La peinture en autriche du XXe siècle à nos jours

Après avoir fait tout le tour de l’Europe, de l’Est à l’Ouest et du Sud au Nord, il ne me restait plus qu’un pays à traiter : l’Autriche. Eh bien nous y voilà, et l’Europe sera complète.
Lorsque débute le XXe siècle, le pays, depuis 1867, fait partie de l’Empire austro-hongrois, « monarchie danubienne » dirigée par François-Joseph Ier qui mourra en 1916, à 86 ans, pendant la Première Guerre mondiale, après 68 ans de règne. L’empire (qui contenait pas moins de 11 nationalités officielles – Allemands, Hongrois, Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates, Serbes, Roumains, Ruthènes, Polonais et Italiens – exigeant tous plus d’indépendance, même si presque personne ne voulait de séparation complète) ne lui survivra que deux ans. Sa dislocation à la fin de la Première Guerre mondiale aboutit à un partage du territoire entre sept États (en vertu du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » mis en avant par les vainqueurs) : la Tchécoslovaquie, le royaume des Serbes, Croates et Slovènes, la république d’Autriche allemande, la République démocratique hongroise, tandis que la Galicie rejoint la Pologne ressuscitée, que le Tyrol du sud rejoint l’Italie, et que la Bucovine et la Transylvanie rejoignent la Roumanie.
L’Assemblée autrichienne rédige alors une constitution déclarant que « l’Autriche allemande est une république démocratique » (article 1) et qu’elle « est une partie de la République allemande » (article 2), tandis que la Constitution allemande du 31 juillet 1919 reconnaît à l’Autriche allemande le droit de s’unir à l’Allemagne. Cela ne se fera pourtant jamais et, après le traité de Saint-Germain-en-Laye (10 septembre 1919), le nom d’« Autriche allemande » est modifié en « République d’Autriche ». Cette Première République (marqué par de violents conflits entre la droite et la gauche) dure jusqu’au 12 mars 1938 lorsque l’Autriche est annexée par le Troisième Reich allemand (Anschluss). On peut même considérer qu’elle a pris fin dès la mise en place de la dictature austrofasciste en 1933-1934 sous la direction du chancelier Engelbert Dollfuss, opposé aux pro-nazis (ces derniers répondent en organisant un coup d’État et en assassinant le chancelier Dollfuss le 25 juillet 1934).
Le 12 mars 1938, les troupes allemandes entrent en Autriche sous les cris de joie de la foule. Ceux qui étaient contre ne souhaitant évidemment pas se manifester. La population voit dans l’Anschluss un moyen d’améliorer la situation économique du pays. Lors du référendum du 10 avril 1938 sur l’Anschluss, 99,73 % de la population se prononce pour, selon les résultats officiels. On parle de « réunification ». L’histoire de l’Autriche se confond alors avec celle de l’Allemagne de 1938 à 1945 dans le cadre d’une nouvelle entité politique le Grand Reich.
En 1945, après la défaite, l’Autriche est divisée en quatre zones, comme l’Allemagne – et Vienne en quatre secteurs, comme Berlin – et occupée par les vainqueurs. Cependant, l’Autriche étant considérée comme la première victime de la guerre, les Alliés lui laissent un gouvernement. Cette occupation prend fin le 15 mai 1955 quand l’Autriche proclame sa « neutralité permanente », suivant le modèle suisse. En échange, les Alliés quittent le pays. Les troupes se retirent le 25 octobre et, le lendemain, le parlement adopte officiellement ce traité, faisant du 26 octobre la fête nationale autrichienne. De plus, en décembre de cette même année, l’Autriche entre à l’ONU. À partir de là, la situation économique s’améliore grâce au plan Marshall qui accélère la reconstruction, une certaine prospérité s’installe, donnant confiance aux Autrichiens en la République, et le pays devient plutôt tranquille. Il rejoint l’Union Européenne en 1995.
Le cadre étant posé, parlons maintenant peinture :

Avant guerre

L’Art nouveau

Vienne, au début du XXe siècle, est une ville passionnément attachée à la culture. Mahler, le chef de l’Orchestre philharmonique de Vienne, compose quatre symphonies entre 1901 et 1906. Schönberg (qui s’essaiera aussi à la peinture) est à la musique ce que Picasso est à la peinture. Et Freud, dont l’adresse, Berggasse 19, Vienne IX, va devenir célèbre dans le monde entier, gagne en influence. Vienne est surtout l’un des centres de l’Art nouveau en Europe, autour d’une vingtaine d’artistes, dont Josef Engelhart, Josef Hoffmann, Gustav Klimt, Max Kurzweil, Carl Moll, Koloman Moser, Felician von Myrbach (peintre de batailles), Joseph Olbrich (architecte) et Alfred Roller (dessinateur, affichiste), entre autres. Une particularité de la variante viennoise de l’Art nouveau réside surtout dans la tendance à la géométrie et à la planéité de la peinture, dans laquelle on peut voir l’une des racines les plus importantes de la peinture abstraite du XXe siècle (même si, en ce domaine, l’Autriche fut longtemps à la traîne). Gustav Klimt en est le maître principal et reste aujourd’hui l’artiste autrichien le plus coté, son Portrait d’Adele Bloch-Bauer I (1907) ayant été achetée pour 135 millions de dollars en juin 2006, lors d’une vente privée, par le milliardaire Ronald Lauder, après avoir été rendue à la famille Bloch-Bauer par le musée du Belvédère de Vienne (ce tableau faisant partie des milliers d’œuvres spoliées par les nazis). Le tableau est désormais exposé à la Neue Galerie à New York.

Le symbolisme, qui a trouvé relativement peu d’adeptes parmi les artistes en Autriche, est néanmoins révélé de manière impressionnante dans les dessins au crayon imaginatifs d’Alfred Kubin, dont l’art est devenu l’une des racines du surréalisme international dans les années 1930. On peut aussi citer Karl Mediz ou Rudolf Jettmar.

La Sécession de Vienne, le Hagenbund

Au tournant du siècle, la Künstlerhaus est une vaste association d’artistes à caractère officiel, fief de l’historicisme et de l’éclectisme, au sein de laquelle les conservateurs sont majoritaires et entravent toute nouveauté, contrôlant notamment les rouages du marché de l’art. En 1897, les mécontents, groupés autour de Klimt, fondent la Vereinigung bildender Künstler Sezession (Sécession de Vienne), association qui ne propose aucun programme artistique précis, mais dont les buts déclarés sont d’« arracher l’art au négoce », de susciter un intérêt pour l’art en même temps que d’élever le sens artistique des contemporains, et de favoriser des échanges entre l’art autrichien et les nouvelles tendances européennes. Pour ce faire, l’association va se donner une revue et organiser de nombreuses expositions. La Sécession est ainsi en grande partie responsable de la montée fulgurante de la renommée internationale de plusieurs de ses membres, dont Klimt et Moser, ou encore l’architecte Joseph Maria Olbrich et le designer Josef Hoffmann qui ont contribué dans une large mesure à remettre l’art autrichien sur la carte pendant la deux premières décennies du XXe siècle et au-delà.
Toutefois, comme partout ailleurs en Europe autour des années 1890, l’aspiration wagnérienne à une unité dans l’art, au Gesamtkunstwerk, conduit les Sécessionnistes à exercer leurs talents dans de multiples directions, et plus particulièrement dans le domaine des arts appliqués et des arts décoratifs (à travers le travail de la Wiener Werkstätte) ; c’est d’ailleurs exclusivement à ceux-ci que renvoie le concept de Sezessionsstil (style sécession). Il ne s’applique pas à la peinture, car il n’y a pas, autour de 1900, d’école viennoise de peinture à proprement parler.
Le Hagenbund, autre association d’artistes, fondée trois ans plus tard (1900-1938), toujours en opposition avec les valeurs traditionnelles véhiculées par la Künstlerhaus, va fonctionner pendant près d’une décennie dans l’ombre de la sécession. Mais les deux associations étant assez poreuses, on y retrouve indifféremment les représentants les plus importants de cet expressionnisme qui embrase alors toute l’Europe du nord – et notamment l’Allemagne -, avec, en Autriche, des noms comme Egon Schiele, Oskar Kokoschka et Richard Gerstl (il se pend en 1908, à 25 ans, après une aventure avec la femme de son ami Arnold Schönberg, compositeur et peintre – et son œuvre n’est vraiment découverte que 20 ans plus tard). Après la Première Guerre mondiale, Anton Kolig, Anton Faistauer et Herbert Böckl les rejoindront.

Le Neukunstgruppe

Le Neukunstgruppe (Groupe pour un nouvel Art) est fondé par Egon Schiele et ses amis artistes à l’été 1909. Il s’agit de jeunes artistes qui ont quitté l’Académie de Vienne et, cherchant de nouvelles expressions artistiques, vont finalement créer leur propre expressionnisme. Il faut dire que Schiele, demandant une plus grande liberté pour les étudiants de l’Académie, venait d’en être expulsé en avril. Parmi les 15 membres fondateurs du groupe figuraient le beau-frère de Schiele Anton Peschka, Anton Faistauer, Rudolf Kalvach (graphiste), Hans Böhler (qui émigrera aux USA de 1936 à 50), Erwin Osen, Franz Wiegele, Robin Christian Andersen et le compositeur Arthur Löwenstein. Felix Albrecht Harta (né à Budapest, il grandit à Vienne mais émigrera en Angleterre de 1939 à 1950), ami de Schielle, est également proche du groupe. En 1911, Oskar Kokoschka, Sebastian Isepp (émigrera à Londres en 1938, naturalisé en 1947), Albert Paris Gütersloh, Anton Kolig et l’allemand Karl Hofer les rejoignent. Les contacts entre les artistes et le groupe se sont néanmoins distendus après une dernière exposition en janvier 2012 à Budapest. Et en 1918, Schiele meurt de la grippe espagnole.

Entre-deux-guerres

Après 1918, le langage formel du Hagenbund, jusque là plutôt en retrait par rapport à la Sécession, en vient à dominer l’activité artistique à Vienne, et dans les années 1920, il fournit le foyer le plus important pour les nouveaux courants artistiques. Il compte alors parmi ses membres Theodore Fried (artiste hongrois qui a travaillé à Vienne, Paris et New York), Oskar Laske (officier pendant la Première Guerre mondiale, après l’Anschluss il s’est retiré dans une « émigration intérieure »), le sculpteur Anton Hanak, Carry Hauser, Georg Mayer-Marton (juif hongrois, il fuit en Angleterre en 1938), Georg Merkel, Sergius Pauser, Fritz Schwarz-Waldegg (mort en 1942 au camp de Maly Trostenets), Otto Rudolf Schatz (interdit de travailler par les nazis, emprisonné de 44 à 45), le tyrolien Albin Egger-Lienz et Oskar Kokoschka.
Sinon, durant cette période de l’entre-deux-guerres, la peinture autrichienne se répartit notamment entre l’expressionnisme et la Nouvelle Objectivité, principaux courants de l’Allemagne toute proche. Par contre on ne retrouve presque pas les styles internationaux comme le cubisme, le futurisme (sauf chez quelques rares tenantes du cinétisme viennois, comme Erika Giovanna Klien ou My Ullmann) ou le surréalisme. De même que la peinture abstraite, inexistante en cette première moitié du XXe siècle en Autriche.
Parmi les expressionnistes, outre ceux nommés plus haut, Schiele ou Kokoschka, on peut aussi citer Broncia Koller-Pinell, Franz von Zülow (a peu peint à l’huile, son travail se concentrant principalement sur le graphisme imprimés), Franz Lerch (émigre aux USA en 1938 après avoir détruit tous ses invendus, naturalisé en 1944), Max Oppenheimer (dit Mopp, il émigre aux USA de 1938 à sa mort), Josef Dobrowsky ou encore Helene von Taussig (déportée et assassinée en 1942, la majorité de son œuvre a disparu).
Dans la Nouvelle Objectivité on trouve Wilhelm Thöny (émigre à New York en 1938, en 1948 un incendie détruit plus d’un millier de ses œuvres, il meurt l’année suivante), Rudolf Wacker (soupçonné d’être communiste, il ne survit pas à un interrogatoire de la Gestapo en 1939), Joseph Floch (émigre à New York en 1941, naturalisé en 1951), Albert Birkle (allemand, arrive en Autriche en 1932, naturalisé en 1946), Otto Rudolf Schatz, Herbert Ploberger, Ernst Nepo, Greta Freist, Herbert von Reyl-Hanisch (mort en 1937 à 39 ans d’une hémorragie soudaine) ou encore Franz Sedlacek (il demande son adhésion au NSDAP après l’Anschluss, combat à Stalingrad et disparaît en Pologne en 45).
Pendant ce temps, il y a aussi une tentative de faire revivre la peinture murale dans le domaine sacré et profane (Anton Kolig, Anton Faistauer) ; cette tentative comprend également les fresques d’Herbert Böckl à Seckau (Styrie) après la Seconde Guerre mondiale.

La Seconde Guerre mondiale

L’époque de l’annexion de l’Autriche au Reich allemand en 1938-1945 est caractérisée par un art idéalisant les idées politiques du national-socialisme, certains artistes étant adoubés par Hitler, comme Ivo Saliger, Karl Truppe ou Adolf Reich. D’autres, au contraire, sont considérés comme « dégénérés » et mis au ban de la société (voire pire) dès 1933 en Allemagne. C’est le cas de certains des artistes les plus renommés comme Kokoschka (considéré comme le plus dégénéré de tous, ennemi hitlérien n°1 de l’art, il s’exile dès 1934 et vivra à Prague, Londres, et mourra en Suisse), Werner Scholz (allemand qui a vécu au Tyrol de 1939 à sa mort en 1982) ou Gütersloh. [voir mes articles sur l’exposition d’art dégénéré ou sur la peinture allemande]
En 1938, le Hagenbund est dissout par les nazis et certains artistes juifs sont déportés, d’autres quittent l’Autriche. On estime à les 65 000 les juifs autrichiens assassinés sous le régime nazi. Parmi eux, bien sûr, des artistes, comme Frederika Dicker-Brandeis (morte en octobre 1944 à Auschwitz), Fritz Schwarz-Waldegg (exécuté au camp de Maly Trostenets en 1942, beaucoup de ses œuvres ont été perdues), Robert Kohl (il émigre à Paris en 1938, est arrêté par la Gestapo peu avant de partir aux USA et meurt au camp de Blechhammer en 1944), ou encore Julius Klinger (mort en déportation près de Minsk en 1942), ce merveilleux affichiste. Et sans doute tant d’autres, telle Ida Maly, qui n’était pas juive mais a été euthanasiée en 1941 dans le cadre du programme T4. Otto Rudolf Schatz (son épouse était juive) et Adolf Frankl, eux, survécurent aux camps. Ce dernier qui, après l’accession au pouvoir des communistes, avait fui en 1949 de Prague à Vienne (il était tchécoslovaque), n’eut ensuite de cesse de témoigner de ce qu’il avait vécu à Sered puis Auschwitz.
Rudolph Carl von Ripper, né en 1905, est arrêté à Berlin à l’automne 1933 en possession de documents anti-nazi. Interrogé par la Gestapo et interné, il est libéré début mai 1934 à l’intervention de l’ambassade d’Autriche et expulsé d’Allemagne. Après sa détention, farouchement anti-fasciste, il entre dans la Légion étrangère française et participe à la guerre civile espagnole. Il émigre aux États-Unis en 1938 et, en 1941, s’enrôle dans l’armée américaine, officiellement comme peintre de guerre, ce qui ne l’empêche pas de devenir officier et d’être plusieurs fois décoré, servant contre l’Afrikakorps et participant au débarquement en Italie. En 1946, il retourne en Autriche en tant que citoyen américain et enseigne à la Vienna Art Academy. Il vit ensuite dans le Connecticut et meurt à 55 ans à Majorque.

Après 1945, la reprise est difficile pour les artistes. En avril 1948 l’amnistie accordée à près d’un demi-million de nazis « moins compromis » concerne également les professeurs d’Université et les enseignants d’arts plastiques, ce qui coupe court à toute discussion de société sur l’implication d’Autrichiens dans les crimes nazis jusqu’en 1986 et l’affaire Kurt Waldheim.

Les années 50 et 60

Après que le contact avec les pays étrangers a été interrompu pendant les années nazies, beaucoup de nouvelles tendances restent inconnus – ou incomprises (ça reste encore pour beaucoup de « l’art dégénéré »). Et puis, très peu d’exilés autrichiens sont rentré au pays après 1945 ; chez les artistes ou les intellectuels, c’est une infime minorité (on parle de 5%). Et ceux qui étaient partis ou avaient été éliminés étaient souvent les plus modernistes.
Ce furent donc notamment le sculpteur Friz Wotruba (rappelé de son exil Suisse) et Herbert Böckl (entré au NSDAP en 1941, par sécurité mais sans jamais en adopter l’idéologie), professeurs à l’Académie des Beaux-Arts, qui formèrent la nouvelle génération. Ainsi que Albert Paris Gütersloh :

Réalisme fantastique ou abstraction

L’Art Club (Wiener Künstlervereinigung der Nachkriegszeit), fondé à Vienne en 1947 (dissous en 1959) et dont sont issus de nombreux artistes parmi les plus importants, devient un lieu créatif important de la peinture autrichienne d’après-guerre. Gütersloh (peintre et écrivain) est le président et mentor éminent du groupe. Les expositions ont principalement lieu à la Zedlitzhalle ou à la Sécession. Pendant longtemps, l’aspect artistique de l’Art Club est caractérisé par une coexistence pacifique de surréalistes (Vienna School of Fantastic Realism) et d’abstraits :
• La soi-disant école de Vienne du Réalisme fantastique est une variante tardive du surréalisme international. Ses principaux représentants en sont GüterslohAnton Lehmden, Arik Brauer (peintre, architecte, poète, danseur et chanteur), Ernst Fuchs (peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, architecte, scénographe, compositeur, poète, chanteur), Rudolf Hausner ou Wolfgang Hutter, et grâce à la renommée internationale de Friedensreich Hundertwasser (peintre et architecte utopiste) et sa peinture décorative et abstraite (d’origine juive, il s’était caché pendant la guerre dans les jeunesses hitlérienne ; mais du côté de sa mère, 69 membres de sa famille furent assassinés !).
• À partir du milieu des années 1950, l’abstraction autrichienne a vraiment décollé avec la galerie Saint-Étienne, ouverte en 1954 à Vienne, et dirigée par Mgr Otto Mauer, figure intellectuelle emblématique pour l’art d’après-guerre. Grâce à son goût pour l’art avant-gardiste – expressionnisme abstrait et informel -, il a réalisé un véritable travail de pionnier en ce qui concerne la présence et l’offre artistique en Autriche. Josef Mikl, Arnulf Rainer (probablement l’artiste autrichien contemporain le plus connu au niveau international), Markus Prachensky, Wolfgang Hollegha et Hans Staudacher (né en 1923, toujours en vie début 2020) faisaient partie des adeptes de ce style de peinture dominé par les gestes et les couleurs. De plus, il y avait des aspirations existentialistes croissantes qui plaçaient l’existence humaine au centre de la peinture.

L’actionnisme viennois

Né sur les ruines de la politique conservatrice et étouffante que la bourgeoisie puis le régime nazi avaient établie en Autriche, l’Actionnisme viennois (1962-1971), renoue avec l’esprit provocateur des premières années de l’expressionnisme autrichien. Rudolf Schwarzkogler (peintre et photographe), Günther Brus, Hermann Nitsch, Otto Mühl (sculpteur et peintre), Adolf Frohner (sculpteur et peintre), jeunes artistes à peine sortis des académies d’art viennoises, sont les protagonistes du mouvement. À cheval entre la performance et la peinture, l’actionnisme est un phénomène indépendant qui brise le genre et dont le sujet est le corps humain en tant qu’interface entre la sexualité, la douleur et la mort. La période actionniste ne fut qu’un épisode de la vie de ces artistes, excepté pour Nitsch dont l’œuvre s’inscrit encore dans ce mouvement (il est connu – et controversé – pour mélanger du sang à sa peinture). Mais ce passage fut déterminant, laissant des traces profondes dans leurs œuvres et dans leur vie (Brus et Nitsch ont dû s’exiler en Allemagne pour échapper à des peines de prison, Schwarzkogler s’est suicidé en 1969) et est considéré de nos jours comme la contribution artistique la plus importante de l’Autriche de la seconde moitié du XXe siècle.

Outre l’abstraction, le domaine de la représentation figurative ou de la peinture de paysage connaît aussi différents développements avec, entre autres, la poursuite des tendances expressives du travail de Kokoschka et Böckl par Georg Eisler, Franz Elsner, Hans Fronius, Ferdinand Stransky ou Maximilian Melcher (gravures, mosaïques).

Le pop art est représenté notamment par les travaux de Christian Ludwig Attersee, qui ont reçu une attention internationale particulière, et de Kiki Kogelnik

En plus de ces développements artistiques, qui se sont manifestés comme des mouvements de groupe, des individus aux styles très personnels sont également apparus. Parmi eux, Maria Lassnig, Oswald Oberhuber (peintre, sculpteur et graphiste) et Max Weiler sont particulièrement remarquables, qui n’incarnent pas nécessairement les caractéristiques des années 1960 avec leurs œuvres, mais ont toujours été fortement impliquées dans l’art autrichien :
• Après avoir été, durant les années 30 et 40, purement figuratif (paysages, portraits, travaillant également sur des fresques ou des vitraux) – et avoir rejoint le NSDAP en 1940 -, Max Weiler, lors d’un voyage à Paris en 1949, rencontre des représentants de l’Ecole de Paris comme Nicolas de Staël ou Alfred Manessier. À partir de là il va laisser tomber la représentation de la réalité extérieure, pour devenir, à partir des années 50, un des peintres abstrait les plus reconnu et les plus prolifique.
• Maria Lassnig est une des artistes autrichienne les plus importante de cette seconde moitié de siècle. En 1988, elle est la première femme à recevoir le Großer Österreichischer Staatspreis (la plus haute récompense décernée par la République d’Autriche à un artiste pour l’œuvre d’une vie artistique exceptionnelle) dans la catégorie « arts visuels ». Elle avait déjà été la première femme à obtenir une place d’enseignante à l’Université des arts appliqués de Vienne. Profondément féministe, adepte de l’autoportrait, elle se peint mi-femme mi-créature animale ou mythologique. Son travail surprend voire dérange car rien n’est sublimé, tout est cru. Elle est morte en mai 2014, à 94 ans.
• En tant que professeur à l’université des Arts Appliqués de Vienne (1973-97), Oswald Oberhuber a eu une grande influence sur la scène artistique autrichienne des années 80, incitant ses étudiants à s’émanciper.
On peut également citer Hubert Pfaffenbichler (qui se fait appeler El Hombre), Lieselott Beschorner ou Cornelius Kolig, peintre, sculpteur, artiste d’installations et d’objets, connu pour son travail intrépide qui tourne autour du corps humain et de la psyché, de la sexualité et de la mort, des obsessions et des tabous et qui fait partie des grandes figures solitaires intransigeantes de l’Autriche d’après-guerre.

Les années 70 et 80

Enfin, après des années difficiles (la reconstruction du pays était au premier rang des préoccupations, et le climat intellectuel était de nouveau empoisonné, cette fois par la guerre froide), l’arrivée au pouvoir du chancelier fédéral Bruno Kreisky, en 1970, permet une ouverture intellectuelle, alliée au souhait de renouer des contacts avec les milieux artistiques internationaux.

Réalités et art brut

À partir de 1968, le groupe d’artistes « Réalités » (Peter Pongratz, Franz Ringel, Robert Zeppel-Sperl, Kurt Kocherscheidt, Martha Jungwirth, Wolfgang Herzig) représente une sorte de pendant autrichien au groupe CoBrA avec une peinture en partie influencée par le travail des malades mentaux, ce que Jean Dubuffet a appelé l’Art brut, et que l’on retrouve aussi dans le travail de la petite colonie d’artistes de la clinique psychiatrique de Gugging, en Basse-Autriche. Un endroit unique.
Après avoir été le lieu du meurtre, approuvé par les nazis, de centaines de patients souffrant de troubles mentaux, un psychiatre nommé Leo Navratil choisit Gugging à la fin des années 1950 pour être le site d’un projet impliquant le processus artistique aux patients mentaux comme forme de thérapie. Plutôt que de cacher les patients ou de les arrêter avec des médicaments, Navratil estime que le processus artistique pourrait avoir des effets bénéfiques même sur les patients schizophrènes. Au fil du temps, il découvre que certains de ses patients ont un véritable talent artistique (August Walla, Oswald Tschirtner, Johann Hauser, Johann Fischer) et Gugging devient un haut-lieu du mouvement artistique initié par Dubuffet – et une influence pour un certain nombre d’autres artistes autrichiens (Arnulf Rainer a été durant de nombreuses années un habitué des lieux, travaillant même à quatre mains avec plusieurs de ses résidents). C’est que dans les années 80 que le « Gugginger » atteint une importance internationale. Aujourd’hui, tandis qu’une quinzaine d’artistes y vivent et travaillent toujours (Laila Bachtiar, Heinrich Reisenbauer, Jürgen Tauscher, Helmut Hladisch), l’aventure internationale de ce pavillon se poursuit et un important musée a été créé.
[Pour la petite histoire David Bowie a visité, en 1994, la clinique qui va devenir l’une des principales inspirations de son album, Outside, sorti l’année suivante. Il achètera également plusieurs œuvres dont l’une, Ewigkeitendegottt, Sein Engel, d’August Walla, un grand tableau de 2 x 1,6 m, sera revendue 86 412 $ par la succession de Bowie fin 2016 (il l’avait acheté en 97 – on ne sait pas quel prix).]

Les nouveaux sauvages

Dans la peinture contemporaine, qui se caractérise par un grand individualisme, les associations d’artistes jouent un rôle décisif. Dans la jeune génération des artistes âgés de 30 à 40 ans, on compte, parmi de nombreux autres, Siegfried Anzinger, Erwin Bohatsch, Gunther Damisch, Alfred Klinkan, Alois Mosbacher, Roman Scheidl, Hubert Scheibl, Hubert Schmalix, Josef Kern, Thomas Reinhold, en dignes représentants de ces « nouveaux sauvages » (Neue wilden) nés simultanément en Allemagne et en Autriche, et qui ont développé une peinture violente, insouciante et hédoniste – auxquels on peut rajouter, en tant que pionniers, Kurt Kocherscheidt et les autres membres du groupe Réalités, ou Maria Lassnig.
On peut aussi parler de Franz Grabmayr, qui a expérimenté beaucoup de choses et est considéré comme un peintre contemporain des quatre éléments.

Parmi les peintres apparus sur la scène autrichienne dans les années 80, on peut aussi citer Heimo Zobernig, Peter Kogler, Peter Sengl ou Franco Kappl.

Depuis les années 90

Ces dernières années, les efforts transfrontaliers en matière de peinture ont augmenté. Vienne est devenue internationale dans les années 80 : pour la première fois, une scène artistique émergeait qui voulait ne plus simplement être locale (les peintres allemands Martin Kippenberger – mort à Vienne en 97 – et Albert Oehlen les ont parfois rejoints).
Mais tout n’est pas rose. L’épidémie de sida fait rage dans les métropoles du monde, et le sentiment se répand que les soi-disant années grasses sont terminées : il y a une crise sur le marché de l’art (après le krash de 1987 aux États-Unis et celui de 1991 en Allemagne, les ventes des galeries se sont effondrées massivement et le désir d’acheter et d’investir a stagné) et les effets d’une économie de plus en plus mondialisée commencent à jeter des ombres.
Et puis l’art change dans les années 1990 et pénètre de nouveaux espaces : en plus de la peinture conventionnelle, de nombreux artistes tentent également d’intégrer la photographie, le film, la vidéo, l’art informatique et autres dans leur travail. D’ailleurs, les artistes en vue ne sont pas des peintres (ou pas que) : Brigitte Kowanz joue avec la lumière, Franz West est sculpteur, tout comme Erwin Wurm, ou Peter Sandbichler, qui travaille aussi les installations. Gottfried Helnwein (naturalisé irlandais), avant de peindre ses huiles et acryliques hyperréalistes (où la représentation de l’enfant est le sujet central), a commencé comme performeur et photographe – et la photographie reste son média privilégié. Markus Schinwald travaille dans une variété de médias : peinture, sculpture, film, performance et grandes installations. 
Nombreux, d’ailleurs, comme Herbert Brandl, à travers ses paysages, s’interrogent sur l’actualité de la peinture et l’opportunité de la représentation depuis les années quatre-vingt. Gerwald Rockenschaub, après avoir été, dans les années 80 l’un des grands acteurs de la scène post-punk autrichienne (officiant en tant que vidéo-jockey, une sorte de DJ vidéo), a développé une peinture abstraite que l’on peut qualifier de néo-géo (ou néo-minimalisme) qui interroge, elle aussi, la signification de sa propre pratique.
Toujours dans l’abstraction, Johanes Zechner joue avec les motifs, Ernst Caramelle avec les plans et les perspectives.

Et maintenant ?

« Vienne bouge, explique un entrepreneur et collectionneur d’art. Cela peut en surprendre beaucoup, car la ville a la réputation d’être principalement dans les arts classiques et les arts du spectacle. Quand vous pensez à Vienne, vous pensez à l’opéra, au concert du Nouvel An, aux anciens maîtres du Kunsthistorisches Museum, à Klimt et à Schiele. Cependant, on ne pense pas à l’art et au design contemporains. C’était la réalité pendant longtemps – mais beaucoup de choses se sont passées ces dernières années et Vienne est devenue une ville branchée et créative. »
La Viennacontemporary est une foire internationale d’art contemporain qui, depuis 2015, a lieu chaque année la quatrième semaine de septembre à la Marx Halle de Vienne. Ce sont environ 110 galeries et 30 000 visiteurs (on a ainsi pu voir, parmi d’autres jeunes artistes venus de différents pays, Aurelia Gratzer, Christian Hutzinger, Christoph Schirmer, Clemens Wolf, Franz Graf, Jakob Gasteiger, Stefan Glettler, Titania Seidl,…). Parallel Vienna, créée en 2013, et qui se déroule au même moment, est un hybride entre une foire d’art, une plateforme d’exposition et un atelier d’artiste. Sotheby’s, de son côté, a lancé Artist Quarterly, qui offre une plate-forme mondiale à l’art contemporain autrichien en promouvant le travail des jeunes artistes du pays lors de quatre expositions individuelles annuelles (Marianne Vlaschits, Thomas Gänszler…). Des nouvelles galeries ouvrent. Bref, il semble en effet se passer des choses en Autriche et, surtout, à Vienne. 
Parmi ces jeunes peintres prometteurs, on peut également citer Karen Holländer, Max Freund, Liliane Tomasko, Andreas LeikaufXenia Hausner, Christian Eisenberger, Otto Zitko, Martin Schnur, Svenja DeiningerElke Krystufek ou Tillman Kaiser, également sculpteur.

La galerie de peintures

Voici donc un panorama de cette peinture autrichienne, du XXe siècle à nos jours (de 1899 à 2019), en 275 tableaux et autant de peintres. Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur les vignettes ci-dessous. Bon voyage.

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