Archives de catégorie : Graphiste

Maigret en Espagne

Ricard Giralt Miracle

Ricard Giralt Miracle (1911-1994) était un illustrateur, graphiste et typographe Catalan. Il a travaillé à la création d’affiches, de couvertures de livres ainsi qu’à la mise en page intérieure. Pour Ayma Editores et sous la signature de M.T. Larig, il illustre, de 1948 à 1950, la couverture de cinq premiers Maigret (collection Albor : Le charretier de la Providence, La tête d’un homme, Le port des brumes, Cécile est morte, Le chien jaune), puis, de 1950 à 1953, pour la collection Maigret en acción, la couverture de 36 autres aventures dans lesquelles, jusque là, Simenon a entraîné son héros (De L’affaire Saint-Fiacre au Revolver de Maigret). À partir du numéro 37 (Maigret en la Costa Azul), les illustrations sont confiées à Fariñas.

Luis de Caralt

De 1962 à 1973, les éditions Luis de Caralt ont également édité les ouvrages de Maigret, avec des couvertures illustrées par Vicente Ballestar. Cette fois, l’intégralité des ouvrages sont édités, mais en commençant par des ouvrages récents (Maigret et les vieillards et Maigret aux assises, parus en France en 1960, puis Les scrupules de Maigret, paru en 1958 et Maigret et le Voleur paresseux, paru en 1961). Puis, petit à petit, les histoires plus anciennes sont publiées (Maigret et son mort, Maigret à New-York, datant de 1948 et 1947), puis les toutes premières (Le chien jaune, Pietr-le-Letton), tout en continuant à publier les dernières histoires au fur et à mesure de leur sortie en France, jusqu’aux derniers (Maigret et l’Homme tout seul, Maigret et l’Indicateur, Maigret et Monsieur Charles) publiés juste après leur sortie française.

Mais, bizarrement, dès 1963, une autre édition paraît, qui reprend les mêmes dessins mais cette fois traités en noir et blanc avec un gros Maigret écrit en jaune sur fond noir. Là aussi tous les ouvrages sont publiés, mais dans un ordre différent et sur un temps plus long puisque les derniers paraissent au début des années 1980 (à moins qu’il ne s’agisse de rééditions).

Ferenc Pintér, illustrateur majuscule

Ferenc Pintér (1931-2008) est né en Hongrie. Son père, Jòzsef, est peintre mais gravement malade, et la vie est difficile. Ferenc montre très tôt des prédispositions artistiques mais est refusé (3 fois) par l’Académie des Beaux-Arts de Budapest en raison de son indépendance idéologique et de son rejet du communiste. Lorsque les chars soviétiques envahissent Budapest en 1956 pour réprimer la rébellion et étouffer toute ambition libertaire, il fuit vers l’Italie. Là, modestement, il va devenir l’un des plus grands illustrateurs du XXe siècle, produisant des affiches politiques, culturelles ou publicitaires et, surtout, d’innombrables couvertures de livres pour la maison d’édition Mondadori, au long d’une coopération de 32 ans débutée en 1960.
Le grand public se souvient de lui surtout pour le commissaire Maigret (tous les ouvrages, en plusieurs éditions), mais il a également illustré les couvertures de centaines de volumes pour Agatha Christie, Pavese, Deledda, Soldati, Steinbeck, Faulkner, Ibsen, etc.
Malgré l’assurance de son grand talent, Ferenc Pintér était un homme simple qui avouait lui-même n’avoir jamais bien sur se « vendre ». Il souhaitait simplement être en mesure de payer des impôts, « heureux d’apporter ainsi ma contribution à ce pays [l’Italie] qui m’a tant donné ».

Maigret

Comme Maigret, et comme Simenon, Ferenc Pintér fumait la pipe. Il exécute ses premières couvertures de Maigret en 1966, 2 ans après que l’acteur italien Gino Cervi ait commencé à interpréter le commissaire à la télévision. Il choisit donc de s’en inspirer. Pintér n’a jamais rencontré l’écrivain belge, bien que Simenon – par contrat – supervisât les illustrations et qu’il ait été enthousiasmé par celles-ci. Enthousiasme que Mondadori n’a guère pris la peine de transmettre : « nous étions seulement considérés comme des employés », regrette Pintér.
Outre la « pâte » de l’artiste, ce qui est le plus remarquable dans ses illustrations des livres de Maigret (notamment pour la série qui commence en 1969), c’est l’audace des cadrages, l’inventivité des couleurs. Bref, du très, très grand art.

Autres illustrations

Sauf indication contraire, il s’agit de couvertures de livres.

Dick Bruna, l’enfance de l’art

Hendrik Magdalenus Bruna, né en 1927 à Utrecht, aux Pays-Bas, est le deuxième fils de l’éditeur A. W. Bruna. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille doit se cacher plusieurs années pour que le père ne soit pas envoyé de force comme travailleur en Allemagne. Après la guerre, Dick commence par suivre une formation scolaire, mais l’abandonne bientôt : il est de toute façon prévu qu’il suive les traces de son père et de son grand-père, et qu’il soit éditeur. Pour s’y préparer, il se rend à Londres et Paris. Dans cette dernière ville, il visite assidûment toutes sortes de musées et décide de devenir artiste. De retour dans son pays, il retourne étudier à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam, mais ne tarde pas à tout laisser tomber. Il se met néanmoins à travailler comme dessinateur, ce qui lui vaut d’être plus ou moins considéré comme la brebis galeuse de la famille.
Pourtant, en 1953, parait son premier album pour enfants, De Appel. En 1955, en vacances sur la côte néerlandaise, Bruna dessine pour son jeune fils le premier livre de la série Nijntje (Miffy en anglais), inspiré par un lapin qui se promenait dans le jardin de leur maison – ce petit lapin blanc est tellement connu dans le monde entier que les autres personnage de Bruna ont fini par être incorporés au « monde de Miffy ». Ses livres (plus de 120) ont été traduits dans près de cinquante langues, avec de très gros tirages (85 millions d’albums vendus), en particulier au Japon, où il jouit d’une immense popularité (au point d’avoir certainement inspiré les créateurs d’Hello Kitty).
« Dès le début, j’avais dans l’idée de faire les choses le plus simples possible, et c’est toujours le cas. Cela laisse beaucoup de place à l’imagination des enfants » Mais la simplicité n’est qu’apparente et demande beaucoup de travail, d’autant que Bruna est un perfectionniste. « À 20 ans, j’ai passé un an à Paris et j’ai beaucoup aimé l’œuvre d’Henri Matisse. Surtout ce qu’il a fait dans ses dernières années, ses découpages. Je pensais que cela était si simple et beau que si je faisais quelque chose, ça devrait être comme ça… »

Le style épuré et précis de Dick Bruna a également fait merveille dans la création de posters publicitaires (inspirés de Cassandre et Savignac) et, surtout, les couvertures de livres : il a ainsi illustré plus de 2000 couvertures et une centaine d’affiches pour l’entreprise familiale, reprise par son frère et devenue A. W. Bruna & Zoon (Bruna & Fils). Ses illustrations les plus connues sont celles de la collection Zwarte Beertjes (Ours Noirs) (créée en 1955), notamment pour Havank, un auteur de polars néerlandais, Simenon (et pas seulement Maigret), ou pour des séries comme Le Saint, James Bond et O.S.S. 117

Maigret

Autres illustrations

Tom Eckersley, affichiste anglais (1914-1997)

Tom Eckersley est né à Lowton, Lancashire, le 30 Septembre 1914. Sa naissance a précédé celle de la notion de « design graphique » telle qu’on l’entend aujourd’hui, qui prend ses racines dans les années vingt et trente. Il commence donc sa carrière à « cette époque stimulante où certains artistes, soutenus par des clients éclairés, ont la possibilité d’utiliser leur art et leur vision pour résoudre les problèmes de communication en utilisant les nombreuses et passionnantes possibilités visuelles issues des grands courants artistiques européens de l’entre-deux-guerres. »
Les parents de Tom sont de grands lecteurs, leur maison est pleine de livres sur tous les sujets, et il passe son enfance à lire et à dessiner. À l’initiative de sa mère, il s’inscrit à l’École d’Art Salford, à l’âge de 16 ans. Ses dons artistiques et son travail sont rapidement reconnus et il reçoit la médaille d’Heywood du meilleur étudiant. C’est là qu’il rencontre un autre étudiant, Eric Lombers, avec qui il se lance dans une carrière en tant qu’affichiste freelance. « A cette époque, l’affiche était sans doute la forme la plus importante de la publicité, Cassandre et d’autres designers français produisant des affiches d’avant-garde, comme McKnight Kauffer et Hans Schleger en Angleterre, ce qui m’a beaucoup influencé pour m’impliquer dans la conception d’affiche. »
Dans cette époque passionnante dans l’histoire du design commercial, certains clients et agences de publicité sont à la recherche d’artistes capables de produire un travail à la fois fonctionnel et esthétique. L’équipe Eckersley-Lombers œuvre pour Shell, la BBC, London Transport, le GPO, Austin Reed et l’agence de publicité WS Crawford. Ils sont également invités comme conférenciers à la Westminster School of Art.
Pendant la guerre, les deux hommes rejoignent l’armée (la Royal Air Force pour Eckersley), ce qui met fin à leur collaboration. Eckersley continue malgré tout sa production créative durant les premières années de guerre avec un puissant ensemble d’affiches pour la Société royale pour la prévention des accidents.
En 1948, il reçoit l’OBE pour services rendus à la conception d’affiche britannique. Il est au sommet de sa profession et plus d’un « homme de la rue » connait ses affiches. Sa clarté, son imagination, sa poésie et son humour ont su créer des images durables qui plaisent, amusent et dont on parle encore longtemps après. Sa réputation internationale est établie lorsqu’en 1950 il est élu membre de l’Alliance Graphique Internationale.
En 1957, Eckersley devient chef du design au London College of Printing, un poste qu’il occupe jusqu’en 1977, sans cesser de créer des affiches pour un certain nombre de clients, certains nouveaux tels que l’UNICEF ou le WWF, d’autres plus anciens comme London Transport et WS Crawford.
Eckersley décède en 1997, deux ans après une rétrospective de son travail à la London College of Printing, où il est présenté comme ayant transformé la conception graphique au Royaume-Uni.
L’Université des Arts de Londres possède des affiches de toute sa carrière, visibles en ligne sur VADS (Visual Arts Data Service). En voici une sélection… pour le plaisir des yeux.