La peinture indienne du XXe siècle à nos jour

La peinture indienne du XXe siècle à nos jour

Retour en Asie avec le second pays le plus peuplé du continent (et du monde), l’Inde (avec 1,3 milliards d’habitants). Et parmi ce monde beaucoup d’artistes vraiment très intéressants et qui méritent d’être connus (et, depuis une dizaine d’années, ça commence à être le cas), comme Francis Newton Souza (un peu le Bernard Buffet indien – par son style de peinture), Bhupen Khakhar (le David Hockney indien), Amrita Sher-Gil (la Frida Kahlo indienne ?), ou Maqbool Fida Husain (qui, lui, serait le Picasso de l’Inde, d’après le magazine Forbes)  pour n’en citer que quelques uns…
Vous allez le voir, du fait de l’histoire même du pays, l’histoire de sa peinture se divise clairement en deux parties distinctes : avant et après 1947. C’est à dire pendant l’occupation anglaise et après l’indépendance (15 août 1947) à l’occasion de laquelle le sous-continent est divisé en deux États, basés sur la démographie religieuse (ce qui provoque l’un des plus grands déplacements de population de l’histoire : 12,5 millions de personnes rejoignent l’un ou l’autre des nouveaux pays, occasionnant de quelques centaines de milliers à un million de morts selon les estimations) : l’Inde – hindoue – et le Pakistan – musulman, ou plutôt deux Pakistan, un occidental et un oriental, ce dernier devenant en 1971, et au prix d’un conflit d’une rare violence (près de trois millions de morts, dix millions de réfugiés et 200 000 viols avérés), indépendant sous le nom de Bangladesh.
Après ces quelques joyeusetés dont notre monde est, hélas, coutumier, revenons à l’art.

La période anglaise

La peinture à l’huile et au chevalet a commencé en Inde au début du XVIIIe siècle qui a vu de nombreux artistes européens venir en Inde à la recherche de la renommée et de la fortune. Les cours des états princiers de l’Inde étaient en effet un débouché important et lucratif pour les artistes européens en raison de leur patronage des arts et spectacles et aussi de leur goût pour les portraits dans le style européen.
À partir du milieu du XIXe siècle, l’Empire britannique créé des écoles d’art dans les grandes villes. Le plus ancien, le Government College of Fine Arts, à Chennai, est créé en 1850. Mais l’attitude éclairée du XVIIIe siècle manifestée par la génération précédente de Britanniques à l’égard de l’histoire, des monuments, de la littérature, de la culture et de l’art de l’Inde a pris un sérieux virage au milieu du XIXe siècle. Cette fois il est clairement question de propager les valeurs occidentales dans l’éducation artistique et c’est dans ce but que les Britanniques établissent des écoles d’art à Calcutta et Madras en 1854 et à Bombay en 1857.
Le Bombay Art Society, la première organisation d’art à Bombay, est créé en 1888 pour promouvoir l’art contemporain et pour encourager les artistes britanniques. Par la suite Bombay Art Society commence à inclure des participants indiens dans ses expositions. Des artistes éminents comme Raja Ravi Varma et M. F. Pithawala ont soumis leurs candidatures aux concours et remporté des prix. Depuis lors, la Société a joué un rôle déterminant en tant qu’organisation de promotion de l’art en Inde.

Raja Ravi Varma

Raja Ravi Varma (1848–1906) est un peintre indien autodidacte de l’État princier de Travancore. Sa médiatisation est venue quand il a remporté le premier prix d’une exposition d’art de Vienne en 1873. Les peintures de Varma ont également été envoyées à la World’s Columbian Exposition de Chicago en 1893 où ​​son travail a reçu deux médailles d’or. Il est considéré comme le premier des modernistes (en ce sens qu’il utilise les matériaux et la technologie européens même si ses thèmes restent, dans le contenu et l’esprit, indiens) et, avec Amrita Sher-gil (morte en 1941, à l’âge de 28 ans), l’un des principaux représentants des techniques occidentales pour développer une nouvelle esthétique dans l’interprétation subjective de la culture indienne. Parmi les autres peintres indiens intéressants nés au XIXème siècle, on peut citer Pestonjee Bomanjee, M. V. Dhurandhar, António Xavier Trindade, M. F. Pithawalla, Sawlaram Haldankar et Hemendranath Mazumdar.
L’œuvre de Varma est considérée comme l’un des meilleurs exemples de la fusion des traditions indiennes avec les techniques de l’art académique européen, dans le cadre colonial-nationaliste du XIXe siècle. Il est surtout connu pour ses peintures de belles femmes vêtues de sari. Mort à 58 ans, il est considéré comme l’un des plus grands peintres de l’histoire de l’art indien.

Amrita Sher-Gil

Vu d’Europe, Amrita Sher-Gil est certainement LA figure iconique et emblématique de la peinture indienne de cette première moitié de siècle. Elle naît à Budapest en 1913 d’un aristocrate sikh et d’une chanteuse d’opéra juive hongroise. Sa mère vient en Inde comme demoiselle de compagnie de la princesse Bamba Sutherland mais Amrita passe la majeure partie de sa petite enfance à Budapest, notamment durant la Première Guerre mondiale. En 1921, sa famille déménage à Summer Hill, dans les faubourgs de Shimla, en Inde. Elle commence à apprendre la peinture formellement à huit ans. À seize, elle navigue vers l’Europe avec sa mère pour se former comme peintre à Paris, d’abord à l’académie de la Grande Chaumière, puis à l’atelier de Lucien Simon et à l’École des beaux-arts, de 1930 à 1934. Elle réalise surtout des portraits dans un style proche du postimpressionnisme et du réalisme d’entre-deux-guerres, nettement marqués par l’influence des modes occidentales, en particulier celles pratiquées dans les cercles bohèmes de Paris, dans le début des années trente. À l’âge de 20 ans, Sher-Gil maîtrise les styles de peinture européens formels, ce qui lui vaut une médaille d’or au Grand Salon en 1933 pour l’huile sur toile « Young Girls ».
À partir de 1934, son style est plus dépouillé et plus introspectif, elle s’interroge sur son identité, sur sa culture, sur les traditions de l’art indien, et décide de revenir en Inde. Elle y peint les rythmes tranquilles de l’Inde rurale. En 1941, quelques jours avant l’ouverture de sa première grande exposition personnelle à Lahore, elle tombe gravement malade, à 28 ans, et glisse dans le coma. Elle décède le .
L’art de Sher-Gil a influencé des générations d’artistes indiens, de Syed Haider Raza à Arpita Singh, et sa représentation du sort des femmes a fait de son art un phare pour les femmes en Inde et à l’étranger. Le gouvernement de l’Inde a déclaré ses travaux comme trésors d’art national, et la plupart d’entre eux sont logés dans la galerie nationale d’art moderne à New Delhi. 

L’école du Bengale

À l’époque coloniale, les influences occidentales avaient donc commencé à avoir un impact important sur l’art indien, certains artistes développant un style qui utilisait les idées occidentales de composition, de perspective et de réalisme pour illustrer des thèmes indiens, Raja Ravi Varma en tête. L’école du Bengale est ainsi apparue comme un mouvement d’avant-garde et nationaliste réagissant contre les styles artistiques académiques précédemment promus en Inde, à la fois par des artistes indiens tels que Varma et dans les écoles d’art britanniques. Cette école est née à la Calcutta School of Art à l’intiative du professeur d’art britannique Ernest Binfield Havel et de l’artiste Abanindranath Tagore, neveu de Rabindranath Tagore, romancier, dramaturge, compositeur et prix Nobel de littérature en 1913. Abanindranath a peint un certain nombre d’œuvres influencées par l’art moghol, un style que lui et Havel croyaient être l’expression des qualités spirituelles distinctes de l’Inde, par opposition au « matérialisme » de l’Occident. Son tableau le plus connu, Bharat Mata (Mère Inde), dépeint une jeune femme, représentée avec quatre bras à la manière de divinités hindoues, tenant des objets symboliques des aspirations nationales de l’Inde. Les autres figures éminentes de l’école du Bengale sont Gaganendranath Tagore, le frère aîné d’Abanindranath, Jamini Roy, Mukul Dey (pionnier de la gravure à la pointe sèche), Manishi Dey et Ram Kinker Baij, qui est connu comme le pionnier de la sculpture indienne moderne (avec un style rappelant un peu Ousmane Sow).
Parallèlement, Rabidranath Tagore établit en 1901 une école de plein air, dont la pédagogie – naturelle et montessorienne – s’écarte notablement des méthodes de l’époque. Il l’appelle Demeure de la paix (Shantiniketan). Au fil des années, l’école se développe en une université qui attire également de nombreux intellectuels et artistes, bengalis et santalis (un groupe d’aborigènes de l’Inde). Encore aujourd’hui Shantiniketan ressemble plutôt à un vaste campus, où les activités académiques et artistiques, autant que possible en plein air, donnent libre cours à un rythme détendu et paisible.
C’est seulement à l’âge de soixante-trois ans (en 1924) que Rabindranath Tagore se met au dessin et à la peinture, il sera alors très prolifique et moderne (on pourrait aisément la qualifier d’expressionniste). 
L’école de pensée Shantiniketan a souligné que « le rôle de l’art était de façonner le monde » tout en établissant une version indienne du naturalisme distincte des écoles orientales et occidentales, par exemple en évitant la peinture à l’huile et au chevalet pour lui préférer le travail sur papier dessiné / coloré en utilisant des aquarelles, lavis, tempera et encres. Mais Rabidranath Tagore ne se pensait pas comme nationaliste. Pour lui, l’horizon de l’indépendance de l’Inde n’était pas celui de la nation, mais celui de l’émancipation. La liberté contre le déterminisme de la caste, du genre, du groupe social (bien menacé par la vague nationaliste hindoue conservatrice sous le règne de Modi en 2020 !). 
Certains des artistes éminents de l’école Shantiniketan sont Nandalal Bose (qui, de 11 ans plus jeune, fut l’élève d’Abanindranath Tagore avant de devenir à son tour professeur puis principal de l’école Shantiniketan – et dont les peintures sont aujourd’hui considérées parmi les plus importantes du pays), Benode Behari Mukherjee, Vinayak Shivaram Masoji, B. C. Sanyal, Ram Kinker Baij (il en fut élève puis l’un des professeur éminent, avec beaucoup de « disciples », comme Sankho Chaudhuri, Balbir Singh Katt ou Sushen Ghosh), Dinkar Kaushik, K. G. Subramanyan, Beohar Rammanohar Sinha, Krishna Reddy (graveur), A. Ramachandran,  etc.
L’influence de l’école du Bengale sur la scène artistique indienne a progressivement commencé à s’atténuer avec la diffusion des idées modernistes après l’indépendance.

Post-indépendance

Au moment de l’indépendance en 1947, plusieurs écoles d’art en Inde donnent accès aux techniques et aux idées modernes. Des galeries sont créées pour présenter ces artistes. L’art indien moderne montre généralement l’influence des styles occidentaux, mais s’inspire souvent de thèmes et d’images indiens. Les grands artistes commencent à gagner une reconnaissance internationale, d’abord au sein de la diaspora indienne, mais aussi auprès d’un public non indien.

Le Bombay Progressive artists’ group

Le Progressive Artists’ Group, créé peu de temps après l’indépendance de l’Inde en 1947, à Bombay, a pour but de créer de nouvelles façons d’exprimer l’Inde à l’époque post-coloniale. Son fondateur est Francis Newton Souza, et Sayed Haider Raza, Maqbool Fida Husain et Manishi Dey en sont les premiers membres. Ce groupe a profondément influencé le changement d’idiome de l’art indien. Presque tous les artistes majeurs de l’Inde dans les années 1950 étaient associés au groupe. Les plus importants d’entre eux sont Akbar Padamsee, Sadanand Bakre, Ram Kumar, Tyeb Mehta, K. H. Ara, H. A. Gade et Bal Chabda. En 1950, V. S. Gaitonde, Krishen Khanna et Mohan Samant ont rejoint le Groupe, qui s’est dissous en 1956.
F. N. Souza est né à Goa. Souza a étudié à la Sir JJ School of Art de Bombay mais a été expulsé en 1945 pour son soutien au mouvement Quit India (mouvement lancé par le Mahatma Gandhi le 9 août 1942). Souza a rejoint le Parti communiste indien en 1947. Il a été le premier artiste indien post-indépendance à obtenir une grande reconnaissance en Occident.
Comme tous les fondateurs du Progressive Artists’ Group, S. H. Raza a été élève de la Sir JJ School of Art de Bombay. En 1950, il obtient une bourse du gouvernement français et se rend à Paris, où il étudie à l’école nationale supérieure des beaux-arts jusqu’en 1953. En 1959, il épouse l’artiste française Janine Mongillat et, à partir de là, partagera son temps entre la France (Paris, Gorbio) et son pays d’origine.
M. F. Husain, artiste peintre célèbre, est aussi cinéaste, réalisateur, producteur et scénariste, à l’occasion. Après une longue carrière, son travail a connu la controverse en 1996, alors qu’il a 81 ans, à la suite de la publication dans un magazine de peintures de divinités hindoues représentées nues, pourtant produites dans les années 1970 (ce qui rappelle tristement l’histoire des caricatures de Charlie Hebdo et prouve, si besoin était, que les « susceptibilités religieuses » ne sont pas l’apanage des seuls musulmans, ni même des seules religions monothéistes). Plaintes, dégradations d’œuvres, menaces de mort… L’artiste quitte finalement le pays en disant « les choses sont devenues légalement si compliquées qu’on m’a conseillé de partir« . Il est mort à Londres le à 95 ans.
V. S. Gaitonde est considéré comme le plus grand peintre abstrait indien. En 2013, lors de la première vente aux enchères de Christie’s, une de ses œuvres a été vendue pour 3,3 millions de $, ce qui était alors le record pour l’Inde.

D’autres groupes

• Bombay Contemporary India Artists’ Group’ Young Turks’ (1941) : soutenus par le recteur de l’école des beaux-arts de Bombay, leur style était influencé par l’art traditionnel indien et le Postimpressionnisme occidental. Membres les plus connus : Sailoz Mookherjea (ou Mukherjee), B. C. SanyalP. T. Reddy.
Calcutta Group (1943-53) : créé l’année de la grande famine au Bengale, pour en dépeindre l’horreur. Subho Tagore (fondateur), Paritosh Sen, Prodosh Das Gupta (sculpteur), Zainul Abedin, Nirode Mazumdar, Gopal Ghose, Gobardhan Ash en sont membre.
Delhi Silpi Chakra (1949-68) : Avinash Chandra, B. C. Sanyal, K. S. Kulkarni, Krishen Khanna, Ram Kumar, Satish Gujral.
Baroda Group of Artists (1956-62) – artistes impliqués dans la Faculté des Beaux-Arts de Baroda : formé sous la direction de N. S. Bendre, avec K. G. Subramanyan, Jyoti Bhatt, Ghulam Rasool Santosh, Ratan Parimoo (historien de l’art), Vinay Trivedi, Shanti Dave, Bhupen Khakhar, Vivan Sundaram, Rekha Rodwittiya.
Society of Contemporary Artists, Calcutta (1960) : Aditya Basak, Amitabha BanerjeeBijan Choudhury, Bikash Bhattacharjee, Dharamnarayan Dasgupta, Ganesh Haloi, Ganesh Pyne, Lalu Prasad Shaw, Manu Parekh, Nikhil Biswas, Sanat Kar, Somnath Hore, Sunil Das.
Group 1890, Bhavnagar (1962-63) : Ambadas Khobragade, Eric Bowen (a émigré à Oslo), Himmat Shah, Jagdish Swaminathan, Jeram Patel, Jyoti Bhatt.
Calcutta Painters’ Group (1964) : Rabin Mondal (mort en 2019 à 90 ans), Dhiraj Choudhury, Niren Sen Gupta, Bimal Dasgupta, Isha Mohammad, Gopal Sanyal, Prokash Karmakar, Nikhil Biswas, Bijan Choudhury.
Cholamandal Artists’ Village et le Madras Movement of Art (1966) : Akkitham Narayanan (basé à Paris, élève de KCS Paniker et Jean Bertholle), Alphonso Arul Doss, J. Sultan Ali, K. C. S. Paniker, K. M. Adimoolam, M. Senathipathi, S. G. Vasudev, Velu Viswanadha.

Le néo-tantrisme (à partir de 1950)

L’art tantrique constitue une catégorie à part. Il est souvent présenté comme une forme à la fois très ancienne et très conceptuelle, voire abstraite. Au départ, les tantra sont des textes prônant des rituels aux antipodes des normes de pureté brahmaniques, utilisant notamment des diagrammes géométriques.
Ces textes ont une influence sur des artistes indiens des années 50-60. Ils les interprétèrent comme des formes abstraites indiennes puis, dans le climat contre-culture, comme des formes ‘transgressives’ permettant de critiquer la société indienne de l’intérieur. On sait la vogue des « spiritualités orientales » sur les mouvements hippies, mais on oublie souvent le pendant de cette mode chez les jeunes Indiens, notamment dans les milieux artistiques, dans la peinture mais aussi la poésie, la danse ou le cinéma.
Quelques artistes néo-tantriques : P. T. Reddy, Ghulam Rasool Santosh, S. H. Raza, Mahirwan Mamtani, et Biren De.

Et encore…

On peut également citer Laxman Pai, directeur du Goa College of Art de 1977 à 1987, Rameshwar Broota, Shyamal Dutta RaySurendran Nair (surréaliste) ou encore B. Prabha, qui a commencé à peindre dans les années ’50 et est une des femmes peintre majeure de son pays. La vie des femmes rurales est, au fil du temps, devenue le thème principal de son travail.

Parlons aussi de l’art abstrait, important en Inde, avec, par exemple Laxman Shreshtha (né au Népal, il étudia dans les années ’60 à l’Académie de la Grande Chaumière et à l’Atelier 17 de Paris, ainsi qu’à la Central School of Art de Londres – et propose une peinture sensuelle et méditattive), Nasreen Mohamedi (dans un style qui rappelle sa consœur canado-américaine Agnès Martin), Prafulla Mohanti, Sohan Qadri (qui a vécu à Copenhague pendant 30 ans) ou encore Zarina Hashmi.

Depuis les années 80

En 1981, les artistes Jogen Chowdhury (avec son style reconnaissable où le trait est primordial), Bhupen Khakhar, Nalini Malani, Sudhir Patwardhan (peintre et radiologiste), Gulam Mohammed Sheikh et Vivan Sundaram participent à A Place for People, une exposition axée sur la narration contemporaine et l’art figuratif. Cette exposition marque le début du mouvement narratif figuratif de l’art indien, qui annonçait le retour de l’art narratif indien (partie intégrante de l’art indien historique, comme dans l’architecture de temples ou la peinture miniaturiste), et dont Arpita Singh est un bel exemple.
Née en 1937 dans l’actuel Bangladesh, Arpita Singh peint avec talent depuis plus de 60 ans. Bien que moderniste, la manière dont elle utilise la perspective et le récit dans son travail n’en est pas moins imprégnée des traditions miniaturistes indiennes. Dire que son travail est narratif serait un euphémisme. Affligée par les problèmes auxquels sont confrontées chaque jour les femmes de son pays et du monde en général, Singh peint l’éventail des émotions qu’elle échange avec ses sujets – de la douleur à la joie et de la souffrance à l’espoir -, dans des couleurs vibrantes, souvent dominées par le rose et le bleu, sur des toiles grouillantes de vie, à l’image de son pays.
Bhupen Khakhar est l’un des principaux artistes de l’art contemporain indien. Membre du groupe Baroda, il a acquis une reconnaissance internationale pour son travail. Artiste autodidacte, il a commencé sa carrière de peintre seulement vers 35 ans. Ses œuvres sont de nature figurative, concernées par le corps humain et son identité. Artiste ouvertement gay, le problème des définitions de genre et d’identité étaient des thèmes majeurs de son travail. Ses peintures contenaient souvent des références à la mythologie indienne et à des thèmes mythologiques. Il est mort en 2003.

Dans les années 1980, les artistes indiens apportent également avec eux des concepts et des styles plus récents, comme Vagaram Choudhary, Prakash KarmakarJahar Dasgupta, Manjit Bawa et de nombreux autres artistes qui ont enrichi l’art moderne indien.
Devajyoti Ray a introduit un nouveau genre d’art appelé Pseudoréalisme. L’art pseudo-réaliste est un style d’art original qui a été entièrement développé sur le sol indien. Le pseudo-réalisme prend en compte le concept indien d’abstraction et l’utilise pour transformer des scènes régulières de la vie indienne en images fantastiques. La travail de T. V. Santhosh peut clairement y être apparenté.
Atul Dodiya a commencé à exposer et à vendre son travail au début des années 1980 après avoir obtenu son diplôme de la Sir JJ School of Art de Mumbai. Il poursuit sa formation académique à l’École des Beaux-Arts de Paris de 1991 à 1992 à la suite d’une bourse décernée par le gouvernement français. Il est un représentant important de l’art contemporain indien, jetant des ponts entre histoire de l’art indien et occidental. Il est marié à Anju Dodiya et fut très ami avec Bhupen Khakhar.

L’art indien a été stimulé par la libéralisation économique du pays depuis le début des années 1990. Des artistes de divers domaines ont maintenant commencé à apporter des styles de travail variés. L’art indien après la libéralisation fonctionne non seulement dans les limites des traditions académiques, mais aussi en dehors. Le marché de l’art contemporain indien connaît alors une ascension fulgurante à Delhi et Mumbai, en particulier à partir des années 2003-2005. Le marché de l’art en Inde présente l’originalité de s’être développé grâce à l’engagement du secteur privé qui s’est substitué au rôle du gouvernement dans son action de soutien aux artistes et de construction d’infrastructures culturelles. 
Dans l’Inde post-libéralisation, de nombreux artistes se sont établis sur le marché international de l’art comme le peintre abstrait Natvar Bhavsar, établi à New York depuis 50 ans, le sculpteur Anish Kapoor dont les œuvres postminimalistes gigantesques ont attiré l’attention pour leur taille (notamment sa « cloud gate » installée en 2004 à Chicago), mais aussi Subodh Gupta et sa femme Bharti Kher (œuvrant dans divers médias, peinture, sculpture, assemblages, installation, comme c’est de plus en plus souvent le cas des artistes contemporains) ou Raqib Shaw. De nombreuses maisons d’art et galeries ont également ouvert aux États-Unis et en Europe pour présenter des œuvres d’art indiennes. Et à l’inverse Christie’s, le 19 décembre 2013, a effectué sa première vente aux enchères en Inde, à Bombay…
Il n’est donc pas étonnant que, depuis les années 2000, ça foisonne. Ce serait trop long de citer tout le monde (mais peut-être quand même Jitish Kallat dont le travail comprend la peinture, la photographie, le collage, la sculpture, les installations et les œuvres multimédias ; le duo Thukral & Tagra ; ou encore Anjolie Ela Menon, l’une des femmes peintres contemporaines les plus reconnues), je vais donc vous laisser les découvrir dans la galerie de bas de page.

À propos d’enchères

[classement au 11 novembre 2020]
Mais avant, et pour finir, voici un récapitulatif des artistes les plus chers de l’Inde – aux enchères. Étonnamment c’est un jeune artiste (né en 1974) qui, pour le moment, tient la corde, et cela depuis 2007 : Raqib Shaw (basé à Londres, ceci expliquant peut-être cela), avec Garden of Earthly Delights III, un immense triptyque de 3m de haut par 4,6m de largeur peint en 2003, vendu 5,5 millions de $ par Sotheby’s Londres. Mais derrière lui on retrouve toutes les « stars » du pays – avec des records beaucoup plus récents, preuve que  la peinture indienne est une valeur qui monte : V. S. Gaitonde (4,5 m$ en 2020), Syed Haider Raza (4,45 m$ en 2018), Francis Newton Souza (4 m$ en 2015), Tyeb Mehta (3,95 m$ en 2018), Bhupen Khakhar (3,3 m$ en 2019), Akbar Padamsee (2,9 m$ en 2017), Amrita Sher-Gil (2,8 m$ en 2015), Maqbool Fida Husain (2,6 m$ en 2020), Arpita Singh (2,24 m$ en 2017), Bharti Kher (1,8 m$ en 2013), Raja Ravi Varma (1,7 m$ en 2017), Jagdish Swaminathan (1,5 m$ en 2020), Subodh Gupta (1,4 m$ en 2017) et Manjit Bawa (1,2 m$ en 2018), pour ne citer que les millionnaires (mais j’en ai peut-être oublié…).
En 2002, Celebration, une peinture triptyque de Tyeb Mehta, s’était vendue chez Christie’s pour 317 500 $. C’était alors le prix le plus élevé auquel une œuvre d’art indienne contemporaine ait jamais été vendue aux enchères publique (Tyeb Mehta fut aussi le premier dont une œuvre a dépassé le million de $) ! En 2006, c’est Amrita Sher-Gil qui détenait le record, avec environ 1,5 millions de $ pour Village Scene. On constate donc qu’il y a eu, depuis le début du XXIe siècle, une vraie montée en puissance de l’art indien.

La galerie de peintures

Voici donc un panorama de cette peinture indienne riche, du XXe siècle à nos jours, en 220 tableaux et autant de peintres, hommes et femmes (25 seulement, indiquées par un F entre parenthèses). Il ne vous reste plus qu’à cliquer sur les vignettes ci-dessous. Très bon voyage !

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