Graphisme espagnol du XXe siècle à nos jours

De Ramon Casas à Isidro Ferrer, en passant par Rafael de Penagos, Bon, Salvador Bartolozzi, Manuel Monleón, Josep Renau, Ricard Giralt Miracle, Antoni Clavé, Josep Artigas, Manolo Prieto, Josep Pla Narbona, José María Cruz Novillo, Jordi Fornas, Daniel Gil, Iván Zulueta, Ceesepe, Óscar Mariné ou Iker Ayestaran, pour n’en citer que quelques uns, les graphistes espagnols ont reflété, accompagné et souvent vécu intensément les nombreux bouleversements de l’histoire espagnole au XXe siècle.
Mais voyons ça plus en détail.

Les deux Républiques

Après une première République, proclamée le 11 février 1873, les Bourbons sont restaurés dès 1874 en la personne d’Alphonse XII, fils d’Isabelle II (qui avait abdiqué en 1870), et une monarchie constitutionnelle (1876) stable s’installe. Mais la crise agraire, le retard industriel, les revendications autonomistes de la Catalogne, les grèves et l’anarchisme secouent le pays. Pendant la minorité d’Alphonse XIII, l’Espagne se lance dans la guerre hispano-américaine contre les États-Unis et perd Cuba, Porto Rico et les Philippines en 1898.
Neutre pendant la Première Guerre mondiale, l’Espagne est vivement touchée par la grippe espagnole. Le gouvernement doit faire face à une grève générale en 1917. Au Maroc espagnol, la révolte d’Abd el-Krim dans les années 1920 provoque la guerre du Rif. Le général Primo de Rivera s’impose comme premier ministre après le coup d’État du 13 septembre 1923. Il prend des mesure radicales qui instituent une dictature. Il engage aussi une série de grands travaux pour moderniser le pays. Mais son autoritarisme, la crise économique de 1929, la persistance du problème agraire et les mécontentements visibles dans tout le pays ont raison de lui : il s’exile en 1930, suivi du roi en 1931. La Seconde République espagnole est proclamée. Elle prend des mesures en faveur des paysans (loi agraire du 15 septembre 1932), des femmes (droit de vote, divorce autorisé) et des autonomies catalane et basque. Les titres de noblesse sont abolis et le pouvoir du clergé et de l’armée se trouve diminué. C’est pourquoi, après la victoire du Front populaire (coalition de gauche, comprenant notamment le Parti socialiste, le syndicat UGT et le Parti communiste) en 1936, les extrêmes droites (carlistes – courant royaliste traditionaliste, attaché à la défense de la religion catholique et au maintien des anciens privilèges – et phalangistes – courant nationaliste fascisant créé par le fils du dictateur déchu Primo de Rivera) organisent un soulèvement qui mène l’Espagne à une tragique guerre civile de plus de trois ans, de 1936 à 1939.

La Guerre civile

Très meurtrière, cette guerre met aux prises près de 800 000 nationalistes et un nombre équivalent de républicains. Après les premiers combats, les républicains, comme les nationalistes, demandent des armes à l’étranger. Hitler et Mussolini apportent au général Franco, qui a pris la tête des nationalistes, une aide précieuse. L’Allemagne (légion Condor) et l’Italie (cinq divisions de Chemises noires) donnent leur appui militaire aux nationalistes et y expérimentèrent leurs matériels (chars d’assaut, avions…) et leurs procédés tactiques (bombardement en piqués, etc.). Les républicains reçoivent l’aide de l’URSS et des Brigades internationales : 35 000 volontaires de 50 nations, en majorité communistes ; la France et la Grande-Bretagne choisissant d’appliquer une politique de « non-intervention ». On sait ce qu’il advient…
La guerre d’Espagne fait plus d’un million de victimes : 145 000 morts au combat, 134 000 fusillés, 630 000 morts de maladie. Le régime franquiste s’installe dans un pays ruiné.
Côté graphisme, et notamment côté républicains, cette guerre civile a néanmoins donné lieu à une intense propagande au travers de nombreuses affiches d’artistes engagés comme José Bardasano, Carles Fontseré, Josep Renau, Josep Subirats, Pedrero ou Vicente Ballester.

La Retirada

Du coup, la fin de la guerre marque la fin des perspectives artistiques de toute une génération d’artistes qui avait choisi le camp des vaincus, et qui, dans sa grande majorité, choisit l’exil comme réponse à son opposition au nouveau régime en Espagne. Dans un premier temps, cet exode massif (plus de 450 000 Espagnols s’exilent) va vers la France (où beaucoup resteront, comme Antoni Clavé), ou, de là, se disperse vers d’autres pays européens ou latino-américains (comme le Mexique pour Josep Renau, José Bardasano ou Carles Fontseré). La plupart des artistes espagnols qui passent la frontière en 1939 se retrouvent dans les camps de concentration du Midi de la France (Barcarès, Argelès, …). Les conditions d’accueil dans les différents pays varient en fonction des circonstances politiques, mais en général, elles furent assez généreuses pour leur permettre de survivre et de s’adapter. Par la suite, la fin de la Seconde Guerre Mondiale leur a fait espérer un retour prochain en Espagne, mais l’histoire en a décidé autrement : certains ne rentrèrent jamais ; les autres ne revenant qu’à mesure que l’horizon culturel espagnol montrait quelques signes d’ouverture vers l’extérieur.
Ceux qui, en 1939, restent malgré tout, comme Arturo Ballester (qui survit en créant des cartes postales ou en donnant des cours de peinture), subissent un « exil intérieur » forcé, quand ils ne se retrouvent pas dans des bataillons disciplinaires imposés aux vaincus par le régime franquiste – ou pire.

Le Franquisme

Après la victoire, le général Franco, bien qu’originellement monarchiste, décide finalement de conserver le pouvoir, qu’il garde jusqu’à sa mort, en 1975, soumettant l’Espagne à une dictature de quarante longues années. Il s’appuie sur une idéologie conservatrice et nationale-catholique, qui s’incarne dans des institutions autoritaires (parti unique, censure, juridictions d’exception, etc.). Le franquisme repose davantage sur la personnalité du dictateur que sur une idéologie bien définie. Franco, bien que considéré comme peu charismatique, réussit à conserver son pouvoir quasiment sans limite jusqu’à sa mort en 1975. Pendant la durée de son régime, il n’y a en Espagne aucune Constitution formelle, mais seulement un petit nombre de textes fondamentaux édictés par Franco. Le Caudillo tient dans ses mains toutes les rênes, nommant les titulaires de tous les postes politiquement importants sur la base de ses rapports de confiance personnels, et ce jusqu’au niveau des provinces. Dans la mesure où le catholicisme constitue une partie intégrante de la culture espagnole, on en arrive à une collaboration entre l’Église et l’État dans le cadre du nacional-catolicismo (national-catholicisme).
Les années 1940 à 1960, connues comme étant les « années noires », sont les plus dures. Le régime dictatorial s’installe, il se montre ferme et sans pitié envers les vaincus, afin d’asseoir son autorité. L’économie est au plus bas et les années 50 sont marquées par une terrible famine. Il n’y a pas de politique culturelle sous Franco, d’art propre au système, de pensée esthétique franquiste. Mais la censure, régie par la Loi de la Presse de 1938, bat son plein et rien ne peut être écrit, tourné, publié sans son contrôle (l’œuvre doit respecter le dogme et la morale, ne pas contenir de diffamation ou d’insultes contre le régime, ne pas troubler l’ordre public, etc.). Le sexe, notamment, est un sujet totalement tabou.

La monarchie, restaurée en 1969, ne redevient vraiment effective qu’après la mort de Franco, en 1975. Trois années sont nécessaires au nouveau roi, Juan Carlos Ier, pour mettre fin institutionnellement au franquisme et le 6 décembre 1978 un référendum entérine une Constitution qui place le pays sous le signe de la démocratie. Cette Constitution, très libérale, rompt avec le centralisme très poussé de l’époque franquiste et met en place une large décentralisation. Le parti communiste est aussi légalisé.

La Movida

À partir du rétablissement de la liberté d’expression, en 1977, à l’unisson d’une société qui se libéralise elle-même à grands pas, les arts s’emploient à renverser tous les tabous du franquisme et à faire exister des discours trop longtemps réprimés. C’est dans ce contexte de passage brutal à la modernité d’un pays gouverné pendant plusieurs décennies par une idéologie passéiste et fermée, que s’épanouit le phénomène culturel de la Movida. Celui-ci est déterminant dans l’élaboration d’une nouvelle identité collective cherchant à s’affranchir des démons du passé.
C’est d’abord – et essentiellement – à Madrid que la Movida prend forme. Dès les dernières années du franquisme a commencé à surgir une culture underground qui peut s’épanouir au grand jour à partir de 1975. La capitale est dès lors le cadre par excellence d’un phénomène sociologique fondamentalement urbain qui bouleverse le rapport traditionnel à la culture. Portée par le désir de renouveau de la jeunesse espagnole et l’émergence de nouveaux acteurs sur le plan artistique et culturel, recevant l’influence des mouvements culturels européens contemporains comme la new wave britannique ou le mouvement punk, elle contribue à la modernisation et à l’intégration de la société espagnole dans l’Europe démocratique.
La provocation, presque toujours ludique, est le mot d’ordre. Le sexe, soumis dans les décennies antérieures à un contrôle rigide, est à l’honneur et en
particulier tout ce qui, dans le sexe, peut s’opposer au modèle conjugal hétérosexuel et monogame. Les homosexuels en sont le fer de lance. Au sein d’une société encore très profondément marquée par la culture de la dictature, la Movida se présente alors comme une sorte d’avant-garde qui voue un culte effréné à la modernité. C’est le réalisateur Pedro Almodóvar qui incarne sans doute le mieux l’esprit de la Movida à travers ses comédies où s’illustrent la libération des mœurs, la vitalité, la joie et l’exubérance de ces années folles. Sa personnalité, bouillonnante et extravertie, ainsi que son humour et son goût pour la provocation font rapidement de lui, dès la mort de Franco, l’une des figures les plus actives de la Movida. Il est de toutes les fêtes et lié à toutes les (futures) personnalités marquantes de la vie culturelle madrilène, y compris ceux qui réalisent les affiches de ses films : Ceesepe, Iván Zulueta, puis Juan Gatti.

Après 1986, le succès grandissant de ses artistes les plus influents contribue à les intégrer aux grands circuits commerciaux. L’évolution de la société rend leurs œuvres moins provocantes (plus commerciales). En 1992, le pays prouve son intégration européenne (l’Espagne a rejoint la CEE le 1er janvier 1985), son degré de modernisation et son ouverture sur le monde avec l’Exposition universelle de Séville, les Jeux Olympiques de Barcelone (il y a déjà eu la Coupe du Monde de football en 1982) et la désignation de Madrid comme capitale culturelle de l’Europe. La Movida se transforme alors en une image de marque, particulièrement prisée des touristes, et s’essouffle.
La réussite économique de l’Espagne entre 1975 et 2007 a permis de parler d’un miracle économique, malgré un taux de chômage très élevé par rapport au reste de l’Europe. Mais, depuis 2008, le pays a pris de plein fouet la crise économique, encore accentuée par une spéculation immobilière qui avait artificiellement multiplié par trois la valeur des bureaux et des logements en moins de dix ans. En 1991, Pablo Pérez-Mínguez (photographe espagnol) déclarait : « Bien qu’elle soit morte douze fois, cela sent la Movida partout, elle a imprégné l’Espagne entière et le monde entier ». Est-ce encore vrai aujourd’hui ?…

Maigret en Espagne

Ricard Giralt Miracle

Ricard Giralt Miracle (1911-1994) était un illustrateur, graphiste et typographe Catalan. Il a travaillé à la création d’affiches, de couvertures de livres ainsi qu’à la mise en page intérieure. Pour Ayma Editores et sous la signature de M.T. Larig, il illustre, de 1948 à 1950, la couverture de cinq premiers Maigret (collection Albor : Le charretier de la Providence, La tête d’un homme, Le port des brumes, Cécile est morte, Le chien jaune), puis, de 1950 à 1953, pour la collection Maigret en acción, la couverture de 36 autres aventures dans lesquelles, jusque là, Simenon a entraîné son héros (De L’affaire Saint-Fiacre au Revolver de Maigret). À partir du numéro 37 (Maigret en la Costa Azul), les illustrations sont confiées à Fariñas.

Luis de Caralt

De 1962 à 1973, les éditions Luis de Caralt ont également édité les ouvrages de Maigret, avec des couvertures illustrées par Vicente Ballestar. Cette fois, l’intégralité des ouvrages sont édités, mais en commençant par des ouvrages récents (Maigret et les vieillards et Maigret aux assises, parus en France en 1960, puis Les scrupules de Maigret, paru en 1958 et Maigret et le Voleur paresseux, paru en 1961). Puis, petit à petit, les histoires plus anciennes sont publiées (Maigret et son mort, Maigret à New-York, datant de 1948 et 1947), puis les toutes premières (Le chien jaune, Pietr-le-Letton), tout en continuant à publier les dernières histoires au fur et à mesure de leur sortie en France, jusqu’aux derniers (Maigret et l’Homme tout seul, Maigret et l’Indicateur, Maigret et Monsieur Charles) publiés juste après leur sortie française.

Mais, bizarrement, dès 1963, une autre édition paraît, qui reprend les mêmes dessins mais cette fois traités en noir et blanc avec un gros Maigret écrit en jaune sur fond noir. Là aussi tous les ouvrages sont publiés, mais dans un ordre différent et sur un temps plus long puisque les derniers paraissent au début des années 1980 (à moins qu’il ne s’agisse de rééditions).

Ferenc Pintér, illustrateur majuscule

Ferenc Pintér (1931-2008) est né en Hongrie. Son père, Jòzsef, est peintre mais gravement malade, et la vie est difficile. Ferenc montre très tôt des prédispositions artistiques mais est refusé (3 fois) par l’Académie des Beaux-Arts de Budapest en raison de son indépendance idéologique et de son rejet du communiste. Lorsque les chars soviétiques envahissent Budapest en 1956 pour réprimer la rébellion et étouffer toute ambition libertaire, il fuit vers l’Italie. Là, modestement, il va devenir l’un des plus grands illustrateurs du XXe siècle, produisant des affiches politiques, culturelles ou publicitaires et, surtout, d’innombrables couvertures de livres pour la maison d’édition Mondadori, au long d’une coopération de 32 ans débutée en 1960.
Le grand public se souvient de lui surtout pour le commissaire Maigret (tous les ouvrages, en plusieurs éditions), mais il a également illustré les couvertures de centaines de volumes pour Agatha Christie, Pavese, Deledda, Soldati, Steinbeck, Faulkner, Ibsen, etc.
Malgré l’assurance de son grand talent, Ferenc Pintér était un homme simple qui avouait lui-même n’avoir jamais bien sur se « vendre ». Il souhaitait simplement être en mesure de payer des impôts, « heureux d’apporter ainsi ma contribution à ce pays [l’Italie] qui m’a tant donné ».

Maigret

Comme Maigret, et comme Simenon, Ferenc Pintér fumait la pipe. Il exécute ses premières couvertures de Maigret en 1966, 2 ans après que l’acteur italien Gino Cervi ait commencé à interpréter le commissaire à la télévision. Il choisit donc de s’en inspirer. Pintér n’a jamais rencontré l’écrivain belge, bien que Simenon – par contrat – supervisât les illustrations et qu’il ait été enthousiasmé par celles-ci. Enthousiasme que Mondadori n’a guère pris la peine de transmettre : « nous étions seulement considérés comme des employés », regrette Pintér.
Outre la « pâte » de l’artiste, ce qui est le plus remarquable dans ses illustrations des livres de Maigret (notamment pour la série qui commence en 1969), c’est l’audace des cadrages, l’inventivité des couleurs. Bref, du très, très grand art.

Autres illustrations

Sauf indication contraire, il s’agit de couvertures de livres.

Dick Bruna, l’enfance de l’art

Hendrik Magdalenus Bruna, né en 1927 à Utrecht, aux Pays-Bas, est le deuxième fils de l’éditeur A. W. Bruna. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille doit se cacher plusieurs années pour que le père ne soit pas envoyé de force comme travailleur en Allemagne. Après la guerre, Dick commence par suivre une formation scolaire, mais l’abandonne bientôt : il est de toute façon prévu qu’il suive les traces de son père et de son grand-père, et qu’il soit éditeur. Pour s’y préparer, il se rend à Londres et Paris. Dans cette dernière ville, il visite assidûment toutes sortes de musées et décide de devenir artiste. De retour dans son pays, il retourne étudier à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam, mais ne tarde pas à tout laisser tomber. Il se met néanmoins à travailler comme dessinateur, ce qui lui vaut d’être plus ou moins considéré comme la brebis galeuse de la famille.
Pourtant, en 1953, parait son premier album pour enfants, De Appel. En 1955, en vacances sur la côte néerlandaise, Bruna dessine pour son jeune fils le premier livre de la série Nijntje (Miffy en anglais), inspiré par un lapin qui se promenait dans le jardin de leur maison – ce petit lapin blanc est tellement connu dans le monde entier que les autres personnage de Bruna ont fini par être incorporés au « monde de Miffy ». Ses livres (plus de 120) ont été traduits dans près de cinquante langues, avec de très gros tirages (85 millions d’albums vendus), en particulier au Japon, où il jouit d’une immense popularité (au point d’avoir certainement inspiré les créateurs d’Hello Kitty).
« Dès le début, j’avais dans l’idée de faire les choses le plus simples possible, et c’est toujours le cas. Cela laisse beaucoup de place à l’imagination des enfants » Mais la simplicité n’est qu’apparente et demande beaucoup de travail, d’autant que Bruna est un perfectionniste. « À 20 ans, j’ai passé un an à Paris et j’ai beaucoup aimé l’œuvre d’Henri Matisse. Surtout ce qu’il a fait dans ses dernières années, ses découpages. Je pensais que cela était si simple et beau que si je faisais quelque chose, ça devrait être comme ça… »

Le style épuré et précis de Dick Bruna a également fait merveille dans la création de posters publicitaires (inspirés de Cassandre et Savignac) et, surtout, les couvertures de livres : il a ainsi illustré plus de 2000 couvertures et une centaine d’affiches pour l’entreprise familiale, reprise par son frère et devenue A. W. Bruna & Zoon (Bruna & Fils). Ses illustrations les plus connues sont celles de la collection Zwarte Beertjes (Ours Noirs) (créée en 1955), notamment pour Havank, un auteur de polars néerlandais, Simenon (et pas seulement Maigret), ou pour des séries comme Le Saint, James Bond et O.S.S. 117

Maigret

Autres illustrations

… ou en version étrangère

Les Maigret ont été traduits dans une cinquantaine de langues, dont pas loin d’une quinzaine dans lesquelles sont parus la totalité des 75 ouvrages (allemand, espagnol, anglais, danois, italien, russe, néerlandais, portugais, japonais, norvégien, roumain, tchèque, finnois, hongrois) – 41 Maigret ont été traduits en chinois, 34 en grec, 30 en persan, 15 en hébreu, 5 en espéranto et même 2 en basque ou en gallois ! Le plus traduit étant « Le chien jaune » dont il existe 37 traductions (y compris en thaï, en albanais ou en mongol).
Les premières éditions anglophones des romans de Maigret paraissent très tôt après la sortie des premiers romans chez Fayard (en 1931) : l’éditeur américain Covici fait paraître le premier volume en 1932, suivi en 1933 par l’anglais Hurst & Blackett. Les premières éditions italiennes (chez Mondadori), portugaises, norvégiennes ou danoises apparaissent également dès 1932. L’Allemagne et la Suède suivent dès 1934.

Royaume-Uni : Penguin Books

L’éditeur anglais Penguin a sorti son premier Maigret à la fin des années 50. Depuis, il n’a cessé de le rééditer régulièrement, créant même une collection spéciale Penguin Maigret.

Pour sa toute dernière réédition, parue depuis 2013, Penguin a fait appel au talent d’Harry Gruyaert, photographe belge de l’agence Magnum pour illustrer de très belles couvertures, toutes en atmosphère…

Espagne, Italie et Pays-Bas

Mais les plus belles réussites se trouvent en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas.
L’Espagne, tout d’abord, avec l’éditeur Ayma qui fait appel à Ricard Giralt Miracle, graphiste espagnol de renom, pour dessiner les couvertures de la collection Maigret en acción. Il en réalisera 41, de 1948 à 1953. À partir de 1962, les éditions Luis de Caralt publient à leur tour une collection intitulée Las novelas de Maigret, avec des couvertures illustrées par Ballestar.
En Italie, c’est la maison d’édition Mondadori, à laquelle Simenon restera toujours fidèle, qui, dès 1932, édite Maigret. Dans les années 60, ils font appel à Ferenc Pintér, d’origine hongroise, qui, pendant 32 ans, va dessiner pour eux de sublimes couvertures de livres – et notamment pour la série Le inchieste del commissario Maigret -, faisant de lui l’un des illustrateurs européens les plus importants du XXe siècle.
Aux Pays-Bas, enfin, où Dick Bruna, autre illustrateur de génie, crée dès les années 50, pour l’éditeur A.W. Bruna & Zoon (Bruna & Fils), des couvertures devenues depuis véritablement iconiques – à tel point que son illustration de la pipe avec les ronds de fumées est reprise pour une des collections des Presses de la cité.
[ Je vous invite à cliquer sur les liens ci-dessus si vous souhaitez en (sa)voir plus. ]

Maigret en version française…

J’entame aujourd’hui une série d’articles consacrés aux couvertures de livres avec Simenon et sa série des Maigret, héros de 75 romans policiers et 28 nouvelles publiées entre 1931 et 1972. Et, comme vous allez pouvoir le constater, durant ces 40 années de publications, la présentation de ces livres a plusieurs fois changé – sans parler des très nombreuses rééditions ou éditions étrangères dont je vous parlerais ensuite.
Les Maigret sont d’abord publiés chez Fayard. Cela concerne la première série de 19 romans écrits entre 1931 et 1934, année où Simenon fait prendre sa retraite à son héros pour pouvoir se consacrer à ses romans durs. Mais c’était sans compter sur Gallimard qui convainc Simenon de remettre le couvert pour une série de nouvelles ou courtes histoires écrites entre 1936 et 1942 et qui vont paraître entre 1942 et 1944 (Maigret revient…, Signé Picpus et Les Nouvelles Enquêtes de Maigret). Puis Simenon part s’installer aux États-Unis, en 1945, et Sven Nielsen, qui a créé deux ans plus tôt les Presses de la Cité, réussit l’exploit de signer Simenon qui va publier chez cet éditeur pas moins de 140 romans et recueils de nouvelles, dont 54 Maigret !
Mais des images valent mieux que de longs discours. Voici donc une partie de ces couvertures originales, dans l’ordre de parution.

À partir de leur première parution, les Maigret ont ensuite été régulièrement réédités. Là encore, il y a de belles couvertures… et certaines moins réussies (en étant gentil). Mais je vous laisse juge – après tout, les goûts et les couleurs…