Frida Kahlo, la rage de vivre

Frida Kahlo, bien que morte jeune, à 47 ans, est une peintre majeure de la première moitié du XXe siècle. Son art est une synthèse entre thèmes universels et vie personnelle, que l’on retrouve souvent dans l’art mexicain, mais qui est particulièrement net chez elle : sur 143 œuvres connues de l’artiste, 55 sont des autoportraits : « Je me peins car je suis souvent seule et je suis le sujet que je connais le mieux… Je suis ma propre muse. ».
Mais ce qu’elle peint en réalité, ce n’est pas elle, mais la condition humaine, la vulnérabilité, la souffrance, la féminité, le courage, la lutte éternelle de la vie et de la mort… Car, comme pour Warhol, Dali ou Picasso, par exemple, l’œuvre de Frida Kahlo ne se résume pas à ses toiles, mais à son existence toute entière – son allure, qui puisait dans les couleurs vives du style amérindien, contribuant à créer un personnage transcendant son statut d’artiste. Ce personnage que l’on retrouve non seulement dans ses tableaux mais également dans de nombreuses séries de photos prises, au début, par son père Guillermo (photographe industriel et artiste dans l’âme), puis par des photographes comme Leo Matiz, Lola Álvarez Bravo, Nickolas Muray, Tina Modotti, Toni Frissel, Florence Arquin, Gisèle Freund, Juan Guzman ou Julien Levy (voir plus loin) – et où elle ne sourit jamais…
Et détrompez vous, ses sourcils et sa moustache ne sont pas le fruit de sa négligence. Elle avait des outils spéciaux pour soigner leur allure. Au Mexique, elle était vue comme une icône de beauté. Elle est devenue une icône tout court.

Hollywood a consacré un film à cette artiste attachante, Frida (2002), avec Salma Hayek dans le rôle titre.

Enfance

Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderón, née le 6 juillet 1907 dans la « Casa azul », actuel Musée Frida Kahlo, au milieu d’un quartier populaire de Coyoacán, banlieue sud de Mexico, est la fille de Mathilde Calderón, qui est d’origine indienne, et de Wilhelm Kahl, « Don Guillermo » en espagnol, d’origine allemande. Ce dernier a déjà deux filles, d’un précédent mariage : Adriana et Matilde. Après Frida, une quatrième fille viendra compléter la famille : Cristina, la préférée de Frida.
Dès l’âge de 6 ou 8 ans (suivant les sources), Frida est atteinte par la poliomyélite, sa jambe droite s’atrophie et son pied ne grandit plus, ce qui lui vaudra le surnom de « Frida-la-boiteuse » par ses camarades de classe, la condamnant à la différence et à la solitude. Sans doute à cause de ce handicap, elle sera, des quatre filles de Guillermo, l’adorée, la protégée.
En 1922, à l’âge de 16 ans, elle intègre l’Escuela Nacional Preparatoria, considérée comme le meilleur établissement scolaire du Mexique. Elle souhaite alors devenir médecin.

L’accident

Mais, le 17 septembre 1925, sa vie bascule : Frida prend l’autobus pour rentrer chez elle après ses cours mais il sort de la route et percute un tramway. Plusieurs personnes trouvent la mort lors de l’accident. Frida, elle, est grièvement blessée. Son abdomen est transpercé par une barre de métal, dont la pointe ébréchée ressort par son vagin (« C’est comme cela que j’ai perdu ma virginité », écrira-t-elle plus tard, douée d’une formidable et cruelle dérision). Sa jambe gauche subit un grand nombre de fractures, onze au total. Son pied droit est également cassé. Le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont aussi touchés. L’épaule est démise. Elle reste alitée pendant trois mois, dont un mois à l’hôpital. Elle a 18 ans. Désormais l’odeur du chloroforme, la morphine, les aiguilles, les scalpels, les bandages, les instruments de torture feront partie de sa vie. À jamais.
« La seule bonne chose, c’est que maintenant je commence à m’habituer à souffrir  », écrit-elle le 5 décembre 1925. Et d’ajouter : « Je ne suis pas morte et j’ai une raison de vivre. Cette raison, c’est la peinture. »
Car, « par désœuvrement », elle a commencé à peindre : pour l’aider, ses proches ont placé un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut alors se servir de son reflet comme modèle, ce qui est probablement l’élément déclencheur de cette longue série d’autoportraits.
Environ un an après l’accident, elle doit retourner à l’hôpital, car on remarque qu’une de ses vertèbres lombaires est fracturée. Frida sera alors contrainte de porter durant neuf longs mois des corsets en plâtre. Au cours de sa vie elle doit subir plus d’une trentaine d’interventions chirurgicales, l’obligeant à rester souvent couchée sur un lit d’hôpital ou chez elle. Colonne vertébrale rompue, déchirement du vagin, estomac percé, polio, gangrène de la jambe, amputation jusqu’au genou, infection du rein, anémie, alcoolisme. Malgré la souffrance, défiant tous les pronostics des médecins qui la condamnaient, Frida continua de boire, de fumer et de s’amuser jusqu’à la fin de sa vie, durant laquelle la tequila ne l’a jamais quittée : « Je bois pour noyer mon désespoir. Mais ce bâtard a appris à nager. » disait-elle.

Diego Rivera

Grandie avec Pancho Villa, Emiliano Zapata et la révolution mexicaine de 1910, Frida Kahlo adhère au Parti communiste en 1928 et n’en décollera jamais. De New York, où elle expose en 1938, elle écrit : « J’ai appris tellement de choses ici, je suis de plus en plus convaincue que la seule façon de devenir un être humain et pas un animal, c’est d’être communiste. » Elle s’intéresse particulièrement à l’émancipation de la femme et a décidé, dès son jeune âge, de ne pas suivre le même parcours que la plupart des femmes mexicaines. Elle veut voyager, étudier, elle veut la liberté et le plaisir.
Cette même année 1928, Frida rencontre Diego Rivera (1886-1957), le plus célèbre des peintres muralistes, qu’elle admire, dans l’auditorium de son école.
Il possède tout. La gloire, l’argent. Et les plus belles femmes, malgré sa bouille de crapaud, son costume froissé et son chapeau couvert de poussière qui lui donnent des airs de clodo. Mais un clodo énorme, gigantesque. C’est « un ogre d’une intelligence monstrueuse », écrit le critique Elie Faure qui le connut à Paris en 1925. Lev Osporat lui consacre un livre et complète le portrait du monstre : « Turbulent, généreux, coureur de femmes et fantastiquement menteur ». Avec un rire tonitruant et un appétit démesuré pour le plaisir et la jouissance. Il a connu Rodin et Modigliani, est l’ami de Picasso. Il a vécu deux vies, a perdu un enfant. Il aurait grandi dans la montagne de Guanajuato, élevé au sein d’Antonia, une nourrice indienne, au milieu des forêts. Mascotte des bordels de la ville, c’est avec la jeune institutrice d’une école protestante qu’il connaît ses premiers émois – il à 9 ans. On raconte aussi qu’il croque de la chair humaine afin de se fortifier. Côté pile, Diego s’amuse à semer autour de lui des histoires invraisemblables. Côté face, c’est un homme profondément engagé dans les luttes sociales.
Lorsqu’elle annonce son intention de l’épouser, son père (ou sa mère ?) a ce commentaire acide : « Ce seront les noces d’un éléphant et d’une colombe ». C’est que son futur mari a 21 ans de plus qu’elle et pèse 3 fois son poids ! Ils se marient pourtant le 21 août 1929 et s’installent ensemble à Mexico dans un atelier.
En 1930 elle fait une fausse-couche. Après l’accident, on l’avait bien prévenue qu’elle ne pourrait sans doute jamais avoir d’enfant à cause de son bassin, fracturé en trois endroits. Mais un médecin, suite à cette première fausse couche, lui dit qu’elle pourrait peut-être accoucher par césarienne. Malgré cet espoir, elle fait une seconde fausse couche en 1932. C’est le 15 septembre de cette même année que la mère de Frida meurt.
Ne pouvant pas avoir d’enfants, Frida donna son amour maternel aux animaux, vivant en permanence avec des chats, des chiens et, dans son jardin, elle laissait à disposition des graines et de l’eau pour les oiseaux. Elle recueillait également toutes sortes d’animaux abandonnés ou blessés (perroquet, faon, singe, pigeon) qu’elle soignait avant de les faire adopter ou de les relâcher.

La Casa azul

Coyoacán, le quartier des coyotes, au sud de Mexico. La Casa azulce havre d’ennui qui devient si beau quand on est loin ») est entourée de hauts murs bleu électrique. C’est là que Frida Kahlo est née, elle y a peint, aimé, photographié. Son corps torturé y a souffert, elle y est morte. Dans les années 30, le jardin de lianes et de magnolias est le domaine des singes, des perruches et des xoloescuintle, les « chiens nus » faméliques. A l’intérieur de la bâtisse coloniale un peu délabrée, les murs sont bleus aussi. Les pièces sont encombrées de toiles et de curiosités, on parle toutes les langues. Artistes, photographes, révolutionnaires, républicains exilés après la guerre d’Espagne, banquiers et mécènes convergent ici. Frida Kahlo et son mari, le peintre Diego Rivera, sont le couple phare de la révolution mexicaine, des compagnons de route de l’Internationale communiste. Des péones révolutionnaires refont le monde en fumant au pied des murs bleus avec des féministes en herbe ou des Indiens exploités. On croise aussi des célébrités : Trotski, Rockefeller, André Breton ou Gisèle Freund. Frida trône en robe d’indienne bigarrée, le regard noir sous la barre de sourcils charbonneux, fière de sa moustache, marque de fabrique de ses autoportraits. Toujours majestueuse malgré ses corsets orthopédiques et d’insupportables douleurs qui peuvent la clouer au lit des semaines entières.
[Journal Libération du 11 septembre 2010, par Pascale Nivelle.]

Une bisexuelle assumée

En 1935, Frida Kalho découvre que son mari a une liaison avec sa sœur cadette, Cristina. Profondément blessée, elle quitte le foyer pour un appartement au centre de Mexico. Pendant cette période, elle a plusieurs relations extraconjugales, notamment avec d’autres femmes, comme Chavela Vargas (une chanteuse mexicaine), Jaqueline Lamba (la femme d’André Breton, voir plus loin) et, peut-être même, Georgia O’Keeffe – des penchants qu’elle assumait totalement, n’hésitant pas, par exemple, à porter des costumes d’hommes. Car, bien que née dans un pays profondément catholique et d’une mère dévouée au Christ, Frida Kahlo n’eut jamais honte de sa sexualité.
Voici ce qu’elle écrit dans une de ses lettres à son mari : « Je n’en ai strictement rien à foutre de ce que tout le monde peut bien penser. Je suis née pute, je suis née peintre, je suis née chieuse, mais j’ai été heureuse tout au long de ma vie. Toi, tu n’as jamais compris qui je suis : je suis amour, plaisir, essence, je suis une connasse, une alcoolique, je suis tenace, je suis une peintre. Je suis simplement qui je suis, mais toi, qui es-tu ? Qu’est ce que je dois faire face à toutes tes offenses ? Continuer à croire comme une imbécile à toutes tes conneries, croire que tu es un Dieu ? Reste dans ta misérable vie de porc, tu n’es qu’une merde. »
Elle entretint également une relation de près de dix ans avec le photographe d’origine hongroise Nickolas Murray. Mais aussi de brèves liaisons avec Heinz Berggruen (collectionneur, galeriste et marchand d’art allemand), Isamo Noguchi (sculpteur américano-japonais), Léon Trotski et, peut-être également avec Leo Eloesser, son chirurgien, rencontré à San Francisco.
Concernant Trotski, l’histoire débute en 1937, quand le président mexicain lui accorde l’asile politique. L’ennemi de Staline, poursuivi et interdit de séjour partout dans le monde, établit un temps son QG dans la Casa azul, avec secrétaires et gardes du corps. Le soir sous les magnolias, Frida déploie toute sa séduction, flirtant avec celui qui incarne à ses yeux l’idéal révolutionnaire. Elle le trouve un peu « viejito », mais s’échappe quand même quelques jours avec lui dans une hacienda. Diego, coureur mais jaloux, n’en saura rien. À la fin de cette aventure, Frida offrit à Trotski pour son anniversaire, le 7 novembre 1937, un Autoportrait dédié à Léon Trotski où elle se montre sous son meilleur jour avec une dédicace : « Pour Léon Trotski, je dédicace cette peinture avec toute mon affection… ».

Les surréalistes

En 1938, Frida Kahlo réalise sa première exposition officielle à New York, à la Julien Levy Gallery. Le monde peut enfin découvrir son talent et son style si particulier, dans ces tableaux où elle exprime aussi bien son attachement à sa terre, à ses traditions, à sa « mexicanité, incarnant la « culture indigène » en portant des costumes traditionnels, que la « femme moderne » qu’elle est, libre et indépendante dans sa vie et dans ses choix.
En septembre de cette même année, André Breton est envoyé à Mexico par le ministère des Affaires étrangères pour y prononcer une série de conférences. Avec sa femme Jacqueline Lamba, il est accueilli à Mexico par le couple Kahlo-Rivera. Frida Kahlo se défend d’être surréaliste : « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. » Breton, subjugué par Frida, dit d’elle un jour : « Frida est une bombe avec un ruban autour ». Une véritable et profonde amitié (amour ?) se nouera d’ailleurs entre Frida et Jacqueline.
En 1939 Frida se rend à Paris à une grande exposition sur le Mexique organisée par son gouvernement. Elle loge chez André Breton et rencontre les peintres Yves Tanguy, Picasso et Vassili Kandinsky. Mais elle n’aime pas Paris, qu’elle trouve sale, et la nourriture ne lui convient pas ; elle attrape une colibacillose. L’exposition lui déplaît également et elle se sent « envahie par cette bande de fils de putes lunatiques que sont les surréalistes ». Par-dessus le marché, on refuse d’exposer ses œuvres, à cause de la crudité des tableaux. Dans une lettre, elle fait part de son profond dégoût pour les intellectuels parisiens : « Ils ont tellement de foutus intellectuels pourris que je ne peux plus les supporter. Ils sont vraiment trop pour moi. J’aimerais mieux m’asseoir par terre dans le marché de Toluca pour vendre des tortillas que d’avoir quoi que ce soit à voir avec ces connards artistiques de Paris… Ils passent des heures à réchauffer leurs précieuses fesses aux tables des cafés, parlent sans discontinuer de la culture, de l’art, de la Révolution, en se prenant pour les dieux du monde et en infectant l’atmosphère avec des théories qui ne deviennent jamais réalité. Le lendemain, ils n’ont rien à manger, vu que pas un seul d’entre eux ne travaille. Ils vivent comme des parasites, aux crochets d’un tas de vieilles peaux pleines aux as qui admirent le « génie ». Ça valait le coup de venir, rien que pour voir pourquoi l’Europe est en train de pourrir sur pied et pourquoi ces gens sont la cause de tous les Hitler et Mussolini. »
Le 6 novembre 1939, le divorce entre Frida et Diego est officiellement prononcé (ils étaient séparés depuis que Diego l’avait trompée avec sa sœur chérie).

Quand, en août 1940, Ramón Mercader plante son piolet à glace dans le crâne de Trotski, non loin de la Casa azul, Diego et Frida sont soupçonnés par la police. C’est Paulette Goddard (actrice et femme de Charlie Chaplin), sa maîtresse du moment (et dont Frida est jalouse, comme de tant d’autres attirées par l’étrange beauté de son mari), qui prévient par téléphone Diego que la police se prépare à l’arrêter. Celui-ci réussit à s’enfuir et à se cacher plusieurs semaines avant de s’échapper pour la Californie. Il déclarera ensuite à la presse américaine que Paulette lui a sauvé la vie. Le FBI met alors l’actrice sous surveillance et enquête sur ses opinions et activités politiques. Frida est également arrêtée brièvement.

Viva la vida

Bien qu’elle fasse de Diego ce portrait : « Le voyant nu, on pense immédiatement à un enfant grenouille debout sur ses pattes de derrière. Sa peau est d’un blanc tirant sur le vert, comme celle d’un animal aquatique. », Frida et lui sont à la vie à la mort. Aussi, en décembre 1940, à la demande de Diego, se remarient-ils, après avoir divorcé l’année précédente. « Dans le fond, toi et moi nous nous aimons largement, et nous avons beau enchaîner les aventures, les claquements de porte, les insultes et les plaintes internationales, nous nous aimerons toujours ». Mais elle a posé ses conditions : elle ne veut plus dépendre de lui financièrement, et elle ne veut plus de rapports sexuels. Il accepte.
Le 14 avril 1941, le père de Frida meurt, à 69 ans, ce qui l’affecte profondément.
En 1943, elle dirige une classe de peinture à l’Académie des Beaux Arts. Mais sa mauvaise santé l’oblige à enseigner chez elle. Des douleurs permanentes dans le pied droit et dans le dos l’empêchent de marcher correctement. Elle doit porter un corset de fer (que l’on retrouve dans La colonne brisée, 1944). En juin 1946, elle subit une opération de la colonne vertébrale qui lui laisse deux immenses cicatrices dans le bas du dos.
En 1950 l’état de santé de Frida Kahlo s’aggrave encore et elle doit rentrer à l’hôpital ABC de Mexico. Elle y reste neuf mois.
En avril 1953, Frida connaît l’immense bonheur d’une exposition personnelle chez elle, à Mexico, à la galerie Lola Alvarez Bravo. « Je pense que les honneurs devraient être accordés aux gens de leur vivant, afin qu’ils puissent en jouir, et non pas quand ils sont déjà morts…. » Le soir de l’inauguration, on la transporte sur son lit dans la galerie : insensibilisée par les drogues, elle participe à la fête, boit et chante avec les nombreux visiteurs. Mais, dans les mois qui suivent, la gangrène gagne du terrain, les douleurs à la jambe droite se font insupportables. Les médecins décident donc, en août 1953, d’amputer la jambe jusqu’au genou. Cette opération apaise ses souffrances mais la plonge dans une profonde dépression. Elle passe par des états extrêmes. Un jour, elle proclame, euphorique : « À quoi me servent les pieds si j’ai des ailes pour voler ? » ; un autre, elle écrit : « On m’a amputée de la jambe il y a six mois qui me paraissent une torture séculaire et quelquefois, j’ai perdu la tête. J’ai toujours envie de me suicider. Seul Diego m’en empêche, car je m’imagine que je pourrais lui manquer. Il me l’a dit et je le crois. Mais jamais, de toute ma vie, je n’ai souffert davantage. J’attendrai encore un peu.… » La vie est toujours là, mais l’espoir est déjà mort.
Le 2 juillet 1954, fidèle à ses convictions, elle sort une dernière fois, lors d’une manifestation contre l’intervention américaine au Guatemala. Diego la pousse dans son fauteuil roulant tandis qu’elle tient à la main un drapeau avec une colombe.
Atteinte d’une pneumonie, Frida Kahlo meurt dans la nuit du 13 juillet 1954, sept jours après son quarante-septième anniversaire. Les derniers mots de son journal sont « J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir… ». Pourtant, en travers de son dernier tableau, Pastèques, peint juste avant de mourir, elle a écrit : « Viva la Vida ».
Elle est incinérée le 14 juillet, comme elle le désirait : elle avait expliqué qu’elle ne souhaitait pas être enterrée couchée, ayant trop souffert dans cette position au cours de ses nombreux séjours à l’hôpital.
Diego Rivera meurt trois ans plus tard, sans être revenu à la Casa azul, qu’il lègue à son amie Doña Dolores Olmedo, ainsi que toutes leurs archives qui dormiront longtemps dans une salle-de-bains murée. Ce n’est qu’en 2004, après de longues négociations, que la directrice du musée obtient enfin l’autorisation de faire percer les murs. Dans les malles, il y a 2 170 livres, des milliers de croquis, des vêtements, des médicaments, des jouets, mais surtout 5 387 photos, dont des clichés de Man Ray et Brassaï… Ses amis, ses parents, les maîtresses de Diego… ils sont tous là, images sépia imprimées d’un rouge baiser, ou d’un commentaire acide de Frida. Il y a Guillermo, le père adoré, Frida enfant, les tantes indiennes moustachues, sa sœur Cristina avec qui Diego la trompa, les médecins qu’elle fréquenta toute sa vie, et ses maîtresse et amants vrais ou supposés, Chavela Vargas, Jaqueline Lamba, Léon Trotski ou le photographe Nickolas Muray.

La galerie de peintures

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