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Graphisme suisse du XXe siècle à nos jours

Au début du XXe siècle, le style caractéristique des affiches Suisses est la synthèse entre une « manière allemande » (monumentalité des représentations, sobriété des traits, contraste des couleurs) et une « manière à la française » (couleurs et fluidité des traits). Au cours des années 1920, les graphistes (comme Jan Tschichold) prennent le dessus sur les peintres qui dominaient jusque là (comme Émil Cardinaux ou Augusto Giacometti). Otto Morach est novateur : il réalise en 1918 la première affiche typographique moderne pour l’exposition de l’union Werkbunda. Dans les années 1930, les nouvelles tendances vont vers l’art abstrait, avec le mouvement d’art concret de Max Bill et le groupe « Allianz », fondé en 1937 à Zurich. Les graphistes suisses, des années 1920 à 1950, réalisent des « affiches objets » ou Sachplakat en allemand. L’Affiche objet doit beaucoup au courant de la Nouvelle objectivité (Neue Sachlichkeit).

Le style international

Le style typographique international (ou style international), également connu sous le nom de style suisse, est un courant du design graphique développé en Suisse dans les années 1950, notamment par Armin HofmannJosef Müller-Brockmann et Emil Ruder.
Influencé par le Bauhaus et le constructivisme, il met l’accent sur le dépouillement, la lisibilité et l’objectivité. Les éléments distinctifs du style international sont une mise en page asymétrique, l’utilisation de grilles, de polices de caractères sans-serif comme AkzidenzUnivers ou Helvetica, et l’alignement à gauche du texte, dont le bord droit est laissé irrégulier. Les éléments typographiques et géométriques, comme élément principal et structurant du design, sont préférés aux illustrations dessinées ou à la photographie, souvent en noir et blanc.
Ce style a fortement influencé toute une génération de graphistes à travers le monde, par exemple l’Américain Paul Rand, et se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux travaux, par exemple ceux de Philippe Apeloig.

Mais la Suisse a nourri en son sein fécond bien d’autres affichistes et graphistes de talent, comme Niklaus StoecklinOtto Baumberger, Herbert Leupin ou, plus près de nous, Wolfgang WeingartStephan Bundi ou Niklaus Troxler, pour n’en citer que quelques uns…

La galerie

Bon voyage en Helvétie !

La Futura (Paul Renner)

La sortie du livre « Futura, une gloire typographique » est une bonne occasion de vous parler de cette police qui a marqué l’histoire de la typographie.

Contexte.
Au début des années 20, tandis que certains typographes prônent la conservation des typographies dites classiques, d’autres, influencés notamment par le Bauhaus de Weimar (et son esthétique liée à la production en série dans le but d’associer art et technique), vont profondément moderniser la typographie. C’est dans cet esprit que Paul Renner, graphiste, typographe et professeur Allemand, va créer, pour la fonderie Bauer, la police Futura qui bénéficie dès sa publication, en 1927, d’un succès commercial sans précédent.

La forme découle de la fonction.
Plus le caractère est simple et géométrique, plus il est utile (« Less is More » disait Ludwig Mies van der Rohe). C’est l’idée que Paul Renner reprend pour sa police. En effet, Renner la dépouille de tout élément qu’il juge superflu, par exemple le o est réduit à une simple boucle. Elle s’inspire de formes géométriques simples, base du style visuel du Bauhaus (dont il ne fait pourtant pas partie) : cercle, triangle, carré, ce qui lui donne une identité forte. Les graisses ne varient que très légèrement dans les lettres, il s’en dégage une impression de stabilité, d’efficacité, de sobriété et de modernisme. Avec la Futura, en termes typographiques, la révolution industrielle avait atteint sa conclusion logique.

Origines.
Parmi ses sources d’inspiration, on trouve la police Underground (maintenant Johnston), crée en 1916 pour l’identité graphique des transports londoniens. Une première esquisse de la Futura offrait des caractères plus complexes, ensuite simplifiés au maximum, mais ressortie en 1990 par The Foundry et éditée sous le nom d’Archetype Renner.

Utilisation.
Renner destinait la Futura à servir pour le corps de texte, à l’origine conçue en Light, Medium, Bold et Bold oblique. Jan Tschichold et Kurt Schwitters l’emploient largement durant les années 1930. Diffusée sous l’appellation « Europe » en France, elle inspire Cassandre dans sa recherche d’une nouvelle écriture. Elle a donné lieu à de nombreuses variations, mais elle a été plus largement utilisée dans les publicités et les gros titres dans sa forme dérivée Extra Bold Condensed (à tel point qu’elle fut critiquée par un groupe de directeurs artistiques appelé Art Directors Against Futura Extra Bold Condensed). Depuis lors, Volkswagen, la Nasa, Stanley Kubrick et Barbara Kruger, Ikea et Canal+ en ont fait un usage marquant.