Ferenc Pintér, illustrateur majuscule

Ferenc Pintér (1931-2008) est né en Hongrie. Son père, Jòzsef, est peintre mais gravement malade, et la vie est difficile. Ferenc montre très tôt des prédispositions artistiques mais est refusé (3 fois) par l’Académie des Beaux-Arts de Budapest en raison de son indépendance idéologique et de son rejet du communiste. Lorsque les chars soviétiques envahissent Budapest en 1956 pour réprimer la rébellion et étouffer toute ambition libertaire, il fuit vers l’Italie. Là, modestement, il va devenir l’un des plus grands illustrateurs du XXe siècle, produisant des affiches politiques, culturelles ou publicitaires et, surtout, d’innombrables couvertures de livres pour la maison d’édition Mondadori, au long d’une coopération de 32 ans débutée en 1960.
Le grand public se souvient de lui surtout pour le commissaire Maigret (tous les ouvrages, en plusieurs éditions), mais il a également illustré les couvertures de centaines de volumes pour Agatha Christie, Pavese, Deledda, Soldati, Steinbeck, Faulkner, Ibsen, etc.
Malgré l’assurance de son grand talent, Ferenc Pintér était un homme simple qui avouait lui-même n’avoir jamais bien sur se « vendre ». Il souhaitait simplement être en mesure de payer des impôts, « heureux d’apporter ainsi ma contribution à ce pays [l’Italie] qui m’a tant donné ».

Maigret

Comme Maigret, et comme Simenon, Ferenc Pintér fumait la pipe. Il exécute ses premières couvertures de Maigret en 1966, 2 ans après que l’acteur italien Gino Cervi ait commencé à interpréter le commissaire à la télévision. Il choisit donc de s’en inspirer. Pintér n’a jamais rencontré l’écrivain belge, bien que Simenon – par contrat – supervisât les illustrations et qu’il ait été enthousiasmé par celles-ci. Enthousiasme que Mondadori n’a guère pris la peine de transmettre : « nous étions seulement considérés comme des employés », regrette Pintér.
Outre la « pâte » de l’artiste, ce qui est le plus remarquable dans ses illustrations des livres de Maigret (notamment pour la série qui commence en 1969), c’est l’audace des cadrages, l’inventivité des couleurs. Bref, du très, très grand art.

Autres illustrations

Sauf indication contraire, il s’agit de couvertures de livres.

Dick Bruna, l’enfance de l’art

Hendrik Magdalenus Bruna, né en 1927 à Utrecht, aux Pays-Bas, est le deuxième fils de l’éditeur A. W. Bruna. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille doit se cacher plusieurs années pour que le père ne soit pas envoyé de force comme travailleur en Allemagne. Après la guerre, Dick commence par suivre une formation scolaire, mais l’abandonne bientôt : il est de toute façon prévu qu’il suive les traces de son père et de son grand-père, et qu’il soit éditeur. Pour s’y préparer, il se rend à Londres et Paris. Dans cette dernière ville, il visite assidûment toutes sortes de musées et décide de devenir artiste. De retour dans son pays, il retourne étudier à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam, mais ne tarde pas à tout laisser tomber. Il se met néanmoins à travailler comme dessinateur, ce qui lui vaut d’être plus ou moins considéré comme la brebis galeuse de la famille.
Pourtant, en 1953, parait son premier album pour enfants, De Appel. En 1955, en vacances sur la côte néerlandaise, Bruna dessine pour son jeune fils le premier livre de la série Nijntje (Miffy en anglais), inspiré par un lapin qui se promenait dans le jardin de leur maison – ce petit lapin blanc est tellement connu dans le monde entier que les autres personnage de Bruna ont fini par être incorporés au « monde de Miffy ». Ses livres (plus de 120) ont été traduits dans près de cinquante langues, avec de très gros tirages (85 millions d’albums vendus), en particulier au Japon, où il jouit d’une immense popularité (au point d’avoir certainement inspiré les créateurs d’Hello Kitty).
« Dès le début, j’avais dans l’idée de faire les choses le plus simples possible, et c’est toujours le cas. Cela laisse beaucoup de place à l’imagination des enfants » Mais la simplicité n’est qu’apparente et demande beaucoup de travail, d’autant que Bruna est un perfectionniste. « À 20 ans, j’ai passé un an à Paris et j’ai beaucoup aimé l’œuvre d’Henri Matisse. Surtout ce qu’il a fait dans ses dernières années, ses découpages. Je pensais que cela était si simple et beau que si je faisais quelque chose, ça devrait être comme ça… »

Le style épuré et précis de Dick Bruna a également fait merveille dans la création de posters publicitaires (inspirés de Cassandre et Savignac) et, surtout, les couvertures de livres : il a ainsi illustré plus de 2000 couvertures et une centaine d’affiches pour l’entreprise familiale, reprise par son frère et devenue A. W. Bruna & Zoon (Bruna & Fils). Ses illustrations les plus connues sont celles de la collection Zwarte Beertjes (Ours Noirs) (créée en 1955), notamment pour Havank, un auteur de polars néerlandais, Simenon (et pas seulement Maigret), ou pour des séries comme Le Saint, James Bond et O.S.S. 117

Maigret

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