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Tom Eckersley, affichiste anglais (1914-1997)

Tom Eckersley est né à Lowton, Lancashire, le 30 Septembre 1914. Sa naissance a précédé celle de la notion de « design graphique » telle qu’on l’entend aujourd’hui, qui prend ses racines dans les années vingt et trente. Il commence donc sa carrière à « cette époque stimulante où certains artistes, soutenus par des clients éclairés, ont la possibilité d’utiliser leur art et leur vision pour résoudre les problèmes de communication en utilisant les nombreuses et passionnantes possibilités visuelles issues des grands courants artistiques européens de l’entre-deux-guerres. »
Les parents de Tom sont de grands lecteurs, leur maison est pleine de livres sur tous les sujets, et il passe son enfance à lire et à dessiner. À l’initiative de sa mère, il s’inscrit à l’École d’Art Salford, à l’âge de 16 ans. Ses dons artistiques et son travail sont rapidement reconnus et il reçoit la médaille d’Heywood du meilleur étudiant. C’est là qu’il rencontre un autre étudiant, Eric Lombers, avec qui il se lance dans une carrière en tant qu’affichiste freelance. « A cette époque, l’affiche était sans doute la forme la plus importante de la publicité, Cassandre et d’autres designers français produisant des affiches d’avant-garde, comme McKnight Kauffer et Hans Schleger en Angleterre, ce qui m’a beaucoup influencé pour m’impliquer dans la conception d’affiche. »
Dans cette époque passionnante dans l’histoire du design commercial, certains clients et agences de publicité sont à la recherche d’artistes capables de produire un travail à la fois fonctionnel et esthétique. L’équipe Eckersley-Lombers œuvre pour Shell, la BBC, London Transport, le GPO, Austin Reed et l’agence de publicité WS Crawford. Ils sont également invités comme conférenciers à la Westminster School of Art.
Pendant la guerre, les deux hommes rejoignent l’armée (la Royal Air Force pour Eckersley), ce qui met fin à leur collaboration. Eckersley continue malgré tout sa production créative durant les premières années de guerre avec un puissant ensemble d’affiches pour la Société royale pour la prévention des accidents.
En 1948, il reçoit l’OBE pour services rendus à la conception d’affiche britannique. Il est au sommet de sa profession et plus d’un « homme de la rue » connait ses affiches. Sa clarté, son imagination, sa poésie et son humour ont su créer des images durables qui plaisent, amusent et dont on parle encore longtemps après. Sa réputation internationale est établie lorsqu’en 1950 il est élu membre de l’Alliance Graphique Internationale.
En 1957, Eckersley devient chef du design au London College of Printing, un poste qu’il occupe jusqu’en 1977, sans cesser de créer des affiches pour un certain nombre de clients, certains nouveaux tels que l’UNICEF ou le WWF, d’autres plus anciens comme London Transport et WS Crawford.
Eckersley décède en 1997, deux ans après une rétrospective de son travail à la London College of Printing, où il est présenté comme ayant transformé la conception graphique au Royaume-Uni.
L’Université des Arts de Londres possède des affiches de toute sa carrière, visibles en ligne sur VADS (Visual Arts Data Service). En voici une sélection… pour le plaisir des yeux.

Monoprix

Bon, ça date un peu… mais ça m’éclate toujours autant !
Relooking de fond pour le packaging de la marque distributeur de l’enseigne de centre-ville (magasin populaire). L’entrée de gamme M est rebaptisée MONOPRIX et se pare d’un tout nouveau code graphique à base de typo (Helvetica condensed utilisée à différentes graisses) sur des aplats colorées, et accroche humoristique favorisant la connivence avec le client (« Nous quand on s’ennuie, on pèle des tomates »). A la clé, un Epica de bronze en 2010, catégorie Packaging.
C’est l’agence Havas City qui a mené ce projet en lui apportant une touche Warholienne digne de la célébre « Campbell’s Soup ». L’artiste américain avait permis aux boîtes de soupe d’être accrochées au mur des résidences de Beverly Hills. Mais quand le pop-art entendait présenter l’art comme un simple produit de consommation éphémère, jetable et bon marché, Monoprix tend à faire le contraire en s’appuyant sur ce qui fût un mouvement artistique phare des années 1960-1970 afin de réinjecter une culture du beau dans les objets de consommation.
Mais le pop-art n’est clairement pas le seul père de la campagne Monoprix. On peut aussi penser au mouvement de Stijl (« le style ») emmené par les grands Piet Mondrian et Théo van Doesburg (et quelques autres). Ou au style international Suisse des années 50 dans l’utilisation de la typo et de la grille. Mais l’inspiration la plus évidente se trouve outre-manche, dans le packaging des « Cooks Ingredient » de Waitrose, designés en 2008 par Lewis Moberly et vainqueur des European Design Awards en 2009 (voir dans la galerie ci-dessous).
Au final, les codes utilisés ici par Monoprix inspirent un côté haut de gamme, élitiste et élégant qui, malgré tout, ne se prend pas au sérieux. Le design à la portée de tous, en quelque sorte (même si la cible, ici, ce sont surtout les « bobos »). « L’idée est de faire de chaque produit un ambassadeur de la marque. Chaque produit doit être beau, intelligent, vecteur du langage de Monoprix. » explique Rémi Babinet, Président fondateur d’Havas City. Hé bien, pour ma part, je trouve que c’est diablement bien réussi !

Pour finir, un petit florilège de quelques accroches sympas :
Emmental Français Râpé, « Il est sympa mais il est gratiné »
Pâte feuilletée prête à dérouler, « Elle a beau être bien roulée, elle a quand même l’air tarte »
Comté Affinage 4 mois minimum, « Les bons Comtes font les bons amis »
Cheese burgers, « Chez Monoprix, on est parfois à l’ouest »
Tomates entières pelées au jus, « Nous, quand on s’ennuie, on pèle des tomates »
Salsifis en boite, « Ne dites pas à vos enfants que ce sont des légumes »
Café pur arabica en grains, « Vous avez raison, le thé c’est nul »