CoBrA, ou l’énergie vitale

CoBrA, ou l’énergie vitale


CoBrA
(acronyme de Copenhague Bruxelles Amsterdam, du nom des villes de résidence de la plupart des membres fondateurs) ou Internationale des artistes expérimentaux (IAE) est un mouvement artistique validé à Paris en 1948 par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret et par les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn en réaction à la querelle entre l’abstraction et la figuration. Ce mouvement publie la revue Cobra (1948-1951).

« Un tableau n’est pas une construction de couleurs et de lignes,
mais un animal, une nuit, un cri, un homme, ou tout cela en même temps.
»

Les origines

• Lorsque Asger Jorn rencontre Constant, en 1946, à Paris (lors d’une exposition Miró), il l’encourage à créer un groupe sur le modèle de Høst, actif au Danemark entre 1941 et 1944 et dans lequel de jeunes peintres et écrivains mettent en avant un art abstrait libre, nourri de spontanéité populaire, de préhistoire et de mythologie scandinave, notamment à travers leur revue, Helhesten (cheval d’enfer – 12 numéros publiés). Dans ce groupe se trouvaient Asger Jorn, Egill Jacobsen, Else Alfelt, Carl-Henning Pedersen, Henry Heerup, Ejler Bille, Sonja Ferlov et l’islandais Svavar Gudnason qui, tous, prendront part à Cobra.
• C’est ainsi qu’avec Karel Appel et Corneille, Constant fonde le Groupe Expérimental Hollandais en juillet 1948, auquel se joignent de nombreux artistes néerlandais (Eugène Brands, Jan Nieuwenhuys, Theo Wolvecamp, Anton Rooskens, les écrivains Lucebert, Jan Elbug, Gerrit Kouwenaar), en révolte contre l’académisme hérité de Mondrian. Ce groupe publie en septembre-octobre 1948 la revue Reflex (2 numéros).
• L’année précédente, en avril 1947, en opposition au supposé embourgeoisement du surréalisme « classique » de Breton, qu’ils surnomment « Papa » (rentré de son exil américain et prétendant sans complexe reprendre sa place à la tête des avant-gardes), de jeunes écrivains belges ont fondé le Surréalisme révolutionnaire, dont Christian Dotremont est le théoricien (misant tout sur l’espoir encore suscité par le communisme). Devenue une Internationale, ce mouvement va fédérer les belges Paul Bourgoignie, Marcel Havrenne, Joseph Noiret (mais aussi Marcel Broodthaers ou René Magritte), les français Jean-Michel Atlan, Édouard Jaguer, Jacques Doucet, le tchèque Josef Istler. Asger Jorn adhère en octobre 1947, lors de la première conférence du Surréalisme révolutionnaire, à Bruxelles.

Création de CoBrA

Le 8 novembre 1948, Ager Jorn, du Groupe Expérimental Danois, Appel, Constant et Corneille, du Groupe Expérimental Hollandais, Dotremont et Noiret, du Surréalisme révolutionnaire, assistent à Paris à une seconde conférence du Surréalisme révolutionnaire houleuse, la nouvelle ligne politique soviétique (le « réalisme socialiste », farouchement hostile aux avant-gardes) remettant fortement en question l’allégeance à Moscou. À la sortie de la réunion, sur un coin de table du café Notre-Dame, les six signent un court texte intitulé La Cause était entendue, rédigé par Christian Dotremont. Il contient les quelques données de base qui sont celles de Cobra, « une collaboration organique expérimentale qui évite toute théorie stérile et dogmatique… Nous avons constaté que nos façons de vivre, de travailler, de sentir étaient communes; nous nous entendons sur le plan pratique et nous refusons de nous embrigader dans une théorique artificielle. Nous travaillons ensemble et nous travaillerons ensemble. »
Il ne s’agit pas de créer un groupe ou une élite exclusive, avec un programme précis, mais d’inviter à une aventure collective (et joyeuse), projet qui ne peut se développer que si chacun porte en soi, selon Jorn, sa force de travail. Il s’agit, pour Jorn « d’échapper au règne de la raison […] pour aboutir au règne de la vie ». Avant même cette déclaration écrite Jorn et Dotremont s’étaient déjà rencontrés pour créer une demi douzaine de peintures-mots, des petites toiles expérimentales sur l’émergence simultanée de la peinture et de l’écriture. Ce sera une des spécificité de Cobra que ces œuvres créées à quatre mains, simultanément, sans idée préalable, et où, parfois, « c’est le peintre qui écrit, l’écrivain qui peint » (Dotremont).

Cobra, qui a pour slogan « L’imagination au pouvoir », préconise en effet la spontanéité dans l’art, la non spécialisation, et se caractérise par une effervescence de l’activité créatrice, par un intérêt pour les arts primitifs (art viking, calligraphie orientale, expressionnisme, art préhistorique, art médiéval), naïfs et populaires, notamment les créations d’enfants, rejoignant ainsi la dynamique de l’art brut qui apparaît clairement dans le numéro 6 de la revue Cobra où sont publiées des lettres de Jean Dubuffet et Gaston Chaissac, et dont le thème central est : l’art populaire. En ce sens Cobra (animal sauvage et instinctif) est un véritable manifeste pour la libération de l’art, qui doit être pratiqué par tout le monde, et pas seulement par des artistes reconnus (c’est le geste artistique qui importe). Du surréalisme, il ne retiennent qu’une chose : son caractère expérimental initial. En peinture, cette expérimentation implique l’oubli de tout acquis culturel antérieur, du métier, du talent, du savoir-faire, au profit de l’instinct, de la spontanéité.
De tous les peintres surréalistes, c’est Miró qui marquera le plus les artistes de Cobra. L’ingénuité de Klee séduit les Néerlandais, en réaction contre le néo-plasticisme. Cependant, les racines les plus profondes sont expressionnistes : Kirchner et Nolde, mais davantage encore Van Gogh (pour Appel et Corneille), Ensor (pour Alechinsky), Munch (pour Jorn). On peut aussi citer Wifredo Lam, que Jorn connaît depuis les années 30 (et qui exposera avec Cobra en 1951). C’est là peut-être en effet le trait le plus spécifique de Cobra : la volonté de s’enraciner dans une tradition populaire et naïve occultée par la ligne bourgeoise et cultivée. Dans une large mesure, Cobra opposera à un « art culturel » un « art brut » pratiqué non pas par les fous, les médiums ou les « demeurés », mais par des artistes sincères désireux de se plonger dans un mythique bain de jouvence.

Ce sont les valeurs de la liberté que célèbre Cobra. C’est ce que l’on retrouve dans les peintures de Jorn, d’Appel ou de Constant, cette puissance, cet embrasement, cette énergie vitale. C’est une peinture optimiste, loin de tout intellectualisme, qui rend compte avec fougue et enthousiasme de cette capacité d’émerveillement, ce dynamisme, cette innocence allègre de l’homme originel qu’il convient de laisser s’exprimer (et qui prend, dans de nombreux tableaux, la forme d’un fascinant bestiaire, référence à cette animalité primitive qu’il faut retrouver sous le carcan de l’homme civilisé). D’ailleurs, très vite, tout le monde veut en être. L’Europe entière vibre au diapason de Cobra, désireuse de vivre l’intensité d’un renouveau qui s’apparente à une renaissance, ou à une Catharsis (la guerre n’est finie que depuis trois ans).
L’internationalisme de Cobra s’accompagne de son hostilité à l’idée, alors bien enracinée, que seul le passage par Paris peut favoriser l’éclosion d’œuvres authentiques et fortes. Les principaux animateurs du mouvement – Jorn, Constant, Dotremont -, véritables catalyseurs d’énergies, voyageurs infatigables, présents sur tous les fronts, essaieront d’affirmer la possibilité d’existence de plusieurs centres de création autonomes, loin de l’hégémonie de la peinture parisienne, qu’ils jugent inhibitrice et stérilisante : ainsi, les réunions, les expositions, les lieux de publication se situeront dans plusieurs pays. La revue, les éditions se feront dans plusieurs langues…

La fin, et après

Mais la fulgurance ne dure qu’un instant. Le mouvement commence à se disloquer dès la première « grande exposition internationale d’art expérimental » en 1949 au Stedelijk Museum d’Amsterdam (le scandale provoqué faillit coûter sa place à son directeur, Willem Sandberg) à cause de dissensions entre les membres (la plus personnelle d’entre elles concerne Constant et Jorn, l’épouse du premier ayant décidé de refaire sa vie avec le second).  À la fin de l’année 1950, les « Cobra Hollandais » Appel, Constant, Corneille, s’installent à Paris mais « rencontrent l’incompréhension de la critique et du public. Il est vrai qu’en 1950, Dubuffet était encore considéré comme un fumiste ». Jorn, lui, vient se réfugier à Bruxelles, aux Ateliers du marais, maison communautaire fondée par Pierre Alechinsky, puis à la maison des artistes danois de Suresnes, dans le plus grand dénuement. Finalement, en novembre 1951, après la seconde exposition internationale d’art expérimental, à Liège, et la publication du numéro 10 de la revue, l’aventure commune (sous cette forme) se termine. D’autant que Jorn, atteint de tuberculose, est en sanatorium depuis l’été et que Dotremont vient de l’y rejoindre en novembre. « Nous pensons fonder une section Tuberculose de Cobra ! », écrit ce dernier avec humour à Alechinsky. Avec Jorn, ils vont même y éditer une petite revue, «  La chevelure des choses  ».
Mais la fin de cette aventure de trois ans ne signifie pas pour les membres de Cobra la fin de la production d’œuvres qui sera au contraire, pour la plupart des artistes que ce mouvement a dynamisés et fait connaître, beaucoup plus riche et plus libre après (les protagonistes ne cessant d’en reparler, de s’en inspirer, de s’en réclamer). On peut aussi retrouver l’esprit Cobra dans l’art brut (dont il s’est inspiré), les performances du groupe japonais Gutai, les passions gestuelles de l’expressionnisme abstrait à New York, dans le néo-expressionnisme  ou encore dans les tableaux de Jean-Michel Basquiat…
C’est aux Pays-Bas que Cobra eut sans doute la plus grande importance et fut le plus rapidement accueilli dans les lieux publics, malgré les premières années difficiles. Ce ne fut pas le cas à Paris, en cet après-guerre où l’abstraction dominait tout (deux petites expositions Cobra en 1951 passèrent ainsi totalement inaperçu).

Jorn, Appel et Alechinsky sont les figures majeures de Cobra et les artistes les plus chers du groupe. Le record de Jorn a été établi à 2,1 millions de dollars (environs 2,3 millions d’euros) en mai 2002 chez Christie’s à New York (pour Au début était l’image, de 1965, record un peu isolé, ses huiles les plus prisées se négociant pour la plupart entre 150 000 et 600 000 euros). Jorn est suivi par Pierre Alechinsky, benjamin du groupe et le seul qui soit encore vivant. Son record en ventes publiques est de 1,4 million d’euros en octobre 2018 chez Christie’s Paris (pour Mur d’oiseaux, 1958). Quant à Karrel Appel, son record en ventes publiques culmine à 841 000 euros (en 2012 chez Christie’s Paris, pour Deux oiseaux et une fleur, 1951).
Hormis ces trois là, les principaux membres de CoBrA sont Christian Dotremont, Jacques Calonne, Joseph Noiret, Carl-Henning Pedersen, Constant et son frère Jan Nieuwenhuys, Corneille, Pol Bury, Georges Collignon, Henry Heerup, Egill Jacobsen, Ejler Bille, Jacques Doucet et Jean-Michel Atlan.
Je me propose (au fur et à mesure de mes envies et disponibilités) de vous en présenter quelques uns de plus près.

Asger Jorn

Asger Jorn (de son vrai nom Asger Oluf Jørgensen, 1914-1973), considéré comme le plus grand artiste danois du XXe siècle, a joué un rôle majeur dans le développement des avant-gardes européennes de l’après guerre. Partageant sa vie entre le Danemark, la France (il y séjourne dès 1936 pour étudier à l’école de peinture de Fernand Léger), la Suisse et l’Italie, Asger Jorn fonde, en novembre 1948, avec d’autres artistes du Nord, le mouvement Cobra. Dans le sillage du surréalisme (tout en s’en détachant fortement), ils prônent la spontanéité, le retour à l’art populaire et au dessin d’enfant. La tuberculose qui frappe Jorn en 1951 précipite la fin de Cobra, dont il était le moteur.
Après dix-huit mois passés en sanatorium, Jorn choisit, pour sa convalescence, l’air pur des montagnes et s’installe pour six mois dans un chalet Suisse. Là, le danois développe un langage nouveau, qui renoue avec les sensualités enveloppantes d’Edvard Munch, pionnier de l’expressionnisme moderne (à l’été 1945, Jorn était entré illégalement en Norvège pour voir à la National Gallery d’Oslo une grande exposition rétrospective du peintre norvégien, qui l’avait profondément impressionné). Les années suivantes le conduiront à libérer progressivement et de la façon la plus radicale son art des modes et des influences, et à inventer une peinture saisissante, tantôt apaisée, tantôt explosive, toujours colorée.
En 1957, Jorn fusionne le Mouvement international pour un Bauhaus imaginiste, qu’il avait fondé en 1955 (avec Max Bill et Enrico Baj notamment), l’Internationale lettriste et le Comité psychogéographique de Londres (fondé par Ralph Rumney – il en était l’unique membre), en un seul mouvement unifié : l’Internationale situationniste, organisation révolutionnaire désireuse d’en finir avec le malheur historique, avec la société de classes et la dictature de la marchandise. L’IS peut être apparentée à un groupe d’ultra-gauche mais représentait à ses débuts l’expression d’une volonté de dépassement des tentatives révolutionnaires des avant-gardes artistiques de la première moitié du XXe siècle : le dadaïsme, le surréalisme et le lettrisme, tournant en dérision l’art contemporain pour démontrer l’inanité et le superficiel d’une culture dite bourgeoise. L’IS s’est autodissoute en 1972.
L’œuvre puissante d’Asger Jorn, élaborée au rythme de voyages incessants à travers l’Europe, s’ancre profondément dans la culture et la sensibilité scandinaves, tout en s’imprégnant des échanges qu’il entretient avec la scène artistique internationale. La tension entre une tradition nordique enracinée dans le Moyen-âge, et une aspiration à la perméabilité des frontières et à la vitalité d’une création collective, est au cœur de la fascination qu’ exerce toujours le peintre danois aujourd’hui.

La galerie

Voici une sélection d’œuvres d’Asger Jorn, de 1933 à 1972.

Karel Appel

L’artiste néerlandais Karel Appel (1921-2006) étudie à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam de 1940 à 1943, où son intérêt se porte sur Picasso, Klee et Matisse. La première exposition de Karel Appel se déroule en 1946.
En 1948, il est un des fondateurs avec Corneille et Constant du Groupe Expérimental Hollandais, qui deviendra le noyau néerlandais du groupe CoBrA. Dans le même temps (1946-51), Karel Appel réalise de nombreux panneaux de bois en relief et des peintures murales sur le thème de l’enfant, l’art enfantin étant justement une des sources d’inspiration de ce groupe. Il les décrit comme des œuvres « puissantes, primitives, plus fortes que l’art nègre et Picasso ». Emblèmes de révolte et de vérité, ces travaux font apparaître les enfants comme des acteurs dérisoires d’une révolte impuissante.
En 1949, un mur peint sur ce thème dans la cantine de l’hôtel de ville d’Amsterdam fait scandale en raison des protestations des fonctionnaires municipaux. L’oeuvre est recouverte de papier peint pendant dix ans.
Appel s’installe à Paris en 1950. Sa peinture, dénuée de toute référence à la réalité, est alors violemment gestuelle et matiériste. Puis son oeuvre penche vers le dessin d’enfant et le dessin primitif, l’artiste reconstituant à son propre usage un « graphisme à l’état sauvage ». Appel fait maintenant allusion à la figuration, par des paysages imaginaires, des animaux indéfinis, des nus douloureux.
En 1957, Karel Appel séjourne pour la première fois aux États-unis et réalise une série de portraits de musiciens de jazz. D’autres séries, notamment des nus et des portraits, suivent. L’artiste s’attache à retranscrire les sentiments violents que lui inspire le monde.
Karel Appel commence son travail sur les grands reliefs polychromes, puis sur les sculptures en bois et polyester en 1964. En 1976, il collabore à des peintures murales avec les habitants des bidonvilles de Lima.
Karel Appel explore la lithographie, la sculpture, la peinture murale, le collage, le vitrail… Il collecte des objets de rebut et des déchets urbains qu’il intègre à sa toile.

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Voici une sélection d’œuvres de Karel Appel, de 1945 à 2000. 

Christian Dotremont

Poète et peintre, né en Belgique en 1922 (et décédé en 1979), Christian Dotremont entre très tôt en contact avec les surréalistes belges. Après un séjour à Paris, sous l’Occupation, il fonde, en 1947, le groupe « surréaliste révolutionnaire », puis l’année suivante, à Paris, avec Appel, Constant, Corneille, Jorn et Noiret le groupe « international d’art expérimental » Cobra, (1948-51). Animateur, théoricien, commentateur du mouvement (« Je suis à peu près seul, encore, à comprendre l’importance historique du phénomène surréaliste révolutionnaire et du phénomène Cobra. En tout cas, seul à lutter. »), Christian Dotremont en est aussi le secrétaire général.
Mais il est aussi, et surtout, connu pour ses logogrammes, à travers lesquels il réinvente à sa manière l’écriture en appuyant sa création poétique sur les ressources de l’imagination graphique : peintures-mots ou dessins-mots qu’il explore et expose avec Alechinsky, Jorn, Appel et quelques autres. Ils naissent durant l’hiver 1956-1957, en Laponie (Dotremont est un grand voyageur dans l’âme). La neige lui offre sa page blanche. La main est libre. Le geste se déploie. Le mot trouve sa plénitude.
Ces logogrammes sont tracés par l’auteur à vive allure, dans un abandon délibéré à l’imprévu, un effort pour ne pas prévoir. Le texte, non préétabli, est tracé avec une extrême spontanéité, sans souci des proportions, de la régularité ordinaires, les lettres s’agglomérant, se distendant, et donc sans souci de lisibilité. S’il arrive que l’auteur ne puisse s’éviter de penser avant le traçage et de prévoir les premiers mots du logogramme, en revanche il ne prévoit jamais le graphisme. Une fois le logogramme tracé à l’encre noire et au pinceau ou au stylo, il décide ou non de lui ajouter un autre mot, puis de le garder ou de le détruire (80% parmi eux vont à la poubelle…). Il s’agit en quelque sorte de courir dans les mots pour ne pas que l’esprit ait un trop grand rôle. C’est la vitesse qui garantit la surprise de l’écriture, elle produit une altération graphique qui rend le texte indéchiffrable à la première lecture. Pour préserver la signification de ces nuées de signes, à la lisibilité menacée, Dotremont reporte toujours le poème, l’aphorisme ou le petit dialogue, souvent humoristique, au crayon au bas de la feuille, d’une fine écriture d’écolier.

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Voici une sélection d’œuvres de Christian Dotremont, de 1948 à 1979, seul ou à quatre mains. 

Constant

Peintre de formation, Constant Nieuwenhuys (1920-2005), dit Constant, est une figure majeure de la scène artistique néerlandaise de la seconde moitié du XXe siècle. En 1948, après sa rencontre avec Asger Jorn lors d’une exposition Miró à la Galerie Piere Loeb à Paris, il co-fonde (avec Appel et Corneille) le Experimentele Groep in Holland qui anticipe de quelques mois le mouvement international Cobra créé entre dissidents surréalistes danois, belges et néerlandais, et défendant un art libre, spontané et joyeux qui renoue avec l’universel par la recherche de formes archétypales. Au début des années 1950, il participe aux réunions des membres hollandais du Congrès International d’Architecture Moderne et se rapproche du groupe dissident Team X avec lequel il collabore dès 1952 et qui appelle à un colorisme spatial qui, après De Stijl, réaffirme l’importance de la couleur en architecture.
À partir de 1953, Constant s’oriente vers la construction et expérimente ces principes dans des sculptures d’inspiration néoplasticiste puis néo-constructiviste. L’artiste réalise aussi plusieurs projets spatiodynamiques (1953-56) avec Nicolas Schöffer, qui l’introduit au groupe Espace, créé par André Bloc et Felix Del Marle et qui défend en France une nouvelle synthèse des arts. Dès cette époque, Constant entame une réflexion sur la réalité urbaine, incitant à la nomadisation et à la généralisation d’un comportement ludique.
En 1956, il intègre le Mouvement International pour un Bauhaus Imaginiste créé par Asger Jorn en réaction au Style International et, pendant dix-huit ans, va se consacrer presque exclusivement à New Babylon, illustration radicale de « l’urbanisme unitaire » de Guy Debord. Il participe néanmoins à la fondation de l’Internationale Situationniste en 1957, avant de démissionner trois ans plus tard. Son projet utopique de cité planétaire, anticipant les recherches de Yona Friedman et des groupes radicaux comme Archigram, deviendra une référence iconique de l’imaginaire architectural du XXe siècle.
Son frère Jan Nieuwenhuijs, de deux ans plus jeune, est également peintre.

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Voici une sélection d’œuvres de Constant, de 1946 à 1999. 

Corneille

Corneille, pseudonyme de Guillaume Cornelis Beverloo (1922-2010), est un peintre, graveur, sculpteur et céramiste néerlandais né à Liège et mort à Auvers-sur-Oise, où il vivait depuis près de vingt ans et où il est inhumé, selon son vœu, à côté de Vincent van Gogh, son maître absolu.
Après avoir suivi les cours de l’École des Beaux-Arts d’Amsterdam (1940-43), Corneille commence à exposer dès 1946, puis découvre le surréalisme. En 1948 il co-fonde (avec Appel et Constant) le Experimentele Groep in Holland (« en lutte contre les formalismes de tout genre », comme l’écrit Corneille dans le second numéro de Reflex) qui anticipe de quelques mois le mouvement international Cobra (voir plus haut) dont il sera aussi l’un des initiateur.
En 1949, Corneille entreprend son premier voyage en Afrique du Nord où il découvre le monde arabe et berbère. En 1950 il s’installe à Paris (de même qu’Appel et Constant). Après la dislocation de Cobra en 1951 il évolue vers l’abstraction (paysagisme abstrait) avant de revenir à la figuration au début des années 1960. Impressionné par la luxuriance de la nature dans certains pays visités (Brésil, Mexique…), il retrouve le vocabulaire expressionniste et passionné (à la convergence du pop art et de la nouvelle figuration) de la période Cobra. Dans ses œuvres ultérieures, empreintes de lyrisme (de poésie enfantine, pourrait-on dire) et aux couleurs généreuses, flamboyantes, la femme (qui représenterait la terre dans le langage de l’artiste), l’oiseau (l’élément masculin et l’artiste lui-même), le soleil et le serpent (symboles du sexe féminin et masculin) ainsi que le chat sont omniprésents.
En 1953, Corneille s’initie à la gravure à l’eau-forte dans l’atelier de Stanley William Hayter à Paris. Ses premières céramiques datent de 1954 et ses premières sculptures en bois polychrome de 1992. En 1999, il découvre l’aquagravure.
En 1977 sont publiés plusieurs albums photographiques consacrés à ses voyages en Afrique et à sa collection d’art africain. Il établit ses premiers contacts avec le monde asiatique (Chine, Japon, Indonésie). De 1982 à 1992, il participe à de nombreuses expositions et développe son œuvre graphique entreprise dès 1948. Plusieurs monographies lui sont consacrées.

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Voici une sélection d’œuvres de Corneille, de 1947 à 2010.

D’autres artistes liés au mouvement Cobra ici.

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