de l’Académie autour de son programme artistique, et compte comme membres Théodor Axentowicz (qui devient recteur de l’Académie en 1910), Józef Chełmoński, Julian Fałat, Jacek Malczewski (professeur aux Beaux-arts de 1896 à 1900, puis de 1912 à 1921), Józef Mehoffer, Jan Stanisławski, Włodzimierz Tetmajer, Leon Wyczółkowski et Stanisław Wyspiański.
Parmi les peintres de la jeune Pologne, outre ceux déjà cités, mentionnons Olga Boznańska, Konstanty Brandel, Józef Pankiewicz (un des peintres polonais les plus important de cette première moitié de siècle, que l’on retrouvera plus loin, en inspirateur des Kapistes), Ferdynand Ruszczyc (né en actuel Bélarus, il s’installe après 1908 à Vilnius), Kazimierz Sichulski, Władysław Ślewiński (il rencontre Gauguin en 1889 et une amitié se crée entre les deux hommes ; en 1890, il le suit en Bretagne ; après son retour en Pologne en 1905, il revient en France en 1910 et s’installe à Pont-Aven), Wojciech Weiss (devenu membre de la sécession de Vienne, il est l’un des premiers créateurs d’affiches polonaises Art Nouveau ; à la fin de sa vie, il apporte plusieurs contributions importantes aux peintures du réalisme socialiste en Pologne) ou Witold Wojtkiewicz.
Durant cette période, il n’y a pas de tendance écrasante dans l’art polonais. Les peintres et les sculpteurs sont tentés de poursuivre les traditions romantiques avec de nouvelles formes d’expression popularisées à l’étranger. La tendance la plus influente est l’art nouveau, bien que les artistes polonais aient commencé aussi à chercher une forme de style national (comme le style Zakopane). On peut d’ailleurs, à ce propos, parler de Fryderyk Pautsch ou Wlodzimierz Tetmajer, déjà cité – des peintres que l’on peut qualifier de folkloriques – avec une fascination pour les villages polonais très colorés.

Période inter-guerre

Formisme vs Colorisme

Alors que la Pologne a retrouvé son indépendance (depuis 1918), l’art de la période entre les deux guerres mondiales est dominé, en particulier à Cracovie, par deux tendances stylistiques « opposées », le formisme et le colorisme.

Le formisme

Avec son intérêt pour la forme, le formisme s’inspire à la fois du cubisme, de l’expressionnisme et du futurisme italien. Comme membres de cette mouvance, on peut citer Leon Chwistek, Tytus Czyzewski, Jan Hrynkowski, les frères Andrzej et Zbigniew Pronaszko, Konrad Winkler ou Stanisław Witkiewicz (dit Witkacy).

Le colorisme et le « Comité de Paris »

Le « Comité de Paris » (Komitet Paryski, soit KP, d’où découle le surnom de Kapistes donné à ses membres) est créé en 1923 à l’initiative de Joseph Czapski (peintre, écrivain, essayiste et critique d’art qui a traversé le XXe siècle – il meurt en 1993 à 97 ans -, combattant comme officier de la cavalerie polonaise au cours de la Seconde Guerre mondiale, et est l’un des rares survivants des massacres d’officiers perpétrés en 1940 par l’Union soviétique – massacre de Katyń) pour aider de jeunes peintres à aller étudier à Paris. L’année suivante, Jan Cybis et sa femme Hanna Rudzka-Cybisowa, Artur Nacht-Samborski, Józef Jarema (en 1951, il s’installe définitivement à Nice et se tourne vers l’abstraction), Piotr Potworowski, Janusz Strzałecki et Zygmunt Waliszewski (mort à 39 ans des suites de la maladie de Buerger qui l’avait vu être amputé des 2 jambes 6 ans plus tôt) partent pour Paris – où l’atelier de Jozef Pankiewicz est leur point de chute et de ralliement.
Pour ces coloristes, inspirés par Pankiewicz, la couleur est plus importante que la conception ou le message. Fondamentalement ils essaient de ne pas utiliser la couleur noire, et surtout des couleurs chaudes. Ils peignent d’une manière simple, en évitant le symbolisme, l’ambiguïté et toute influence historique.

Jozef Pankiewicz

Le colorisme en Pologne doit en effet beaucoup à l’art de Jozef Pankiewicz, fasciné par la peinture française – Monet, Bonnard, Cézanne -, mais aussi par l’art de Whistler, et qui a développé, chez ses disciples, un culte de la peinture basée sur un « jeu de couleurs ». Pankiewicz a exposé ses peintures et ses dessins dans plusieurs salons parisiens, dont le Salon d’automne (1904, 1907, 1909, 1919) et les Salons des indépendants (1911, 1912). En 1906, il est nommé professeur de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. À partir de 1908, il passe ses vacances en France, à Concarneaux, Saint Valery en Caux, Collioure, Saint-Tropez, Vernon ou Giverny. Pendant les vacances d’été en 1909-1910, il partage un studio à Saint-Tropez avec Pierre Bonnard. C’est l’influence de ce dernier qui pousse Pankiewicz à étendre sa palette et à introduire un système de couleurs fauvistes fort, saturé et juxtaposé de manière contrastée – à accorder une importance primordiale à la composition des couleurs de ses toiles. Pendant la Première Guerre mondiale, il reste en Espagne. En 1922, il a sa première exposition personnelle, à la Galerie Bernheim-Jeune à Paris. En 1923, l’artiste reprend ses cours à l’Académie de Cracovie et continue à diriger la branche de Paris de l’école entre 1925 et 1937, année où il prend sa retraite, à 71 ans. Il meurt trois ans plus tard, près de Marseille.

Guilde des artistes Jednoróg

À Cracovie, un autre groupe a été actif entre 1925 et 1935, la « Guilde des artistes Jednoróg », avec Eugeniusz Eibisch (Eugène Ebiche, qui s’installe à Montparnasse en 1922), Felicjan Kowarski, Jan Hrynkowski, Jan Rubczak, Leonard Pekalski ou Wacław Zawadowski.

Rytm

L’Association des artistes polonais « Rytm » est créée en 1921 à Varsovie par un groupe d’une vingtaine d’artistes de l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie qui aspiraient à la construction rythmique d’un tableau – et dont une partie va choisir l’exil artistique à Paris, contribuant à la présence d’une importante colonie d’artistes polonais à Montparnasse. Les principaux membres sont Maja Berezowska, Wacław Borowski, Leopold Gottlieb, Tadeusz Gronowski (affichiste), Stanisław Horno-Popławski (sculpteur), Felicjan Kowarski, Roman Kramsztyk (mort en 1942 dans le ghetto de Varsovie), Henryk Kuna (sculpteur), Rafał Malczewski (fils de Jacek Malczewscy), Tymon Niesiołowski (vit à Vilnius de 1926 à 1945), Tadeusz Pruszkowski, Władysław Roguski, Władysław Skoczylas, Romuald Witkowski, Edward Wittig (sculpteur) et Eugeniusz Zak (qui meurt en 1926, à 41 ans, d’une crise cardiaque).

Blok

« Blok » est un groupe d’art d’avant-garde fondé à Varsovie par des artistes cubistes, constructivistes et suprématistes. La mise en place du groupe est la conséquence d’une exposition organisée en 1923 à Vilnius. Blok comprenait, entre autres, Katarzyna Kobro-Strzeminska (sculptrice), son mari Władysław Strzemiński et Henryk Stażewski (tous trois formeront en 1929 le groupe « Artistes révolutionnaires »), Mieczysław Szczuka, Teresa Żarnowerówna, Henryk Berlewi, Maria Nicz-Borowiakowa, Aleksander Rafałowski, Karol Kryński, Mieczysław Szczuka. Ils publiaient également une revue où on pouvait découvrir les œuvres d’artistes étrangers tels que Kazimierz Malewicz, Filippo Tommaso Marinetti, Theo van Doesburg, Kurt Schwitters et Herwarth Walden. Le groupe se sépare en 1926 en raison de conflits idéologiques, une partie se retrouvant dans le groupe « Praesens » (1926-29).

Władysław Strzemiński

Władysław Strzemiński, né en 1893 à Minsk (alors dans l’Empire russe, actuellement en Biélorussie) et mort fin 1952 à Łódź, est un peintre et théoricien de l’art polonais, pionnier de l’avant-garde constructiviste des années 1920-1930 et qui théorisa l’unisme : il veut éliminer toute valeur non plastique de l’œuvre ; celle-ci ne doit être ni évocative, ni émotive, ni symbolique mais doit atteindre une certaine « pureté » ; les couleurs et les lignes doivent créer une unité organique ; la peinture, œuvre plane doit être autonome, c’est un objet refermé sur lui-même ; l’œuvre d’art possède une auto-suffisance plastique, elle n’a pas besoin d’une justification pour être efficace et fonctionner.
Au cours de la Première Guerre mondiale, en 1916, alors qu’il sert comme officier du corps d’ingénieurs, il est très grièvement blessé et amputé d’un bras et d’une jambe. En 1917, il achève ses études à l’École d’ingénieurs du génie militaire. Pendant la révolution d’Octobre, en 1918, il assiste aux cours des premiers Ateliers Libres d’Art d’État (SVOMAS) à Moscou, et prend contact avec Kasimir Malevitch et Vladimir Tatline. Il fait la connaissance de Katarzyna Kobro, une des rares sculptrices de l’entre deux-guerres et l’une des plus importantes. En 1919, il commence à travailler au Département des Beaux-Arts (IZO) du Commissariat de l’Éducation Populaire à Minsk. Il devient membre du Conseil d’administration de Moscou pour l’art et l’industrie artistique. Il collabore avec Malevitch et le groupe UNOVIS (« L’affirmation du nouveau en art ») de Vitebsk. Strzemiński présente ses travaux constructivistes dans des expositions à Moscou, Riazan et Vitebsk.
Dans le contexte de la guerre soviéto-polonaise (février 1919 – mars 1921), Strzemiński s’installe à Vilnius, alors en Pologne. Il épouse Katarzyna Kobro en 1922. En 1923, il travaille avec Vytautas Kairiūkštis dans l’organisation de l’exposition de l’art nouveau à Vilnius, qui est en fait le point de départ pour le constructivisme polonais. En 1924 il est le co-organisateur du groupe Blok, qui réunit l’avant-garde constructiviste polonaise. En 1926 il collabore avec le groupe d’architectes et de peintres Praesens (1926-1930). C’est en 1928 qu’il publie « Unizm w malarstwie » (L’unisme en peinture). En 1929, avec Katarzyna Kobro, Henryk Stazewski et les poètes Jan Brzękowski et Julian Przyboś ils créent le groupe « a.r. » (en polonais : artyści rewolucyjni, awangarda rzeczywista ; l’avant-garde réelle – les artistes révolutionnaires) qui est à l’origine de l’exceptionnelle collection d’art abstrait contemporain du Muzeum Sztuki de Łódź, une des plus importante en Europe.
Strzemiński et sa femme vivent à Łódź pendant toute l’Occupation allemande dans des conditions très difficiles — les sculptures de Katarzyna, restées dans l’atelier, sont presque toutes détruites, considérées comme « art dégénéré » par les nazis. En 1945, il devient maître de conférences à l’École nationale supérieure des arts plastiques de Łódź dont il est l’un des fondateurs. Mais la situation se retourne très vite ensuite avec l’établissement de la République populaire en Pologne en 1946, et la brutale répression qui se déroule sur ordre de Staline, surtout après 1947, qui touche des Polonais de tous ordres. En 1950, Władysław Strzemiński est licencié sur l’ordre du ministère de la Culture. On lui reproche de ne pas respecter la doctrine du réalisme socialiste. Il meurt dans la misère fin décembre 1952. Staline meurt l’année suivante, tandis qu’à Katovice est créé le groupe « St-53 », basé sur ses théories (voir plus loin)…

Confrérie de Saint-Luc

La « Confrérie de Saint-Luc » a été fondée dans le cercle des étudiants de Tadeusz Pruszkowski (professeur de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie depuis 1922) en 1925, inspirée par des guildes médiévales. Son but était la peinture à thème, un haut niveau de compétences artistiques, la recherche de réalisme et le lien entre l’art et la vie – basé principalement sur la tradition de la peinture hollandaise et italienne des 16e et 17e siècles. Avec Bolesław Cybis, Jan Gotard, Aleksander Jędrzejewski, Eliasz Kanarek, Edward Kokoszko, Antoni Michalak, Stefan Płużański, Tadeusz Pruszkowski, Mieczysław Schulz, Czesław Wdowiszewski, Jan Wydra (mort de la tuberculose en 1937, à 35 ans) et Jan Zamoyski.

Pryzmat

« Pryzmat » est un groupe actif à Varsovie dans les années 1930-39 et particulièrement intéressé par la nature et la couleur – avec notamment Juliusz Studnicki, Marian Jaeschke, Felicjan Kowarski, Leonard Pękalski et Wacław Taranczewski.

Artes

À Lviv, c’est le groupe « Artes » qui est actif dans les années 1929-1936. Le nom symbolise l’idée d’une intégration de tous les arts. Ses fondateurs sont les peintres Jerzy Janish, Mieczysław Wysocki et le photographe Aleksander Krzywobłocki – et les membres : Otto Hahn, Ludwik Lille, Aleksander Riemer, Roman Sielski (premier président de l’association) et sa future femme Margit Reich, Ludwik Tyrowicz, Henryk Streng (Marek Włodarski) et Tadeusz Wojciechowski. Le groupe, qui souhaitait s’éloigner du naturalisme et se tourner vers les tendances modernes, était fasciné par l’art français, notamment les œuvres de Fernand Léger et des surréalistes. Durant les années 1930-1932, Artes a organisé onze expositions: six à Lviv, deux à Varsovie, ainsi que des expositions individuelles à Cracovie, Stanislawow et Ternopil.

Tamara Łempicka

Une artiste polonaise occupe une place à part dans l’art du XXe siècle : malgré une production modeste (à peine 150 tableaux dans sa meilleure période, qu’on situe entre 1925 et 1935), ses œuvres évoquent et reflètent le style et la mode des années folles de l’entre-deux-guerres.
Tamara Łempicka, connue en France sous le nom Tamara de Lempicka, née Maria Górska eb 1898, probablement à Varsovie (Pologne, alors dans l’Empire russe) et morte en 1980 à Cuernavaca (Mexique), est la fille de Boris Gorski, un juif russe, et d’une mère polonaise. Son enfance se passe dans un milieu aisé et cultivé entre Saint-Pétersbourg, Varsovie et Lausanne. En 1914, elle est retenue par la guerre à Saint-Pétersbourg où elle s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts. Elle épouse en 1916 Tadeusz Łempicki, un jeune avocat polonais. La révolution d’Octobre bouleverse sa vie et, après un détour par Copenhague, elle gagne Paris où elle est recueillie par ses cousins qui l’ont précédée dans l’exil. Tamara commence alors avec beaucoup de ténacité une carrière de peintre.
En 1920, à l’académie Ranson, elle reçoit l’enseignement de Maurice Denis et à l’académie de la Grande Chaumière celle d’André Lhote. C’est là qu’elle forge petit à petit son style qui, dans une synthèse inattendue de l’art maniériste de la Renaissance et du néo-cubisme, va correspondre parfaitement à la mode de son époque. Elle participe pleinement à la vie artistique et mondaine parisienne où elle rencontre ses modèles, André Gide, Suzy Solidor, de riches industriels, des princes russes émigrés, etc. En 1928, elle installe sa maison-atelier rue Méchain, dans le 14e arrondissement de Paris, conçue par l’architecte Robert Mallet-Stevens. Fuyant les menaces de guerre, elle s’installe aux États-Unis en 1929. Après-guerre, son œuvre tombe dans un profond oubli jusqu’à ce que la redécouverte de l’Art déco, dans les années 1970, fasse ressurgir son nom. Aujourd’hui, elle est, de loin, l’artiste polonaise la plus chère (voir en fin d’article) : Le rêve (Rafaëla sur fond vert) (1927) a été vendu par Sotheby’s New York en 2011 pour 8,5 millions de $. En 2009, Portrait de Madame M (1932), s’était déjà vendu 6 millions de $.

La seconde guerre mondiale

Au total, cette guerre aura fait entre 60 et 80 millions de morts dans le monde ! En Europe, le pays qui aura payé le plus lourd tribu est sans doute la Pologne qui, avec près de 7 millions de morts, aura perdu près de 17% de sa population – plus que l’Allemagne (entre 8 et 10%), plus que l’URSS (14% – mais 23 millions de morts !) et beaucoup plus que la France (« seulement » 570 000 morts, soit 1,3% de sa population – c’était 1,7 millions pendant la Grande guerre). Ces pertes polonaises sont presque exclusivement civiles, dont 3 millions de juifs (la quasi totalité des juifs du pays).
Les peintres n’auront pas échappé au carnage, même ceux qui vivaient en France.
On peut en lister quelques uns : Henri Epstein (vit en France à partir de 1913 – mort en déportation à Auschwitz en 1944), Jan Rubczak (a vécu en France de 1911 à 1927 – mort à Auschwitz en 1942 après avoir été arrêté par la Gestapo lors d’une rafle), Adolf Behrman (mort en 1943 dans le ghetto de Białystok), Roman Kramsztyk (mort en 1942 dans le ghetto de Varsovie), Stanislav Zhukovsky (né en Bélarus en 1873, arrive en Pologne en 1923, meurt en 1944 dans le camp de concentration de Prouchkova, Pologne), Menasze & Efraim Seidenbeutel (jumeaux nés en 1902, en 1941 ils se sont emprisonnés dans le ghetto de Bialystok – ils meurent en avril 1945 au camp de Flossenbürg), Chana Gitla Kowalska (Berlin puis Paris en 1922, engagée dans la résistance, elle est arrêtée par la Gestapo, déportée et meurt à Auschwitz en 1941 ou 42), Karol Hiller (mort en 1939 exécuté par la Gestapo).
Certains en réchappent, comme Marek Włodarski (qui survit au camp de concentration de Stutthof), Nathan Grunsweigh (déporté en 1943, il semble en avoir réchappé), Xawery Dunikowski (sculpteur, survivant d’Auschwitz), David Olère (arrive en France en 1923, naturalisé en 1937, détenu au camp d’Auschwitz-Birkenau de 1943 à 1945), Walter Spitzer (survivant du camp de Buchenwald en 1945, à 16 ans – caché et protégé par ses co-détenus car il sait dessiner et pourra témoigner), Marian Bogusz et Zbigniew Dłubak (internés au camp de Mauthausen où ils se rencontrent), Isaac Celnikier (rescapé des massacres du ghetto de Bialystok et du camp de Birkenau) ou encore Roman Halter (peintre, écrivain et architecte survivant de l’holocauste : ghetto de Łódź en 1940, Auschwitz en 1944, marche de la mort en 1945).
Mais même ceux qui ont échappé à la mort auront souvent payé un lourd tribu : Maurice Mendjizky (arrive à Paris en 1906, résistant, sa femme est arrêtée en 1942, son fils aîné exécuté, toute sa famille exterminée en Pologne), Jankel Adler (juif, il a travaillé en Allemagne jusqu’à 1933, puis en France et en Écosse – aucun de ses neuf frères et sœurs n’a réchappé à l’Holocauste), Lutka Pink (elle a vécu en France à partir de 1937 où elle épouse Kazimierz Zielenkiewicz – toute sa famille est décimée par l’Holocauste), Maximilian Feuerring (emprisonné à Murnau – 52 membres de sa famille ont péri, y compris sa femme et ses parents), Halina Korn (seconde épouse de Marek Żuławski, elle part en Angleterre en 1940 mais toute sa famille élargie est assassinée par les Allemands pendant l’occupation, sa sœur meurt à Auschwitz), Tadeusz Kantor (son père est mort à Auschwitz en 1942), Samuel Bak (juif polonais né à Vilnius en 1933, seul survivant de toute sa famille avec sa mère, il émigre en Israël en 1948), Maryan S. Maryan (survivant d’Auschwitz à 18 ans – amputé d’une jambe après avoir reçu 8 balles).
Listes non exhaustives…
Beaucoup de ces artistes survivants témoigneront dans leurs œuvres, d’une façon ou d’une autre, de ce qu’ils ont vu ou vécu.

Après-guerre

4F+R

« 4F+R » (forma, farba, faktura, fantastyka + realizm / forme, couleur, texture, fantastique + réalisme) est le premier groupe d’avant-garde de l’après-guerre en Pologne. Actif à Poznan de 1947 à 1949, il est ravivé en 1956. Le groupe poursuit la tradition expressionniste véhiculée notamment par le magazine Zdrój publié de 1917 à 1922 par Jerzy Hulewicz, fondateur et rédacteur en chef – mais promeut également le surréalisme et l’art abstrait, reliant ces nouveaux courants aux tâches sociales de l’art. Les fondateurs sont trois peintres : Ildefons Houwalt, Alfred Lenica et Feliks Maria Nowowiejski. Se joindront à eux Fortunata Obrąpalska (photographe), Bolesław Szmidt (architecte), Zygfryd Wieczorek, Julian Boss-Gosławski (sculpteur), Tadeusz Kalinowski et Bazyli Wojtowicz (sculpteur).

St-53

« St-53 » est aussi l’un des premiers groupe artistique d’après-guerre en Pologne, fondé en 1953 à Katowice à l’initiative des étudiants de l’Académie des Beaux-Arts de la ville – et basé sur les préceptes de Władysław Strzemiński (d’où le St). Ce groupe a été l’un des premier signe d’opposition à la domination du réalisme socialiste dans l’art polonais. Ses membres étaient, entre autres, Krystyna Broll-Jarecka (poète), Urszula Broll, Klaudiusz Jędrusik, Stefan Krygier, Hilary Krzysztofiak, Lech Kunka, Zdzisław Stanek, Tadeusz Ślimakowski (sculpteur), Waldemar Świerzy (affichiste), Konrad Swinarski (metteur en scène de théâtre) et Andrzej Wydrzyński (écrivain et journaliste).

L’exposition de 1955 à l’Arsenal

En 1955, une exposition légendaire au Cercle de l’Arsenal, « contre la guerre, contre le fascisme », organisée dans le cadre du 5ème Festival mondial de la jeunesse, réunit de jeunes artistes polonais appelés à un bel avenir, comme Krystyna Brzechwa, Isaac Celnikier (rescapé du ghetto de Bialystok et du camp de Birkenau, il s’établit en France en 1957), Witold Damasiewicz, Jan Dziędziora, Stefan Gierowski, Jan Lebenstein, Jan Lenica, Marek Oberländer, Jacek Sienicki, Franciszek Starowieyski, Alina Szapocznikow (sculptrice), Jan Tarasin, Jerzy Tchórzewski, Mikołaj Wolkowycki, Andrzej Wróblewski ou Rajmund Ziemski. Cette exposition, inaugurée le 21 Juillet 1955, marque un tournant dans la période du réalisme socialiste, annonçant le (petit) dégel qui suit la mort de Staline (1953). Le jury, dirigé par Wojciech Fangor, accepte 197 tableaux, 244 œuvres graphiques et 58 sculptures.

Andrzej Wróblewski

De tous les participants, Andrzej Wróblewski est sans doute l’artiste le plus doué et prometteur. Né à Vilnius, il s’est installé à Cracovie en 1945. Malheureusement, il meurt à 30 ans, en 1957, lors d’une excursion dans les monts Tatras. Inspirateur de la Nouvelle figuration et notamment du groupe Wprost à la fin des années 1960, il est quelque peu oublié avant d’être re-découvert en 1993 à l’occasion de la sortie d’un livre qui lui est consacré. Depuis, de grandes expositions de ses œuvres ont eu lieu en 1997, 2002 ou 2010. Luc Tuymans possède plusieurs de ses tableaux.

Grupa 55

En réaction à cette exposition le « Grupa 55 » est créé par Marian Bogusz, Zbigniew Dłubak (ils se sont rencontrés au camp de concentration de Mauthausen à l’intérieur duquel, avec l’aide d’un officier SS, il ont même réussi à organiser une exposition de peintures !) et Kajetan Sosnowski. Plus tard ils sont rejoints par Andrew Szlagier, Andrzej Zaborowski et Barbara Zbrożyna (sculptrice).
Zbigniew Dłubak fut peintre mais aussi, et surtout, photographe (avec des œuvres qui font référence au surréalisme, à l’abstraction, géométrique et allusive, au constructivisme) et théoricien de l’art. Il a eu une grande influence sur la photographie d’après-guerre en Pologne et, plus généralement, sur l’avant-garde. Ses œuvres se trouvent dans tous les musées polonais.

L’exposition « Neuf »

En parallèle à l’exposition de l’Arsenal, une autre exposition historique, intitulée « Neuf », a lieu en 1955 à Cracovie. Elle réunit Tadeusz Brzozowski, Maria Jarema, Tadeusz Kantor (metteur de scène de théâtre, créateur d’événements, peintre, décorateur, écrivain, théoricien de l’art, acteur dans ses propres productions et professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie – un des artistes polonais les plus remarquables de la seconde moitié du vingtième siècle, surtout connu comme une figure exceptionnelle et très originale du théâtre du XXe siècle – et l’un des personnages les plus importants de la scène artistique de Cracovie), Jadwiga Maziarska, Kazimierz Mikulski, Jerzy Nowosielski, Erny Rosenstein, George Skarżyński et Jonas Stern.

Grupa Krakowska

En 1957, à Cracovie, le « Grupa Krakowska » (initialement actif dans les années 1930-37, avec Sasza Blonder, dit André Blondel, qui s’installe à Paris à partir de 1937, Maria Jarema, également sculptrice, Leopold Lewicki, Adam Marczyński, Stanisław Osostowicz ou Eugeniusz Waniek) est réactivé par Jonasz Stern, qui a miraculeusement survécu lors de la liquidation du ghetto de Lviv en 1943. Il en sera le président pendant de nombreuses années. Ce groupe comprend, entre autres, Jerzy Bereś, Tadeusz Brzozowski, Wanda Czełkowska (sculptrice), Tadeusz Kantor, Andrzej Kowalski, Janina Kraupe-Swiderska, Alfred Lenica, Jadwiga Maziarska, Daniel Mróz (illustrateur), Kazimierz Mikulski, Jerzy Nowosielski, Jan Pamuła, Andrzej Pawłowski et Marek Piasecki (photographes), Maria Pinińska-Beres (sculptrice et artiste de performance), Erna Rosenstein, Teresa Rudowicz (collages), Jerzy Skarżyński (peintre, décorateur, scénographe), Bogusław Szwacz, Jan Tarasin, Jerzy Tchórzewski, Marian Warzecha et Zbigniew Warpechowski (poète et performeur).

Jerzy Nowosielski

Membre du « Grupa Krakowska », Jerzy Nowosielski est l’un des plus important peintre polonais de la seconde moitié du XXe siècle. En 1940, il entre à la Faculté de peinture décorative de Cracovie puis, en 1945, à l’Académie des Beaux-Arts, inscrit dans l’atelier d’Eugeniusz Eibisch. En 1946, il participe à l’exposition collective du Groupe des jeunes artistes de Cracovie et, en 1955, à l’exposition « Neuf ». En 1956, il participe à la Biennale de Venise XXVIII. Dans les années 1957-1962, il est professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Lodz, puis à l’Académie de Cracovie, où il enseigne à la Faculté de peinture jusqu’à sa retraite en 1993. Il est mort en 2011. Fasciné depuis l’enfance par la peinture religieuse d’icônes, il a décoré de nombreuses églises orthodoxes et catholiques, notamment dans la période précédent le dégel. Sa peinture, à base d’aplats et de formes simplifiées, est abstraite à base de carrés ou de ronds – ou figurative, avec des corps de femmes figés, étirés, souvent nus – immédiatement reconnaissables – ou des natures mortes réduites à l’essentiel. Une peinture de contemplation, toute en spiritualité. En 2017, un Nu, de 1992, s’est vendue 66 000 € tandis qu’en 2016 une Abtraction, de 1974, était partie pour 60 000 € et, en 2012, une Fille sur un fond urbain, de 1982, pour 55 000 €./p>

Grupa Zamek, la galerie Foksal et l’art abstrait d’après guerre

Le « Grupa Zamek », fondé à Lublin en 1957 et actif jusqu’en 1960, est un groupe de peintres matiéristes : Włodzimierz Borowski, Tytus Dzieduszycki et Jan Ziemski. Avec Tadeusz Kantor, Roman Owidzkiego, Edward Krasinski (dont les rubans de Scotch bleu, qui sont sa signature, traversent encore certains espaces de la galerie), Zbigniew Gostomski et Henryk Stażewski, ils ouvrent en 1966, à Varsovie, la galerie Foksal, en lieu et place de la bibliothèque d’ateliers gouvernementaux, où les artistes dessinaient les monuments officiels. Le gouvernement a donné son accord : les manuels de Lénine et Marx sont recyclés en papier toilette et les jeunes artistes peuvent expérimenter de nouvelles formes. Les ateliers leur permettent de produire sans débourser un centime. « À partir du moment où ce n’était pas dangereux pour le système, le parti acceptait, rappelle Katarzyna Krysiak, actuelle directrice de la galerie Foksal. C’était une situation schizophrénique. Le gouvernement a utilisé la galerie comme image d’ouverture ; dans les années 1970, ses artistes étaient autorisés à voyager. Arrivé très vite dans le groupe, Tadeusz Kantor, qui voyageait beaucoup, organisait des rencontres collectives où il expliquait ce qu’il avait vu à l’Ouest. Il a réalisé les premiers happenings de l’histoire de l’art polonais. ». Il imagine ainsi en 1967 un Sea happening, où l’on voit Edward Krasinski en train de jouer le chef d’orchestre devant la mer. C’est un cliché qui tombe, celui de l’artiste dissident, qui produit à ses risques et périls. La censure ? Elle n’a jamais été très forte en Pologne. « Il est très difficile ici de parler d’art underground ou officiel, les frontières sont très brouillées », explique Jaroslaw Suchan, directeur du Musée de Łódź. « Les artistes ont parfois été utilisés comme les représentants de la Pologne en tant que démocratie libérale, où l’on montrait happenings et abstraction comme partout dans le monde. Ils ont joué ce jeu, tentant de surexploiter le gouvernement comme le gouvernement les surexploitait ». En Albanie, la peinture abstraite pouvait mener à la prison, alors qu’elle était complètement supportée par le régime polonais. En Pologne, Hongrie ou Yougoslavie, la censure était beaucoup plus modérée qu’en Allemagne de l’Est, par exemple, ou en Union soviétique.
La galerie Foksal a, en quelque sorte, pris la suite de la galerie Krzywego Koła, galerie d’art moderne fondée par Marian Bogusz et le « Grupa 55 », et qui a fonctionné de 1956 à 1965. On a pu notamment y voir Zdzisław Beksiński, Włodzimierz Borowski, Tadeusz Dominik, Stanisław Fijałkowski, Stefan Gierowski, Zbigniew Gostomski, Tadeusz Kantor, Bronisław Kierzkowski, Alfred Lenica, le photographe Jerzy Lewczyński, Zbigniew Makowski, Jadwiga Maziarska, Jerzy Nowosielski, le peintre tchèque Eduard Ovčaček, Erna Rosenstein, Henryk Stażewski, les sculptrices Alina Szapocznikow, Alina Ślesińska et Magdalena Więcek, Jan Tarasin, Jerzy Tchórzewski et les matiéristes Teresa Rudowicz et Rajmund Ziemski.

Henryk Stażewski et Edward Krasinski

Henryk Stażewski (né à Varsovie en 1894, il y est décédé en 1988) est sans doute le principal représentant de cet art abstrait en Pologne. Pionnier de l’avant-garde classique des années 1920 et 1930, il est l’un des précurseurs de l’abstraction géométrique des années 1960, 70 et 80. Il fut également designer, décorateur de théâtre et illustrateur. Il a été membre du groupe Cercle et Carré, fondée en 1929 à Paris par le critique d’art Michel Seuphor et le peintre Joaquín Torres García. Il expose ses premières natures mortes déformées avec les « formistes » et les expressionnistes polonais. De sa rencontre avec Szczuka et Strzeminski naît le premier groupe constructiviste « Blok » fondé en 1924 (voir plus haut). Cette date marque le début du vif intérêt de Stażewski pour l’art abstrait. Il formule alors les principes théoriques de la peinture géométrique, abstraite, auxquels il restera fidèle jusqu’à la fin de ses jours, à plus de 90 ans. Il a été exposé partout dans le monde.
Dans les années 1970, Stażewski habite à Varsovie, au 64 avenue de la Solidarité, un deux-pièces avec vue sur le Musée de l’indépendance, ex-Musée Lénine. Modeste logement, offert par la ville à l’un de ses artistes les plus officiels, il devient, grâce à l’aura de son locataire, le haut lieu de l’avant-garde artistique polonaise. Tout ou presque pouvait se passer dans ce salon et tous les artistes de Varsovie se réunissaient là. En 1969, s’y installe aussi Edward Krasinski (1925-2004), artiste tout aussi essentiel. Chambre, salon, cuisine, salle de bains : il barre le moindre recoin d’un ruban adhésif bleu à hauteur de poitrine, un signe qui deviendra sa signature. Dans les années 1970, Buren le visite, le respecte, laisse sur les vitres quelques bandes de son cru…
L’appartement est aujourd’hui transformé en micro-musée.

Surréalisme et fantastique

Il y a, dans l’art polonais, une forte tradition surréaliste et fantastique. Elle s’est notamment traduite dans l’art de l’affiche avec une École polonaise mondialement reconnue et dont l’âge d’or se situe dans les années 1950 et 60. Avec d’immenses artistes comme Roman Cieślewicz et Henryk Tomaszewsky, les deux maîtres, mais aussi Tadeusz Gronowski, Jan Lenica, Jakub Erol, Romuald Socha, Jerzy Flisak ou Eryk Lipinski (j’ai indiqué en gras ceux qui sont aussi peintres). Wiktor Górka, Jan Młodożeniec (il a deux fils, Stanisław qui est peintre, et Piotr, qui est affichiste), Franciszek Starowieyski, Waldemar Świerzy, Wieslaw Walkuski, Andrzej Pągowski, Stasys Eidrigevicius ou, plus près de nous, Rafal Olbinski, Ryszard Kaja et le duo Homework (Joanna Górska, Jerzy Skakun) ont largement fait usage du fantastique et du surréalisme dans leurs créations.
En peinture, le maître incontesté de ce genre particulier est Zdzisław Beksiński, avec un côté très sombre et souvent morbide. Si, dans la jeune génération, plusieurs ont, en quelque sorte, repris la flambeau, c’est beaucoup moins sombre et beaucoup plus « décoratif », comme chez Jacek Yerka, Jaroslaw Jasnikowski, les frères Tomasz & Mikolaj Setowski, Igor Morski ou Ewa Juszkiewicz, le plus connu restant Rafal Olbinski, peintre et affichiste.

Zdzisław Beksiński

Après des études d’architecture et avoir travaillé quelques années comme chef de chantier, c’est par la photographie et le photomontage que Zdzisław Beksiński entre en art dans les années 1950. Une photographie surréaliste, en noir et blanc. À partir de 1964, Beksiński centra son activité artistique sur la seule peinture, figurative, sur laquelle il se focalisera jusqu’à sa mort. De 1970 à environ 1990, sa création est visitée par une inspiration fantastique où il excelle ; conquis et émerveillé, le public lui manifeste alors une admiration inconditionnelle, qui ne se dément toujours pas.
Sa création, aux dimensions mythiques, met en scène des squelettes jonchant des déserts post-apocalyptiques, des zombies et autres morts-vivants hagards renvoyant aux notions de sacrilège et de profanation. Y étaient délibérément bafoués le « bon goût » trop convenu, la décence et la sérénité ; Beksiński impose une vibration qui fait corps avec la mort, la décomposition, la dégradation. Au cours des années 1980, les travaux de Beksiński acquièrent une renommée internationale, d’abord en France, puis en Allemagne, en Belgique et au Japon.
Au terme des années 1990, il découvre un nouveau champ d’exploration : les techniques conjuguées de la photocopie et de l’informatique. Tout en continuant donc la peinture et le dessin auquel il est revenu entre-temps, il réalise à ce moment de nombreuses « gravures » et photomontages sur ordinateur.
Homme charmant, spirituel, toujours souriant, à l’esprit vif et l’intelligence remarquable, Beksiński ne quitta pourtant jamais la Pologne, ne prit jamais l’avion et n’assista jamais aux vernissages de ses expositions ; il vivait cloîtré chez lui, là où il se sentait le plus à l’aise. C’est là qu’il est retrouvé mort, le 21 février 2005, tué de 17 coups de couteau par le fils adolescent de son homme à tout faire pour, selon les dires de l’assassin, un refus de prêt.

Pop art

Dans les années 1960, le Pop art est représenté en Pologne par Jurry (Jerzy Zieliński), Lucjan mianowski ou encore Benon Liberski.

Nouvelle figuration

Grupa Wprost

Le « Grupa Wprost » est fondé en 1966. Cette même année, il organise sa première exposition commune. Les premières œuvres de ses membres sont clairement influencées par Andrzej Wroblewski. Le groupe est fondé par des diplômés de la Faculté de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie : Maciej Bieniasz, Zbylut Grzywacz, Leszek Sobocki, Jacek Waltoś et Barbara Skąpska (qui a arrêté après un an pour participer à des expositions de groupe). Le groupe a été formé en résistance à la domination de l’art abstrait en Pologne (et ailleurs), qui développait principalement des questions formelles en laissant de côté le message. Ces jeunes artistes voulaient aborder « directement » (signification de l’adverbe « Wprost ») les questions sociales, politiques et existentielles – se positionnant ainsi clairement comme anti-système.
D’autres peintres polonais font partie de cette Nouvelle figuration de la fin des années 1960 / début des années 1970, comme Krzysztof Bucki, Zygmunt Czyż, Antoni Fałat, Eugeniusz Markowski, Wiesław Obrzydowski, Teresa Pągowska, Janusz Przybylski, Marek Sapetto ou encore Wiesław Szamborski.

Néo-expressionnisme

Gruppa

« Gruppa », fondé en 1982 par des diplômés de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie, est le principal représentant du néo-expressionnisme polonais. Ce groupe a été formé par Ryszard Grzyb, Pawel Kowalewski, Jarosław Modzelewski, Wlodzimierz Pawlak, Marek Sobczyk et Ryszard Woźniak. Il naît d’une exposition conjointe d’œuvres de ces artistes qui devait se tenir le 13 Décembre 1982, à l’occasion du premier anniversaire de la loi martiale décrétée un an plus tôt par le général Jaruzelski (avec couvre-feu, censure et de nombreuses restrictions, frontières et aéroports fermés et plus de 10 000 cadres et militants syndicaux internés, dont Lech Wałęsa, le président du syndicat ouvrier Solidarność, créé en août 1980). L’exposition a finalement lieu le 14 Janvier 1983, sous le nom de forêt, montagne, nuage. Ces artistes, liés par un style commun inspiré par la tendance néo-expressionniste, évoquent dans leurs œuvres les conditions de la société dans la période de la loi martiale. En plus des expositions de peinture, Gruppa organisait aussi des lectures, des récitations de poèmes et des concerts. Ils ont également publié leur propre journal, dont 9 numéros ont été diffusés. Gruppa est symboliquement dissous en juin 1989 lorsque Solidarność remporte les premières élections législatives libres polonaises.

En dehors de Gruppa, d’autres artistes de cette génération peuvent être classés comme néo-expressionnistes, tels Zdzisław Nitka, Zygmunt Magner, Krzysztof Skarbek ou le fabuleux Jacek Sroka.
[ Vous pouvez voir plus d’œuvres de ces peintres néo-expressionnistes dans mon article qui leur est consacré ici. ]

Le XXIe siècle

Grupa Ładnie

« Grupa Ładnie » est un groupe d’art informel, fondé à Cracovie en 1996 et actif jusqu’en 2001. Rafał Bujnowski, Marcin Maciejowski et Wilhelm Sasnal étaient d’abord étudiants en architecture (Marek Firek est leur professeur), mais ils décident de s’inscrire à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, où ils finissent par former un groupe dont Marek Firek est un peu l’idéologue. Bien que le groupe Ładnie soit composé de peintres, leur activité commune était pratiquement limitée à des spectacles ironiques et absurdes où ils présentaient des tableaux, des films, jouaient de la musique et donnaient des prix – inspirés par une sorte de néo-dadaïsme.
Les peintures des membres de Ładnie, qualifiées de banalisme (un terme précédemment utilisé pour les écrivains nés dans les années 1970) ou de pop-banalisme (un terme introduit par le magazine Raster) sont une réaction à la réalité capitaliste de la Pologne après 1989. Leurs thèmes, tirés de la vie quotidienne, sont journaux, les magazines, les publicités, la télévision – utilisant l’esthétique du kitsch et de la publicité, et adoptant une stratégie d’ironie. Ils avaient aussi leur propre fanzine.

Wilhelm Sasnal

Wilhelm Sasnal est considéré par de nombreux critiques comme le principal peintre de sa génération – nommé en 2006 dans les 100 meilleurs artistes du monde. Il se qualifie lui-même de « peintre réaliste », du fait que tout ce qu’il crée provient de l’expérience personnelle, des médias, des images tirées de livres ou via Internet, de la musique… et certainement des événements de sa propre vie. C’est ce qui est le plus important pour lui. Il essaie de fonder son travail sur des situations et des objets de la vie réelle. Cela explique l’énorme variété stylistique de son art. Les peintures de Sasnal de la période du groupe Ładnie ont été décrites comme du pop-banalisme. En peignant des objets banals, qui se distinguent automatiquement et perçus comme des signes du temps, Sasnal devient l’auteur d’une sorte de chronique de la contemporanéité. Il touche également à la vidéo (en 2011, il a produit un court métrage avec sa femme, Anka Sasnal) ou à la photographie.

D’autres groupes peuvent être cités :
Les Krasnals, groupe artistique polonais créé en Avril 2008 et dont les membres restent anonymes. Ils fonctionnent principalement par le biais de leur blog. Leurs activités, basées sur la provocation, sont une réaction à la situation sociale et politique actuelle dans la pays. Dans leurs peintures, entre autres, ils se rapportent à Wilhelm Sasnal, qui est pour eux un tournant symbolique.
« Penerstwo » est un groupe d’art, fondé en 2007 par des diplômés de l’Académie des beaux-arts de Poznań. Radek Szlaga en est un des principaux membre, avec Wojciech Bąkowski (réalisateur de films et de vidéos d’animation), Tomasz Mróz (sculpteur), Konrad Smoleński (artiste visuel, photographe, musicien) et Piotr Bosacki (compositeur), qui ont ensuite été rejoints par Magdalena Starska (dessinatrice et créatrice d’objets qui combinent le plus souvent la sculpture avec la performance) et Iza Tarasewicz (sculptures et installations). Szlaga est salué comme l’un des peintres polonais les plus intéressants de la jeune génération. Il peint des photos, dessine des motifs de l’iconosphère de la culture et de la culture pop dans un sens large, il est fasciné par les médias, se tourne souvent vers la politique, l’histoire et la religion.
On peut aussi parler du « Grupa Monstfur », un duo formé de Bartłomiej Stypka et Łukasz Gawron et qui a commencé dans la rue, par le graffiti.

Parmi les artistes à suivre dans la jeune génération polonaise, on peut nommer Rafał Bujnowski (peintre, graphiste, vidéographe, artiste d’installation et créateur d’événements), Marcin Maciejowski, Maciej Hoffman, Piotr Uklański (qui utilise la peinture, la photo, l’installation, la vidéo), Tymek (Tymoteusz) Borowski (peintre, photographe, vidéate), Paweł Dunal, Michał Chudzicki, Julita Malinowska, Katarzyna Karpowicz, Ewa Juszkiewicz ou encore Jakub Julian Ziolkowski, l’un des plus talentueux jeunes peintres de Pologne, dont l’œuvre d’art invoque des références sophistiquées allant de Hieronymus Bosch au surréalisme ou à Frank Zappa – un voyage hallucinatoire sauvage dans un univers étrange et souvent effrayant.

Bonus : les 10 enchères les plus élevées de Pologne

1. Tamara de Lempicka, Le rêve (Rafaëla sur fond vert) (1927) – vendu par Sotheby’s New York en 2011, pour 8,5 millions de $ (voir ci-contre)
2. Henryk Siemiradzki, Dance Among Swords (1887) – vendu par Sotheby’s New York en 2011, pour 1,8 million de $
3. Roman Opałka, 1-∞ detail-4875812-4894230 – Christie’s, Londres en 2010 pour 1,1 million de $
4. Piotr Uklański, Nazis (photographies, 1998) – vendu par Phillips de Pury, Londres en 2006 pour 0,9 million de $
5. Jacek Malczewski, « Polish Hector » (1913) – vendu par Polswiss Art, Varsovie en 2013 pour 0,7 million de $
6. Alina Szapocznikow, Lampe Bouche (sculpture, 1969) – vendu par Pierre Bergé & Associés, Bruxelles en 2011 for 0,6 millions de $
7. Henryk Siemiradzki, Un naufragé mendiant (1878) – vendu par Polswiss Art, Varsovie en 2000 pour 575 000 $
8. Stanisław Wyspiański, Portraits de la famille Sternbach (1904) – vendu par Agra Art en 2012 pour 500 000 $
9. Wilhelm Sasnal, Smoking Girls (série de trois peintures, 2001) – vendu par Phillips de Pury, Londres en 2006 pour 460 000 $
10. Magdalena Abakanowicz, Crowd (sculptures, 1986-87) – vendu par Sotheby’s New York en 2006, pour 380 000 $

Voici donc un panorama de la peinture polonaise, du XXe siècle à nos jours, en 308 peintres et autant de tableaux.

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